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28/05/2007

Esotérisme, exotérisme et syncrétisme

Une séparation subtile, un mariage ambigu

Opposition réelle ou apparente ?

esoterisme L’exotérisme et l’ésotérisme : clichés et nuances

Dans un contexte religieux, l’exotérisme fait référence aux pratiques et enseignements divulgués au grand nombre. Ces derniers sont standardisés, plus ou moins stéréotypés et accessibles à la compréhension de tous, même au risque de sembler naïf et puéril aux yeux de certains, intellectuels et scientifiques. Il agit comme une grille qui ordonne les choses. C’est lui qui, en parallèle avec la loi, par une morale et des règles toutes faites, règle la vie quotidienne de la masse croyante, sans la faire nécessairement évoluer. Celui qui suit des règles à la lettre sans se poser de question sur lui-même, sur la vie, ne mûrit pas.
L’exotérisme ou l’orthodoxie, par son caractère univoque, schématique et populaire, est aussi un instrument de pouvoir et de domination, comme Laborit le décrit si bien dans l’Eloge de la fuite. C’est dans ce cadre-là que se forment les hiérarchies, les institutions et l’autorité religieuse.

Les 10 commandements, les 5 vœux bouddhistes de fidèle laïque (ne pas tuer, ne pas mentir, ne pas voler, ne pas prendre d’intoxicants, ne pas tromper son/sa partenaire) ou "la voie étroite" sont des émanations d’un cadre exotérique parfois à la limite du réactionnaire ou de l'intégrisme. Les parents catho-catho, sur-musulmans, hindous orthodoxes, bouddhistes Théravada parlent de "garçon correct" que leur fille peut épouser - et de "garçon incorrect" infréquentable.


L’ésotérisme à l’opposé correspond à ce qui est caché, secret, réservé aux initiés ou à une élite. On pense à la franc-maçonnerie ou à des gens bizarres, qui ont des codes et des signes suspects avec des objectifs suspects. Les enseignements ésotériques sont complexes, subtiles, sophistiqués, profonds, parfois obscurs et impopulaires. On parle de concepts comme la vacuité, le non-dualisme ou la transcendance.
Ce sont les rites d’initiation qui permettent à chacun d’avoir accès à certains textes ou méthodes secrètes. Les adeptes sérieux s’engagent dans une quête initiatique qui est parfois dissimulée de l’entourage. L’ésotérisme, équivoque, d’apparence parfois stupide ou absurde éloigne ou aliène plus d’un. Les mystiques, qu’ils aient été chrétiens, soufis ou juifs, ont été martyrisé à travers l’histoire. Leurs homologues orientaux ont eu la vie un peu plus facile, mais s’ils ont toujours été l’objet de la plus grande méfiance des institutions et hommes de pouvoir de la planète.

Esotérisme comme : le soufisme musulman, l’hésychasme chrétien orthodoxe, l’hermétisme, l’alchimie, la kabbale juive, le tantrisme ou tantrayana hindou ou bouddhique, le chamanisme.

D’un certain côté, il y a donc un antagonisme entre ces deux grandes approches par une apparente opposition de point de vue, et par la manière de gérer la société (même si en réalité ce n’est pas aussi simple).


Voici une histoire soufi :
Ibn Arabi, considéré comme étant le plus grand sheikh (enseignant, maître initiateur) soufi, passa par la Tunisie pour se rendre à la Mecque. En Tunisie, il entendit parler d’un saint homme qu’il devait absolument aller voir. Ce saint homme était un pêcheur qui vivait dans une hutte fait de terre au bord de la mer. Il pêchait trois poissons par jour, ni plus ni moins, et donnait la chair aux pauvres. Il gardait la tête de ces poissons pour les cuir et les manger. Il menait une vie de monastère, s’étant retiré du monde. Bien sûr, Ibn Arabi était impressionné par une telle discipline. Il discuta avec le pêcheur et celui-ci lui demanda : « Où allez-vous ? Allez-vous passer par le Caire ? » Ibn Arabi acquiesça. «  Mon sheikh vit là-bas. Pourriez-vous lui rendre visite et lui demander conseil pour moi, car toutes ces années j’ai prié et vécu humblement comme cela, et je n’ai obtenu aucun progrès dans ma vie spirituelle. Je vous en prie, demander lui un conseil. »

Ibn Arabi promit qu’il le ferait et en arrivant au Caire, il demanda où se trouvait le sheikh. On lui répondit : « vous voyez l’immense palais au sommet de la colline ? C’est là qu’il demeure. » Il s’y rendit et fut accueilli agréablement. Des serviteurs l’amenèrent dans une salle d’attente luxueuse et lui servirent de la nourriture. Puis Ibn Arabi regarda par la fenêtre et aperçut une procession. Le sheikh qui arriva à grande pompe chevauchait une magnifique  monture, portait une fourrure et des bagues de diamants, et était entourée d’une garde d’honneur. Mais il était un homme bon et salua Ibn Arabi chaleureusement. Ils s’asseoyèrent et commencèrent à discuter. A un moment de la conversation, Ibn Arabi dit : « Vous avez un disciple en Tunisie. - Oui, je sais, répondit le sheikh. - Il vous demande un conseil spirituel. - Dites à mon disciple que s’il est trop attaché à ce monde, il n’arrivera jamais à rien. »

Ibn Arabi n’y comprenait rien mais, à son retour du voyage, revit tout de même le pêcheur en Tunisie. Ce dernier demanda immédiatement : « Avez-vous vu mon sheikh ? » Il répondit oui. « Qu’a-t-il dit ? » Ibn Arabi, l’air embarrassé, avoua : « Eh bien, vous savez, votre sheikh, il vit en grande pompe et dans le grand luxe. - Oui, je sais. Qu’a-t-il dit ? - Il a dit que tant que vous êtes attaché à ce monde, vous n’arriverez jamais à rien. »

Et le pêcheur pleura longuement. « Il dit vrai, souffla-t-il. Chaque jour, lorsque j’offre la chair de ces trois poissons, mon cœur se déchire. Chaque jour, je mourrais pour avoir un poisson plutôt qu’une seule tête, alors que mon sheikh vit dans le luxe sans en avoir le moindre souci.



