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30.04.2007
La morale athée
Il n'y a rien de bon ou de mauvais, sinon l'idée que l'on s'en fait. Shakespeare
Rien n'a de sens. Ni la vie, ni la mort. Surtout, il n'y a rien après la mort. La vie n'a pas de but, pas d'objectif, de destination, d'utilité. La vie n'est rien, ou ce que l'on en fait.
Même le plus matérialiste des matérialistes a du mal à se débarrasser de sa morale. Un don ou une tare de l'humanité ? Car ce n'est pas bien d'être immoral ou amoral, n'est-ce pas ? Il a fallu donc trouver des justifications rationnelles à cette morale. Déjà, on commence par changer de terme en remplaçant "morale" par "éthique", ça fait moins puéril. Ca fait plus raisonné, détaché, rationnel. Morale, ça nous fait penser à bien et mal, gentil et méchant.
Une personne rationnelle et rationnalisante ne va pas dire "c'est mal de faire ceci ou de faire cela", mais plutôt "cela est déloyal", "cela va causer le désordre social", "c'est une injustice intolérable", "ce n'est pas équitable", "c'est inhumain" ou tout simplement "c'est illégal". Si l'on creuse la question, on trouve des évidences : le désordre, c'est mal, l'injustice, c'est mal. Une morale toute bête.
La plupart des "gentils" se battent sous la bannière de l'humanisme ou de l'altruisme, tout en fuyant leurs propres peurs, tout en se permettant de juger implacablement les autres (les dictateurs, l'armée, les politiciens...), car c'est eux qui font le mal, qui sont stupides, immoraux, inhumains. Les "gentils" ne sont jamais manichéens, toutefois les escrocs et les impérialistes sont les méchants qu'il faut combattre. Finalement, nous sommes des dictateurs qui décident ce qui est bien et ce qui est mal, mais l'univers se passerait bien de ces décisions faciles. Chacun de nous est le Dieu de son univers personnel.
On pense surtout à soi-même, à sa souffrance, à son avenir. Un proche m'a fait l'aveu que s'il militait pour la justice dans le monde et l'écologie, pour empêcher les innocents de se faire massacrer ou empoisonner, c'est parce qu'au fond, il avait peur de la mort. Il ne semblait pas se rendre compte du terrible paradoxe. Pourquoi se soucier du sort des autres, alors que la motivation est personnelle (égoïste) ? (voir "la psychologie du décalage" et "l'évitement de la souffrance")
En fin de compte, notre la moral repose surtout sur les différentes peurs qui rôdent dans les tréfonds de notre psyché. Toute attitude ou morale fondées sur la peur aboutissent manifestement à grande échelle ou à long terme à l'agression, la répression, à l'absurde ou à la folie. Si nous n'avions pas peur de la mort, si nous n'avions pas peur d'être pauvres, de souffrir, peut-être qu'il n'y aurait plus de méchants ni de pécheurs. C'est cette sérénité peut-être, cette acceptation de la fatalité que nous devrions trouver, plutôt que cette lutte à la Don Quichotte, cette croisade contre l'inhumain, l'injustice (le mal, quoi), cette fuite de nos peurs.
Peut-être pouvons-nous reprendre ou créer des codes de conduite non fondé sur la peur mais sur l'amour. Cela demande bien sûr de prendre conscience de cette peur et de s'en affranchir petit à petit, et de s'imprégner de l'amour. Si l'on considère que tous les êtres sont des gouttes d'eau dans un océan (voir "songe égocentrique et union cosmique"), et que l'on réalise le fait que personne ne veut souffrir, il se dégage deux repères : la souffrance et le bonheur. Et il va de soi que certains actes dans certaines conditions mènent à la souffrance, et d'autres, parfois les mêmes, au bonheur, selon les circonstances et les personnalités. En considérant l'humanité comme un tout, il est devient logique d'éviter de nuire aux autres. La démarche spirituelle est non seulement d'avoir cette conception mentale mais aussi de ressentir cette unité par différent biais. Afin de discerner les actions réduisant la souffrance et apportant la joie de celles causant la souffrance, il semble nécessaire d'aiguiser une intelligence et une sensibilité, une intuition de plus en plus subtile. Dans cette vision de l'éthique qui n'est pas une couverture de l'égocentrisme, il n'y a pas de règle ni d'action toute faite. Des repères et des principes sont nécessaires, mais il n'y a pas de procédure absolue. Il s'agit de nous familiariser avec les lois qui sous-tendent notre univers et notre esprit. Parfois, les procédures simplifient le quotidien, mais la souplesse mentale est souvent requise pour s'adapter aux humeurs des uns, aux caprices des forces naturelles, aux accidents.
