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11.04.2007
Songe égocentrique et union cosmique
L'illusion du moi
L'argument d'Henri Laborit
Dans Eloge de la fuite (extraits) Laborit fait remarquer que notre structure neurologique (principalement notre cerveau) - qu'il ne distingue pas de notre psyché - est largement influencé dans une premier temps par notre environnement familial et social, puis nos proches et plus ou moins par les autres en général (je pense aux personnalités publiques, aux politiques, aux artistes...). Il y a un peu et parfois beaucoup des autres en nous, et un peu de nous chez les autres. Il est donc assez difficile, dans un contexte urbain, de donner une valeur intrinsèque à chaque individu. Nous sommes les autres.
Pages Henri Laborit de l'université Paris XII
Je pense donc je suis : une erreur conceptuelle
Le concept du moi apparaît avec l'identification au corps et aux sensations qui sont unifiés par ce que Jung appelle le complexe du moi, ou l'ego. Ce dernier est ou semble indispensable à la santé mentale et la vie sociale. Toutefois, les spiritualités orientales notent que cet ego est virtuel : on ne peut le trouver nul part. Cherchons-le dans les mains, dans la tête, dans les organes, dans le coeur, nous ne le trouverons pas. C'est donc un élément illusoire, fabriqué de toute pièce. L'argument avancé ici ne dit pas qu'il n'y a rien, mais que c'est une illusion. Lorsque nous rêvons, il y a bien un rêve, mais ce n'est qu'un rêve.
Si le "moi" était le corps, en donnant un doigt ou un organe pour une greffe, un bout de notre "moi" irait chez l'autre, mais ce n'est vraisemblablement pas le cas, même si, supposons-le, il y ait transfert d'énergie ou d'aura... Si le "moi" était les sensations, les pensées et les émotions, c'est qu'il est construit à partir d'éléments plus petits. On pourrait donc le démonter comme un meuble de chez IKEA. Mais pour la plupart, ce rêve est si puissant qu'on se fait avoir. C'est le piège de l'égocentrisme dont la carrière s'étend bien au-delà de la petite enfance.
Une sensorialité limitée
Nous nous identifions à notre corps, à nos pensée, nos sensations, nos sentiments, et nous croyons à notre "petit moi", pour lequel nous en faisons tout à plat. Nous nous distinguons des autres parce que nous ne ressentons pas ce qu'ils vivent. Mais si c'était le cas, nous ne ferions pas de différence, nous nous identifierons aux différents corps, aux sensations, aux différents individus que nous sommes ! Un peu comme les fourmis.
La séparation entre moi et les autres vient donc d'une limitation des sens et de la conscience.
Grand Un ou Grand Tout ?
L'holomouvement (source : chaouqi.net)
Selon Bohm, le monde matériel, tel que nous le percevons à travers nos sens et avec l'aide d'instruments variés qui étendent la portée de nos organes sensoriels, est seulement un aspect de la réalité qu'il appelle l'ordre déplié ou développé. La matrice qui le génère, c'est-à-dire l'ordre implié ou inveloppé, n'est pas normalement accessible aux sens ni à l'investigation scientifique directe ; en plus Bohm insiste sur la nature dynamique et le flux continu de l'Univers. A la fois la mécanique quantique et la théorie de la relativité impliquent clairement que la relativité doit être comprise, non comme un assemblage d'objets ou entités séparées, mais comme un processus de plénitude indivise en état de flux et de changement constant.
N'importe quel événement, objet ou entité, observable et descriptible, quel qu'il soit, est abs-trait, d'un flux uni, indéfinissable et inconnu, le holomouvement.
l'Univers est un tout infrangible...[...]
Pour en savoir plus lire La Plénitude de l'univers
Subtilités conceptuelles
Il y a toujours entre monothéisme, polythéisme et spiritualités athées des débats relativement passionnées. Parfois, la différence se joue juste sur la conception de l'Un et du Tout. Polémiquons un peu. Pourquoi tout le monde ne meurt-il pas alors que Monsieur Dupont s'est éteint, si nous sommes tous un ? Où est l'unité si nous sommes un Tout composé d'une infinité d'éléments insignifiants ? Unus Mundus, Grand Un ou Grand Tout font partie des mots fourres-tout comme "amour" qui sont si facile à dire pour séduire, mais si difficile à expliquer. L'image de l'océan me semble acceptable. On peut le considérer comme un fluide (un grand Un), composée d'innombrables molécules d'eau : les individus. Nous, gouttes d'eau interdépendantes, non pas perdu dans l'océan cosmique, mais y occupant chacun notre place, avons le destin lié dans le flux de l'espace-temps. Il n'y a pas une goutte qui soit plus belle, plus importante, plus digne, qui vaille plus qu'une autre. C'est là, je crois, où la tolérance, la fraternité, l'amour (on en reparlera) prennent tout leur sens.
