Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« La solution intérieure, Thierry Janssen | Page d'accueil | Libérez votre créativité, Julia Cameron »

28/05/2007

Esotérisme, exotérisme et syncrétisme

Une séparation subtile, un mariage ambigu

Opposition réelle ou apparente ?

esoterisme L’exotérisme et l’ésotérisme : clichés et nuances

Dans un contexte religieux, l’exotérisme fait référence aux pratiques et enseignements divulgués au grand nombre. Ces derniers sont standardisés, plus ou moins stéréotypés et accessibles à la compréhension de tous, même au risque de sembler naïf et puéril aux yeux de certains, intellectuels et scientifiques. Il agit comme une grille qui ordonne les choses. C’est lui qui, en parallèle avec la loi, par une morale et des règles toutes faites, règle la vie quotidienne de la masse croyante, sans la faire nécessairement évoluer. Celui qui suit des règles à la lettre sans se poser de question sur lui-même, sur la vie, ne mûrit pas.
L’exotérisme ou l’orthodoxie, par son caractère univoque, schématique et populaire, est aussi un instrument de pouvoir et de domination, comme Laborit le décrit si bien dans l’Eloge de la fuite. C’est dans ce cadre-là que se forment les hiérarchies, les institutions et l’autorité religieuse.

Les 10 commandements, les 5 vœux bouddhistes de fidèle laïque (ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler, ne pas prendre d’intoxicants, ne pas tromper son/sa partenaire) ou "la voie étroite" sont des émanations d’un cadre exotérique parfois à la limite du réactionnaire ou de l'intégrisme. Les parents catho-catho, sur-musulmans, hindous orthodoxes, bouddhistes Théravada parlent de "garçon correct" que leur fille peut épouser - et de "garçon incorrect" infréquentable.


L’ésotérisme à l’opposé correspond à ce qui est caché, secret, réservé aux initiés ou à une élite. On pense à la franc-maçonnerie ou à des gens bizarres, qui ont des codes et des signes suspects avec des objectifs suspects. Les enseignements ésotériques sont complexes, subtiles, sophistiqués, profonds, parfois obscurs et impopulaires. On parle de concepts comme la vacuité, le non-dualisme ou la transcendance.
Ce sont les rites d’initiation qui permettent à chacun d’avoir accès à certains textes ou méthodes secrètes. Les adeptes sérieux s’engagent dans une quête initiatique qui est parfois dissimulée de l’entourage. L’ésotérisme, équivoque, d’apparence parfois stupide ou absurde éloigne ou aliène plus d’un. Les mystiques, qu’ils aient été chrétiens, soufis ou juifs, ont été martyrisé à travers l’histoire. Leurs homologues orientaux ont eu la vie un peu plus facile, mais s’ils ont toujours été l’objet de la plus grande méfiance des institutions et hommes de pouvoir de la planète.

Esotérisme comme : le soufisme musulman, l’hésychasme chrétien orthodoxe, l’hermétisme, l’alchimie, la kabbale juive, le tantrisme ou tantrayana hindou ou bouddhique, le chamanisme.

D’un certain côté, il y a donc un antagonisme entre ces deux grandes approches par une apparente opposition de point de vue, et par la manière de gérer la société (même si en réalité ce n’est pas aussi simple).


Voici une histoire soufi :
Ibn Arabi, considéré comme étant le plus grand sheikh (enseignant, maître initiateur) soufi, passa par la Tunisie pour se rendre à la Mecque. En Tunisie, il entendit parler d’un saint homme qu’il devait absolument aller voir. Ce saint homme était un pêcheur qui vivait dans une hutte fait de terre au bord de la mer. Il pêchait trois poissons par jour, ni plus ni moins, et donnait la chair aux pauvres. Il gardait la tête de ces poissons pour les cuir et les manger. Il menait une vie de monastère, s’étant retiré du monde. Bien sûr, Ibn Arabi était impressionné par une telle discipline. Il discuta avec le pêcheur et celui-ci lui demanda : « Où allez-vous ? Allez-vous passer par le Caire ? » Ibn Arabi acquiesça. «  Mon sheikh vit là-bas. Pourriez-vous lui rendre visite et lui demander conseil pour moi, car toutes ces années j’ai prié et vécu humblement comme cela, et je n’ai obtenu aucun progrès dans ma vie spirituelle. Je vous en prie, demander lui un conseil. »

