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28/10/2007

L'Abbé Pierre sur l'enfer

e1b612dd72970834a50ab116786570f5.jpg« L’enfer, c’est les autres, écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. L’enfer, c’est soi-même coupé des autres.»

02/08/2007

Krishnamurti, gourou ou anti-gourou ?

691524986239e3a005ef56a614a4252a.jpgL'idée que personne n'a besoin de maître, de guide spirituel ni de gourou est très répandue aujourd'hui, même dans les cercles religieux et spirituels. Les personnes qui revendiquent cette démarche "indépendante" font souvent référence à Krishnamurti, lorsqu'ils ne sont pas tout simplement anarchistes ou ultra-libertaires. Avec les dérives sectaires et l'ego-trip des gourous (sectes ou pas), on comprend la réticence voire la révolte de certains pratiquants ou penseurs comme Krishnamurti, qui prônent l'indépendance et l'auto-responsabilisation. Toutefois, la position de ce dernier n'est pas sans contradiction. Voici un article que j'ai remarqué sur Internet qui analyse en détail en quoi le discours du grand Krishnamurti paraît contradictoire...


Source : Krishnamurti était-il un gourou ?

La vie de Krishnamurti fut consacrée à l'enseignement. Cependant, son souci majeur d'éviter à son message les murs clos d'une dogmatique religieuse -et donc toute gourouisation de sa personne- le conduisit dans une situation paradoxale : enseigner en déniant son rôle de gourou.

C'est cet aspect que développe Jacques Vigne.

Jacques Vigne, Docteur en médecine, a obtenu, en tant que psychiatre, des bourses de la Fondation Romain Rolland et de la Maison des Sciences de l'homme pour étudier en Inde, où il vit depuis plusieurs années, les rapports entre la guérison psychologique et l'enseignement traditionnel du Yoga. Il est l'auteur de l'outrage "le maître et le thérapeute" Ed. ALbin Michel 1991.

Lorsqu' on lit la vie et l'enseignement de Krishnamurti, on se trouve devant un paradoxe: il dénie le lien Gourou-disciple' mais était lui-même entouré d'un groupe de personnes qu'on pouvait difficilement appeler autrement que disciples, sans compter les milliers de gens qui venaient assister à ses entretiens et qui en retiraient une aide pour leur vie spirituelle. D'autre part, il dénonce la plupart des pratiques traditionnelles, disant que la vérité ne peut être obtenue par l'effort, mais a lui-même consacré un temps considérable à la sadhana, en particulier durant les "années oubliées" d'Ojai entre 1930 et 1946 et les quinze mois de silence et de retraite totale qu'il a observé en 1950-1951.

C'est pour éclaircir ce paradoxe que j'ai décidé d'étudier avec quelque détails la vie et l'action de Krishnamurti sous l'angle de la relation maître-disciple. Je me suis principalement fondé sur la récente biographie de Pupul Jayakar, une des plus proches disciples indiennes de Krishnamurti pendant près de quarante ans. J'ai laissé une large place à la citation car je préfère présenter les faits plutôt que de me lancer dans des interprétations par trop personnelles.

Jiddu Krishnamurti est né en 1895 d'une famille de brahmines pauvres de l'Andhra Pradesh (province qui se situe à peu près au centre de l'Inde). A l'âge de treize ans, son éducation est prise en main par C. W. Leadbeater, un membre influent de la Société Théosophique, qui le reconnaît comme le « futur enseignant du monde »

La crise d'Ojai et le "processus"

C'est à Ojai, en Californie, à l'âge de vingt-six ans, que Krishna vécut une crise qui influencera le reste de son existence. Ces épisodes sont décrits par Mary Lutyens sous le nom de « processus », qui durera trois mois en 1922, cinq mois en 23-24, puis reviendra en Suisse dans les années qui suivront, et de nouveau d'une manière intense à Ooty en 1948.

En 1922, Krishnamurti suivait depuis trois ans l'enseignement théosophique. Impressionné par un message des "Maîtres" transmis par Leudbeater et par ailleurs ébranlé par la tuberculose de son frère Nitya, il se met à méditer régulièrement et intensément, ce qu'il ne faisait pas auparavant . Au bout de trois semaines? il est capable de visualiser pendant toute la journée l'image du Bouddha Maitreya. Puis il perd, au moins partiellement, le contrôle. Il se sent dépersonnalisé et demande « Mère, touche-moi le visage, s'il te plaît; est-ce qu'il est toujours là ? » Il est dédoublé: « Il continuait à appeler Krishna (son propre nom) jusqu'à ce qu'il sombre dans I'inconscience... Il avait deux voix: I'une était celle du corps, I'autre celle de Krishna. »

Des douleurs physiques apparaissent dans la colonne vertébrale, la nuque, la tête: elles suivront Krishna tout au long de son existence dès qu'il reste un moment au repos .Il est important de noter que son sommeil reste très régulier, ce qui va à l'encontre d'un phénomène psychiatrique. Au bout de quatre mois, le processus semble aboutir à une sorte de dénouement lorsque Krishna sent une douleur monter le long de la colonne vertébrale pour atteindre le centre du front ce qui est interprété par l'entourage comme l'éveil de la Kundalini, phase essentielle de la pratique yoguique.

Ces données psychologiques ne sont pas en contradiction avec l'interprétation yoguique du processus. La Kundalini est une force neutre qui peut devenir ou sexuelle ou spirituelle, et Krishna a évidemment opté pour la seconde solution. A propos de la douleur physique, on parle dans le yoga de processus de "khryia", mot qui signifie à la fois action et purification. C'est ce second sens que Krishnamurti donnait au phénomène qui se déroulait en lui: une purification du corps pour qu'il puisse supporter harmonieusement la force bouillonnante de l'esprit. Si la récurrence de cette douleur physique ne semble pas avoir été le fait d'autres sages réalisés de l'Inde, c'est peut-être dû au fait que Krishnamurti était à cheval sur deux cultures, sur deux mystiques: l'esprit de Krishnamurti pouvait résoudre la contradiction car il était fort, mais le corps ressentait néanmoins le contrecoup de cette tension permanente entre l'Orient et l'Occident. Grâce à cette série d'épreuves psychiques et physiques, Krishna peut maintenant prétendre au titre de gourou doué d'une sorte de charisme chamanique à l'intérieur de la société théosophique.

Les phénomènes d'Ojai ont continué en filigrane. Il écrit par exemple trois ans plus tard, en 1926: « J'ai tellement changé ces deux dernières semaines, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur, mon corps, mon visage, mes mains, tout mon être a changé. La seule manière de respirer l'air frais de la vie c'est par un changement constant, un constant tourment, une constante inquiétude.>>

En faisant un bond en avant de vingt-cinq ans dans la vie de Krishnamurti, on retrouve un épisode analogue à celui d'Ojai. Il s'est déroulé cette fois-ci en Inde, en 1948, dans la station estivale d' Ooticatamund.

