Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05/11/2007

Big Bang, trous de vers, et univers parallèles

Les trous noirs sont-ils à l'origine de nouveaux Univers ?

Par Laurent Sacco, Futura-Sciences

Les équations de la gravitation quantique à boucles appliquées à la naissance de l’Univers semblent prédire un pré-Big Bang et une absence de singularité initiale. Appliqués à l’intérieur d’un trou noir, de nouveaux calculs conduisent à une conclusion similaire : les trous noirs seraient à l’origine d’autres Univers connectés au nôtre.

La physique et la cosmologie du XXième siècle ont été dominées par deux théories cadres importantes : la théorie de la relativité générale d’Einstein et la mécanique quantique. Malheureusement, ces deux théories décrivant l’une l’infiniment grand et l’autre l’infiniment petit entrent en contradiction lorsqu’on cherche à les appliquer simultanément dans deux situations où elles doivent intervenir : l’intérieur d’un trou noir et le début de l’Univers. Dans les deux cas on considère des régions de l’espace plus petites qu’une particule élémentaire et avec une courbure de l’espace-temps colossale.

Une idée proposée dès la fin des années 1950 suppose que, de la même manière que la mécanique quantique arrête l’effondrement d’un électron sur le noyau d’un atome et produit des niveaux d’énergies discrets, un traitement quantique de la géométrie de l’espace-temps éviterait l’effondrement de la matière à l’intérieur d’un trou noir et effacerait la singularité prédite par les équations de la relativité générale classique. Comme l’expansion de l’Univers dans le cadre de la théorie du Big Bang ressemble beaucoup à l’effondrement d’une étoile mais avec le sens du temps inversé, on s’attend à ce que là aussi la singularité de l’espace-temps, caractérisée par une valeur infinie de la courbure de celui-ci et une densité infinie de matière, disparaisse.

Récemment, en utilisant une des théories possibles pour unifier les lois de la gravitation d’Einstein et la mécanique quantique, la gravitation quantique à boucles ou Loop Quantum Gravity (LQG), Martin Bojowald avait prolongé un peu plus loin les travaux de ses collègues appliquant la LQG au problème du Big Bang.

Ses travaux de cosmologie quantique montraient en effet qu’une forme simplifiée et résolvable des équations de la LQG éliminait effectivement la singularité initiale du Big Bang. On pouvait même parler d’un « avant le Big Bang » constitué d’un cycle sans fin d’expansions et de contractions.

Comme d’autres, Christian Böhmer et Kevin Vandersloot ont alors entrepris d’utiliser l’analogie, géométrie de l’espace-temps interne d’un trou noir et géométrie d’un Univers en expansion, pour appliquer les nouvelles techniques de la LQG afin de tenter de mieux comprendre ce qu’il advient de la matière et de l’espace-temps à l’intérieur d’un trou noir.

Un espace-temps qui ne serait pas continu

Là encore, l’idée principale utilisée est celle d’une modification de la géométrie de l’espace-temps qui de continue devient discrète. Comme Lee Smolin et Carlo Rovelli l’ont montré en 1995, il apparaît en LQG tout comme en mécanique quantique des opérateurs pour les variables physiques. Comme l’on traite de géométrie quantique on a aussitôt affaire à des opérateurs de surface et de volume limitant les valeurs que peuvent prendre ces quantités quand on les applique à un modèle cosmologique ou un trou noir. 

 

Crédit : Universe review

Sur le schéma ci-dessus, on a représenté le spectre de ces opérateurs et on l’a comparé à celui d’un atome d’hydrogène. Le terme spectre rappelle que les valeurs discrètes de l’énergie d’un électron dans un atome sont responsables du spectre lumineux en forme de raies que celui-ci absorbe ou émet. Par analogie, en mécanique quantique, on parle de spectre pour l’ensemble des valeurs que peut prendre une grandeur physique. Sur ce schéma on remarque que le spectre  tend vers une distribution continue lorsque l’on considère de grandes valeurs de l’énergie ou du volume (Principe de correspondance de Bohr). Ainsi, au fur et à mesure que l’on se rapproche du monde macroscopique, la granularité quantique s’estompe et une description continue, approximative, devient de plus en plus précise.

Deux évolutions possibles pour la géométrie et la matière dans un trou noir ?

En transposant les approximations et les calculs numériques de Martin Bojowald, les deux chercheurs ont alors trouvé que la géométrie interne d’un trou noir pouvait être modifiée de deux façons, également surprenantes.

Dans le premier cas, une sorte de trou de vers se forme connectant l’intérieur du trou noir avec un autre noir. Une solution analogue était déjà connue en relativité générale classique, elle peut même s’interpréter comme un pont entre deux Univers. Mais ici, la singularité séparant les deux trous noirs a été éliminée, sans même faire intervenir de l’énergie exotique comme dans le cas de la solution trou de ver traversable découverte par Kip Thorne vers le milieu des années 1980. La nature quantique de l’espace-temps introduit automatiquement une force répulsive lissant la singularité classique qui disparaît.