Voir "entre le mal et le diable"
01:10 Publié dans Athéisme & Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Morale, éthique, athée, mort, peur, amour, équanimité
11.04.2007
Songe égocentrique et union cosmique
L'illusion du moi
L'argument d'Henri Laborit
Dans Eloge de la fuite (extraits) Laborit fait remarquer que notre structure neurologique (principalement notre cerveau) - qu'il ne distingue pas de notre psyché - est largement influencé dans une premier temps par notre environnement familial et social, puis nos proches et plus ou moins par les autres en général (je pense aux personnalités publiques, aux politiques, aux artistes...). Il y a un peu et parfois beaucoup des autres en nous, et un peu de nous chez les autres. Il est donc assez difficile, dans un contexte urbain, de donner une valeur intrinsèque à chaque individu. Nous sommes les autres.
Pages Henri Laborit de l'université Paris XII
Je pense donc je suis : une erreur conceptuelle
Le concept du moi apparaît avec l'identification au corps et aux sensations qui sont unifiés par ce que Jung appelle le complexe du moi, ou l'ego. Ce dernier est ou semble indispensable à la santé mentale et la vie sociale. Toutefois, les spiritualités orientales notent que cet ego est virtuel : on ne peut le trouver nul part. Cherchons-le dans les mains, dans la tête, dans les organes, dans le coeur, nous ne le trouverons pas. C'est donc un élément illusoire, fabriqué de toute pièce. L'argument avancé ici ne dit pas qu'il n'y a rien, mais que c'est une illusion. Lorsque nous rêvons, il y a bien un rêve, mais ce n'est qu'un rêve.
Si le "moi" était le corps, en donnant un doigt ou un organe pour une greffe, un bout de notre "moi" irait chez l'autre, mais ce n'est vraisemblablement pas le cas, même si, supposons-le, il y ait transfert d'énergie ou d'aura... Si le "moi" était les sensations, les pensées et les émotions, c'est qu'il est construit à partir d'éléments plus petits. On pourrait donc le démonter comme un meuble de chez IKEA. Mais pour la plupart, ce rêve est si puissant qu'on se fait avoir. C'est le piège de l'égocentrisme dont la carrière s'étend bien au-delà de la petite enfance.
Une sensorialité limitée
Nous nous identifions à notre corps, à nos pensée, nos sensations, nos sentiments, et nous croyons à notre "petit moi", pour lequel nous en faisons tout à plat. Nous nous distinguons des autres parce que nous ne ressentons pas ce qu'ils vivent. Mais si c'était le cas, nous ne ferions pas de différence, nous nous identifierons aux différents corps, aux sensations, aux différents individus que nous sommes ! Un peu comme les fourmis.
La séparation entre moi et les autres vient donc d'une limitation des sens et de la conscience.
Grand Un ou Grand Tout ?
L'holomouvement (source : chaouqi.net)
Selon Bohm, le monde matériel, tel que nous le percevons à travers nos sens et avec l'aide d'instruments variés qui étendent la portée de nos organes sensoriels, est seulement un aspect de la réalité qu'il appelle l'ordre déplié ou développé. La matrice qui le génère, c'est-à-dire l'ordre implié ou inveloppé, n'est pas normalement accessible aux sens ni à l'investigation scientifique directe ; en plus Bohm insiste sur la nature dynamique et le flux continu de l'Univers. A la fois la mécanique quantique et la théorie de la relativité impliquent clairement que la relativité doit être comprise, non comme un assemblage d'objets ou entités séparées, mais comme un processus de plénitude indivise en état de flux et de changement constant.
N'importe quel événement, objet ou entité, observable et descriptible, quel qu'il soit, est abs-trait, d'un flux uni, indéfinissable et inconnu, le holomouvement.
l'Univers est un tout infrangible...[...]