Krishnamurti écrira, plus de dix ans après les phénomènes d'Ooti:<< C'est étrange. Les choses qui sont arrivées à Ooti reviennent bien que personne ne s 'en aperçoive - c 'est très fort ... Ies "roues " [les chakras] d 'Ooti sont en train de travailler furieusement et douloureusement >>. Mais à la même époque, Signora Scavarelli, une disciple très proche de Krishnamurti spirituellement et son hôtesse à Gataad (près de Saanen, en Suisse) pouvait écrire après avoir été témoin d'une recrudescence du "processus": << Ses entretiens à Saanen n'étaient pas indépendants de ces états intérieurs. Toute séparation entre ces évènements mystiques et sa vie quotidienne semble s'être effacée. >>

La fin de cette séparation marque peut-être le moment où Krishnamurti, grâce à son évolution intérieure, a maîtrisé les phénomènes manifestes de dissociation pour ne plus conserver que cette dissociation mentale qui est la définition même de la conscience.

Le discours d 'Ommen

En 1929, après deux ans de réflexion, Krishnamurti , décide de dissoudre l'Ordre de l'Etoile dont il est le président. Cet ordre avait été fondé spécialement pour préparer son avènement en tant qu' 'enseignant du monde,' La dissolution d'une institution puissante de plusieurs milliers de personnes, la restitution d'une grande propriété avec un château aux donateurs est certainement un fait rare dans l'histoire des mouvements spirituels.

Quand on lit attentivement son fameux discours du 3 août 1929, on s'aperçoit qu'il critique implacablement la notion d'organisation et de leader spirituel, mais qu'il ne renie pas du tout sa fonction de Maître spirituel. Il reproche aux membres de l'Ordre de l'Etoile de s'être construit leur propre cage, d'avoir abandonné institutions et croyances chrétiennes de départ pour retomber dans une institution et une croyance qui ne valaient guère mieux. Comme les Maîtres spirituels sérieux, il repousse la notion de grade ou de diplôme sur la voie: <<Vous êtes habitués à ce qu'on vous dise de combien vous êtes avancés, quel est votre statut.spiÎituel : comme c 'est puéril!>>. Ceci dit, il ne repousse pas l'idée qu'il est un Maitre: c'est déjà grâce à son statut de qu'il a pu se permettre ce coup d'éclat qui est de dissoudre une organisation spirituelle qui comptait environ quarante mille membres à l'époque. << Je ne veux pas avoir une suite, un groupe spécial de disciples spéciaux [...] vous me demandez alors natulellement pourquoi je vais de par le monde en ne cessant de parler [...] je desire rendre l'homme libre, libre de toutes les cages, de toutes les peurs>>. << S'il n'y avait même qu'un homme à être libéré, ce serai assez.>>

Si l'on reprend ces points, on s'aperçoit qu'ils correspondent à la fonction traditionnelle du Courou. D'abord donner la libération (moksha) en enseignant la non-peur (abhayam). Le thème du Gourou qui meurt content après avoir trouvé ne serait-ce qu'une personne qui ait compris son enseignement est courant dans la tradition indienne. Krishnamurti dit qu'à son avis, Bouddha n'a eu que deux disciples qui aient vraiment réalisé ce qu'il voulait faire saisir:

Krishnamurti repousse l'organisation, mais demande instamment la venue de disciples sincères: << Pourquoi avoir des gens faux, hypocrites qui me suivent, moi qui suis la vérité incarnée? >> << S'il n'y a que cinq personnes à écouter, à vivre, à voir leur visage tourné vers l'éternité, ce sera suffisant >>.

Le discours d'Ommen, plutôt qu'un plaidoyer contre le Gourou, est un plaidoyer pour le Gourou face à l'institution: c'est l'institution qui est fausse pour le Gourou, et pas l'inverse.

La pratique spirituelle de Krishnamurti

Krishnamurti conseille la méditation, mais sous forme d'attention ouverte plutôt que de concentration. En même temps, il insiste sur le fait qu'aucune pratique spirituelle ne peut forcer la vérité à venir en quelqu'un. En cela il est très proche de la notion de grâce. Qu'on dise << ça vient tout seul >> ou << ça vient par la grâce de Dieu >>. I'élément essentiel est de comprendre que la Réalisation n'est pas le salaire obligé d'une quantité donnée de pratique spirituelle.

Quelles ont été les pratiques spirituelles de Krishriamurti sa vie durant ? Pendant ses dix- huit ans de formation à la Société Théosophique, il a certainement beaucoup développé les premiers stades du Yoga classique: rama et niyama "le contrôle des sens" et "la pratique des vertus". L'éducation suivie était stricte et énergique. A vingt-cinq ans, il se décrit lui-même comme puritain. Il attendra trente ans passés pour assister à une cérémonie de mariage. Il était d'une propreté corporelle irréprochable. A partir de 1922 surtout, il s'est mis à pratiquer pratyara ("le retrait en soi") et dharana ("la concentration"): concentration sur l'image du Maître ou la divinité d'élection. Il pouvait maintenir l'image du Bouddha Maitreya dans son esprit continuement pendant toute la journée. C'est déjà une très bonne réussite sur le chemin de la dévotion à l'ishta devata pour employer le vocabulaire hindou, ou le yidam pour employer le vocabulaire tibétain. La notion d'éveil des çakras a été très présente tout au long de sa pratique spirituelle. Son premier tuteur, Leadbeater, a écrit un livre sur les çakras qui est toujours réédité. La crise d`Ojai à l'âge de vingt-six ans, semble s'être résolue par la montée de la kundalini. Nous avons vu qu'à soixante-six ans, il fait allusion aux çakras << qui continuent à trarailler furieusement et douloureusement >>. C'est peut-être à cause de ces expériences pénibles de la voie classique du Raja-Yoga qui l'ont amené à deux reprises dans un état temporaire de dissociation que Krishnamurti déconseillait la concentration, et recommandait la voie directe d'observation du mental, la prise de conscience de « ce qui est » sans intervention, le ''voir" sans le "devenir" .

<< A quatre-vingt dix ans Krishnamurti commence la matinée avec des postures et du prana-vama. Pendant trente-cinq minutes il fait son pranayama, ses exercices respiratoires et quarante-cinq minutes sont consacrées aux asanas yoguiques, la pratique physique tonifiant le corps, les nerfs, les muscles et les cellules qui forment le tissu cutané, ouvrant chaque cellule du corps pour qu'il puisse respirer naturellement et harmonieusement >>. Après sa promenade vespérale, il recommençait à pratiquer un peu de pranayama.

Krishnamurti se plaint souvent, à la fin de sa vie, qu'il ne trouve pas d'intensité spirituelle chez les jeunes qui viennent à ses entretiens, ou chez les disciples qui travaillenl dans les écoles et les centres qu'il a fondés: << Par les questions des gens soi-disants jeunes par leurs rires par leurs applaudissements ils ne me frappent pas par leur maturité par leur sérieux par leur intention ferme. Je peux me tromper: évidemment >>. Peut-être est-ce parce qu'il ne les incite pas dans son enseignement à pratiquer les exercices spirituels de base qu'il a lui-même pratiqué pendant des années, voire sa vie durant. Alors qu'il pratiquait asanas et pranayama quotidiennemenl, je n'ai pas noté, dans sa biographie, qu'il recommande beaucoup ces exercices aux autres.