Dans ce conte, le pêcheur peut être le représentant de l’exotérisme, de la discipline. Bien que l’ésotérisme puisse s’apparenter à l’ascèse, à la vie dure, le riche sheikh peut l’incarner dans sa forme « alchimique » : on dépasse les apparences du monde dans le monde. Transmutation de nos rapports à objets et aux sens à l'intérieur-même du monde, voire des mondanités et des frivolités. (On entend même parfois dire que les anges ou les bouddhas se cachent parmi les mendiants, les prostituées et les brigands). Mais ce jeu avec le feu n’est pas sans danger et les victimes de « brûlures » sont nombreuses. Nombreux sont aussi ceux qui manquent de préparation à cette voie on ne peut plus subtile, mais qui se lancent et persistent par orgueil (ou « pour le style »).

Plus vite que la musique

L’ésotérisme religieux s’est rapidement popularisé en Occident durant le 20ème siècle. De nombreuses personnes intelligentes mais trop pressées se sont jetées et se jettent encore sur les mines d’or de l’ésotérisme. Bien sûr ils se trompent - même si l’argument selon lequel les erreurs sont formatrices est à prendre en compte.
Pour commencer, certaines personnes sont encore trop fragiles pour s’engager sur le chemin si difficile de la spiritualité et de l’introspection, de la confrontation avec soi-même (le grand jihad…) - ou même de l’exotérisme le plus basique. Peut-être devraient-ils passer par la case "apprendre à s'aimer", relaxation ou psychothérapie.
Les autres ont un mental assez solide mais manquent souvent d’études, d’entraînement et d’expériences de la vie, de lucidité. Dans bien des cas, un guide qualifié, même un guide tout court manque. En fait, il est certainement plus honnête pour ces derniers de commencer par la case départ - la case exotérisme - que de se prendre pour Jésus ou Merlin l’enchanteur. Nous sommes faibles, cette réalité est dure à accepter avec nos tripes.

L’exotérisme constitue les fondements de la spiritualité avec une discipline du corps et de l’esprit, des règles exigeantes mais simples et des entraînements à la patience, la concentration, l’humilité, l’écoute et la présence à soi. Ce qui est déjà énorme et peu occuper toute une vie.

Ce premier bagage - un minimum de maîtrise de soi - est indispensable pour embarquer dans le vaisseau supersonique de l’ésotérisme et atterrir dans la dimension transcendante de la non-dualité, de l’absolu, de l’ineffable…

On peut dire alors que l’ésotérisme et l’exotérisme ne sont que des façons différentes de voir et de vivre le monde. Selon sa personnalité et ses capacités, la maturation spirituelle est plus ou moins rapide avec l’une ou l’autre de ces voies. On peut aussi considérer que l’un contient l’autre ou que l’ésotérisme est une extension de l’exotérisme. On peut trouver une analogie avec la différence entre la vision newtonienne/cartésienne de l’univers et la relativité générale d’Einstein.

Mise au point

Certaines doctrines ésotériques ne sont pas forcément secrètes ou difficiles d’accès. Le bouddhisme Vajrayana avec de nombreux livres théoriques et pratiques en vente (peut-être à tort), des rituels rendus accessibles aux débutants (notamment le Kalachakra), est bien moins opaque que la franc-maçonnerie.


L’ésotérisme mercantile

Les différents mouvements et « nouvelles spiritualités » sont souvent des purs produits de consommations (je ne nie pas les exceptions). Certains savent qu’ils trompent, d’autres se dupent eux-mêmes et une mince minorité voit juste. Mais les choses vraies ne sont pas toujours bienfaitrices ou bien utilisées. Peu importe ça génère beaucoup de profits. La plupart ne prennent pas de risque en reprenant les principes, savoirs et méthodes des religions centenaires et millénaires.

Le principal défaut de cette duperie ésotérique est qu’elle s’appuie sur le spectaculaire (rappelez-vous de la Société du spectacle de Guy Debord / Wikipedia) et la fascination d’éléments extérieurs : Dieu, les esprits, les divinités, les extra-terrestres, les anges, les êtres de lumière… Que l’objet de vénération et même d’idéalisation soit extérieur ou intérieur, la déviance principale est due à la fascination. On se fabrique notre propre avidité de représentations idéales et sublimes qui rendent notre bas-monde si médiocre, laid, repoussant ! On est si désenchanté… C’est la fuite de soi-même, des autres, du quotidien. La cause viendrait de notre civilisation matérialiste qui a relégué la divinité et l’impalpable au rang du fantastique, du fabuleux : de l'affabulation. Du coup, nous y croyons difficilement mais nous ne cessons pas d'être fascinés - sans se l’avouer - et nous rêvons devant des écrans de cinéma. A l’inverse, dans les cultures primitives (en supposant qu’elles subsistent encore) et les sociétés ayant gardées la spiritualité et le mystère en leur centre, le divin ou l’invisible n’ont rien d’extraordinaire ou de spectaculaire : ils font parties du quotidien.

L’ésotérisme du nouvel âge se nourrit de cette soif de fantastique et de rêves. L’émerveillement et les pensées positives ont bien leur rôles dans le processus spirituel mais point trop n’en faut. Comment peut-on aimer les autres, l’imperfection si on s’en plaint, en espérant trouver la perfection ?

L’ésotérisme mercantile est à l’image de ce qu’il véhicule : le principe de la possession et du gain - du savoir, de la sagesse, de l’amour, du bien-être, de la paix. On reste dans l’égocentrisme basique. Voir « le matérialisme spirituel »
Une véritable démarche spirituelle ne cherche pas le bien-être à tout prix, elle inclut la souffrance et la peine (effort) dans son processus. Il est question de regarder avec honnêteté ce qui nous fait souffrir, pourquoi, comment, et non de le fuir. On peut s’apercevoir alors que la cause ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur de soi-même. Il y a donc constamment un aller-retour entre la quête de quelque chose de meilleur et une acceptation de la vie telle qu’elle est. On s’approche de la notion de dépouillement, de lâcher-prise, et non du gain et de l’attachement. Le grand paradoxe spirituel est que l’on trouve le bonheur en arrêtant de le chercher.
 