Pour en savoir plus lire La Plénitude de l'univers
Subtilités conceptuelles
Il y a toujours entre monothéisme, polythéisme et spiritualités athées des débats relativement passionnées. Parfois, la différence se joue juste sur la conception de l'Un et du Tout. Polémiquons un peu. Pourquoi tout le monde ne meurt-il pas alors que Monsieur Dupont s'est éteint, si nous sommes tous un ? Où est l'unité si nous sommes un Tout composé d'une infinité d'éléments insignifiants ? Unus Mundus, Grand Un ou Grand Tout font partie des mots fourres-tout comme "amour" qui sont si facile à dire pour séduire, mais si difficile à expliquer. L'image de l'océan me semble acceptable. On peut le considérer comme un fluide (un grand Un), composée d'innombrables molécules d'eau : les individus. Nous, gouttes d'eau interdépendantes, non pas perdu dans l'océan cosmique, mais y occupant chacun notre place, avons le destin lié dans le flux de l'espace-temps. Il n'y a pas une goutte qui soit plus belle, plus importante, plus digne, qui vaille plus qu'une autre. C'est là, je crois, où la tolérance, la fraternité, l'amour (on en reparlera) prennent tout leur sens.
23:40 Publié dans Athéisme & Religion | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : egocentrisme, union, moi, unus mundus, grand un, grand tout, holomouvement
01.04.2007
Ce que cache un croyant
Souvent, lorsque les athées parlent de "croyants", le terme regroupe autant les "croyants non pratiquants" que les pratiquants et les croyants non religieux. Si c'est le cas, c'est parce que pour eux, la principale préoccupation, le sujet au coeur du débat est la croyance, alors que dans une spiritualité authentique, il n'en est pas de même.
Parmi les fidèles d'une religion, les personnes crédules ou ceux qui ne veulent pas approfondir s'en tiennent à une croyance plus ou moins forte, en tout les cas plus ou moins creuse, artificielle. A moins d'être vertueux, talentueux, géniaux dès le début, les croyants "débutants" font preuve de peu de qualités, de capacités spirituelles : patience, tolérance, générosité, lucidité, courage, douceur, réactivité, sagesse,... Ils sont les cibles les plus faciles des critiques athées. (c.f. : la mythomanie spirituelle)
Certains débutants sont prudents et n'attachent pas d'importance à la croyance, mais à l'efficacité ou à la pertinence des sermons ou enseignements donnés.
Dans les fidèles plus avancés ou assidus, une partie croit au divin, une autre non ou ne s'en préoccupe pas. Quelque soit leur position, leur caractéristique principale est une pratique régulière voire intensive. Si une minorité développent des qualités humaines et spirituelles, pour la majorité ce n'est pas le cas, où à très faible allure. Cette majorité constitue la meilleure proie des athées car ils "nourrissent" un énorme paradoxe. Paradoxe n'est que contradiction apparente : cela n'est pas sans explication. En effet, une pratique spirituelle qui n'est pas connectée à l'introspection, soit une confrontation avec son âme, son inconscient, ses émotions, ne peut engendrer une transformation en profondeur. Laisser intact ses névroses, ses fixations mentales, puis s'exercer au lâcher-prise et accumuler des savoirs, des capacités mentales, psychiques, revient à rincer, sécher et parfumer son corps souillé sans l'avoir savonné. Pratiquer sans s'être interrogé sur sa motivation profonde revient à partir en voyage sans avoir vérifié la destination. (c.f. : la psychologie du décalage)
Il y a une différence majeur qui se retrouve à tous les niveaux, c'est la foi : pas dans le sens de Comte-Sponville (L'esprit de l'athéisme) mais d'un sentiment profond, d'un ressenti d'une présence transcendante (c.f. : la foi et la croyance). Une personne qui a la foi, a comme motivation l'exaltation, un sentiment de grandeur à sa démarche spirituelle. Une personne qui n'a pas la foi, aura comme motivation - en général inconsciente - la peur (de la mort, de la solitude, de l'échec, etc.), la culpabilité, le narcissisme, que cela soit sous couvert d'un raisonnement sophistiqué, ou pas...
Parmi les personnes a-religieuses, il existe de telles personnes qui ne pratiquent aucune forme de religion mais qui ont la foi. Ce n'est pas pour autant qu'elles n'ont pas accès à l 'introspection et au développement spirituel qui peut se vivre à travers les actes de la vie quotidienne, le développement personnel ou une psychothérapie.
En résumé, la croyance importe peu dans la spiritualité. Pratiquer une religion peut contribuer à la maturation intérieure, mais pas toujours. Ce qui compte est l'investissement dans l'introspection et l'entraînement de l'esprit dirigé vers la sagesse. Ce qui change tout, c'est la foi. En définitive, la dichotomie croyants / non-croyants est trop grossière.
01:40 Publié dans _Glossaire_ | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : croyant, pratiquant, religieux, introspection, foi, spirituel, croyance