Dans le deuxième cas, peut-être le plus fascinant, la métrique interne se change en celle d’un véritable Univers avec un volume pouvant être infini, quand bien même cela se traduit par un volume extérieur fini pour l’observateur extérieur au trou noir. La solution trouvée décrivant cet Univers ressemble beaucoup à ce qu’on appelle une solution  de Nariai, avec une constante cosmologique et une charge électrique globale pour ce modèle cosmologique découvert il y a longtemps en relativité générale classique.


La théorie du pré-Big Bang (PBB) de Veneziano-Gasperini-Damour propose que notre Univers provienne d'une précédente phase de contraction d'une portion d'un autre Univers. Dans la théorie standard à gauche le temps a un commencement. Dans la théorie PBB le temps n'a ni début ni fin. Crédit : Universe review

Ces résultats sont des avancées significatives, mais il ne s’agit encore que d’approximations de calculs de gravitation quantique. On peut penser qu’ils représentent un comportement générique et que les conclusions qu’on en tire ne seront pas notablement changées le jour où des calculs complets pourront être vraiment menés. Toutefois, il est intéressant de voir que la LQG retrouve des résultats similaires à ceux obtenus par Gabriele Veneziano, Maurizio Gasperini et Thibault Damour dans le cadre des approches de pré-Big-Bang avec les supercordes. Là aussi, l’intérieur d’un trou noir pourrait donner naissance à un autre Univers. 


Dans la théorie PBB, notre Univers s'est créé dans un certain type de trou noir dans un Multivers éternel et incréé. L'effondrement, une fois atteintes une densité limite pour la matière et une courbure limite pour l'espace-temps se change en expansion. Crédit : Universe review

Dans les deux cas, quand un état limite de haute densité de matière et de courbure de l’espace-temps est atteint, l’effondrement est stoppé par l’apparition d’une force répulsive et un autre Univers en expansion se crée à partir du nôtre par bourgeonnement, un peu comme une petite bulle qui gonflerait à la surface d’un ballon pour finir par créer deux Univers distincts, connectés par un petit raccord.

Comme l’a proposé Lee Smolin au cours des années 1990, les deux théories principales et concurrentes pour la gravitation quantique, la LQG et la théorie des supercordes, pourraient bien être complémentaires.

Une série d'Univers connectés par des trous de vers.
Une série d'Univers connectés par des trous de vers.


*******
Voir le documentaire sur la théorie des cordes

01/11/2007

Auto-évolution : La fin du néo-darwinisme ?

Voir Un nouveau paradigme en biologie, l'auto-évolution (2004) du site Automates Intelligents

Extrait :
[...]

Comment définir l'auto-évolution ?

Tout ceci fait que le temps n'est sans plus très loin où l'on pourra remplacer (en partie) l'algorithme néo-darwinien de la mutation au hasard/sélection par un concept ou paradigme autrement plus riche de perspectives, mais aussi, pour le moment, autrement plus confus, celui d'auto-évolution avec transmission sous condition de certains des caractères acquis. Comment définir l'auto-évolution ? On ne remettra pas en cause le principe de la sélection des plus aptes, qui est, comme on l'a souvent dit, une lapalissade indiscutable : ne survivent que ceux qui se révèlent mieux adaptés que les autres aux contraintes extérieures. Mais on admettra que les organismes individuels (phénotypes) au sein des espèces (génotypes) peuvent faire appel à un très grand nombre de mécanismes leur permettant de s'adapter pour leur compte à de nouvelles conditions de vie. Grâce à ces mécanismes, ils peuvent, nous l'avons dit, mieux valoriser les ressources dont ils disposent déjà, essentiellement en provoquant la synthèse de nouvelles protéines produisant de nouvelles résistances. Ainsi des plantes réfractaires au zinc peuvent, sans attendre que de nouvelles espèces résistantes apparaissent au terme d'éventuelles mutations accidentelles, survivre dans un milieu riche en zinc(2). L'ADN de certaines de leurs cellules dirige la synthèse de nouvelles enzymes leur permettent de supporter le zinc. De plus, cette capacité peut se transmettre à l'ADN germinal (celui du génotype) dont on disait jusqu'ici qu'il était réfractaire aux modifications subies par le phénotype. Ainsi une nouvelle espèce ou sous-espèce, voire de nombreuses autres plus ou moins différentes, peuvent apparaître dans le temps d'une génération. On conçoit, surtout quand il s'agit d'espèces simples comme les bactéries, que la diversité biologique devienne vite proliférante et dangereuse pour les espèces supérieures. C'est sur cette prolifération que s'exerce la sélection.

On peut prendre une image pour montrer en quoi l'auto-évolution, ainsi conçue, diffère de l'évolution sur le mode de la mutation au hasard (éventuellement) favorable. Supposons que je sois confronté à un problème quelconque. Logiquement, ma première réaction sera de faire appel à mes connaissances : puis-je trouver dans ma mémoire des éléments de solutions. Le cas échéant, j'interrogerai des personnes étrangères. Mais je m'adresserai à des interlocuteurs choisis parce qu'ils me paraîtront les mieux aptes à me renseigner. Je ne m'adresserai pas à des gens rencontrés dans la rue. Je ne ferai pas non plus appel à un processus encore plus aléatoire, par exemple ouvrir un dictionnaire au hasard et voir si je trouve des informations pertinentes dans la page ainsi sélectionnée. Il y aurait une chance sur des millions pour que cela soit le cas. Remarquons cependant qu'en me limitant à recenser mes connaissances antérieures, sans faire appel à une recherche d'informations au hasard, je me priverai de la chance, peut-être une sur des millions précisément, de trouver la page précise qui aurait pu révolutionner ma façon de penser et faire de moi, qui sait, un autre homme.