Syncrétisme

L’autre côté séduisant de cet ésotérisme est le mélange sans pudeur des traditions, qui laisse croire que l’on peut comprendre les religions sans effort et évoluer sur le chemin spirituel en lisant quelques livres sympathiques, ou en priant de temps en temps.
La meilleure façon d’atteindre une grande maîtrise et la dextérité au piano ou à la guitare, n’est pas de mélanger les méthodes d’apprentissage des deux instruments. Car le problème n’est pas tant de connaître la vérité sur le monde, mais de s’affranchir de nos mécanismes internes qui nous amènent à la souffrance. Si l’on brouille les pistes, si l’on élimine les spécificités et la profondeur de chaque méthode, on perd l’efficacité des chemins spirituels. L’authenticité des religions se manifeste par leur universalité, mais leur richesse consiste en leur spécificité. Pour guérir les malades, on peut entreprendre des études de médecine, d’acuponcture, d’ostéopathie, de psychiatrie… Mais est-il raisonnable d’étudier un peu de tout cela en même temps ?

27/05/2007

La solution intérieure, Thierry Janssen

Vers une nouvelle médecine du corps-esprit

3cc8cf6e7f4b4108b39aa7376e47e30a.jpgLa vie ne réside pas dans les molécules mais dans les relations qui s'établissent entre elles. Linus Pauling, Prix Nobel de chimie

Thierry Janssen est un ex-chirurgien devenu psychothérapeute dont la passion pour la recherche l'a ammené vers le chamanisme, la méditation, le yoga, l'acuponcture ou l'ostéopathie. L'objectif central de son étude porte sur la capacité du corps à se régénéré lui-même, traversant par diverses techniques et traditions, sans tomber dans des explications pseudo-scientifiques.

Son ouvrage, La solution intérieure : Vers une nouvelle médecine du corps et de l'esprit, publié par les Editions Fayard est une magnifique synthèse de ce que nous connaissons de mieux en matière d'interaction corps-esprit, d'effet placebo, de médecines traditionnelles, de psychothérapie. Il s'appuye sur de nombreuses expériences scientifiques rigoureuses, et nous signale lorsqu'il y a manques de données ou de rigueur. L'auteur, tout en partageant son expérience personnel et professionnel, met l'accent sur la façon dont la pensée positive et le rire peuvent soigner et guérir des maladies. Il nous met en garde contre le pessimisme et le stress, redonne toute sa valeur au toucher (avant la parole et l'écriture) qui influence directement le système parasympathique (apaisement et auto-réparation du corps) et son aboutissement : le massage.
De l'ADN à la globalité du corps en passant par la cellule et les organes, Thierry Janssen nous fait comprendre la cohérence et la structure de l'ensemble physiologique interpénétré par la psyché, notamment à travers le nouveau concept de la tenségrité, et la notion de communication par voie magnétique entre les cellules ou entre deux individus.

Il montre aussi combien les médecines alternatives prennent de l'importance dans la société occidentale malgré les résistances, les charlatans et la méfiance ambiante. En dépit d'une industrie pharmaceutique qui a toute les raisons d'infantiliser les malades pour en faire des consommateurs-dépendants, il observe l'émergence d'une population qui a abandonné "les idéaux individualistes, capitalistes et hédonistes pour adopter des comportements nouveaux centrés sur l'écologie, la la solidarité, des valeurs plus pacifiques et le souci d'un éveil intérieur." Nous serions donc les témoins d'un changement vers un nouveau paradigme où "l'être" devient aussi important que "le faire."

Au fond, il ne fait que remettre en question la tradition cartésienne selon laquelle le corps et l'esprit sont deux principes totalement autonomes, que les systèmes nerveux et immunitaire sont indépendants l'un de l'autre, armé des nombreuses études scientifiques récentes de par le monde (surtout aux Etats-Unis). Son article (introduction du livre) concernant le lien entre corps et esprit du point de vue de la santé, paru sur le site scientifique futura-sciences.com, est un très bon présage : voir le dossier "la solution intérieure".


Interview audio
de Thierry Janssen (mp3) à propos de La Solution intérieure
Voir également l'article de Thierry Jassen sur la méditation dans le cadre des neurosciences.

Livre similaire : "Quand l'esprit dialogue avec le corps" chez Guy Trédaniel Editeur, de Daniel Goleman



SOMMAIRE

Introduction : Les prémices d'une révolution médicale

Première partie : Une médecine de l'esprit pour soigner le corps

Deuxième partie : Une médecine du corps pour soigner l'esprit

Troisième partie : Une médecine de l'énergie pour soigner le corps et l'esprit

Conclusion : Une médecine du potentiel  humain pour vivre au XXIème siècle

26/05/2007

Science, théorie des cordes et religion

La théorie des cordes et la mécanique quantique ouvrent la voie aux religions

Les nouvelles théories de la science datant du 20ème et du 21ème remettent à l'ordre du jour des notions antiques comme la relativité (du temps, de l'espace, de la matière, de la "réalité"), l'interdépendance-interconnectivité, les mondes parallèles et la possibilité des miracles.
C'est une vraie aubaine pour la spiritualité et les religions que la science ait réussi à réfuter la vision matérialiste et réductionniste issue de Descartes. Ce n'est plus qu'une question de temps pour que la société entière intègre ces bouleversements : un nouveau paradigme. Brian Greene, scientifique de renom, après avoir publié l'Univers élégant, est à l'origine d'un documentaire scientifique aussi instructif que divertissant. Regardez plutôt l'émission d'Arte "Ce qu'Einstein ne savait pas encore" (L'univers Elegant) en trois volets :








Acheter l'Univers élégant
Voir aussi Management et science selon Jean Staune

Management et science selon Jean Staune

Entreprises, science et vision du monde


Le profit est la base de l'entreprise, mais pas son but. Quel est le but de l'entreprise dans une société appliquant la vision du monde découlant de la mécanique quantique ou la relativité générale ? Qu'est-ce que le toyotisme ?
Jaune Staune explique sans pudeur que le rationalisme en est arrivé à montrer qu'il ne peut pas tout expliquer.