Je crois qu'il mérite le mot de Swarni Ramdas: << Krisnamurti est monté sur la terrasse avec I'échelle, il a repoussé l'échelle et a dit aux autres: "Montez-me rejoindre, c'est facile">>. Krishnamurti, de son côté, déclare: « Vous n'avez pas besoin d'être Edison pour allumer une ampoule électrique ». En d'autres termes, le chemin qu'il a laborieusement dégagé est maintenant facilement accessible à tous. Je laisse au lecteur le soin de trouver par lui-même l'image qui lui semble la plus juste: l'échelle ou l'ampoule.

L'âge mûr : Krishnamurti enseignant spirituel

Krishnamurti prenait bien soin de se désigner lui-meme sous le nom d' "enseignant" pour se séparer des Gourous au sens courant du terme. Mais c'est un peu jouer sur les mots, puisqu'enseignant en sanscrit ou en hindi, se dit gourou.

P. Jayakar exprime l'émotion de sa première rencontre avec Krishnamurti en des termes caractéristiques des premières rencontres avec un Gourou: << Krishnamurti entra dans la pièce silencieusement et mes sens explosèrent: j'avais une perception soudaine et intense d'immensité et de rayonnement. Il remplissait la chambre de sa présence et pour un instant j'étais réduite à néant. Je ne pouvais rien faire d'autre que de le regader fixement. >>

Krishnamurti commençait à agir comme un psychothérapeute attentif:<< En sa présence, le passé

caché dans l'obscurité d'un oubli prolongé, prenait forme et s'éveillait. Il était un miroir qui réfléchissait. Il y avait une absence de personnalité pas d'évaluation de poids et de distorsion. Je continuais à essayer de garder caché quelque chose de mon passé, mais il n'en laissait pas la possibilité. En plus, dans le domaine de la compassion, il y avait une qualité de force immense. >>

Pupul Jayakar a dit à Krishnamurti, au bout de trente ans, qu'elle estimait qu'il était son Gourou. Krishnamurti a demandé: « Que voulez-vous dire par Gourou ? » Elle a répondu: << Celui qui éveille. Krishnaji m'a éveillé. Quand on le regarde dans les yeux il y avait des yeux. Un tel regard est rare. >> On peut effectivement dire, après avoir suivi l'enseignement de quelqu'un pendant trente ans, que cette personne est votre Gourou.

Krishnamurti était un réservoir d'énergie. Il se retirait régulièrement, nous l'avons vu, huit ans à Ojai entre 1938 et 1946, puis quinze mois en 1950-51, puis un an en Italie en 1962, pour retrouver son énergie par la pratique des "tapas" mot sanscrit qui évoque à la fois l'exercice spirituel et la création de chaleur. Même en groupe, chacun sentait que Krishnamurti lui parlait personnellement. Il disait de lui-même: « Il y a quelque chose d'opérant en Krishnamurti que j'aimerais partager.Je sais que c'est possible. Je sens que c'est possible comme la lumière du soleil »... « Peut-il y avoir un mouvement vers l'au-delà.. . j'aimerais que l'étudiant ait un tel mouvement. Je discuterais avec lui. Je marcherais avec lui. Je m'assoirais en silence avec lui. Mais est-ce qu'il bougera ? »

Krishnamurti conçoit cette transmission d'énergie comme sa fonction même, comme sa raison d'être. A quatre-vingt dix ans, « son corps est fragile mais son esprit ne se relâche jamais. Il a dit que comme il avait atteint un grand âge, une énergie sans limite opère a travers lui. L'urgence s'étant accrue, la poussée de cette énergie s'est aussi accrue. Rien ne semble le fatiguer [...] En I980, Krishnamurti m'a dit que lorsqu'il cesserait de parler le corps mourrait. Le corps n'avait qu' un propos : révéler la vérité. »

Parfois, Krishnamurti semble réfuter toute possibilité d'aide du Gourou envers le disciple quand il demande: « Est-ce que le Gourou peut dissiper les ténèbres de quelqu'un d'autre ? », et qu'il répond par la négative. Cependant, il ajoute que le Gourou peut montrer du doigt la porte et dire: « Regarde, passe par cette porte ». Il admet ainsi que le Gourou peut transmettre une connaissance, une conscience au disciple. D'autre part, il n'a pas cessé de transmettre une énergie à ceux qui l'approchaient. Il avait donc les deux pouvoirs de base du Gourou traditionnel: pouvoir de transmettre l'énergie, pouvoir de transmettre la conscience.

Krishnamurti enseignait par sa présence. Ce facteur, de l'aveu de Mary Lutyens, était irremplaçable: « Lire un compte-rendu authentique d'entretien, l'écouter en cassette, même le voir en enregistrement vidéo, ne sera jamais la même chose qu'écouter Krishnamurti et le voir en chair et en os. La signification derrière les mots vient à travers la présence de l'homme lui-mêm, il y a une émanation qui éveille votre compréhension directement, comme un flash, comme un court-circuit dans I'esprit. »

Il incite Ies gens à ne pas considérer sa personne comme importante, mais l'énergie qui en émane: « Vous l'attirez en vous quand l'esprit est tranquille ». Evidemment, cette énergie doit être entretenue par la pratique personnelle. Comme disait Maurice Friedman (un ingénieur polonais devenu saddhu avec Ramana Maharishi en partie, puis connu plus tard pour avoir publié "Je suis cela " de Nisargadatta Maharadj: « Le problème avec vous, c'est que vous nous emmenez haut , et qu'ensuite nous retombons avec un 'pof'... ».

Il semblait avoir une méthode pour parIer. Un jour, il demanda à une disciple: « Est-il possible de parler, de chanter, psalmodier, non pas à partir de la gorge ou de la bouche, mais en laissant les mots toucher l'arrière de la tête à travers les yeux et de parler ainsi [...] C'est à dite de parler avec toute la tête ? »

Une de ses manières de passer son énergie était de secouer les disciples qui dormaient. La première grande secousse a été la dissolution de l'Ordre de l'Etoile et la séparation d'avec la Société Théosophique. La seconde grande secousse institutionnelle a été en août 1968. Il se sépare de ''Krishnamurti Writings Inc " et de la "Foundation for New Education" en fondant un groupe parallèle, la "Krishnamurti Foundation".

Une ancienne collaboratrice peut, après trente ans avec Krishnamurti, exprimer sa mauvaise humeur: « Si nous mourront en nous brûlant ou si nous cassons le cou, c 'est notre affaire et, Krishnamurti ne semble pas s'en soucier. L'aspect extérieur de Krishnamurti semble être plein de contradictions et de ruptures de niveaux [...] Peut-être qu'un jour, je m'abstiendrai complètement de l'approcher et rejoindrai les rangs heureux de ceux qui se contentent de lire ses livres ! » En fait, après cette crise, elle a continué à collaborer avec lui.

A soixante quinze ans, Krishnamurti n'était pas sur qu'on l'ait bien compris: « L'un des plus grands chagrins du monde, c'est de vouloir transmettre quelque chose de stupéfiant, d'énorme avec son coeur et son esprit et que vous ne le receviez pas ». A quatre vingts ans, il n'est guère plus optimiste: « J'ai passé plus de temps, j'ai donné plus d'entretiens en Inde que partout ailleurs. Les résultats ne me concernent pas, quel effet mes enseignements ont eu en Inde, à quelle profondeur leurs racines ont pénétré ; mais je pense qu' on a le droit de demander et qu'on doit demander, comme je le fais à l'instant, pourquoi il n'y a pas en Inde au bout de toutes ces années me personne totalement, complètement impliquée dans ces enseignements, en les vivant et en s'y consacrant entièrement. En aucun cas je ne blâme l'un ou I'autre d'entre vous, mais je voudrais vous demander instamment, si je le peux, de considèrer ce point avec beaucoup de sérieux et d'attention. »

Krishnamurti pouvait passer son énergie par le contact (spart dans le vocabulaire classique du Yoga) ou par le regard (drishti ou chakshu-disha). Lorsqu'il touchait les gens, cela pouvait être pour une guérison physique ou psychique.