C'est ainsi, en mobilisant leurs ressources internes, que procèdent semble-t-il les organismes vivants lorsqu'ils sont confrontés à un besoin d'adaptation. Evidemment, cette mobilisation n'est pas le produit d'une décision volontaire. Elle découle d'un mécanisme évolutif remontant sans doute aux origines de la vie. On pourrait l'analyser comme un processus réparateur enclenché par la perception de menaces sur l'intégrité du système. Gilbert Chauvet, dans son ouvrage cité, rappelle que les premières molécules biologiques n'ont pu apparaître qu'en se protégeant des influences extérieures par l'équivalent d'une membrane à l'intérieur de laquelle ont pu se dérouler des processus de synthèse auto catalytiques, d'organisation-réorganisation des éléments et finalement de réplication [voir ci-dessous le paragraphe concernant l'éventuel rôle d'un ARN précurseur]. On conçoit que de tels processus, aussi fructueux, aient été conservés, sous des formes éventuellement différentes, tout au long de l'évolution. Sans eux, il n'y aurait pas eu d'évolution du tout.

Les organismes apparaissent capables de réponses très différentes face à des agressions du milieu. Au cas par cas, telle réponse est sélectionnée tandis que les autres restent en sommeil. On est en présence d'un mécanisme qui ressemble un peu à la façon dont fonctionne le système immunitaire. Si cette réponse se révèle favorable, elle est transmise aux descendants grâce à des modifications génétiques ou épigénétiques mineures qui ne remettent pas en cause l'organisation d'ensemble du génome de l'espèce à laquelle appartient l'organisme considéré. Mais il est aussi possible que des lignées différentes au sein d'une même espèce finissent par s'individualiser en espèces différentes, faute de croisements suffisants pour entretenir l'interfécondité. Tout ceci ne relève pas du concept de mutation au hasard suivie de la sélection du plus apte. Si l'auto-évolution ainsi conçue ne peut pas faire apparaître n'importe quel caractère nouveau, elle donne quand même aux espèces et en leur sein aux variétés ou lignées beaucoup d'occasions de se diversifier, se complexifier et ainsi de s'adapter progressivement, en élargissant leurs sphères de survie.

Cela ne veut pas dire, nous l'avons rappelé, que l'individu puisse décider lui-même des modifications qu'il subira, afin d'acquérir puis transmettre à ses descendants des caractères mieux adaptés. Autrement dit, l'auto-évolution dont nous parlons ne doit pas être confondue avec une évolution auto-orientée. Ce dernier concept permettrait en effet de réintroduire une sorte de finalisme, à base de volontarisme, que jusqu'ici rien ne permet de présupposer (sauf peut-être en ce qui concerne l'influence de la conscience volontaire chez l'homme, si l'existence de cette dernière comme agent causal était retenue). Il s'agit seulement d'une évolution qui est rendue possible par l'entrée en jeu d'un certains nombre de facteurs évolutifs jusque là latents, au sein de l'individu, et qui se trouvent activés du fait de tel ou tel évènement auquel l'individu est confronté. Mais si nous retenons légitimement le terme d'auto-évolution, c'est parce que ces facteurs évolutifs ne proviennent pas de l'extérieur de l'individu mais de lui-même. De même, leur activation ne résulte pas du hasard, c'est-à-dire d'une cause aléatoire. Elle est d'une certaine façon déterminée par l'organisation antérieure de l'individu, le mettant à même de mieux valoriser des dispositions jusque là latentes ou de bénéficier d'alliances symbiotiques avec des partenaires lui apportant les ressources génétiques qui lui manquaient. Le hasard ne sera jamais exclu, mais il restera second.

[...]

De nouvelles données expérimentales

Mais quels sont les arguments permettant d'affirmer que ce qui précède ne relève pas de la simple supputation ? Trouve-t-on des faits qui démontrent la pertinence du concept d'auto-évolution ? Ils sont nombreux mais ils se présentent le plus souvent de façon différente. De plus certains d'entre eux sont encore conjecturaux ou, tout au moins, ne sont pas encore pleinement reconnus par l'opinion scientifique majoritaire. Ceci explique d'ailleurs que les rapprochements qui, selon nous s'imposeraient afin de faire l'hypothèse d'une vraie révolution paradigmatique, n'aient en général pas encore été conduits jusqu'à leur terme. D'autant plus que, comme toutes les sciences expérimentales, la biologie est aujourd'hui extrêmement parcellisée et que beaucoup de ceux qui l'exercent refusent de faire appel à des modèles généraux.

