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01/05/2007

Amour, compassion, couple et célibat

Fini les fleurs bleues, les saxos et les violons


s'Aimer soi-même

medium_vajrasattva1.jpg En se dépouillant d'une morale répressive, de son juge intérieur tout-puissant, il devient possible de s'aimer véritablement : de s'accepter tel que l'on est et se chérir. C'est de reconnaître son existence et le droit d'être. C'est se donner du respect, l'espace et le temps nécessaire à son épanouissement. On n'abandonne toute notion de gain et de perte, de victoire-échec. Du moins, on essaye de relativiser tout cela. On apprend à perdre, on s'accoutume à l'échec. On s'autorise à faire des erreurs, à souffrir et à faire souffrir. Personne n'exige de nous d'être parfait, ou n'a pas la légitimité de le faire.

Je suis moche, idiot, pauvre, arrogant, méchant, paresseux. Et ce n'est pas grave. L'amour sans limite ne fait pas de tri, il embrasse tout.
Dans une vision dualiste il s'agirait d'intégrer le mal, l'ombre qui est en nous. Dans un langage alchimique, c'est l'union des contraires, du négatif et du positif, de la lumière et de l'ombre. On n'est plus dans une échelle de valeur qui implique la compétition et la fascination : élever et acclamer ce qui est bon et mépriser ce qui est mauvais. On parle alors d'équanimité où l'amour n'est plus l'attachement à des qualités particulières mais l'accueil de toute chose telle qu'est se manifeste. C'est ainsi que se forme le chemin vers la non-dualité.


Aimer les autres

Comme nous l'avons vu dans "l'évitement de sa propre souffrance", la générosité et l'altruisme peuvent être une fuite de soi-même, de ses besoins et responsabilités, et de la réalité. Quelques rares personnes sont naturellement dotées d'un amour authentique qui ne reposent pas sur des pulsions narcissiques ou l'attente de récompenses, mais ce n'est pas le cas du grand nombre. Il semble néanmoins que plus nous arrivons à faire preuve d'empathie, à concevoir la multitude des êtres comme un tout où les barrières sont virtuelles, voire de vraiment ressentir ce que vit autrui à l'instar de certains mystiques, l'amour se déploie avec moins de difficulté (voir "Songe égocentrique et union cosmique". Ce qui demande de l'effort c'est le chemin pour atteindre cette compréhension et ce ressenti.

L'amour n'implique pas forcément de passer son temps à aider les autres ou d'être bénévole dans l'humanitaire. C'est d'abord ne pas juger et considérer autrui comme son égal. Il intervient dans le quotidien, dans les petits gestes et les petites rencontres. Cet amour-là est lucide, intelligent, pragmatique, ancré dans la réalité. Il est romantique et cynique à la fois ou plutôt au-delà des deux. Il n'est pas fasciné ou aveuglé. Il n'idéalise pas. L'idéalisme est toujours déçu. Il est relié aux situations concrètes qui produisent souffrance et joie. Il ne déforme pas les faits en mièvrerie qui n'a d'autre nom que la duperie. Il embrasse tous les êtres mais ne dit pas oui à tout : à l'agression, à l'arrogance, à la tromperie... Comme disent de nombreux maîtres de méditation, "dites 'oui' dans votre coeur, et 'non' avec votre bouche". Une mère aimante ne permet pas tout à son enfant, ce n'est pas une question de morale mais d'évidence liée à la réalité de la souffrance. (Cela ne signifie pas qu'une mère aimante à toujours raison) La compassion est donc forcément liée à la sagesse. Un fait est que l'on peut être tout amour sans être gentil. On peut être gentil en étant mesquin. Ne pas tomber dans le piège de la gentillesse et des bons sentiments.