Un témoignage intéressant d'efficacité du contact de Krishnamurti est celui d'Asit Chandmal: << Pendant des années, il avait l'habitude de me toucher sur la poitrine ou sur le dos, au-dessus du coeur, légèrement, lorsque nous nous séparions ou nous nous rencontrions, et ma tension tombait, s'écoulait comme du sable dans la lumière du soleil >>. Krishnamurti, en parlant, saisissait souvent le coude ou la main des gens.

Krishnamurti agissait le plus souvent par le regard, parfois de manière très intense. A témoin ce récit de P. Jayakar, lorsqu'elle est venue lui confier qu'elle était en crise grave avec son époux, et qu'elle était débordée par le chagrin: << Il mit les paumes de ses mains autour de mon visage. Il me fit regarder dans ses yeux et voir la peine reflétée en eux. Il était le père, la mère, l'ami procurant à mon esprit angoissé capacité de résistance et tendresse; mais il ne me laissait pas détourner les yeux. Comme un pilier de feu, son regard même annihilait les souvenirs, la solitude, le manque d'affection qui était à la racine de la douleur. Il m'amena face à face devant le vide du chagrin. Une perception naquit, et elle brûla complètement les cicatrices de ce qui avait été. Il donna de son amour à flots et ce dernier s'écoula en moi pacifiant mon coeur >>. Tout son être dégageait une impression de sérieux, d'urgence, de passion.

Krishnamurti enseignait souvent par le silence. Par exemple, après avoir reçu très affectueusement un étudiant, après avoir parlé avec lui comme un vieil ami, il se tait pendant quelques minutes. L étudiant, dans ses propres termes, jeta une ou deux fois un coup d'þil à Krishnaji, s'attendant à ce qu'il rompe lui-même un silence qu'il avait du mal à supporter. Il se mit à réaliser l'immensité de la personne à ses côtés et l'intimité avec laquelle ils avaient communiqué laissa la place à un sentiment de crainte immense. Il vit Krishnaji comme une partie de la rivière, du pipal et des oiseaux qui volaient par-dessus. « C'était quelque chose d'immense, la crainte que vous ressentez lorsque vous vous trouvez en face de quelque chose d' inconnu - quelque chose de très profond. »

Qu'est-ce que Krishnamurti pensait de lui-même ? A un moment, il sous-entend qu'il a obtenu l'illumination: on lui demande quand il l'a obtenue. Il répond: « Non, mais comment est-ce que cela est arrivé? » A soixante-dix ans, il confiait: « L'autre nuit, en méditant, je pouvais voir que le garçon (que j'étais) existait toujours exactement comme il était, rien ne lui était arrivé dans la vie. Le garçon est toujours ce qu'il était ». P.Jayakar lui demanda un jour: << Depuis trente ans ou depuis le début, y-a-t-il eu un changement en vous? - Non répondit Krishnamurti après une longue réflexion, je ne pense pas qu'il y ait eu aucun changement fondamental. C'est l'immobilité. >> Il ajoute, en parlant de lui à la troisième personne: « Krishnamurti dit quelque chose de totalement vrai, d'irrévocable, et cela a un poids stupéfiant comme une rivière avec des masses d'eau par derrière. Mais X n'écoute pas cette affirmation extraordinaire. »

Krishnamurti et la tradition indienne

Ce qui lui semble la caractéristique de la Tradition indienne est l'esprit solitaire de recherche de Soi et de négation des théories toutes faites: il s'inquiète de savoir si oui ou non l'Inde a conservé cet esprit, malgré l'influence occidentale tendant à favoriser les systèmes plutôt que la recherche du Soi, et de la collectivité plutôt que l'individu. Ce retour à la démarche de base de la Tradition des Upanishads est intéressant à noter. Peut-être que Krishnamurti s'est aperçu à la fin de sa vie qu'il avait un peu trop rejeté "le bébé avec l'eau du bain" pour reprendre le proverbe anglais que Swami Chidananda me citait à son propos.

« Dans les discussions Krishnamurti déniait son rôle en tant qu'enseignant et celui des auditeurs en tant que disciples. Il parle du "fait d'apprendre", un état où la relation de l'enseignant et du disciple subit un changement total... Il parle Le lui-même comme d'un miroir dans lequel se voit, avec une vision sans distorsion sans conditionnement. A d'autres moments, il dit que " cette personne " (Krishnamurti) n'a pas pensé l'enseignement...C'est comme - quel est le terme biblique? .' - c'est comme une révélation. Ca arrive tout le temps quand je suis en train? de parler »

On lui demande un jour: « J'ai observé que vous observiez vos propes réponses avec cette même conscience que vous mettiez pour écouter les questions. Ecoutez-vous vos réponses? - J'écoute pour savoir si ce qui est dit est exact... L'acte d'écouter n'est pas seulement dirigé vers la personne qui lance le défi, mais est aussi dirigée vers l'acte de répondre. C'est un état total d'écoute de la personne qui pose la question et de celle qui donne la réponse. Il n'y a de regard ou découte intérieurs. Il n'y a que le regard ou l'écoute ». . . « Dans de tels dialogues, il y a un état d'écoute dans lequel les deux personnes disparaissent et seule la question demeure. »

Juste avant sa mort, Krishnamurti est revenu avec beaucoup de conviction sur le caractère grandiose de sa mission dans des termes quelques peu surprenants de la part de quelqu'un qui a été par ailleurs mesuré et équilibré. Il dit de lui-même:<< Vous ne trouverez jamais un corps comme celui-ci, ni cette suprême intelligence agissant dans un tel corps, non, jamais plus pendant des centaines d'années. Vous ne verrez plus jamais cela. Quand il partira, cela s'en ira. Il ne reste aucune conscience après le départ de cette conscience-là, de cet état-là. IIs prétendront tous;ou ils essayeront d'imaginer qu'il peuvent entrer en contact avec cela. Peut-être le feront-ils plus ou moins, s'ils vivent l'enseignement. Mais personne ne l'a fait. Personne. Et voilà c'est ainsi >>

Cette sorte de rigidité quant à l'auto-évaluation de sa grandeur semble différer de la souplesse et de la largeur de vue du Bouddha sur son lit de mort.

Cependant, avec Krishnamurti, on pouvait se demander s'il n'y avait pas des difficultés supplémentaires venant de sa méthode-même: Est-ce que, sous prétexte d'encourager l'indépendance des disciples, il ne flattait pas leur mégalomanie innée en Ieur faisant croire qu'ils n'avaient besoin d'aucun support pour atteindre le Suprême? Est-ce qu'il ne flattait pas tout simplement Ieur paresse en leur faisant croire que surtout, il n'y avait rien à faire ni rien à vouloir? Est-ce qu'il ne flattait pas de plus un "modernocentrisme" naïf en laissant entendre que de nos jours, les techniques traditionnelles longues étaient dépassées et qu'au siècle des voitures et des fusées, les gens intelligents et dans le vent pouvaient s'offrir une voie directe et immédiate pour atteindre l'absolu ? Est-ce qu'il ne flattait pas enfin le mythe du "self-made man" cher à tout public américain en se présentant comme " l'homme qui s'était fait lui-même" spirituellement?

