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27.12.2006

L'esprit scientifique

...au placard.

"La seule chose absolue dans un monde comme le nôtre, c'est l'humour."
- Albert Einstein -



medium_esprit_scientifique.jpg L’athée qui se réfère souvent à la science à un défaut majeur (comme bien des scientifiques), il ne développe pas l’esprit scientifique : c’est l’attitude qui consiste à ne pas croire ou réfuter une hypothèse (l’existence de la divinité, etc.) tant que celle-ci n’est pas validée ou invalidée par la science. De plus, il implique la prudence vis-à-vis de ses propres affirmations ou interprétations des résultats de recherche. Nous savons tous à quel point les théories scientifiques établies sont bouleversées sinon complétée par les nouvelles découvertes.
Pourtant, les a priori des athées, qui réfutent par exemple une existence post-mortem, deviennent des thèses scientifiques sur-démontrées. Pourquoi autant de précipitations de leur part ? c’est que la science arrive à expliquer les mécanismes qui sous-tendent notre univers, sans en trouver le sens ni la raison d’être : et à réfuter hâtivement toute affirmation métaphysique.

L’esprit scientifique implique aussi de pouvoir toujours se remettre en question même au dernier moment - ce qui rejoint l'importance du sens de l'humour vis-à-vis de soi-même, et cela reflète grandement une attitude spirituelle authentique. Il faut bien admettre que bien des thèses « démontrées » par la science ont été réfutées par de nouvelles découvertes scientifiques. Bref, c’est une qualité très difficile à acquérir.


Apparemment, de nombreux athées font l'amalgame entre différentes notions-clés de l'article. Je rappelle donc qu'il faut distinguer : - l'athéisme et la science, - les athées et les scientifiques, - la science et l'esprit scientifique.
Dois-je rappeler que la communauté des scientifiques est composée :
- d'athées,
- d'agnostiques,
- et de croyants...?


Ce n'est pas parce que l'on fait de la science = que l'on est un scientifique, que l'on possède l'esprit scientifique. L'esprit scientifique ne signifie pas que l'on doit rester parfaitement rationnel et ne faire aucune preuve d'imagination et de sensibilité. Il est donc, me semble-t-il, tout à fait possible d'être agnostique ou croyant, de ne pas être enfermé dans la rationalité tout en étant intelligent, d'écouter son propre ressenti, de ne pas être scientifique, et d'avoir l'esprit scientifique. Einstein était un scientifique intelligent et imaginatif qui ne se limitait pas à son intellect, mais dont l'esprit scientifique était bien ancré en lui. Il disait :

« J'affirme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique. »

« La plus belle chose que nous pouvons avoir est le mystérieux. C’est la source de tout véritable art et science. Celui qui est étranger à cette émotion, qui ne peut plus s’arrêter pour s’interroger et rester captivé d’admiration, est mort à peu de chose près. Ses yeux sont fermés. »


L'existence du divin ou de l'existence post-mortem sont des hypothèses possiblement futiles, mais en aucun cas pour ce qui est de l'éthique, du sens de la vie, de la vie en société.

Enfin, pour rebondir sur certains commentaires, qui peut affirmer qu'aucun scientifique n'a fait et ne continue de faire des déclarations sur l'inexistence de Dieu, de l'esprit - de la conscience au-delà de la matière, de l'âme, etc. ?


Voir l'article sur Agoravox "La croisade des nouveaux athées"
Voir "Réponse à la Zététique"

Commentaires

Bonjour, jungne
Je suis heureux d'avoir découvert votre blog grâce au commentaire que vous avez laissé sur le mien. Je viens de vous inclure dans mon blogroll, et de poster une réponse à votre commentaire.
Concernant votre billet, je suis d'accord avec vous quand vous rappelez que la science est le territoire du doute et de l'hypothèse plus que celui de l'affirmation péremptoire. Un scientifique qui cherche à réfuter des affirmations métaphysiques pour lesquelles aucune preuve ne peut être apportée sort de ses attributions pour devenir un idéologue.
Dès qu'un savant cesse de douter, il devient à la fois inefficace et dangereux.

Ecrit par : Guy Morant | 28.12.2006

Je vais en faire de même pour l'ajout de lien !