Voici des entretiens vidéos de Jaune Staune à l'Association Progrès du Management.
Né à Bordeaux en 1963, Jean Staune se distingue par un parcours interdisciplinaire ponctué de diplômes en mathématique, informatique, paléontologie, sciences politiques, économie et gestion. Sa passion pour les sciences le conduit à fonder en 1995 l’Université interdisciplinaire de Paris, dont le conseil scientifique est composé des sommités internationales et de plusieurs prix Nobel.

PARTIE 1



PARTIE 2



PARTIE 3

20/05/2007

Transcendance & immanence

Transcendance immanente, immanence transcendante


Transcendance réfutée


medium_transcendance_decalcomania.jpgParce qu'on peut l'imaginer - Henri Laborit

Dans son Eloge de la fuite dont je fais souvent l'éloge, Henri Laborit remet en cause le mysticisme et la transcendance. Son raisonnement suggère que si Dieu ou autres principes appelés "transcendants" sont imaginables, concevables par la conscience humaine, c'est qu'ils ne sont pas transcendants. Comte-Sponville tient le même discours dans l'esprit de l'athéisme (mon article) et explique qu'alors, il s'agit d'immanence.


Transcender quoi ?

Tout mystique sait qu'il n'y a pas en fait, de contradiction entre immanence et transcendance. A l'inverse, beaucoup ne savent pas ce qu'implique réellement la notion de transcendance et la réduise au simple problème : on peut l'atteindre ou pas. C'est en fait un terme qui couvre un champ de concepts beaucoup plus large.

- L'intellect et la perception ordinaire

Nous appréhendons presque toujours le monde par la raison, surtout en Occident, au point que les concepts et les mots - le Verbe avec un V majuscule - remplacent la réalité. Il ne faut pas négliger les personnes "sensibles" et sensuelles qui savent apprécier le monde d'une autre manière que l'intellect. Pourtant, il y a une autre façon d'approcher le monde à laquelle nous pouvons accéder à travers différents exercices que nous proposent les religions et autres doctrines. Je parle de la méditation, des rituels mystiques, de la transe et des expériences paroxystiques.

Pour répondre à Laborit, il est bien sûr possible d'imaginer la transcendance puisqu'on peut concevoir l'infini sans pouvoir le cerner réellement. Il en est de même pour la courbure de l'espace popularisée par Einstein, que l'on peut imaginer, conceptualiser mathématiquement. Cela reste très abstrait, aucune équation ne peut nous la faire vivre ou sentir. Dans le cas d'une courbure positive, la théorie explique que si une fusée pouvait nous transporter assez longtemps, il serait possible de faire "le tour de l'univers" en ayant une trajectoire parfaitement droite, et de revenir au point de départ. On peut l'imaginer (encore que beaucoup me diront qu'ils ne peuvent pas), mais c'est impossible de la comprendre pleinement. Cela "dépasse notre entendement" : notre raison. Donc transcendance.

Pour répondre à Laborit et Comte-Sponville, le transcendant est atteignable directement par l'esprit par le biais non-conceptuel (et alors la question ne se pose plus en ces termes), mais ne l'est pas par l'intellect.

- Le dualisme


Par les différentes méthodes on peut changer de regard. Regard que l'on peut stabiliser à travers le cheminement spirituel. On transcende le dualisme pour passer au non-dualisme, au-delà de la dichotomie moi / les autres, sujet / objet, observateur / observé. Le dualisme est le mode de pensée qui correspond au rationalisme cartésien où une chose ne peut en être deux à la fois.

On dépasse l'opposition des contraires (clair / obscur, chaos / ordre, vice / vertu, féminin / masculin) ou on les unit. Il y a donc également l'idée de dépasser une certaine façon de pensée.

L'école philosophique bouddhiste de la "voie médiane", le Madhyamaka, stipule que l'univers n'est ni existant, ni non-existant, ni les deux à la fois, ni aucun des deux. Il réfute donc toute assertion conceptuelle concernant la nature de la réalité. De la même façon, la théologie négative professée entre autres par le célèbre mystique chrétien Maître Eckhart, "consiste à nier tout ce que l’on peut dire de Dieu, car il est toujours au-delà. C’est la connaissance apophatique de Dieu. Cet apophatisme rend compte de l’incapacité absolue de l’esprit humain de dire “ce qu’est Dieu”, autrement dit son essence ou, comme préfère l’écrire Denys, sa suressence. Toute affirmation sur Dieu, de nature sensible ou intelligible, doit être niée. Toutefois ces négations elles-mêmes devront être à leur tour niées car la suressence divine est au-delà des affirmations et des négations."

La vacuité, la "nature de l'esprit", concept-clé du bouddhisme ésotérique s'apparente au Dieu néant : "Le Dieu néant, c’est le Dieu inconditionnel et transcendant, le néant du manifesté, autrement dit la Déité au-dessus de Dieu : au-dessus des images (Überbildung), un être sans image (Entbildung). En qualifiant Dieu ou la Déité de néant (niht), Eckhart ne veut pas dire que Dieu n’est pas, mais qu’il n’est ni être ni néant, ou plus exactement au-delà de l’être et du néant, antérieur à toute représentation de ce qui est et de ce qui n’est pas, précédant toute détermination ontologique. Si l’être est quelque chose, alors Dieu est néant, au sens où il est au-delà de ce qui peut se représenter en termes de manifestation."
Source sur la théologie négative : Maître Eckhart, Une mystique du détachement, Maître Eckhart et la Mystique rhénane

- Le monde matériel : la cinquième dimension

Il y a par ailleurs le fait d'intégrer ou d'accéder à d'autres dimensions de la réalité. On parle d'énergie ou de matériels subtiles, mais également de dimensions parallèles que l'on retrouve dans l'hindouisme et le bouddhisme. La cinquième dimension correspond au niveau de réalité qui permettrait l'omniprésence et une vision totale de la réalité matérielle, selon Jean-Pierre Jourdan dans Deadline Dernière Limite ( acheter / site officiel / mon article).