Trois ans avant sa mort qui survint en février 1986, Krishnamurti en est venu à la nécessité de créer de nouveaux centres pour adultes. Il en avait assez des gens qui lisaient un peu et repartaient. Il voulait des gens qui restent pour une durée déterminée, étudient vraiment son enseignement, et le méditent même dans une "pièce du silence' prévue à cet effet. En un mot après avoir critiqué toute sa vie la notion d`ashram, il en vient à en reconnaître l'utilité et il finit par en planifier quatre durant les trois dernières années de sa vie.

En approchant de la conclusion de ce texte sur Krishnamurti en tant qu'enseignant spirituel, je voudrais citer cet extrait de dialogue qui résume sa vision des choses sur ce point: << Si vous voulez aider quelqu'un à changer, soyez comme le soleil. Donnez-lui la compassion, l'amour, l'intelligence et rien d'autre...Il existe de telles personnes capables de vous aider. Non pas de vous guider, de vous dire ce que vous devez faire, car cela est vraiment trop stupide, mais elles sont comme le soleil, elles rayonnent de la lumière. Et si vous voulez vous asseoir au soleil, vous le faites. Sinon, vous vous asseyez à l'ombre.

-[interlocuteur] C'est une sorte d'illumination?

-[K] C'est l'illumination même. >>

Krishnamurti représentait certainement ce soleil pour un certain nombre de gens. Mary Zimbalist, son assistante, le regardait domir quelque temps avant sa mort et disait: « Il est si frêle, si extraordinairement beau. Son visage n'est pas marqué par I'âge, seule l'imprègne une beauté absolue. »

Comme le Bouddha, et comme les gourous, Krishnamurti insiste sur l'enseignement plus que sur la personne de l'enseignant. P. Jayakar se demande après quarante ans passés auprès de lui: « Quelle est sa "gotra" sa lignée ? » De la question, la réponse vint: « Toute l'humanité, parce qu'en tout être humain il y a un moyen de faire une percée au travers de tout ce qui asservit, d'être dans la lignée de la compassion impersonnelle. »

La qualité caractéristique de Krishnamurti dans son rôle de gourou, ou d'enseignant, peu importe l'étiquette, est son respect de l'autre, de ses particularités de son chemin propre. Comme il disait à un visiteur, qu'il sentait s'attacher peut-être trop émotionnellement après un premier entretien: « Monsieur, deux fleurs, ou deux choses peuvent être similaires, mais elles ne seront jamais mêmes. »


Conclusion

L'introspection ne doit pas empêcher l'écoute de l'autre, ni de suivre un professeur, un guide, un maître, ne serait-ce que pour un temps. Avoir un maître ne signifie pas se soumettre, se déresponsabiliser ni d'être obnubilé. C'est se remettre en question jusqu'au bout pour atteindre un niveau de profondeur peu souvent atteint dans l'exploration de sa psyché. C'est apprendre à lâcher son ego qui sait tout et qui veut tout contrôler, car c'est dans la cessation de ce contrôle que tombe le masque trompeur de l'ego. La relation entre un maître et son disciple est donc un jeu d'équilibre entre l'abandon aveugle de soi-même et la vanité/contrôle. Pour le pratiquant chevronné, il devient possible d'apprendre même du plus vil des humains, de la situation la plus tragique. Ce qui importe est d'apprendre sur soi, pas de juger autrui, ni d'avoir raison : de dire "mon maître c'est Untel, c'est le meilleur" ou encore "je n'ai pas de maître, aucun n'est parfait".

Dans l'ABC de la psychologie jungienne, le commentaire de Pierre Coret (psychothérapeute) à propos de Jung indique : Répondant au connais-toi toi-même de Socrate, il(Jung) insiste sur la nécessité d'un accompagnement et d'un enseignement individualisé qui permette à l'élève d'être dans une vraie relation avec le maître.


Sur le même thème :
- Choisir un gourou pour maître, qu'est-ce qu'un gourou ?
- Idéalisme, maîtres et adoration

Voir :
- Site de Jacques Vigne
- Site de l'association culturelle Krishnamurti

A lire :
- Krishnamurti ou l'insoumission de l'esprit, Krishnamurti
- Les limites de la pensée, Krishnamurti et David Bohm

18/07/2007

LQG, théorie des cordes et Cosmologie hindoue

Avant le Big Bang ?

Source : futura-sciences.com
Par Laurent Sacco, Futura-Sciences

La cosmologie est sans aucun doute la science dont les implications philosophiques sont les plus importantes. Avec la question du rapport exact de l’esprit et de la matière, quoi de plus fondamentale que celle de l’origine de l’espace, du temps et de la matière qu’ils contiennent ? Pour répondre à toutes ces questions, il faudrait disposer d’une théorie quantique de la gravitation. Les approches les plus prometteuses sont celles de la théorie des cordes et celles de la Gravitation Quantique à Boucles (en anglais Loop Quantum Gravity soit LQG). Martin Bojowald est l’un des pionniers de l’application de cette dernière à la cosmologie et il vient d’exposer dans Nature les derniers résultats qu’il a obtenus. L’Univers pourrait passer périodiquement par des phases d’oscillations avec « rebonds », avec une série sans commencement ni fin de Big Bang et de Big Crunch, un modèle rappelant certaines cosmologies Hindous.

Le sujet de la gravitation quantique est extrêmement vaste et il faudrait probablement des centaines de pages pour lui rendre justice. Il est bien connu que l’application de la mécanique quantique aux équations de la relativité générale d’Einstein conduit à des divergences infinies lorsqu’on cherche à coupler le champ de gravitation à la matière. Il existe toutefois des situations où l’on peut faire des calculs approximatifs de gravitation quantique sans que des quantités infinies incontrôlables n’émergent. C’est le cas dans certains modèles de cosmologie simples décrits par ce qu’on appelle la gravitation quantique canonique et introduits dans les années 60 par John Wheeler et surtout Bryce DeWitt pour l’essentiel.



Pour faire court, on cherche à appliquer les règles de quantification standards dites canoniques aux équations d’Einstein, ce qui veut dire qu’on cherche à mettre ces dernières sous une forme dite Hamiltonienne bien connue avec la mécanique analytique. Il faut pour cela introduire, comme pour la mécanique d’un système de particules, un espace des phases et une fonction Hamiltonienne H représentant l’énergie totale du système champ de gravitation+matière. De même qu’un point dans l’espace des phases représente un ensemble de positions possibles pour des particules en mouvement sous l’action de forces, un point dans l’espace des phases du champ de gravitation représentera un état possible de la géométrie de l’espace-temps courbé par la présence de matière, et plus généralement d’impulsions et d’énergies. On a donné un nom à cette espace de configurations de l’espace-temps : le super-espace (à ne pas confondre avec celui de la supergravité).