La biologie de l'ARN

On considérait jusqu'à ces derniers temps l'ARN comme le serviteur dévoué mais sans initiative de l'ADN, dont il assurait la duplication des sites codants lors de la construction cellulaire(3). La double hélice de l'ADN ou plus exactement les portions de celle-ci identifiés comme des gènes, c'est-à-dire comme portant les instructions permettant de commander la fabrication des protéines avait en effet jusqu'à présent focalisé l'attention. L'ARN – ARN dit messager – était considéré uniquement comme la recette que la cellule devait lire pour fabriquer la protéine commandée par le gène, c'est-à-dire par la portion d'ADN s'exprimant sous la forme dudit messager. Mais on a découvert qu'une grande partie du génome ne code pas pour permettre la fabrication de protéines. On a parlé d'ADN-poubelle mais on lui trouve constamment de nouveaux rôles, lesquels permettraient d'expliquer pourquoi elle a survécu à la sélection naturelle. Elle sert ainsi à fabriquer des fragments d'ARN qui circulent dans les cellules.

Lire l'intégralité d'
Un nouveau paradigme en biologie, l'auto-évolution

Et cet article paru en 2005 sur le site des Automates Intelligents :


De nouvelles méthodes en biologie

Dans notre numéro précédent, nous avions présenté (Un nouveau paradigme en biologie, l'auto-évolution) quelques-unes des hypothèses actuelles visant à relativiser le concept néo-darwinien d'évolution. Celle-ci ne résulterait pas seulement de mutations au hasard se produisant au niveau des portions codantes du génome (les gènes) mais pourrait provenir aussi d'autres facteurs agissant tout au long de la vie des individus, sur l'ensemble de l'ADN et sur divers autres processus de la physiologie cellulaire. On pourrait alors parler d'une auto-évolution, le terme signifiant que les individus peuvent s'adapter en continu aux variations de leur environnement et par conséquent transmettre de différentes façons à leurs descendants ce que l'on désignerait dans le vocabulaire Lamarckien par des caractères acquis. Nous avions conclu cet article en rappelant l'urgente nécessité de proposer, comme le fait le physiologiste et mathématicien Gilbert Chauvet(1) de nouveaux modèles permettant de simuler le fonctionnement du vivant.

Ce besoin est ressenti de toutes parts aujourd'hui, comme le montre un dossier publié dans le même temps par Science et Vie (n° 1047 de décembre 2004, p. 52) sous la direction de Hervé Poirier, et dont nous venons de prendre connaissance. Les rédacteurs rappellent que le modèle simpliste sur le développement, proposé par la biologie moléculaire il y a bientôt 50 ans : un gène > un ARN > une protéine > une fonction n'a plus cours. Certains biologistes et surtout des chercheurs issus d'autres disciplines proposent maintenant de nombreuses hypothèses originales permettant de commencer à éclairer les processus de l'embryogenèse et de la phylogenèse, dont la complexité continue à défier l'analyse.

Le dossier donne quelques exemples de ces nouvelles directions de recherche. Résumons celles-ci rapidement, en fournissant quelques références complémentaires, pour ceux de nos lecteurs qui ne se seraient pas procuré le numéro précité de Science et Vie :

* Construire les réseaux schématisant les relations croisées s'établissant entre les protéines produites par les gènes
On peut représenter par des graphes l'action d'une molécule donnée sur une ou plusieurs cibles. Les réseaux construits en rassemblant de cette façon les données expérimentales déjà disponibles présentent une topologie comparable à celles de nombreux autres réseaux complexes, par exemple Internet ou les réseaux de relations dans les sociétés animales ou humaines. On obtient de « petits mondes » (small worlds) très comparables, avec généralement trois degrés seulement de séparation entre nœuds (deux molécules choisies au hasard dans ce réseau ont de fortes chances d'être reliées par un chemin de moins de trois réactions). Cette ressemblance entre les réseaux non-biologiques et les réseaux d'interactions entre gènes et protéines permet d'appliquer à l'étude de ces derniers les enseignements obtenus par les ingénieurs dans la gestion des réseaux physiques (optimisation des modalités de modularité et de stabilisation structurelle, par exemple)(2)
.

Sources citées
François Képès, Génopole d'Evry Page personnelle http://stat.genopole.cnrs.fr/~kepes/ François Képès est, avec Frédéric Dardel, l'auteur d'un ouvrage de référence: Bioinformatique, génomique et post génomique, Editions de l'Ecole Polytechnique, 2002.
Albert-Lazlo Barabasi Université Notre Dame dans l'Indiana http://www.nd.edu/. Il est notamment l'auteur de l'ouvrage Linked: How Everything Is Connected to Everything Else and What It Means", Plume; Reissue edition (April 29, 2003) [édition hardcover le sous titre "The New Science of Networks"
Uri Alon, Institut Weismann Israël Home page http://www.weizmann.ac.il/mcb/UriAlon/
Vincent Hakim http://www.lps.ens.fr/~hakim/ et Paul François, Laboratoire de physique statistique de l'ENS.

** Faire appel aux « algèbres de processus »
Il s'agit de langages informatiques permettant à des ordinateurs distribués de coopérer dans la résolution de gros calculs ou de recherche documentaire sur le web. Il s'agirait d'analyser avec de telles algèbres les modèles et hypothèses formulés par des biologistes pour formaliser les interactions entre entités distribuées, agissant sans coordination centrale, telles qu'ils peuvent les identifier dans les réseaux d'interaction entre protéines. On pourrait alors faire apparaître des fonctions encore non détectées.