Effectivement, le danger de la science est d'extrapoler dans ses interprétations.

Ecrit par : Jungne | 28.12.2006

Salut

Ne pas croire en quelque chose n'est pas une thèse. Ne pas en une vie post-mortem n'est pas une thèse, surtout qu'il n'y a aucune preuve de l'existence de cette vie. Très franchement votre hyper-atheisme ressemble plus à un anti-athéisme...

darksid_1

Ecrit par : darksid_1 | 30.12.2006

C'est vrai qu'il y a des similitudes pertinentes entre la science et la spiritualité : se remettre en question et surtout ne pas s'appesantir sur les réponses...

Ecrit par : Phène | 30.12.2006

Ne pas croire en une vie post-mortem n'est pas une thèse, mais "l'inexistence de la vie post-mortem" est une inffirmation, une hypothèse, à défaut d'être une thèse. (pour les pointilleux)

On peut ne pas être d'accord avec une religion sans être anti-religieux. Je peux donc être hyper-athéiste sans être anti-athéisme.

Ecrit par : jungne | 30.12.2006

Oui Phène, en fait je pense que "l'esprit scientifique" est une forme de sagesse qui peut s'appliquer à tous les domaines : la vie familiale, la politique, la science, la spiritualité...

Ce qu'il manque dans la science et que l'on trouve au coeur de la spiritualité, c'est le rapport de l'être humain avec lui-même, sa conscience, son esprit.

Ecrit par : jungne | 30.12.2006

Croire ou ne pas croire, voilà peut-être la bonne question. Ce qui place l'athée dans la même catégorie que le théiste et ce qui met le scientifique en face d'un concept ô combien secourable pour lui: celui de paradigme.
"A ce dont un homme se satisfait on mesure la grandeur de sa perte," disait Hegel et Kant mesurait l'intelligence au nombre d'incertitudes supportable par elle, quelque chose comme cà...

Dans un tout autre ordre d'idées, je me permets de t'inviter à mon enquête du jour...

Ecrit par : Marc | 30.12.2006

Bonjour,
Oui, Phène, d'accord sur ce point : "II y a des similitudes pertinentes entre la science et la spriritualité : se remettre en question et surtout ne pas s'apesantir sur les réponses".
C'est pourquoi j'ai cliqué sur votre lien, mais la page ne s'affiche pas...

Ecrit par : varna | 30.12.2006

Quelle salade !

Le principe de "remise en question" de la science est de nature rationnelle et concrètement expérimentable (cf. réfutabilité de Popper). Ce n'est pas le cas d'une "remise en question" spirituelle. Les comparer est de la pure rhétorique voire un sophisme (un catégorie ).

De plus, la science (ou plutôt les scientifiques) se fout totalement du "pourquoi ?". Elle ne s'intéresse qu'au "comment ?". Les scientifiques ne cherchent donc pas "à réfuter hâtivement toute affirmation métaphysique" : c'est hors de leur champ de compétences (dans le cadre de leur travail scientifique, pour ce qui est de leur vie privée ils font ce qu'ils veulent).

Enfin, vous semblez balayer d'un revers de main le principe de "toute hypothèse superflue est inutile". Or, c'est bien de ça dont il s'agit : l'existence d'une vie post-mortem est totalement superflue pour expliquer la biologie, la physique, etc. Il est donc scientifiquement légitime de la mettre à la poubelle (pour l'instant).

Napoléon fit remarquer à Laplace : "Votre travail est excellent mais il n'y a pas de trace de Dieu dans votre ouvrage", Laplace lui répondit : "Sire, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse."

Ecrit par : Grouik | 31.12.2006

À Grouik :

L'argument de Laplace est couramment cité par les athées. Je rappelle que la science se passe aisément d'une autre hypothèse : celle que nous possédions une conscience phénoménale (un « je » unique qui perçoit les sensations comme des expériences qualitatives, des « qualias »).
Dès son origine, la démarche scientifique est fondée sur une exclusion de la subjectivité, qui a conduit à des résultats remarquables, mais dont il faut rappeler les limites. Mettre à la poubelle (pour l'instant) Dieu, mais aussi la conscience humaine, c'est aboutir (pour l'instant) à un mépris de l'homme et à son éventuel remplacement par des machines. Quant à moi, je préfère (pour l'instant) ne pas me fier totalement à la science, pour des questions aussi fondamentales que le sens de notre existence.