Ibn Arabi promit qu’il le ferait et en arrivant au Caire, il demanda où se trouvait le sheikh. On lui répondit : « vous voyez l’immense palais au sommet de la colline ? C’est là qu’il demeure. » Il s’y rendit et fut accueilli agréablement. Des serviteurs l’amenèrent dans une salle d’attente luxueuse et lui servirent de la nourriture. Puis Ibn Arabi regarda par la fenêtre et aperçut une procession. Le sheikh qui arriva à grande pompe chevauchait une magnifique  monture, portait une fourrure et des bagues de diamants, et était entourée d’une garde d’honneur. Mais il était un homme bon et salua Ibn Arabi chaleureusement. Ils s’asseoyèrent et commencèrent à discuter. A un moment de la conversation, Ibn Arabi dit : « Vous avez un disciple en Tunisie. - Oui, je sais, répondit le sheikh. - Il vous demande un conseil spirituel. - Dites à mon disciple que s’il est trop attaché à ce monde, il n’arrivera jamais à rien. »

Ibn Arabi n’y comprenait rien mais, à son retour du voyage, revit tout de même le pêcheur en Tunisie. Ce dernier demanda immédiatement : « Avez-vous vu mon sheikh ? » Il répondit oui. « Qu’a-t-il dit ? » Ibn Arabi, l’air embarrassé, avoua : « Eh bien, vous savez, votre sheikh, il vit en grande pompe et dans le grand luxe. - Oui, je sais. Qu’a-t-il dit ? - Il a dit que tant que vous êtes attaché à ce monde, vous n’arriverez jamais à rien. »

Et le pêcheur pleura longuement. « Il dit vrai, souffla-t-il. Chaque jour, lorsque j’offre la chair de ces trois poissons, mon cœur se déchire. Chaque jour, je mourrais pour avoir un poisson plutôt qu’une seule tête, alors que mon sheikh vit dans le luxe sans en avoir le moindre souci.



Dans ce conte, le pêcheur peut être le représentant de l’exotérisme, de la discipline. Bien que l’ésotérisme puisse s’apparenter à l’ascèse, à la vie dure, le riche sheikh peut l’incarner dans sa forme « alchimique » : on dépasse les apparences du monde dans le monde. Transmutation de nos rapports à objets et aux sens à l'intérieur-même du monde, voire des mondanités et des frivolités. (On entend même parfois dire que les anges ou les bouddhas se cachent parmi les mendiants, les prostituées et les brigands). Mais ce jeu avec le feu n’est pas sans danger et les victimes de « brûlures » sont nombreuses. Nombreux sont aussi ceux qui manquent de préparation à cette voie on ne peut plus subtile, mais qui se lancent et persistent par orgueil (ou « pour le style »).

Plus vite que la musique

L’ésotérisme religieux s’est rapidement popularisé en Occident durant le 20ème siècle. De nombreuses personnes intelligentes mais trop pressées se sont jetées et se jettent encore sur les mines d’or de l’ésotérisme. Bien sûr ils se trompent - même si l’argument selon lequel les erreurs sont formatrices est à prendre en compte.
Pour commencer, certaines personnes sont encore trop fragiles pour s’engager sur le chemin si difficile de la spiritualité et de l’introspection, de la confrontation avec soi-même (le grand jihad…) - ou même de l’exotérisme le plus basique. Peut-être devraient-ils passer par la case "apprendre à s'aimer", relaxation ou psychothérapie.
Les autres ont un mental assez solide mais manquent souvent d’études, d’entraînement et d’expériences de la vie, de lucidité. Dans bien des cas, un guide qualifié, même un guide tout court manque. En fait, il est certainement plus honnête pour ces derniers de commencer par la case départ - la case exotérisme - que de se prendre pour Jésus ou Merlin l’enchanteur. Nous sommes faibles, cette réalité est dure à accepter avec nos tripes.

L’exotérisme constitue les fondements de la spiritualité avec une discipline du corps et de l’esprit, des règles exigeantes mais simples et des entraînements à la patience, la concentration, l’humilité, l’écoute et la présence à soi. Ce qui est déjà énorme et peu occuper toute une vie.

Ce premier bagage - un minimum de maîtrise de soi - est indispensable pour embarquer dans le vaisseau supersonique de l’ésotérisme et atterrir dans la dimension transcendante de la non-dualité, de l’absolu, de l’ineffable…

On peut dire alors que l’ésotérisme et l’exotérisme ne sont que des façons différentes de voir et de vivre le monde. Selon sa personnalité et ses capacités, la maturation spirituelle est plus ou moins rapide avec l’une ou l’autre de ces voies. On peut aussi considérer que l’un contient l’autre ou que l’ésotérisme est une extension de l’exotérisme. On peut trouver une analogie avec la différence entre la vision newtonienne/cartésienne de l’univers et la relativité générale d’Einstein.