Sources citées
Aviv Reges, Institut Weismann, Israël. Voir le The BioSPI Project Home Page http://www.wisdom.weizmann.ac.il/~biospi/
Vincent Danos et al. , Laboratoire Preuves, Programmes et Systèmes , Université de Jussieu, Paris. Voir http://www.logique.jussieu.fr/www.danos/

*** Faire appel à la dynamique plutôt qu'à la structure pour expliquer le développement des systèmes vivants
La dynamique introduit le temps et aussi le hasard. La thermodynamique permet de retrouver des processus d'économie d'énergie en œuvre de façon identique dans la genèse des systèmes physiques et dans celles des systèmes vivants. Plus généralement une morphogenèse de type constructale (c'est nous qui ajoutons cette observation) pourrait être développée au profit à la fois de la vie biologique et de la vie artificielle.

Sources citées
James Ferrell, Stanford. Voir notamment ses travaux sur la maturation des oeufs de grenouille. Home page http://www.stanford.edu/group/ferrelllab/
Bertrand Laforge, physicien des particules. Université Pierre et Marie Curie. Site http://www.criticalsecret.com/laforge/
Michaël Deem, Université Rice, auteur de travaux sur le vaccin contre la grippe. Groupe de recherches http://www.mwdeem.rice.edu/

© Automates Intelligents 2005

Lire aussi Quand l’environnement change, l’évolution accélère


******

N.B : On peut lire sur Wikipédia :

  • Lamarck et Charles Darwin croyaient en l'hérédité des caractères acquis (bien qu'ils n'emploient pas cette expression, la distinction entre caractères acquis et innés date de la fin du XIXe siècle). Darwin mentionne même dans la première édition de L'origine des espèces les « effets cumulatifs du dressage » de génération en génération chez des chiens d'arrêt (pointers). Darwin est en réalité le premier à proposer une théorie des caractères acquis, sous le nom de "théorie de la pangenèse", dans son ouvrage De la variation des animaux et des plantes sous l'action de la domestication. C'est August Weismann qui fera la démonstration, non de l'impossibilité de la transmission des caractères acquis, mais de l'impossibilité de la transmission des mutilations, soutenue à la fin du XIXe siècle par les néo-lamarckiens. La théorie de Weismann exclu la transmission des caractères acquis de manière purement théorique (il est en effet impossible de démontrer scientifiquement l'impossibilité absolue d'un tel phénomène). La théorie synthétique postule aujourd'hui que les gènes ne peuvent être modifiés naturellement que par des mutations aléatoires, mais il s'agit, de l'aveu même de Francis Crick, d'un "dogme" de la biologie moléculaire.
  • On croyait en conséquence, jusqu'à la fin du XXe siècle, que l'adaptation individuelle ne se transmettait pas. Toutefois, au début du XXIe siècle, de nouvelles expériences et observations ont rouvert la porte à l'hypothèse d'une transmission de l'adaptation individuelle dans certains cas (notamment la taille, par rapport aux conditions d'alimentation), non par la modification des gènes, mais par la modification de leurs conditions d'expression, et, par là, de leur niveau d'activité, avec toutes les conséquences. Ces phénomènes sont qualifiés d'épigénétique. En outre, on a découvert que si les mutations sont bien aléatoires, les probabilités qu'elles soient réparées sont dépendantes des conditions extérieures : les mécanismes d'auto-réparation et d'entretien de l'intégrité du génome sont sous contrôle de l'état des cellules, ce qui fait que les cellules laissent passer plus ou moins de mutations selon leur adaptation à leur milieu. Au final, l'adaptation acquise apparaît bien comme un élément de l'hérédité.

 
Voir l'article de Jean Staune Mécanismes de l'évolution

La danse de l'ADN : une industrie

Vidéo in English. Regardez les images, c'est beau.

19/10/2007

L'acupuncture améliorerait la récupération post-opératoire

Par Jean Etienne, Futura-Sciences
Source


Selon une étude clinique, la pratique de l'acupuncture avant et durant une intervention chirurgicale réduirait significativement les risques d'effets secondaires liés à l'anesthésie.

"Tandis que les patients traités par acupuncture recevaient nettement moins d'opioïdes [des antalgiques, NDLR] que les autres, les résultats les plus importants ont été constatés au niveau de la réduction des effets secondaires", déclare Tong Joo Gan, anesthésiste de la Duke University Health System (Grande-Bretagne). Et d'ajouter que ces effets secondaires peuvent avoir une influence négative sur la récupération d'un patient et la durée de l'hospitalisation. Ce médecin vient de présenter les résultats de son analyse à la conférence scientifique annuelle de la société américaine d'anesthésiologie à San Francisco. Selon les auteurs de cette étude (qui a compilé quinze ensembles d'observations cliniques), la fréquence des nausées serait divisée par 1,5, les démangeaisons cutanées par 1,3, les vertiges par 1,6 et les problèmes de rétention urinaire par 3,5.