On peut alors construire une équation de Schrödinger avec une fonction d’onde dont le carré donne la probabilité de trouver la géométrie de l’espace-temps dans un état donné. C’est justement l’équation de Wheeler-DeWitt. Le problème est que, contrairement au cas avec N particules, la géométrie de l’espace-temps est décrite par un champ de tenseur à 10 composantes défini en chaque point de l’espace-temps. Comme il y en a une infinité, on comprend aisément que la résolution d’une telle équation n’est pas chose facile. Cependant, si l’on fixe par avance une classe de géométries possibles ne dépendant que d’un petit nombre de paramètres, certains calculs sont alors possibles. Cela revient à tronquer l’espace des phases précédant en « gelant » des degrés de liberté pour ne plus garder qu’un mini super-espace.

Le cas le plus simple est celui où l’on prend les modèles cosmologiques homogènes et isotropes de Friedman-Robertson-Walker (FRW) avec comme origine du champ de gravitation le champ le plus simple qu’on puisse imaginer : un champ scalaire décrit par une équation de Klein-Gordon avec un potentiel V. L’évolution dans le temps du champ de gravitation se réduit ici à un seul degré de liberté a(t). La fonction Hamiltonienne du système prend alors une forme similaire à celle décrivant une particule avec deux coordonnées de position, ici a(t) et (t), se déplaçant dans un potentiel compliqué. Les règles de quantification d’un tel système sont bien connues en mécanique ondulatoire et l’équation quantique décrivant ces modèles simples d’Univers n’est pas plus compliqué, mais pas moins, que celles que l’on peut rencontrer en physique atomique et moléculaire.

Le problème de la singularité cosmologique initiale

Rappelons à ce propos que dans le cadre de la relativité générale classique, les modèles de FRW sont problématiques, avec bien d’autres d’ailleurs, car l’on peut montrer que lorsque t=0 la courbure de l’espace-temps devient infinie, la notion même d’espace-temps s’effondre en fait, ce qui est une catastrophe car l’on ne peut alors plus rien faire. Le début de l’Univers, si cette notion même à un sens, est alors complètement hors de portée de la connaissance humaine. De même, une situation identique se produit lorsqu’une étoile s’effondre pour donner un trou noir en RG classique, une singularité de l’espace-temps se forme et les lois de la physique s’y brisent.

Or, ce n’est pas la première fois que la physique a été confrontée à ce genre de problème. Déjà, lors de la construction des premiers modèles d’atomes, l’électron tournant autour du noyau était en situation instable et devait finir par s’effondrer sur le noyau en créant là aussi une singularité, mais pas d’espace-temps. L’introduction de la mécanique quantique, et de la mécanique ondulatoire avec une fonction d’onde, avaient alors montré qu’il n’existait qu’une série d’états dynamiques discrets accessibles à l’électron, les fameux niveaux d’énergie de l’atome de Bohr. La fonction d’onde décrivant la probabilité de trouver l’électron dans une région de l’espace « étalait » cette même position en rendant l’effondrement précédent impossible.

John Wheeler et Bryce DeWitt avaient très clairement indiqué qu’un processus similaire devait se produire avec leur équation de Schrödinger de l’espace-temps. Les singularités en relativité générale seraient donc probablement « lissées » par le traitement quantique, stoppant ainsi leur formation.

Des résultats en ce sens avaient d’ailleurs été fournis dès la fin des années 60 et surtout dans le cadre du fameux modèle avec temps imaginaire de Hartle-Hawking au début des années 80. Malheureusement, comme indiqué précédemment, à chaque fois il s’agissait d’une situation très particulière où l’on admettait que la géométrie de l’Univers ne pouvait pas s’écarter beaucoup d’une certaine forme d’homogénéité et d’isotropie permettant de simplifier considérablement les calculs. Cela n’est pas satisfaisant car de telles hypothèses, bien que justifiables par certains côtés, n’en sont pas moins des vœux pieux. La théorie devrait partir d’un espace-temps arbitraire, non prédéterminé en partie par avance, et ce sont les calculs qui fourniront l’état de cet espace-temps.

Il faudrait pour cela résoudre l’équation de Wheeler-DeWitt de manière générale ou au mieux générique, mais comment s’y prendre ?

Une percée considérable s’est faite au milieu des années 80. Le physicien d’origine Indienne Abhay Ashtekar, qui avait été le post-doc du grand Roger Penrose, a introduit une formulation des équations d’Einstein dans l’espace des phases de l’espace-temps simplifiant considérablement leur formulation Hamiltonienne. En fait, il montrait que l'on se trouvait dans une situation formellement très proche de celle que l’on obtenait avec les équations de Yang-Mills, notamment celle de la QCD. Les techniques issues de cette théorie de jauge des interactions nucléaires fortes, la ChromoDynamique Quantique, pouvaient alors être transposées.



C’est ce que lui et surtout Lee Smolin et Carlo Rovelli réussirent à faire. A défaut d’une solution générale de l’équation de WDW, ils purent trouver de grandes classes de solutions mais surtout préciser de façon rigoureuse l’espace des solutions de cette équation. Comme toutes les équations de Schrödinger, les solutions de ces équations peuvent être rassemblées en un espace vectoriel abstrait ressemblant à l’espace habituel, il s’agit du célèbre espace de Hilbert. Une solution est alors décrite par un point dans cet espace repéré par un « vecteur position ». Dans le langage de la mécanique quantique, les fonctions d’ondes correspondant à une géométrie particulière de l’espace-temps sont des vecteurs d’états. Le principe de superposition des états de la mécanique quantique implique alors que la géométrie de l’espace-temps peut se trouver sous la forme d’une superposition d’états donnée par la somme vectorielle de ces vecteurs.



Le résultat le plus spectaculaire fut qu’il était alors possible de construire des opérateurs de surface et de volume, pour la géométrie de l’espace-temps, dont les spectres sont discrets !

On sait qu’en mécanique quantique les grandeurs comme l’énergie ou le moment cinétique sont données par des opérateurs. En agissant sur la fonction d’onde, qui mathématiquement ressemble à la fonction décrivant une onde lumineuse, l’opérateur d’énergie extrait alors les différentes composantes du spectre composant cette onde. Dans le cas de l’atome d’hydrogène, cela donne des niveaux discrets d’énergie et des orbites caractérisées elles aussi par une série discrète de distances de l’électron par rapport au noyau.

La situation est vraiment très similaire car le principe de correspondance de Bohr s’applique aussi dans le cas du spectre des aires et des volumes. Au fur et à mesure que le nombre quantique caractérisant des orbites de plus en plus grandes augmente, la différence entre les niveaux d’énergie devient de plus en plus faible ainsi que les distances spatiales séparant les orbites. Le spectre discret devient continu et la physique quantique se raccroche à la physique classique. Ainsi, pour des surfaces et des volumes de plus en plus grands, la notion d’espace-temps classique continu est retrouvée.

Martin Bojowald a donc été un des premiers à tirer les conséquences en cosmologie de ce caractère discret de l’espace-temps à l’échelle de Planck fourni par les équations de la LQG. Il a alors appliqué celles-ci aux modèles de FRW précédents et il a découvert plusieurs choses.
Même si l’on reste toujours dans une approximation de mini super-espace la situation est bien mieux contrôlée, car, le fait que la géométrie de l’espace-temps soit discrète réduit déjà considérablement le nombre de degrés de liberté possibles pour l’espace-temps à l’approche de la singularité primordiale. Ce qui permet de mieux justifier l’utilisation des mini-super-espaces en raison même de la structure de la LQG.