Mise au point

Certaines doctrines ésotériques ne sont pas forcément secrètes ou difficiles d’accès. Le bouddhisme Vajrayana avec de nombreux livres théoriques et pratiques en vente (peut-être à tort), des rituels rendus accessibles aux débutants (notamment le Kalachakra), est bien moins opaque que la franc-maçonnerie.


L’ésotérisme mercantile

Les différents mouvements et « nouvelles spiritualités » sont souvent des purs produits de consommations (je ne nie pas les exceptions). Certains savent qu’ils trompent, d’autres se dupent eux-mêmes et une mince minorité voit juste. Mais les choses vraies ne sont pas toujours bienfaitrices ou bien utilisées. Peu importe ça génère beaucoup de profits. La plupart ne prennent pas de risque en reprenant les principes, savoirs et méthodes des religions centenaires et millénaires.

Le principal défaut de cette duperie ésotérique est qu’elle s’appuie sur le spectaculaire (rappelez-vous de la Société du spectacle de Guy Debord / Wikipedia) et la fascination d’éléments extérieurs : Dieu, les esprits, les divinités, les extra-terrestres, les anges, les êtres de lumière… Que l’objet de vénération et même d’idéalisation soit extérieur ou intérieur, la déviance principale est due à la fascination. On se fabrique notre propre avidité de représentations idéales et sublimes qui rendent notre bas-monde si médiocre, laid, repoussant ! On est si désenchanté… C’est la fuite de soi-même, des autres, du quotidien. La cause viendrait de notre civilisation matérialiste qui a relégué la divinité et l’impalpable au rang du fantastique, du fabuleux : de l'affabulation. Du coup, nous y croyons difficilement mais nous ne cessons pas d'être fascinés - sans se l’avouer - et nous rêvons devant des écrans de cinéma. A l’inverse, dans les cultures primitives (en supposant qu’elles subsistent encore) et les sociétés ayant gardées la spiritualité et le mystère en leur centre, le divin ou l’invisible n’ont rien d’extraordinaire ou de spectaculaire : ils font parties du quotidien.

L’ésotérisme du nouvel âge se nourrit de cette soif de fantastique et de rêves. L’émerveillement et les pensées positives ont bien leur rôles dans le processus spirituel mais point trop n’en faut. Comment peut-on aimer les autres, l’imperfection si on s’en plaint, en espérant trouver la perfection ?

L’ésotérisme mercantile est à l’image de ce qu’il véhicule : le principe de la possession et du gain - du savoir, de la sagesse, de l’amour, du bien-être, de la paix. On reste dans l’égocentrisme basique. Voir « le matérialisme spirituel »
Une véritable démarche spirituelle ne cherche pas le bien-être à tout prix, elle inclut la souffrance et la peine (effort) dans son processus. Il est question de regarder avec honnêteté ce qui nous fait souffrir, pourquoi, comment, et non de le fuir. On peut s’apercevoir alors que la cause ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur de soi-même. Il y a donc constamment un aller-retour entre la quête de quelque chose de meilleur et une acceptation de la vie telle qu’elle est. On s’approche de la notion de dépouillement, de lâcher-prise, et non du gain et de l’attachement. Le grand paradoxe spirituel est que l’on trouve le bonheur en arrêtant de le chercher.
 

Syncrétisme

L’autre côté séduisant de cet ésotérisme est le mélange sans pudeur des traditions, qui laisse croire que l’on peut comprendre les religions sans effort et évoluer sur le chemin spirituel en lisant quelques livres sympathiques, ou en priant de temps en temps.
La meilleure façon d’atteindre une grande maîtrise et la dextérité au piano ou à la guitare, n’est pas de mélanger les méthodes d’apprentissage des deux instruments. Car le problème n’est pas tant de connaître la vérité sur le monde, mais de s’affranchir de nos mécanismes internes qui nous amènent à la souffrance. Si l’on brouille les pistes, si l’on élimine les spécificités et la profondeur de chaque méthode, on perd l’efficacité des chemins spirituels. L’authenticité des religions se manifeste par leur universalité, mais leur richesse consiste en leur spécificité. Pour guérir les malades, on peut entreprendre des études de médecine, d’acuponcture, d’ostéopathie, de psychiatrie… Mais est-il raisonnable d’étudier un peu de tout cela en même temps ?