Ecrit par : Guy Morant | 31.12.2006

Grouik > La remise en question "rationnelle" n'est pas tombée du ciel, sinon du Ciel d'un rationaliste de la dernière pluie. Elle fut inspirée à l'origine, grecque, par une remise en question "spirituelle" qui s'est peu à peu dégagée de la morale qui l'a vue naître. Morale ? Mais cette "morale" était déjà celle d'un esprit rationnel puisqu'il s'agissait alors déjà d'une méthode d'examen reprise plus tard par la science. Que cette méthode d'examen et la discipline qui allait avec aient eu pour objet le "connais-toi, toi-même" philosophique ou le "soi" religieux (confession) avant de s'appliquer exclusivement à la connaissance d'un objet extérieur n'y change rien. On pourrait même aller plus loin, et se demander d'où vient l'esprit qui gouverne la science. Bien sûr elle n'est pas la théologie, mais il y a beaucoup de théologie en elle. Cela vous choque ? Quand elle sort de son cercle magique et autarcique, c'est à l'histoire de la pensée humaine qui l'a vue naître que la science doit des comptes. Car la science a ce sale défaut de ne se référer jamais qu’à elle-même, exemple par excellence de toute pensée sécessionniste. C'est pourquoi il convient de lui rappeler sans cesse ses origines. Vous citez Poper, pourquoi ne citez-vous pas Feyerabend ? Il lui a gentiment répondu : "Contre la méthode".

Ecrit par : varna | 31.12.2006

Il y a ici une certaine crainte de l'empirisme primaire, parfaitement fondée d'ailleurs. Le hic c'est que les savants et philosophes des sciences ne font pas, justement, de l'empirisme primaire.

C'est donc un argument par l'homme de paille (ici l'homme de paille s'appelle tout bonnement "l'athée").

Ecrit par : G | 31.12.2006

Varna : < Les scientifiques ne cherchent donc pas "à réfuter hâtivement toute affirmation métaphysique">

Jungne : Je crois que vous avez mal lu. Je ne parle pas ici des scientifiques, mais des athées. Et vous oubliez peut-être aussi, Varna, que parmis les scientifiques, il y a :
- des athées,
- des agnostiques,
- et des croyants.

Grouik, je suis d'accord avec vous pour le "c'est hors de leur champ de compétences".

Je suis plutôt d'accord sur l'hypothèse superflue, au niveau de la science. Mais je ne suis pas sûr que l'existence post-mortem - en particulier la métempsychose - n'a pas une influence sur la physique, la biologie.

En tout cas, l'existence post-mortem n'est pas une hypothèse superflue par rapport au sens de la vie, à la valeur que l'on peut donner aux choses et aux êtres qui peuplent cet univers, et à une éthique que l'on est amener à adopter ou à construire.

Pour la remise en question : il n'y a pas besoin d'être obsessionnellement rationnel pour se remettre en question. Cela demande juste un peu de bon sens et de l'humilité. Il y a des gens au QI très élevé qui ne connaisse pas la remise en question, et des idiots qui ont pris l'habitude de se remettre en question.

Ecrit par : jungne | 31.12.2006

Les athées se prévalent toujours de la pureté de la science. Si l'on suit le même raisonnement, la religion peut être réduite à sa partie spéculative, la théologie. En réalité, je ne vois aucune raison d'innocenter les scientifiques des conséquences de leurs découvertes. Chaque fois qu'un spécialiste des neurosciences produit une théorie sur le fonctionnement du cerveau humain, des centaines d'informaticiens s'efforcent de la traduire en un nouveau système d'intelligence artificielle, qui sera utilisé par des milliers de chefs d'entreprises pour remplacer les travailleurs humains.

Chaque fois qu'un physicien perce un secret de la matière, des centaines de techniciens s'efforcent d'inventer une nouvelle arme utilisant cette découverte, etc. Je suis parfaitement d'accord avec votre article sur la religion et la guerre.

J'ajoute ceci : l'athéisme militant d'aujourd'hui prépare les idéologies dont se serviront les dictateurs de demain, ou simplement les chefs d'entreprises. Richard Dawkins, par exemple, n'est opposé ni au clonage de l'être humain, ni à l'anthropophagie.