On trouve alors que l’on peut définir un opérateur de courbure pour l’espace-temps et un opérateur de « position » a(t) pour le facteur décrivant l’expansion des Univers de FRW. Contrairement aux résultats obtenus avant la LQG, le spectre de ces opérateurs est discret.

Magiquement, alors que le spectre du dernier opérateur possède la valeur 0 correspondant à un volume nul, celui de la courbure possède alors une borne maximale, la singularité de l’espace-temps est éliminée !

On peut alors prolonger sans aucun problème la structure de l’espace-temps avant ce qui correspond pour nous à un temps 0. Il y a alors un « Avant le Big Bang ». Si l’on représente le facteur d’expansion de l’Univers au cours du temps celui-ci effectue un mouvement rappelant celui d’une balle rebondissant éternellement de façon élastique, on parle d’ailleurs en anglais de « bouncing Univers » pour des théories de ce genre. On pourrait croire que chaque cycle d’expansion-contraction reproduit l’Univers à l’identique mais Bojowald fait remarquer que ses équations quantiques rendent en partie indéterminés les paramètres décrivant chaque nouveau cycle qui perdrait donc à chaque fois une partie des informations caractérisant l’état précédant.

L’Univers serait donc comme un phénix éternellement renaissant de ses cendres pour une nouvelle aventure différente de la précédente. Métaphysique ou physique que tout cela ? Probablement les deux.


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Voir le documentaire sur la théorie des cordes

03/07/2007

Charité et spiritualité

578c3ffe85c2ff4315eadfc707ff7df2.jpgLa charité et l'humanitaire se posent la plupart du temps en défenseur du bien contre le mal. Ils adoptent un comportement de sauveur.
La spiritualité, qui peut se déployer autant à travers la charité qu'en dehors, vise à la transcendance du "moi, je : dépasser la séparation entre soi et les autres, entre les individus. Le but alors n'est plus d'aider quelqu'un ou de faire le bien. Mais lorsqu'il n'y a plus de moi différencié absolu, il n'y a plus de raison pour faire souffrir l'autre, pour se glorifier, pour s'approprier richesse et possessions au dépend des autres.

Dans la charité, on peut tout à fait solidifier la séparation entre soi et les autres, renforcer l'ego, l'egocentrisme, son mythe personnel. Et bien sûr fuir la rencontre avec soi-même, ses propres souffrance - l'introspection !

26/05/2007

Science, théorie des cordes et religion

La théorie des cordes et la mécanique quantique ouvrent la voie aux religions

Les nouvelles théories de la science datant du 20ème et du 21ème remettent à l'ordre du jour des notions antiques comme la relativité (du temps, de l'espace, de la matière, de la "réalité"), l'interdépendance-interconnectivité, les mondes parallèles et la possibilité des miracles.
C'est une vraie aubaine pour la spiritualité et les religions que la science ait réussi à réfuter la vision matérialiste et réductionniste issue de Descartes. Ce n'est plus qu'une question de temps pour que la société entière intègre ces bouleversements : un nouveau paradigme. Brian Greene, scientifique de renom, après avoir publié l'Univers élégant, est à l'origine d'un documentaire scientifique aussi instructif que divertissant. Regardez plutôt l'émission d'Arte "Ce qu'Einstein ne savait pas encore" (L'univers Elegant) en trois volets :








Acheter l'Univers élégant
Voir aussi Management et science selon Jean Staune

20/05/2007

Transcendance & immanence

Transcendance immanente, immanence transcendante


Transcendance réfutée


medium_transcendance_decalcomania.jpgParce qu'on peut l'imaginer - Henri Laborit

Dans son Eloge de la fuite dont je fais souvent l'éloge, Henri Laborit remet en cause le mysticisme et la transcendance. Son raisonnement suggère que si Dieu ou autres principes appelés "transcendants" sont imaginables, concevables par la conscience humaine, c'est qu'ils ne sont pas transcendants. Comte-Sponville tient le même discours dans l'esprit de l'athéisme (mon article) et explique qu'alors, il s'agit d'immanence.


Transcender quoi ?

Tout mystique sait qu'il n'y a pas en fait, de contradiction entre immanence et transcendance. A l'inverse, beaucoup ne savent pas ce qu'implique réellement la notion de transcendance et la réduise au simple problème : on peut l'atteindre ou pas. C'est en fait un terme qui couvre un champ de concepts beaucoup plus large.

- L'intellect et la perception ordinaire

Nous appréhendons presque toujours le monde par la raison, surtout en Occident, au point que les concepts et les mots - le Verbe avec un V majuscule - remplacent la réalité. Il ne faut pas négliger les personnes "sensibles" et sensuelles qui savent apprécier le monde d'une autre manière que l'intellect. Pourtant, il y a une autre façon d'approcher le monde à laquelle nous pouvons accéder à travers différents exercices que nous proposent les religions et autres doctrines. Je parle de la méditation, des rituels mystiques, de la transe et des expériences paroxystiques.

Pour répondre à Laborit, il est bien sûr possible d'imaginer la transcendance puisqu'on peut concevoir l'infini sans pouvoir le cerner réellement. Il en est de même pour la courbure de l'espace popularisée par Einstein, que l'on peut imaginer, conceptualiser mathématiquement. Cela reste très abstrait, aucune équation ne peut nous la faire vivre ou sentir. Dans le cas d'une courbure positive, la théorie explique que si une fusée pouvait nous transporter assez longtemps, il serait possible de faire "le tour de l'univers" en ayant une trajectoire parfaitement droite, et de revenir au point de départ. On peut l'imaginer (encore que beaucoup me diront qu'ils ne peuvent pas), mais c'est impossible de la comprendre pleinement. Cela "dépasse notre entendement" : notre raison. Donc transcendance.

Pour répondre à Laborit et Comte-Sponville, le transcendant est atteignable directement par l'esprit par le biais non-conceptuel (et alors la question ne se pose plus en ces termes), mais ne l'est pas par l'intellect.

- Le dualisme


Par les différentes méthodes on peut changer de regard. Regard que l'on peut stabiliser à travers le cheminement spirituel. On transcende le dualisme pour passer au non-dualisme, au-delà de la dichotomie moi / les autres, sujet / objet, observateur / observé. Le dualisme est le mode de pensée qui correspond au rationalisme cartésien où une chose ne peut en être deux à la fois.

On dépasse l'opposition des contraires (clair / obscur, chaos / ordre, vice / vertu, féminin / masculin) ou on les unit. Il y a donc également l'idée de dépasser une certaine façon de pensée.

L'école philosophique bouddhiste de la "voie médiane", le Madhyamaka, stipule que l'univers n'est ni existant, ni non-existant, ni les deux à la fois, ni aucun des deux. Il réfute donc toute assertion conceptuelle concernant la nature de la réalité. De la même façon, la théologie négative professée entre autres par le célèbre mystique chrétien Maître Eckhart, "consiste à nier tout ce que l’on peut dire de Dieu, car il est toujours au-delà. C’est la connaissance apophatique de Dieu. Cet apophatisme rend compte de l’incapacité absolue de l’esprit humain de dire “ce qu’est Dieu”, autrement dit son essence ou, comme préfère l’écrire Denys, sa suressence. Toute affirmation sur Dieu, de nature sensible ou intelligible, doit être niée. Toutefois ces négations elles-mêmes devront être à leur tour niées car la suressence divine est au-delà des affirmations et des négations."