Bref, la transcendance, ce n'est pas plus dépasser le monde matériel (dans tous les sens du terme) que de dépasser soi-même, son propre ego, sa propre raison. Ca dépasse notre entendement.

14/05/2007

Présent et avenir, C.G. Jung

Individuation et massification

Présent et avenir p. 58-60, C.G. Jung (1950)

medium_present_et_avenir_poche.jpgDans le désir du grand nombre se trouve la puissance qui permet de forcer les choses et de parvenir à la réalisation des souhaits ; le plus beau semble pourtant être de se laisser glisser avec douceur et sans douleur vers une espèce de pays d'enfance où l'on peut s'abandonner à la vigilance des parents et se dépouiller , comme lorsqu'on était enfant des soucis et de la responsabilité. Ne pense-t-on et ne s'occupe-t-on pas de vous en haut lieu ? A toutes les questions, des réponses sont prévues ; pour tous les besoins , le nécessaire est fait. Ce somnambulisme infantile de l'homme de masse est si éloigné de la réalité qu'il ne se pose jamais la question : qui donc paie ce paradis ? Pour le règlement de l'addition, on s'en remet aux institutions supérieures, ce que celles-ci acceptent volontiers, car leur puissance se retrouve augmentée par cette exigence. Mais plus leur puissance augmente, plus l'individu isolé se trouve dépourvu et affaibli.
Chaque fois qu'un tel état social prend des proportions importantes, il prépare les chemins de la tyrannie ; il lui ouvre les portes et la liberté de l'individu se transforme en un esclavage physique et spirituel. La tyrannie étant en soi immorale et prête à tout pour atteindre son but, elle est naturellement plus libre dans le choix de ses moyens qu’un régime qui tient encore compte de l’individu. Lorsqu’un tel régime entre en opposition avec une tyrannie, il éprouve rapidement l’inconvénient effectif qu’entraîne la sauvegarde de la moralité et se sent bientôt incité à utiliser si possible les mêmes moyens. De cette façon, le mal se répand presque obligatoirement, même si une contamination directe pouvait être évitée. Cette contamination est partout menaçante à l’extrême dès que les grands nombres et les valeurs statistiques ont acquis un poids déterminant.[…]

Seul peut résister à une masse organisée le sujet qui est tout aussi organisé dans son individualité que l’est une masse. Je me rends parfaitement compte combien une telle phrase doit paraître incompréhensible à l’homme d’aujourd’hui. Il a oublié la notion qui avait cours au Moyen Âge que l’homme est un microcosme, pour ainsi dire une image en réduction du grand cosmos.


p. 96

La "massification" ne vise nullement à favoriser la compréhension réciproque et les relations entre les hommes. Elle recherche bien plus leur atomisation, je veux dire l'isolement psychique de l'individu. Plus les individus sont  désagrégés les uns par rapport aux autres, moins ils sont enracinés dans des relations stables, plus ils sont susceptibles de se raccrocher à l'organisation étatique, plus celle-ci peut se densifier et vice versa.


p. 98

La question des relations humaines et des rapports interhumains dans le cadre de notre société est devenue un souci urgent en face de l'atomisation des hommes "massifiés", simplement entassés les uns sur les autres, et dont les interrelations personnelles sont innées par une méfiance généralisée. Lorsque les fluctuations du droit, l'espionnage policier et la terreur sont à l'oeuvre, les hommes sont acculés à l'isolement et à n'être que des parcelles menacées, ce qui cadre avec le but et l'intention de l'Etat dictatorial, qui repose sur l'amoncellement aussi massif que possible d'unités sociales impuissantes. [...]
C'est de la relation d'homme à homme que dépend sa cohésion (de la société libre) et par conséquent aussi sa force.

Note du traducteur, Docteur Roland Cahen, p. 61 :

Il ne faut pas se dissimuler que le capitalisme avec ses excès, qui réduisent une majorité sociale au prolétariat pour permettre la capitalisation des revenus d’une minorité d’autres individus, est une forme sociale tout aussi archaïque.
L’affrontement de ces deux systèmes économiques (le capitalisme et le communisme) révèle tout d’abord qu’ils sont aussi extrêmes l’un que l’autre et malheureusement le premier résultat de leur affrontement semble être de les radicaliser l’un et l’autre, d’augmenter les défauts de l’un et de l’autre.


p. 72-73 - Personification, divinisation du Verbe

La parole est, au sens littéral, devenue notre dieu et elle l'est restée, même si nous connaissons le christiannisme que par ouïe-dire. Des mots comme "Société", "Etat", se sont chargées d'une telle substance qu'ils sont quasiment personifiés. Au niveau de la pensée banale implicite, l'Etat est devenu, bien plus que n'importe quel roi des temps passés, le dispensateur inépuisable de tous les biens : l'Etat est invoqué, il est rendu responsable, il est mis en accusation, etc... La société elle, se trouve élevée à la dignité de principe éthique suprême ; on va jusqu'à lui attribuer des qualités créatrices.

*************


Jung semble insister sur la virtualité d'une telle entité que l'on appelerait Etat, Société, Nation, et que c'est l'individu qui est responsable de sa condition, en donnant trop de son pouvoir à cette entité, par soif de confort, de plaisir et de "liberté", ce qui augmente son asservissement. Il n'y a pas d'Etat, de Société qui soit tangible. Nous sommes responsable de notre irresponsabilité. A chaque fois que nous rejetons "la faute" sur un objet extérieur, nous nous leurrons et nous déresponsabilisons.