Commentaires

Bonjour, jungne,

Jolie synthèse, que celle-ci !

Le statut de l'ésotérisme me semble problématique en Occident. Il a existé dans le christianisme des origines (voir l'évangile apocryphe de Thomas), mais n'a pas été intégré à l'Église catholique (chez les orthodoxes, je crois que la situation est différente). D'une certaine façon, on peut affirmer que l'Église ne représente que l'exotérisme, à cette nuance près que, dans les communautés monacales, les enseignements secrets avaient parfois leur place.

Le seul mot « ésotérisme » nous renvoie aux alchimistes (transmutation des métaux et quête de l'immortalité, davantage que transformation intérieure), aux rose-cruciens (société secrète, hermétisme), aux francs-maçons (fraternité secrète, théisme) ou à la magie. On a du mal à trouver, dans cet inventaire, des pratiques spirituelles offrant une voie d'évolution intérieure, comme dans le soufisme, le bouddhisme et la plupart des autres « religions orientales » (j'inclus le taoïsme, mais pas le confucianisme, ce culte exotérique par excellence).

La vie monacale, avec ses prières, ses privations, son travail physique, peut offrir des occasions de développer un travail spirituel, mais elle ressemble souvent à la description du pêcheur rencontré par Ibn Arabi. Une de mes amies est une ancienne religieuse, et je frémis toujours quand elle me parle de sa vie en communauté, avec ses mensonges, ses rivalités, ses déviances. Les mystiques occidentaux n'en sont que plus admirables, car ils ont acquis leur sainteté dans des conditions très peu favorables !

Ainsi, quand les chrétiens ont eu accès à l'hindouisme, au bouddhisme, du soufisme, du taoïsme, ils ont découvert que ce qu'ils appelaient la religion n'était que la partie extérieure d'une tradition spirituelle, destinée, comme vous l'indiquez bien, à donner un ordre et des règles de vie à la société. La ruée vers l'Inde, dans les années 60, correspondait à un réel attrait pour la spiritualité ésotérique, telle que l'on n'en trouvait guère d'exemple en Europe (à l'exception de Gurdjieff, qui avait emprunté la plupart de ses exercices aux religions orientales).

Hélas, cet engouement était destiné à échouer, car il revenait à pratiquer le synchrétisme que vous dénoncez : un peu de christianisme pour ma morale, une vie ordinaire de matérialiste, un soupçon de yoga et un stage de méditation marchée pour les vacances. Les marchands ont très vite compris le profit qu'ils pouvaient tirer de cette mode, et ont importé en Occident quelques exercices et beaucouip de quincaillerie (les bols chantants, l'encens, etc.) Le paragraphe sur l'ésotérisme mercantile décrit très bien cette commercialisation de la transcendance facile.

Mais là où votre billet touche vraiment une vérité oubliée, c'est quand vous rappelez que « L’exotérisme constitue les fondements de la spiritualité avec une discipline du corps et de l’esprit, des règles exigeantes mais simples et des entraînements à la patience, la concentration, l’humilité, l’écoute et la présence à soi. Ce qui est déjà énorme et peu occuper toute une vie. » On comprend pourquoi il ne suffit pas d'ajouter à notre vie de consommateurs quelques méditations sur les chakras pour accéder soudain à une réalité supérieure. L'esprit même dans lequel les Occidentaux recherchent l'ésotérisme suffit à prédire leur échec.

En réalité, comme vous ne manquez jamais de le rappeler sur ce blog, une simple thérapie, visant à régler des difficultés existencielles, apporte davantage au « chercheur de vérité » que des rituels envoûtants et des secrets de gourous. Celui qui recherche, non des sensations fortes, mais la simple clarté de l'esprit, a déjà fait le premier pas vers la spiritualité.

Écrit par : Guy Morant | 30/05/2007

Bonjour Guy Morant,

Dans un souci d'honnêteté je vais essayer de nuancer le propos même si nous sommes sans doute d'accord. Dans l'ordre :

Il me semble que l'ésotérisme catholique subsiste chez les Dominicains qui héritent du travail de maître Eckhart et de sa renommée. Mais peut-être plus sur un plan intellectuel (théologique) que méditatif (des techniques respiratoires et autres ou des rituels).

Les francs-maçons et les rosicruciens que je connais assez mal seraient certainement mécontents si on leur disait qu'ils n'effectuaient aucune évolution intérieure.