La vacuité, la "nature de l'esprit", concept-clé du bouddhisme ésotérique s'apparente au Dieu néant : "Le Dieu néant, c’est le Dieu inconditionnel et transcendant, le néant du manifesté, autrement dit la Déité au-dessus de Dieu : au-dessus des images (Überbildung), un être sans image (Entbildung). En qualifiant Dieu ou la Déité de néant (niht), Eckhart ne veut pas dire que Dieu n’est pas, mais qu’il n’est ni être ni néant, ou plus exactement au-delà de l’être et du néant, antérieur à toute représentation de ce qui est et de ce qui n’est pas, précédant toute détermination ontologique. Si l’être est quelque chose, alors Dieu est néant, au sens où il est au-delà de ce qui peut se représenter en termes de manifestation."
Source sur la théologie négative : Maître Eckhart, Une mystique du détachement, Maître Eckhart et la Mystique rhénane

- Le monde matériel : la cinquième dimension

Il y a par ailleurs le fait d'intégrer ou d'accéder à d'autres dimensions de la réalité. On parle d'énergie ou de matériels subtiles, mais également de dimensions parallèles que l'on retrouve dans l'hindouisme et le bouddhisme. La cinquième dimension correspond au niveau de réalité qui permettrait l'omniprésence et une vision totale de la réalité matérielle, selon Jean-Pierre Jourdan dans Deadline Dernière Limite ( acheter / site officiel / mon article).


Bref, la transcendance, ce n'est pas plus dépasser le monde matériel (dans tous les sens du terme) que de dépasser soi-même, son propre ego, sa propre raison. Ca dépasse notre entendement.

14/05/2007

Présent et avenir, C.G. Jung

Individuation et massification

Présent et avenir p. 58-60, C.G. Jung (1950)

medium_present_et_avenir_poche.jpgDans le désir du grand nombre se trouve la puissance qui permet de forcer les choses et de parvenir à la réalisation des souhaits ; le plus beau semble pourtant être de se laisser glisser avec douceur et sans douleur vers une espèce de pays d'enfance où l'on peut s'abandonner à la vigilance des parents et se dépouiller , comme lorsqu'on était enfant des soucis et de la responsabilité. Ne pense-t-on et ne s'occupe-t-on pas de vous en haut lieu ? A toutes les questions, des réponses sont prévues ; pour tous les besoins , le nécessaire est fait. Ce somnambulisme infantile de l'homme de masse est si éloigné de la réalité qu'il ne se pose jamais la question : qui donc paie ce paradis ? Pour le règlement de l'addition, on s'en remet aux institutions supérieures, ce que celles-ci acceptent volontiers, car leur puissance se retrouve augmentée par cette exigence. Mais plus leur puissance augmente, plus l'individu isolé se trouve dépourvu et affaibli.
Chaque fois qu'un tel état social prend des proportions importantes, il prépare les chemins de la tyrannie ; il lui ouvre les portes et la liberté de l'individu se transforme en un esclavage physique et spirituel. La tyrannie étant en soi immorale et prête à tout pour atteindre son but, elle est naturellement plus libre dans le choix de ses moyens qu’un régime qui tient encore compte de l’individu. Lorsqu’un tel régime entre en opposition avec une tyrannie, il éprouve rapidement l’inconvénient effectif qu’entraîne la sauvegarde de la moralité et se sent bientôt incité à utiliser si possible les mêmes moyens. De cette façon, le mal se répand presque obligatoirement, même si une contamination directe pouvait être évitée. Cette contamination est partout menaçante à l’extrême dès que les grands nombres et les valeurs statistiques ont acquis un poids déterminant.[…]

Seul peut résister à une masse organisée le sujet qui est tout aussi organisé dans son individualité que l’est une masse. Je me rends parfaitement compte combien une telle phrase doit paraître incompréhensible à l’homme d’aujourd’hui. Il a oublié la notion qui avait cours au Moyen Âge que l’homme est un microcosme, pour ainsi dire une image en réduction du grand cosmos.


p. 96

La "massification" ne vise nullement à favoriser la compréhension réciproque et les relations entre les hommes. Elle recherche bien plus leur atomisation, je veux dire l'isolement psychique de l'individu. Plus les individus sont  désagrégés les uns par rapport aux autres, moins ils sont enracinés dans des relations stables, plus ils sont susceptibles de se raccrocher à l'organisation étatique, plus celle-ci peut se densifier et vice versa.


p. 98

La question des relations humaines et des rapports interhumains dans le cadre de notre société est devenue un souci urgent en face de l'atomisation des hommes "massifiés", simplement entassés les uns sur les autres, et dont les interrelations personnelles sont innées par une méfiance généralisée. Lorsque les fluctuations du droit, l'espionnage policier et la terreur sont à l'oeuvre, les hommes sont acculés à l'isolement et à n'être que des parcelles menacées, ce qui cadre avec le but et l'intention de l'Etat dictatorial, qui repose sur l'amoncellement aussi massif que possible d'unités sociales impuissantes. [...]
C'est de la relation d'homme à homme que dépend sa cohésion (de la société libre) et par conséquent aussi sa force.

Note du traducteur, Docteur Roland Cahen, p. 61 :

Il ne faut pas se dissimuler que le capitalisme avec ses excès, qui réduisent une majorité sociale au prolétariat pour permettre la capitalisation des revenus d’une minorité d’autres individus, est une forme sociale tout aussi archaïque.
L’affrontement de ces deux systèmes économiques (le capitalisme et le communisme) révèle tout d’abord qu’ils sont aussi extrêmes l’un que l’autre et malheureusement le premier résultat de leur affrontement semble être de les radicaliser l’un et l’autre, d’augmenter les défauts de l’un et de l’autre.


p. 72-73 - Personification, divinisation du Verbe

La parole est, au sens littéral, devenue notre dieu et elle l'est restée, même si nous connaissons le christiannisme que par ouïe-dire. Des mots comme "Société", "Etat", se sont chargées d'une telle substance qu'ils sont quasiment personifiés. Au niveau de la pensée banale implicite, l'Etat est devenu, bien plus que n'importe quel roi des temps passés, le dispensateur inépuisable de tous les biens : l'Etat est invoqué, il est rendu responsable, il est mis en accusation, etc... La société elle, se trouve élevée à la dignité de principe éthique suprême ; on va jusqu'à lui attribuer des qualités créatrices.

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Jung semble insister sur la virtualité d'une telle entité que l'on appelerait Etat, Société, Nation, et que c'est l'individu qui est responsable de sa condition, en donnant trop de son pouvoir à cette entité, par soif de confort, de plaisir et de "liberté", ce qui augmente son asservissement. Il n'y a pas d'Etat, de Société qui soit tangible. Nous sommes responsable de notre irresponsabilité. A chaque fois que nous rejetons "la faute" sur un objet extérieur, nous nous leurrons et nous déresponsabilisons.