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17.03.2007

Mythomanie spirituelle

Chrétien n'est pas Jésus


medium_Jesus_Satan.jpgLa méprise vient souvent de l'athée : pourquoi se querellent-ils tout en prônant l'amour ? Pourquoi se pavanent-ils alors qu'ils accusent l'orgueil ? Et quand le croyant n'assume pas cette contradiction apparente ou n'en est même pas conscient, la colère se fait sentir. Les athées voudraient que tout chrétien soit Jésus, que tout bouddhiste soit Bouddha, et à la découverte de la douloureuse réalité, ils clament que nulle religion n'a de sens ni d'utilité. Il arrive souvent d'ailleurs, qu'un croyant finisse par croire, à temps partiel ou à plein temps, qu'il égale un ou plusieurs grands prophètes de l'Histoire. Il m'est arrivé de tomber sur de fervents pratiquants assez modestes pour dire "je ne suis qu'un ridicule croyant" mais d'une telle arrogance qu'ils prétendent maîtriser largement leur esprit, appliquer leurs principes (ceux de leur doctrine), avoir le coeur ouvert et empli d'amour. Il n'en est rien bien sûr. Puis ils s'adressent à leur entourage sur un ton hautain ou autoritaire pour leur dire quoi faire.

A force de lire à répétition des principes admirables, de prier le bien et d'exhorter de mal, le pratiquant finit souvent par croire qu'il est devenu cet idéal qu'il recherchait. Ainsi, sans prendre le temps de bien vérifier ses acquis, ses transformations intérieures, il va se croire pur et accompli, savant et supérieur, surtout lorsqu'on a obtenu un titre honorifique, une position élevée dans la société ou une hiérarchie religieuse. Ainsi se creuse un véritable gouffre entre l'image que l'on a de soi-même et ce que l'on est vraiment, et ce que l'on pense consciemment et ce qui se trame inconsciemment. Alors que la conscience semble s'attacher à une notion idéale de l'amour, l'inconscient peut être empêtré dans une accumulation de haine.
Je crois qu'il n'est pas constructif de savoir si l'inconscient est une réalité tangible ou pas. Ce qui est certain, c'est qu'il y a une multitude d'émotions et des pensées dont nous ne sommes pas conscient. De mon point de vue, tant que nous n'aurons pas intégré cette notion d'éléments psychiques conscients et non-conscients, il sera toujours difficile d'évoluer spirituellement, quelques soient la fréquence et la quantité de la pratique religieuse ou spirituelle. J'ai envie de dire que la spiritualité implique forcément l'introspection, c'est-à-dire d'aller à la rencontre de ses propres "éléments inconscients", et que la religiosité peut s'en passer. Pourtant, il est fort de constater que de nombreuses personnes qui se revendiquent "spirituelles" investissent assez peu de temps et d'effort pour aller à la rencontre du "côté obscur de leur propre force". Pour initier une telle entreprise, il semble nécessaire d'atténuer les jugements que l'on se porte à soi-même (et de ce fait aux autres), de se débarrasser de son dieu-juge personnel. Ainsi, la haine, la jalousie, la colère, etc. perdent leurs étiquettes "mauvais", "mal", "diabolique". Ils ne sont plus que des parties de soi-même, et on peut les accueillir sans crainte avant de les transformer ou les dissoudre.

Voir :
- "Idéalisme, maîtres et adoration"
- "La psychologie du décalage"
- "Le matérialisme spirituel"

Commentaires

Je viens de lire (un peu trop rapidement car il demande réflexion et méditation)votre texte que je trouve extrêmement intéressant. En particulier le fait de marquer la différence entre spiritualité et religiosité. C'est une chose que j'ai beaucoup de mal à faire comprendre à certains et je vais attirer, à l'occasion, l'attention sur votre note. Amicalement. Ariaga.

Ecrit par : ariaga | 19.03.2007

Bonjour, jungne,
Voici un thème qui, je crois, vous est cher, et à juste titre : l'étroite relation qui existe entre la spiritualité et la métamorphose psychologique. La plupart des religions se déclinent en deux aspects distincts et complémentaires : la religion extérieure, l'exotérisme, le clergé séculier, et la religion intérieure, l'ésotérisme, le clergé régulier. Le premier de ces aspects est destiné imprimer au peuple une morale fondée sur le dogme. Le deuxième s'affranchit de cette morale et vise à développer la spiritualité d'une communauté qui se définit exclusivement par ce chemin spirituel. Je pense, par exemple, à la tariqa soufie des malamati (« la voie du blâme »), dont les membres adoptent souvent un comportement contraire à la morale par souci de sincérité. On est loin de ces fiers chrétiens oui bouddhistes que vous mentionnez !
Les athées montrent souvent du doigt les incohérences entre le discours pieux et le comportement de ceux qui s'en réclament. La morale religieuse, à vrai dire, est une cible facile, car elle engendre plus souvent l'orgueil ou l'hypocrisie que la droiture. Dès qu'un homme ou une femme se prétend ou se croit éminent dans l'accomplissement des principes d'une religion, on peut parier sans risque d'erreur qu'il ou elle en est infiniment éloigné.
J'apprécie également, dans votre texte, l'idée que l'élévation spirituelle (et psychologique) demande que l'on ne porte pas un regard manichéen sur les diverse aspects de sa vie intérieure. Cela me semble la condition préalable à toute vraie transformation, une sorte d'« au-delà du bien et du mal » qui ne serait pas nietzschéen.