23:40 Publié dans Athéisme & Religion | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : egocentrisme, union, moi, unus mundus, grand un, grand tout, holomouvement
Commentaires
Je vines de trouver la note, un peu tard pour la lire comme il faut. Je vais revenir. Amitiés.
Ecrit par : ariaga | 15.04.2007
Bonsoir, jungne,
Dans cet intéressant article, vous touchez un problème fondamental de toute spiritualité. L'attachement au moi, cette entité abstraite, composite et éphémère, est en effet considérée par la plupart des traditions comme un obstacle au développement de l'être. Se croire important, supérieur, céder au culte de sa propre personnalité, c'est faire preuve à la fois d'égoïsme, d'ingratitude et d'aveuglement.
Je me permets pourtant de souligner que les arguments scientifiques que vous citez peuvent conduire à nier, non seulement le moi, mais la conscience elle-même. Pour un neuroscientifique matérialiste (certains ne le sont pas, heureusement), quand on démonte l'édifice de la personnalité, il ne reste rien. À l'inverse, le point de vue dualiste consiste à affirmer qu'une fois que l'on a enlevé toutes les couches superficielles, on atteint l'essence de l'être. Reste à définir cette essence : pure perception, âme immortelle, version épurée de la personne, etc.
Un exemple : les expériences de mort imminentes semblent montrer la permanence d'une identité humaine avec ses émotions et ses souvenirs hors du fonctionnement d'un cerveau. Cette identité humaine vit certaines expériences, dont celle de fusionner avec le Tout sans perdre son individualité. Après le retour dans le corps, l'« expérienceur » conserve fréquemment de son voyage le don de resentir la vie intérieure des autres comme s'il s'agissait de la sienne. Bref, il ne perd pas sa personnalité superficielle, mais arrive à la dépasser pour se concevoir comme une « goutte d'eau interdépendante, non pas perdue dans l'océan cosmique, mais y occupant sa place ». Jung, que vous citez, a vécu une telle expérience en 1944. Toute sa pensée en a été marquée ; comme il le reconnaît lui-même, « bon nombre de [ses] œuvres principales ne furent écrites qu'après.»
Ecrit par : Guy Morant | 17.04.2007
Tout d'abord, je précise une chose : le moi n'est pas un obstacle mais le matériau de base qui permet le développement de l'être pour la plupart des traditions spirituelles. C'est le plomb qui deviendra or, c'est la boue où prend racine le lotus.
« goutte d'eau interdépendante, non pas perdue dans l'océan cosmique, mais y occupant sa place », c'est de moi, ou alors c'est une citation inconsciente.
Je pense qu'avec un esprit tordu on peut détourner tout argument scientifique. Ma position serait de dire que l'on ne peut pas se prononcer sur l'existence ou l'inexistence d'un moi ou d'une conscience. Cette façon de pensée orientale est souvent mal comprise par le rationalisme cartésien qui veut qu'une chose ne peut en être deux à la fois : heureusement la physique quantique est arrivée. Il s'agit déjà de relativiser autant le moi que la conscience.
Les EMIs montrent que l'esprit est peut-être plus autonome vis-à-vis du corps qu'on ne le croit. Mais cela ne prouve pas, selon moi, qu'il s'agit d'une identité permanente (inchangeante) et qu'elle n'est pas illusoire, qu'elle possède une existence intrinsèque. Einstein ne disait-il pas que l'univers était une illusion ? Illusion n'est pas inexistence, elle est bien existente !
La science nous a montré que l'essence de l'univers était au-delà de toute dualité, pourquoi l'essence de l'être ne serait-il pas au-delà de toute dualité - transcendante ?
Ecrit par : jungne | 17.04.2007
J'ai eu grand plaisir à lire ce texte, en particulier les réflexions sur l'unus mundus et la Totalité. Je suis aussi tout à fait d'accord (votre commentaire) sur la nécessité de la solidité du Moi.
Amicalement.
Ecrit par : ariaga | 19.04.2007
En fait l'idée générale de l'ésotérisme introspective et spirituelle, serait de ne pas catégoriquement définir l'ego comme étant existant OU inexistant, comme était uni ou séparé de l'univers. Le moi serait donc à l'instar de la lumière, indétérminable dans son essence absolue. Le but serait donc d'approcher un discernement implacable des phénomènes du monde relatif (moi et les autres), et le monde absolu : la transcendance de la dualité.
Ecrit par : jungne | 23.04.2007