Les "vices" de la vie monacale que décrit votre amie ancienne religieuse se retrouve partout dans le monde, du plus petit ashram perdu dans les Himalayas aux immenses monastères des plaines chinoises, du cadre familial aux communautés (post-hippies, autarciques, écolo, etc.) - même dans le couple !
Mais le problème n'est pas si absurde qu'il ne paraît : si nous étions parfaits, quel est l'intérêt d'un travail spirituel ou psychothérapeutique ? C'est bien parce que nous sommes faibles, névrosés, lâches et malhonnêtes que essayons de nous confronter à nous-mêmes, à voir ce que nous sommes vraiment pour enclencher l'alchimie de l'esprit. Dans ce sens, je préfère être vicieux et engagé dans une vraie démarche introspective que "moyennement bon" (moyennement mauvais) et passer ma vie dans le plaisir.

Les individus désenchantés par la religion en Occident fantasment beaucoup sur l'Orient et découvrent, à leur grande surprise, la même chose version exotique : rivalité, mensonges, parresse, arrogance, enjeux de pouvoir. Heureusement, les grands maîtres et les religieux authentiques compensent légèrement le côté moche du tableau, mais jusqu'à quel point ?...

L'éparpillement occidental dont nous parlons est se reflète parfaitement dans l'hyperactivité fréquente des enfants d'aujourd'hui : tentés par tous les plaisirs, ennivrés par la diversité des loisirs et des activités que nous propose la société du confort et de l'abondance, nous n'arrivons plus à nous poser et nous focaliser, à prendre le temps de comprendre et d'évoluer.

Écrit par : jungne | 30/05/2007

Ces nuances méritaient d'être apportées ! Reste que j'estime toujours que la religion catholique manque d'ésotérisme, de sorte que les Européens ont dû chercher celui-ci dans des mouvements parallèles. La mystique rhénane, dont maître Eckhart est le représentant le plus illustre, a trop flirté avec l'excommunication pour être intégrée au dogme et aux pratiques officielles de l'Église. Le soufisme, au contraire, fait profondément partie de l'Islam, comme la méditation fait partie du bouddhisme. Ibn Arabi, al Ghazali, Roumi sont avant tout des religieux éminents, avant d'être des mystiques.

Le monachisme catholique revêt un gros défaut à mes yeux : celui de cloîtrer, d'enfermer, de couper un groupe d'individus du monde extérieur en espérant que cela les rapprochera du divin. Cet enfermement n'est pas présent dans toutes les traditions. Il a été critiqué par les chrétiens eux-mêmes, et on peut soutenir que ses excès sont en partie à l'origine de la Réforme. Cela dit, là aussi il ne faut pas généraliser, et certaines communautés fonctionnent très bien (sinon, pourquoi Mario Beauregard étudierait-il le cerveau des carmélites ? - http://www.blogparanormal.com/?p=60).

Écrit par : Guy Morant | 30/05/2007

Ok, mais heureusement, il semble y avoir un regain d'intérêt dans l'ésotérisme chrétien avec une remise au goût du jour de maître Eckhart. Il semble même que ce dernier ait été réhabilité pas longtemps après sa mort. On peut lire sur Wikipédia :
"Il est cependant à noter que, de l'avis de Josef Ratzinger lui-même lorsqu'il n'était pas encore pape, le procès n'a pas eu lieu, Eckhart n'est pas au sens strict du terme condamné. Il n'a donc même pas à être réhabilité. Le même Josef Ratzinger, après examen, n'a pas trouvé d'hérésie, mais des maladresses de langage dans ses œuvres."

Les catholiques aujourd'hui citent le maître allemand sans gêne. Mais le fait que l'ésotérisme ne soit pas présent dans les pratiques officiels ne me semble pas bizarre. C'est quelque chose qu'il faut aller chercher comme on cherche l'or dans la boue, on ne peut pas le donner comme ça, brut de décoffrage à tout le monde. Je crois que c'est nul part le cas, soufisme, bouddhisme ou autres. Il y a un sens du mérite : on obtient la réalisation de soi d'abord par le "don de soi", l'engagement. Il faut se mouiller. Ce n'est pas la soupe populaire.

Écrit par : jungne | 30/05/2007

très interressant.

Écrit par : arthur sossah | 20/06/2008

Complètement d'accord avec Arthur.
Merci Guy, merci jungne, pour ces belles lumières.
Et bravo pour le papier ultra athée. Oh que ta science soit bénie. Non sérieusement, super point de vue.

Écrit par : Pchit | 21/03/2014