Ecrit par : Guy Morant | 24.03.2007

Quelque part, c'est surtout une question d'intelligence. Si "le peuple" en manque, il ne pourra comprendre les subtilités de l'ésotérisme. Et de courage. Il faut beaucoup de temps et d'effort pour s'engager dans une telle voie.
Il y a des grands sages, petits moines et chefs spirituels, qui adoptent une attitude calquée sur l'exotérisme, la bienséance pour ne pas choquer, mais ce n'est pas pour autant qu'ils n'intègrent pas l'ésotérisme. Leur intelligence, leur adaptabilité leur permettent souvent de changer de chapeau, de comportement. Toutefois, certains garderont toujours une droiture implacable, et d'autres toujours les "sages-fous." Mais peu sauront dire lesquels sont fous, lesquels sont sages. Ce sont les éternelles ambiguité et opposition entre l'apparence et l'essence.

La "folle sagesse" est un terme courant dans le bouddhisme ésotérique. Et Lao Tseu dans son Tao Te King disait que "pour l'homme vil, le sage passe pour un fou". Rabelais était peut-être de ces sages subversifs. Pourtant, il est facile de verser dans la "folle sagesse", de prétendre être au-delà. La réalité est que nous sommes nombreux à jouer les grands maîtres ésotériques, tombant dans la folie tout court sinon la bêtise, sans sagesse aucune. Il est peut-être donc plus "sage", de passer par la case "exotérisme"...

La plupart des athées n'adhèreront ni aux exotéristes, ni aux ésotéristes, car malgré leur tendance à tout rationaliser, leur distanciation intellectuelle, ils sont tout simplement moralistes et manichéens. Pour caricaturer, ils deviennent eux-mêmes des dieux, et prennent la place du Dieu des monothéismes. En effet, le moralisme et le manichéisme sont de l'ordre du sentiment, et les athées, prétendument vainqueurs de leurs "passions", ne peuvent admettre cette faiblesse. Ils diront que les exotéristes, lorsqu'ils appliquent leur principes, sont moralistes, "coincés des fesses" (oups !), et que les éxotéristes anticonformistes sont ammoraux, anormaux, aliénés.

En vérité, les athées sont les proies du même problème que les religieux : l'incapacité à appliquer l'attitude qu'ils prônent ( le dépassement du moralisme, de la normalité, des jugements de valeur). C'est sans doute parce que nous sommes généralement sous l'emprise de bons sentiments, de la volonté d'être bon et bien. Nous revendiquons l'abandon de la normalité et du moralisme, tout en oubliant que c'est pour bien faire. Ainsi, nous ne sortons jamais du manichéisme...peut-être.

Ecrit par : jungne | 25.03.2007

Heureusement pour eux (et pour nous), la plupart des athées se réclament d'un morale « rationnelle », mais agissent effectivement plus ou moins selon les principes de la morale classique (bien et mal, il faut être gentil, etc.) Je me gausse facilement de toutes les tentatives de fonder une morale sur l'utilité (« Il est plus utile que tout le monde soit heureux, donc j'agis de façon à rendre heureux les personnes qui m'entourent. ») En réalité, même des militants de l'athéisme et du matérialisme, comme Daniel Dennett, estiment que nous devons continuer de nous fier à nos valeurs innées (built-in). Il veut dire par là que la morale est un trait génétique, possédant une valeur adaptative (on se demande bien laquelle), et non une construction culturelle.
Sur le plan de la religion intérieure, la grande faiblesse de l'athéisme est de ne proposer, en guise de développement spirituel, qu'une hypertrophie de la rationalité. Ce qui revient à nier toute notre humanité et à nous proposer pour modèle l'impeccable froideur de la machine. Débarrassé de ses sentiments, de ses émotions et de ses valeurs morales, l'homme nouveau de l'athéisme est censé poursuivre inlassablement son propre intérêt, qui consiste à satisfaire ses (im)pulsions élémentaires. Ce projet, parfaitement compatible avec la modernité, ne conduit pas à l'épanouissement recherché (se « décoincer les fesses »), mais à un perte de repères et de sens. La religiosité moderne, avec tous ses excès, doit être considérée comme une tentative d'échapper à cette vacuité.

Ecrit par : Guy Morant | 25.03.2007

Je ne suis pas sûr que dépouillée de la morale" classique", l'humanité aurait forcément était pire que ce qu'elle est, avec tous les génocides, les corruptions, les absurdités qu'on lui connaît. (Qu'est-ce qu'une morale rationnelle ?)

N'oublions pas que dans cette "morale classique", il y a : "c'est bien d'être riche", "c'est bien de gagner", "c'est bien le confort", "c'est bien d'avoir plein de choses"... et cela impliquent pas mal d'actions néfastes. La "morale classique" est aussi la cause de la culpabilité, de bien des névroses et psychoses, qui sont eux-mêmes sans doute la cause de d'injustice, conflits, et de guerres.

Alors peut-être, l'humanité aurait été aussi pire, voire moins pire, sans morale classique. Mais celle-ci découle peut-être de mécanisme psychique inconscient. Loin de vouloir donner raison à Daniel Dennett ni à Freud avec son "surmoi", ne connaissant pas assez le sujet, je laisse toutefois la possibilité à une cause innée.

Ecrit par : jungne | 26.03.2007

Bonjour Jungne,
Je me suis permis un commentaire sur le texte que tu donnes à lire en lien. Visible en date du 24/03 sur mon blog. Et je cite une phrase extraite de ce même texte, le lendemain.
Merci de ton information. Je vois que tu es de retour. Chouette.

Ecrit par : Marc | 26.03.2007

Voila à ,ouveau de l'animation sur le blog. je vous lis tous avec attention car c'est très intéressant.Et puis cela change, par les temps qui courent...

Ecrit par : ariaga | 31.03.2007

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