13/05/2007

Relativité d'échelle et fractales


Vidéo de fractales
 


Extrait du livre de J-P. JourdanDeadline Dernière Limite

 

(Article publié dans les Cahiers de IANDS-France, n°15 décembre 2002)

fractal P.607 [...] Jusqu'à présent, la plupart des théories cosmologiques reposent sur le postulat que la géométrie de notre univers est riemannienne, impliquant que notre espace-temps soit différentiable, c'est-à-dire que quelle que soit sa courbure - intrinsèque ou imposée par la présence de masse ou d'énergie -, cette dernière est pratiquement finie. Si notre univers est bien ainsi, sa structure sera inchangée, quelle que soit l'échelle à laquelle nous allons l'observer.
Le problème est que les lois qui le décrivent sont pour l'instant différentes selon que l'on se place à grande ou petite échelle.[...]

P.608
La relativité d'échelle

La relativité d'échelle, théorie présentée par l'astrophysicien Laurent Nottale* (Nottale 1993, 1998) repose précisément sur l'abandon de ce postulat d'un univers "lisse" et différentiable. Il en résulte une plus grande généralité des lois physiques impliquant la notion d'un espace-temps fractal dont la structure dépend de l'échelle à laquelle on l'étudie, les propriétés quantiques apparaissant précisément aux petites échelles en même temps que se révèle la nature fractale de l'espace-temps dont elles résultent. [...]

Voir : le dossier sur les fractales (futura-sciences.com)

*Directeur de recherche au CNRS, site web (note d'hyper-atheisme) 

07/05/2007

L'esprit de l'athéisme de André Comte-Sponville

Commentaire sur un ouvrage grand public


medium_esprit_atheisme.jpgUne spiritualité balbutiante

L’esprit de l’athéisme a le mérite de mettre en lumière un mysticisme, une spiritualité sans croyance  ni religion, en évoquant notamment le sentiment océanique de Romain Rolland (l’expérience paroxystique, voir "la foi et la croyance"). Cela est très courageux de la part de Comte-Sponville car l’athéisme méprise généralement toute forme de mysticisme, hermétique à la non-dualité, anti-thèse du rationalisme.


Réfutation de l’existence divine - relativisation de la religion

On s’attendrait de la part de Comte-Sponville à expliciter en quoi consisterait une spiritualité pour les athées. Pourtant, il est question de l’existence de Dieu et de la crédibilité des religions pendant 143 pages sur 217, soit les 2/3 de son ouvrage. Cela s'apparente donc plus à un plaidoyer de l’athéisme plus qu'à une « introduction à une spiritualité sans Dieu ».


Vision superficielle de la religion

Le philosophe fait preuve de bonne volonté, mais il ne suffit pas d’étudier dans les bibliothèques pour comprendre le fait religieux, il faut le vivre de l’intérieur, quitte à adopter une démarche éthnologique à la Lévi-Strauss, et encore. L’image habituelle réductrice des académiciens est encore au rendez-vous, la religion comme dogme, comme système de croyances, comme folklore dépassé. Le mysticisme et l’ésotérisme des religions sont à revoir avec plus d'assiduité.  


Amalgame entre athéisme matérialiste et « athéisme religieux »

Comte-Sponville utilise souvent comme références le taoïsme et le bouddhisme qu’il affectionne. Il ne semble pas se rendre compte que ces deux traditions, tout en étant a-thées, ont des conceptions qui envisagent des énergies cosmiques et des forces, des esprits conscients appartenant à des ordres qui dépassent notre univers comme l'athéisme matérialiste le conçoit - sans autre réalité que la matière tangible, des particules et des ondes. On peut parler ici de divin. Cela ne l’empêche pas, sûrement par ignorance, de mettre le freudisme, le taoïsme et le bouddhisme dans le même « panier athée ».


La foi

La confusion entre croyance et foi est l'écueil de tout profane en matière de religion, La foi est un « sentiment ». Voir "la foi et la croyance"


Psychanalyse freudienne

Il devient aujourd’hui de moins en moins crédible, en tant que penseur moderne, "up-to-date", de se revendiquer de la psychanalyse freudienne autant dans la sphère de l’athéisme que dans les milieux spirituels, religieux ou non-religieux. En effet, la psychanalyse enseignée par Freud ou Lacan est de plus en plus critiquée dans les milieux universitaires français, autant des neuroscientifiques que des médecins, des psychologues que des psychothérapeutes. Toutefois, une importante institution ("lobby"...) en France résiste avec entêtement et n’est pas prête à lâcher de la patientèle. Aux Etats-Unis, le freudisme appartient à une page révolue de l’histoire de la psychologie. Malgré tout, Comte-Sponville cite régulièrement Freud et Swami Prajnanpad, un sage indien qui a introduit le freudisme en Inde. Voir : Regard conscient sur la psychanalyse


Le libre-arbitre

Je lui aurais bien recommandé le travail d’Henri Laborit : son confrère athée, scientifique de renom qui semble avoir mieux étudié la psyché humaine et adopté une vision beaucoup moins naïve que l’auteur de l’esprit de l’athéisme. Et suggérer d'étudier la notion de motivation, et la façon dont le système nerveux autonome et le système limbique - ou encore l'inconscient - influencent nos actions et choix.
L'approche multidisciplinaire d'Henri Laborit et sa rigueur fait de Laborit un philosophe hors pair. Comte-Sponville invoque souvent le libre-arbitre avec enthousiasme mais il semble être peu au fait de l’emprise de notre environnement et nos schémas psychiques primitifs sur notre volonté. Lorsqu’il parle d'amour dans une légèreté déconcertante, j’aimerais qu’il lise le chapitre d’Eloge de la fuite sur l’amour (sur la gratification, le narcissisme).
On peut également lire dans l'homme et la ville :
"Si l'on considère que la liberté, le choix expriment simplement la richesse et le nombre des automatismes, il est bien vrai qu'entre le cerveau reptilien qui régit des comportements peu nombreux, innés, génétiquement transmis, et le cerveau des vieux mammifères, le système limbique, où vont s'inscrire les automatismes nés des expériences mémorisées, et des conséquences agréables ou désagréables qu'elles ont engendrées, l'observateur non averti verra sans doute une différence que, incapable de relier à leurs mécanismes réels, il aura tendance d'autant plus facilement que l'anthropomorphisme est difficile à éviter, car nous sommes, nous l'avons dit, inconscients de notre inconscient, c'est-à-dire du déterminisme de nos comportements, si bien que c'est une prétendue liberté que nous plaquerons sur le comportement animal, au lieu de lui appliquer un déterminisme que nous ignorons et qui, pourtant, survit intégralement en nous. Ou bien, inversement, n'acceptant pas affectivement d'être comparé à lui, nous dirons que l'animal est déterminé, instinctuel, et que nous sommes libres et conscients. Malheureusement, nous ne sommes conscients que de notre conscience, et nous sommes persuadés qu'elle remplit à elle seul notre champ comportemental."