Ces résultats confortent l'hypothèse selon laquelle l'acupuncture jouerait un rôle dans la qualité d'une intervention chirurgicale. D'autres études antérieures, dont certaines ont été conduites par Gan, vont également dans ce sens, indiquant que l'acupuncture réduirait certains effets indésirables, tels nausées et vomissements. Cette méthode possède en plus l'avantage d'être peu coûteuse et de ne présenter aucun effet secondaire si elle est pratiquée par un personnel qualifié et selon toutes les précautions d'usage habituellement appliquées en matière de stérilité (aiguilles à usage unique, etc.).

L'acupuncture

Selon la médecine traditionnelle chinoise, l'état de santé d'un individu reposerait sur l'équilibre énergétique entre le corps physique - le yin - et d'énergie qui anime la matière - le yan - lequel circule le long de conduits appelés les méridiens. Toute perturbation de cette énergie (le Qi) entraîne un blocage qui se traduit par l'entrave au mouvement. L'énergie s'accumule alors en amont de cette entrave et un déficit apparaît en aval. L'acupuncteur tentera alors de localiser l'endroit de ce dysfonctionnement, et à l'aide de l'aiguille, de rediriger le flux d'énergie.

Bien entendu cette théorie (que nous avons ici fortement schématisée...) ne convainc pas le scientifique qui tente de découvrir les raisons du fonctionnement de l'acupuncture, dont certains effets sont aujourd'hui démontrés. Les résultats les plus récents de la recherche semblent s'orienter vers la capacité des points d'acupuncture à stimuler la production d'hormones spécifiques lorsqu'ils sont excités, telles des endorphines. Gan entreprend actuellement de nouvelles études afin d'éclaircir ce schéma.

Acupuncture : points et méridiens selon un dessin de l'époque de la dynastie Ming. Source: Imagery From the History of Medicine
Acupuncture : points et méridiens selon un dessin de l'époque de la dynastie Ming. Source: Imagery From the History of Medicine

12/10/2007

l'INREES étudie scientifiquement l'inexplicable et le paranormal

Créé en juin 2007, l’Institut national de recherche sur les expériences extraordinaires - l'INREES - s’intéresse aux témoins de phénomènes étranges qui semblent hors de la science, des Ovnis aux visions au seuil de la mort. Futura-Sciences a interrogé son fondateur, Stéphane Allix. « Ce n’est pas parce que quelqu’un raconte une histoire de fou qu’il est nécessairement fou » nous explique-t-il.

 Lire l'entretien sur futura-sciences.com

 
Site de l'INREES

07/09/2007

Deadline Dernière limite du Dr J-P Jourdan

Commentaire : la mort, l'amour, la matière et les EMI


medium_Deadline.jpg J’ai lu ce livre sur le vaste sujet des EMI/NDE de 600 pages (Ed. les 3 Orangers, préface du Dr Raymond Moody) avec plaisir et émerveillement. Les nombreux témoignages cités apportent vraiment légèreté et humour sur un thème encore tabou et grave en Occident. Je le conseille à toute personne croyante ou sceptique intriguée par le sens de la vie et de la mort.
Vous pouvez vous procurer Deadline Dernière limite : EMI : Une énigme pour la science, Plaidoyer pour une étude scientifique des Expériences dites de Mort Imminente.

Le site officiel du livre : deadlinelelivre.fr
Le livre est disponible en version proche.

L'auteur est docteur en médecine et vice-président et directeur de la recherche médicale de l'association spécialisé dans les NDE IANDS-France : iands-france.org

EMI comme Expérience de Mort Imminente

Le phénomène du "tunnel qui aboutit sur la lumière" vécu par les rescapés de la mort est assez connu mais superficiellement. De plus le sujet a été rapidement récupéré par l'ésotérisme marchand avec son imagerie de l'esbrouffe. Il se trouve que les expériences que l'on appelle EMI sont vécues non seulement par des personnes au seuil de la mort, mais aussi par des personnes en parfaite santé dans des circonstances très ordinaires (contemplation d'un paysage), la pratique de la relaxation ou méditation. Ce qui remet fortement en cause l'hypothèse selon laquelle le cerveau produit des hallucinations par manque d'oxygène ou dérèglement hormonal, et celle qui prétend que l'inconscient génère
des images rassurantes ou chaotiques à l'approche de la mort.
Un ouvrage qui chamboule tous nos récents acquis de la science et des sciences humaines.


Les atouts de Deadline


- L’auteur répond à (quasiment) toutes les objections des scientifiques sceptiques et matérialistes, ceux qui réduisent le phénomène à un simple mauvais tour neurologique ou de l’inconscient.
- Ses arguments sont pondérés. On ne fait ni du sensationnel « niouâge » ni d’affirmation catégorique. Jean-Pierre Jourdan nous invite en permanence à bien distinguer constatations objectives, convictions (des expérienceurs / témoins et scientifiques) et preuves scientifiques.
- Il insiste également sur le fait que les EMI ne confirme aucune conception métaphysique ou cosmologique de quelle religion que ce soit.
- Absence d’idéalisation du phénomène. Il ne fait pas les expérienceurs/témoins d’EMI des saints, comme si les EMI rendaient les humains « purs ».
- Un théorie interprétative des EMI qui concorde ou du moins qui semble s’accorder avec les plus récentes théories en physique (théorie des cordes, théorie branaire , supersymétrie, la relativité d’échelle).