Si nous ne sommes que des machines biologiques issues des hasards de l'évolution, nous devons nous préparer à l'avènement de machines plus efficaces que nous, auxquelles les scientifiques athées nous prieront bientôt de laisser notre place.

Ecrit par : Guy Morant | 01.01.2007

Jungne, je ne peut pas adhérer à votre façon d'apréhender le monde : je suis plutôt moniste (jusqu'à ce que je dispose d'un élément me faisant changer d'avis, je ne vois aucune raison intellectuelle d'être dualiste). Difficile donc de bâtir une discussion avec vous sur des bases communes :)

M. Morant, que dire ?
"Les athées se prévalent toujours de la pureté de la science". Avec une entrée en matière comme celle-ci, vous mettez la barre très très haut dans le n'importe quoi. Attribuer un jugement de valeur, voire éthique (sinon moraliste), à la science est des plus étrange. Le reste du message s'enfonce dans cette voie (sans issue).

Celà dit, j'aimerais bien que vous me trouviez un athée "se prévalant de la pureté de la science", que l'on puisse rire de lui ensemble.

Ecrit par : Grouik | 02.01.2007

L'humour ... rire et se poser la question chaque jour "de qui suis-je en train de me payer la tête" est le meilleur moyen de garder si je puis dire la tête sur les épaules et de s'écarter définitivement de certitudes absolues ! ce sens de l'humour engage par là-même une profonde humilité et la capacité de se voir très clairement !

J'ai oublié dans mon précédent commentaire de vous remercier pour ce blog, je n'ai pas tout lu mais je le trouve passionnant et j'y reviendrai si vous le voulez bien

merci et cordialement
cat

Ecrit par : cat | 02.01.2007

À Grouik :
Je précise ma pensée. "Les athées se prévalent toujours de la pureté de la science" : ils opposent une science rigoureuse, objective, désintéressée, sans jugement de valeur à une religion destructrice, institutionnalisée, trainant un passé compromettant, etc. Je voulais souligner que la science, dès lors qu'elle s'inscrit dans l'action, devient la technologie, l'économisme, le darwinisme social, les idéologies athées, etc. Si les scientifiques pouvaient se contenter de spéculer, d'écarter provisoirement des hypothèses, sans que cela ait la moindre conséquence pratique, leur éventuel athéisme ne dérangerait personne. Le problème est que la parole scientifique est devenue l'évangile de toutes les sociétés développées, sans aucune précaution quant à ses effets.

Pour ce qui est du fameux athée que vous me demandez de vous trouvez, le voici : Richard Dawkins, que je commente en ce moment sur mon propre blog http://megamachine.free.fr. Il prêterait effectivement à rire, avec sa prétention à prouver que les vrais scientifiques sont tous athées et que la foi dans une dimension surnaturelle est une espèce de folie. Hélas, la presse anglo-saxonne lui déroule à ce point le tapis rouge que le rire se transforme en inquiétude.

Ecrit par : Guy Morant | 02.01.2007

Grouik,

vous êtes moniste matérialiste et non idéaliste, n'est-ce pas ?
De toute façon, je ne vois pas en quoi des points de vues différents ne peuvent pas dialoguer. Et je ne crois pas avoir déclaré une quelconque prise de position. D'où tenez-vous que je suis dualiste ? Je ne fais qu'exposer différents hypothèses et points de vue pour éclairer un sujet, une problématique. Mon objectif (entre autre) est de faire la distinction entre ce qui est démontré (pour l'instant) par la science et ce qui s'avère vrai d'après la psychologie et la philosophie, et ce qui est de l'ordre de l'hypothèse ou de la croyance, voire du ressenti. Ce qui signifie aussi de ne pas réfuter des hypothèses ou des croyances qui ne sont pas réfuté par la science - ex : le divin.

Je pense qu'aujourd'hui, avec la physique quantique, il est difficile d'être moniste matérialiste ou dualiste. Ainsi, Einstein disait du monde qu'il était une illusion. Il est difficile de dire que le monde tel qu'on le perçoit n'existe pas, et il en est de même pour l'inverse.

Ecrit par : Jungne | 02.01.2007

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