Athéisme manichéen

En surestimant le libre-arbitre on en vient à la peur de l’immoralité. En voulant s’opposer au nihilisme découlant du matérialisme, l’auteur clame de tout cœur la nécessité de la morale. On arrive alors aux lieux communs que seul les satanistes réfuteraient. Pourquoi n’apporte-t-il aucun élément pour étayer la pertinence d’une morale athée ? Peut-être n’avait-il aucun autre raisonnement que ceux aboutissant au manichéisme ? Voir « la morale athée ».


Rejet de l’introspection

Le plus étonnant dans l’esprit de l’athéisme, c’est le rejet de l’introspection. Comme si le fait de s’intéresser sincèrement à soi-même amenait forcément à se couper des autres, du reste du monde. Le pendant spirituel de cette conception se retrouve dans l’ésotérisme marchand qui cherche un état particulier, le gain de quelque chose, l'illumination ou l'a béatitude à « l’extérieur », par la faveur de quelques entités célestes ou extraterrestres. Il s'avère que la philosophie classique occidentale a tendance à considérer l'humain de base comme "normal" et que s'il souffre, c'est qu'il lui manque quelque chose que son environnement peut lui apporter. Le message des religions est tout autre : ce sont nos schémas psychiques perturbés qui nous font souffrir, et le remède est de modifier ces structures de l'esprit (à l'intérieur de nous-même). On peut alors dire que ce qui importe n'est pas la réalité du monde extérieur, mais la vision que chacun de nous porte sur ce monde.


Transcendance

Dans son Eloge de la fuite dont je fais souvent l'éloge, Henri Laborit remet en cause le mysticisme et la transcendance. Son raisonnement dit que si Dieu ou autres principes appelés "transcendants" sont imaginables, concevables par la conscience humaine, c'est qu'ils ne sont pas transcendants. Comte-Sponville tient le même discours dans "l'esprit de l'athéisme" et explique qu'alors, il s'agit d'immanence.

Tout mystique sait qu'il n'y a pas en fait, de contradiction entre immanence et transcendance. A l'inverse, beaucoup ne savent pas ce qu'implique réellement la notion de transcendance et la réduise au simple problème : on peut l'atteindre ou pas. C'est en fait un terme qui couvre un champ de concepts beaucoup plus large. [...]
Lire la suite de l'article Transcendance & immanence


Non-dualisme mal compris

On peut féliciter Comte-Sponville de sa tentative de dépasser le dualisme cartésien. Mais cela reste encore sommaire et il met du non-dualisme là où ça l’arrange et le retire là où ça le gêne. Pour rejeter l’introspection, il distingue bien l’intérieur et l’extérieur, soi et l’autre. Puis quelques pages plus loin, il clame que dans l’absolu il n’y a aucune différence entre l’intérieur de l’extérieur. Et effectivement, se connaître soi-même permet de connaître les autres. S'unir aux autres permet d'aimer vraiment. (voir "amour, compassion, couple et célibat") Ce qui est sûr, c’est qu’il ne suffit pas de s’intéresser aux autres pour changer ses propres schémas psychiques et dépasser ses pulsions.


Une spiritualité imaginaire

Comte-Sponville s’émerveille des expériences mystiques où « il n’y a plus d’ego, plus de jugements de valeur, plus d’insatisfaction, plus de haine, plus de peur, plus de colère, plus d’angoisse. » Mais ces expériences durent quelques secondes, voire une journée, rarement plus. Comment espère-t-il que le commun des mortels s’affranchissent d’autant d’emprises psychiques, de ces icebergs plongés et "vissés" dans l’inconscient ? On peut regretter qu’il ne propose aucune méthode, aucun chemin. Il n’évoque pas non plus de processus (psychique, psychologique, spirituel) nous délivrant de notre bêtise fondamentale et nous amenant à l’esprit d’unité, à l'ouverture du coeur. Il est facile de brandir le mot magique de la spiritualité. Mais quoi faire, comment faire, avec qui, avec quoi, avec quel résultat ?

01/05/2007

Amour, compassion, couple et célibat

Fini les fleurs bleues, les saxos et les violons


s'Aimer soi-même

medium_vajrasattva1.jpg En se dépouillant d'une morale répressive, de son juge intérieur tout-puissant, il devient possible de s'aimer véritablement : de s'accepter tel que l'on est et se chérir. C'est de reconnaître son existence et le droit d'être. C'est se donner du respect, l'espace et le temps nécessaire à son épanouissement. On n'abandonne toute notion de gain et de perte, de victoire-échec. Du moins, on essaye de relativiser tout cela. On apprend à perdre, on s'accoutume à l'échec. On s'autorise à faire des erreurs, à souffrir et à faire souffrir. Personne n'exige de nous d'être parfait, ou n'a pas la légitimité de le faire.

Je suis moche, idiot, pauvre, arrogant, méchant, paresseux. Et ce n'est pas grave. L'amour sans limite ne fait pas de tri, il embrasse tout.
Dans une vision dualiste il s'agirait d'intégrer le mal, l'ombre qui est en nous. Dans un langage alchimique, c'est l'union des contraires, du négatif et du positif, de la lumière et de l'ombre. On n'est plus dans une échelle de valeur qui implique la compétition et la fascination : élever et acclamer ce qui est bon et mépriser ce qui est mauvais. On parle alors d'équanimité où l'amour n'est plus l'attachement à des qualités particulières mais l'accueil de toute chose telle qu'est se manifeste. C'est ainsi que se forme le chemin vers la non-dualité.