Mes réserves
(je déconseille de les lire avant le livre)

Une pré-mort


L’auteur (et souvent les expérienceurs) semble extrapoler le processus de la mort à partir des EMIs, or ces derniers ne prouvent rien par rapport à la mort elle-même, comme l’admet l’auteur lui-même. Pourtant J-P. Jourdan s’exprime comme si les témoignages d’EMI suffisaient à réfuter les différents points de vue des religions sur la mort (et la divinité) : il n’y a pas de paradis, ni d’enfer, ni de Dieu. Je pense qu’on peut s’accorder à dire qu’aucun croyant ou religieux sain d’esprit ne croit à un Dieu sous la forme d’un vieillard avec une barbe blanche (ni au monstre en spaghettis volant !). De même, les nombreux témoignages concordent sur la notion et même le ressenti de barrière séparant la « vie » de l’outre-monde, de laquelle on ne peut plus revenir une fois passée de l’autre côté. A partir de quoi l’auteur déduit que l’on ne peut absolument pas revenir de la mort (vision du christianisme exotérique). Pourtant, si j’ai bien compris, les personnes rapportant des EMI n’ont pas franchi cette barrière et ne sont pas mort, au sens propre du terme. Comment peuvent-ils donc en être sûr ? Ce que je déduis de cela, c’est que cette barrière symbolise la mort de cette vie-ci, celle que l’expérienceur risque de quitter, et non celle d’éventuelles vies futures, en supposant que cela soit possible.
Les EMI ne prouvent donc pas que la réincarnation est une invention d’un imaginaire collectif, ni que Jésus ne pourra jamais revenir du ciel.
Je conçois que la mort soit définitive pour « cette vie actuelle », mais pas pour la suite. Je ne peux donc adhérer à l’affirmation catégorique de l’auteur qui dit que « la mort est définitive,  personne n’en est revenu pour nous la raconter. » En effet, dans l’hindouisme et dans le bouddhisme au moins, des personnes d'une réalisation plus ou moins élevée prétendent se souvenir de leur mort « précédente » et même de leurs vies passées. Sans parler de ceux qui ont visité, est-il dit, des « dimensions parallèles ».
c.f. : - 20 cas suggérant le phénomène de réincarnation (Ed. J'ai Lu), Ian Stevenson
- De naissance en naissance, Denise Desjardins
- Le livre tibétain des morts
- Enfants de la réincarnation, Vickie Mackenzie

D’autre part, il n’est pas dit que tous les expérienceurs auraient atteint la lumière et y seraient restés s’ils étaient vraiment morts. Rien ne dit qu’au final d’autres facteurs les auraient détournés de l’amour-lumière, vers des lieux moins confortables…


Matérialisme et spiritualisme - signification, idées et sensation

Selon J-P Jourdan, l’opposition matérialisme et spiritualisme n’a pas lieu d’être, dans la mesure où la notion de matière pourrait s’élargir jusqu’à l’inclure. Bien sûr les neutrinos n’ont pas de masse et sont étiquetés comme « matière » par les physiciens. Les champs électromagnétiques sont également considérés comme de la matière. Qu’en est-il de la gravité ? Cela me paraît difficile de garder un concept qui durant des siècles faisait référence à ce que l’on pouvait toucher et d’y inclure tous les phénomènes mesurables mais intangibles.

Au-delà du problème de terminologie, il y a 3 objections :

- Les perceptions/sensations. Peut-on dire que les couleurs, les odeurs, les goûts, les sensations liées au toucher, etc. sont de la matière (palpable ou impalpable) ?
Cela fait plusieurs années que les neurologues affirment que les couleurs sont une illusion, une construction de l'esprit. (C.f. l'article La vision du monde en couleur, une invention du cerveau paru dans Le Monde du 12/08/2000). Ce qu'il y a "derrière" la couleur (une sensation), ce sont des ondes électro-magnétiques (un phénomène physique) - de la matière selon J-P Jourdan. Mais la sensation, rouge ou bleu, salé ou sucré, que l'esprit ou le cerveau rattache à cette matière,  est-ce encore de la matière ? Voir la page qualia sur Wikipédia

- Les idées/pensées/émotions. Il y a bien sûr des phénomènes électro-chimiques et hormonaux lié aux pensées et aux émotions. Il n'est pas prouvé que les premiers sont les (uniques) causes des secondes. Admettons une seconde, en bons matérialistes, que le phénomène physique soit à l'origine de l'émotion. Devrait-on en conclure que l'émotion  est matérielle ? Malheureusement, cela est impossible, on ne peut pas confondre le producteur et le produit, le chanteur et sa voix (sauf dans le mysticisme peut-être).

- La signification/le sens. Influx nerveux, neuromédiateurs, interactions neuronales, d'accord. Et le sens qui surgit dans notre conscience ? (je ne vais pas parler de l'inconscient...).  Si je me dis  que "l'univers est fabuleux et immense", s'agit-il de matière ? La question de la conscience et du sens a été largement creusée par le philosophe John Searle avec l'expérience de la chambre chinoise (en deux mots : les neurones ne comprennent pas le chinois, mais la conscience (grâce aux neurones et bien sûr les yeux ou les oreilles) le comprend).