Amour en couple

Il faut bien discerner l'amour sans attente ni discrimination et l'attachement du type "je t'aime, tu m'aimes". L'amour intéressé qui sous-tend la plupart des couples et mêmes des amitiés reposent sur un échanges de bons procédés, est en premier lieu - pour caricaturer - un consensus d'intérêts mutuels et communs. C'est ainsi que l'on trouve souvent des individus désabusés qui cessent de croire en toute pertinence de l'amour des amoureux, et des croyants, religieux et mystiques qui choisissent le célibat et la chasteté.
Pourtant, la vie de couple permet de se confronter d'avantage à l'autre du fait de l'intimité de la relation. Elle oblige également à accepter d'avantage les défauts d'autrui si l'on ne choisit pas le conflit ou le non-dit. L'alter ego jouant le rôle de miroir, il permet la remise en question de soi-même. Pour les personnes qui se jugent trop, qui ne s'aiment pas, l'affection et l'accueil de leurs partenaires peuvent amener l'acceptation de l'autre et la confiance en soi. Nous n'avons plus cette conception du mariage, mais autrefois, l'anneau symbolisait l'union et l'engagement du couple à cheminer vers la réalisation de soi, ce qui impliquait de dépasser les moments difficiles et les disputes. Le but alors n'était pas simplement d'officialiser une affection réciproque mais aussi et surtout une entraide sur le chemin spirituel.  Il faut alors accueillir le bon et le mauvais : "pour le meilleur et pour le pire".
N'est-ce pas aussi une manière d'apprivoiser le masculin extérieur (pour une femme) et de fructifier le masculin intérieur, le féminin extérieur et intérieur (pour un homme) ? La plupart d'entre nous ont peur de l'autre versant de la montagne et prennent partie pour la virilité, la féminité, la gauche, la droite, l'altruisme, l'égoisme. Parfois nous n'assumons pas notre virilité ou notre féminité, etc. L'union des contraires amènent à la complétude. Toutefois, les personnes prêtent à se remettre en question,  à s'aventurer sur l'autre versant de la montagne, ne sont pas toujours faciles à trouver.

Passer de l'amour égoïste à l'amour sans limite n'est pas sans peine ni sans effort, mais c'est le seul chemin envisageable pour la plupart d'entre nous.


Amour célibataire


Le célibat et la vie monastique ont leurs atouts dans une perspective spirituelle : ils permettent de plus se confronter à soi-même, à ses angoisses et désirs plutôt que de fuir dans la distraction et les plaisirs mondains et charnels, donc de prendre plus de temps pour l'introspection. Une vie recluse permet de consacrer beaucoup plus de temps à la méditation, aux études diverses (sur soi-même, l'univers...). La vie dans les monastères, collective, implique beaucoup la relation à l'autre et non l'isolement. De plus, le célibat permet de se consacrer à oeuvrer plus pour le bien d'autrui en général, au lieu de favoriser une seule personne. Pour les ascètes qui ne vivent même pas en groupe, il leur est demandé de temps en temps de se rendre en ville pour se confronter aux autres afin d'éprouver leurs éventuels progrès et réalisations spirituelles. C'est le cas des traditions intelligentes dont les maîtres ne se voilent pas la face. On ne se retire pas dans les grottes pour y rester rempli de mépris et de pitié. Si les traditions spirituelles ont toujours conservé autant la voie monacale que séculière, c'est bien que chaque voie a ses avantages et inconvénients. Selon les époques, l'une ou l'autre est privilégiée mais chacun y trouve son compte.


Amour

L'amour authentique n'implique pas que la beauté et la justice. Il n'est jamais aveuglé par les apparences. Il ne rejette au fond ni la laideur, ni la souffrance, ni le mal. Cependant, il n'empêche pas de distinguer ce qui cause la souffrance de ce qui cause le bonheur, et en cela de faire des choix réfléchis : l'amour véritable ne s'oppose pas à la raison.

Voir également l'article "Autorise-toi à (t')aimer" du site soupir.org

Commentaires

Bonjou, jungne,

Voilà un mot qui peut autant désigner un attachement mièvre et égoïste à l'égard d'objets ou d'êtres dont nous ne percevons que la matérialité que le degré suprême de l'achèvement spirituel. Comme nous le savons, notre époque s'y entend pour fournir une version édulcorée, une version « Star Academy » de tout ce qui a de la valeur. L'amour de soi devient autosatisfaction, l'altruisme charité humanitaire et l'amour conjugal narcissisme.

Ce qui me frappe, dans votre tour d'horizon, c'est combien chaque type d'amour correspond à un chemin d'évolution spirituel. Au-delà des apparences, des illusions glorieuses et des écueils, ces quatre aspects de l'amour nous offrent autant d'occasions d'apprendre et de grandir. Abandonner nos illusions, lâcher ce qui nous semblait important (le moi, l'orgueil, l'égoïsme) pour accéder à un autre niveau d'expérience : la vie permet à tout individu de suivre une voie spirituelle à travers les réalités les plus ordinaires.

Écrit par : Guy Morant | 03/05/2007

Tous les chemins mènent à Rome. Certains sont plus escarpés, plus longs, plus... On peut marcher, rouler à vélo, monter à cheval, prendre la voiture ou le train, mais tous les modes de transport ne conviennent pas à tout le monde.

Écrit par : jungne | 12/05/2007

Votre blog m'apaise. Merci.

Écrit par : Violaine | 27/05/2007

De rien.

Écrit par : jungne | 28/05/2007

j'aime énormément ce texte. Puis je le copier et le coller, en citant bien sûr sa source, sur ce blog : http://longuesjambes1.skynetblogs.be/ ?

j'attends votre autorisation avant de faire quoi que ce soit.

Merci

Écrit par : longuesjambes | 19/07/2007