Aimer les autres

Comme nous l'avons vu dans "l'évitement de sa propre souffrance", la générosité et l'altruisme peuvent être une fuite de soi-même, de ses besoins et responsabilités, et de la réalité. Quelques rares personnes sont naturellement dotées d'un amour authentique qui ne reposent pas sur des pulsions narcissiques ou l'attente de récompenses, mais ce n'est pas le cas du grand nombre. Il semble néanmoins que plus nous arrivons à faire preuve d'empathie, à concevoir la multitude des êtres comme un tout où les barrières sont virtuelles, voire de vraiment ressentir ce que vit autrui à l'instar de certains mystiques, l'amour se déploie avec moins de difficulté (voir "Songe égocentrique et union cosmique". Ce qui demande de l'effort c'est le chemin pour atteindre cette compréhension et ce ressenti.

L'amour n'implique pas forcément de passer son temps à aider les autres ou d'être bénévole dans l'humanitaire. C'est d'abord ne pas juger et considérer autrui comme son égal. Il intervient dans le quotidien, dans les petits gestes et les petites rencontres. Cet amour-là est lucide, intelligent, pragmatique, ancré dans la réalité. Il est romantique et cynique à la fois ou plutôt au-delà des deux. Il n'est pas fasciné ou aveuglé. Il n'idéalise pas. L'idéalisme est toujours déçu. Il est relié aux situations concrètes qui produisent souffrance et joie. Il ne déforme pas les faits en mièvrerie qui n'a d'autre nom que la duperie. Il embrasse tous les êtres mais ne dit pas oui à tout : à l'agression, à l'arrogance, à la tromperie... Comme disent de nombreux maîtres de méditation, "dites 'oui' dans votre coeur, et 'non' avec votre bouche". Une mère aimante ne permet pas tout à son enfant, ce n'est pas une question de morale mais d'évidence liée à la réalité de la souffrance. (Cela ne signifie pas qu'une mère aimante à toujours raison) La compassion est donc forcément liée à la sagesse. Un fait est que l'on peut être tout amour sans être gentil. On peut être gentil en étant mesquin. Ne pas tomber dans le piège de la gentillesse et des bons sentiments.


Amour en couple

Il faut bien discerner l'amour sans attente ni discrimination et l'attachement du type "je t'aime, tu m'aimes". L'amour intéressé qui sous-tend la plupart des couples et mêmes des amitiés reposent sur un échanges de bons procédés, est en premier lieu - pour caricaturer - un consensus d'intérêts mutuels et communs. C'est ainsi que l'on trouve souvent des individus désabusés qui cessent de croire en toute pertinence de l'amour des amoureux, et des croyants, religieux et mystiques qui choisissent le célibat et la chasteté.
Pourtant, la vie de couple permet de se confronter d'avantage à l'autre du fait de l'intimité de la relation. Elle oblige également à accepter d'avantage les défauts d'autrui si l'on ne choisit pas le conflit ou le non-dit. L'alter ego jouant le rôle de miroir, il permet la remise en question de soi-même. Pour les personnes qui se jugent trop, qui ne s'aiment pas, l'affection et l'accueil de leurs partenaires peuvent amener l'acceptation de l'autre et la confiance en soi. Nous n'avons plus cette conception du mariage, mais autrefois, l'anneau symbolisait l'union et l'engagement du couple à cheminer vers la réalisation de soi, ce qui impliquait de dépasser les moments difficiles et les disputes. Le but alors n'était pas simplement d'officialiser une affection réciproque mais aussi et surtout une entraide sur le chemin spirituel.  Il faut alors accueillir le bon et le mauvais : "pour le meilleur et pour le pire".
N'est-ce pas aussi une manière d'apprivoiser le masculin extérieur (pour une femme) et de fructifier le masculin intérieur, le féminin extérieur et intérieur (pour un homme) ? La plupart d'entre nous ont peur de l'autre versant de la montagne et prennent partie pour la virilité, la féminité, la gauche, la droite, l'altruisme, l'égoisme. Parfois nous n'assumons pas notre virilité ou notre féminité, etc. L'union des contraires amènent à la complétude. Toutefois, les personnes prêtent à se remettre en question,  à s'aventurer sur l'autre versant de la montagne, ne sont pas toujours faciles à trouver.

Passer de l'amour égoïste à l'amour sans limite n'est pas sans peine ni sans effort, mais c'est le seul chemin envisageable pour la plupart d'entre nous.


Amour célibataire


Le célibat et la vie monastique ont leurs atouts dans une perspective spirituelle : ils permettent de plus se confronter à soi-même, à ses angoisses et désirs plutôt que de fuir dans la distraction et les plaisirs mondains et charnels, donc de prendre plus de temps pour l'introspection. Une vie recluse permet de consacrer beaucoup plus de temps à la méditation, aux études diverses (sur soi-même, l'univers...). La vie dans les monastères, collective, implique beaucoup la relation à l'autre et non l'isolement. De plus, le célibat permet de se consacrer à oeuvrer plus pour le bien d'autrui en général, au lieu de favoriser une seule personne. Pour les ascètes qui ne vivent même pas en groupe, il leur est demandé de temps en temps de se rendre en ville pour se confronter aux autres afin d'éprouver leurs éventuels progrès et réalisations spirituelles. C'est le cas des traditions intelligentes dont les maîtres ne se voilent pas la face. On ne se retire pas dans les grottes pour y rester rempli de mépris et de pitié. Si les traditions spirituelles ont toujours conservé autant la voie monacale que séculière, c'est bien que chaque voie a ses avantages et inconvénients. Selon les époques, l'une ou l'autre est privilégiée mais chacun y trouve son compte.


Amour

L'amour authentique n'implique pas que la beauté et la justice. Il n'est jamais aveuglé par les apparences. Il ne rejette au fond ni la laideur, ni la souffrance, ni le mal. Cependant, il n'empêche pas de distinguer ce qui cause la souffrance de ce qui cause le bonheur, et en cela de faire des choix réfléchis : l'amour véritable ne s'oppose pas à la raison.

Voir également l'article "Autorise-toi à (t')aimer" du site soupir.org