Les détracteurs du dualisme-spiritualisme ou du monisme (non-matérialiste) semblent oublier, à force de se focaliser sur la chimie et la physique, de considérer les pensées, les sens et les sensations, en tant que telles.

Le docteur Pim Van Lommel, dans L'Expérience de Mort Imminente : Premières rencontres internationales, Actes du Colloque Martigues 17 juin 2006, suggère comme image pour le cerveau, une radio qui émet de la musique en recevant des ondes. Eteindre la radio ne supprime pas les ondes. Pareil pour la télévision, avec laquelle on peut triturer l'image notamment en tournant les boutons : mais l'émission elle-même n'est pas modifiée.  Dans l'autre sens, un caméra vidéo capte la lumière, et si l'on manipule l'objectif, les réglages de la caméra (le cerveau), l'image captée et retransmise est altérée. Le cerveau (radio, télévision, caméra) ne serait qu'une interface de la conscience (les ondes).


La religion et le bas-monde

L’auteur semble aussi réduire les religions à des systèmes dogmatiques de croyances et de pensées, par ignorance, économie de mots ou encore par stratégie didactique.

Un des derniers passages du livre évoque à très juste titre le problème du désarroi et du désoeuvrement que rencontrent les témoins d’EMI après coup. Comment vivre heureux et sans « se faire bouffer » dans cette jungle de la vie moderne après avoir goûté à l’amour absolu ? Ils sont nombreux (mais dans quelle proportion ?) à rejeter les religions (surtout les dogmes). Ils ont beau chercher, s’interrogent, dévorent les livres, mais quelque chose manque. Puis la contradiction entre un discours spirituel orienté vers la bonté et un comportement égotique voir arrogant finit souvent par apparaître.

Derrière l’image repoussante du dogme se cache souvent au sein des religions authentiques, une myriade de méthodes vouées au développement personnel, spirituel et parfois à la santé physique-même. C’est le fameux duo exotérisme-ésotérisme dont la frontière ne se trouve pas toujours où on le croit. Si après une EMI un bon samaritain n’est pas forcément assez armé pour plonger dans la jungle du consumérisme, la plupart des religions offrent de véritables exercices de l’esprit visant à muscler et enrichir (ou dépouiller, ça dépend de la vision) l’esprit. Il n’y a qu’à regarder les expériences autour des effets de la méditation sur les moines du Dalaï-lama menées par les psychologues et neuroscientifiques comme Olivia Carter, Jack Pettigrew ou Richard Davidson - membre de l'institut Mind & Life qui travaille pour l'entraide entre la science et la spiritualité (c.f. : R. Davidson et al., Alerations in brain and immune function produced by mindful meditation, in Psychosomatic Medicine, vol. 65, pp. 564-570, 2003). A ce sujet voir l'article (sur le site des Nouvelles Clés) de Thierry Janssen sur la méditation qui évoque le travail de Richard Davidson et sa collaboration avec des méditants. Vous pouvez aussi lire "Quand l'esprit dialogue avec le corps" où s'entretiennent des scientifiques de hauts rangs avec le Dalaï-Lama (Guy Trédaniel Editeur). A noter que les témoignages de méditation des mystiques chrétiens concordent souvent avec ceux des maîtres bouddhistes. La mystique diyonisienne, rhénane (Maître Eckhart), la patristique  grecque, le tantrisme ou le soufisme sont autant de manières de s'affranchir des forces de l'inconscient et de progresser vers la "lumière".

Si des milliers de religieux s’enferment dans des cellules, des ermites se retirent dans des grottes pour pratiquer intensivement la prière, la méditation et autres, c’est bien parce que l’esprit implique des conflits psychiques qui sont très loin d’être facile à résoudre. Bien sûr, ce n’est pas la seule voie mais il semble que l’esprit est comme un muscle, ça se « travaille ». La concentration, la patience, le lâcher-prise, la lucidité, l’humilité,  l’anticipation, l’intuition, ça se travaille. La connexion avec le divin, ça se demande, ça se « supplie » - ça se  mérite. Qui risque rien, n'a rien. On dit aussi : aide-toi, et le ciel t'aidera. L’orgueil universel est tellement puissant qu’un immense engagement, un profond appel du cœur sont requis pour « s’en défaire ». Bien sûr, il y a des moments de grâce, de sérénité, d’abandon qui amènent des déblocages, des prises de conscience, mais un entraînement de l’esprit semble indispensable. Et heureusement, ces entraînements existent, encore faut-il trouver un bon instructeur, une bonne classe, de bons cahiers.
Pour les personnes allergiques aux religions, il y a des psychothérapies (Jung, Maslow, Gestalt, psychogénéalogie, etc.) et autres voies spirituelles non-religieuses tout à fait honorables comme la communication non-violente.

Certains expérienceurs ne deviennent-ils pas, malgré leur prise de conscience, manichéens en quelque sorte, et jugeant notre bas-monde si mal qu’ils en ont la nausée. Quelques rescapés de la mort reviennent avec des capacités extrasensorielles. Si l’on considère que même les ressentis ou les intuitions ne sont qu’une approche duelle et relative de la réalité, il n’y a pas à leur donner totalement raison, et il n’y a pas lieu d’entretenir cette vision binaire et négative du monde.