31.05.2008

Mort, réincarnation et naissance (audio)


A la suite de la soirée de projection du film Birth à l'INREES, Patrice Van Eersel donne une conférence.
Cliquer sur le lien suivant : http://www.inrees.com/tv/tv_podcasts.php?podcast=17

Patrice van Eersel, a grandi à Marrakech, diplômé de Sciences-po Paris et du Centre de formation des journalistes, marié, père de quatre enfants, a été grand reporter à Actuel (1973-1992), avant de devenir rédacteur en chef du magazine Nouvelles Clés. Directeur de collection chez Albin Michel, il a rédigé une dizaine de livres d'enquête sur les frontières du connu, dont La Source Noire, Le cinquième rêve, Le cercle des anciens et J'ai mal à mes ancêtres.

29.05.2008

Le hasard cosmique


"L'idée que l'ordre et la précision de l'univers, dans ses aspects innombrables, serait le résultat d'un hasard aveugle, est aussi peu crédible que si, après l'explosion d'une imprimerie, tous les caractères retombaient par terre dans l'ordre d'un dictionnaire".


Albert Einstein

23.03.2008

Pourquoi ni la psychanalyse ni la spiritualité peuvent ne pas marcher


Je devrais ajouter aux deux approches une longue liste incluant de nombreuses thérapies analytiques ou utilisant essentiellement l'intellect, les méthodes de développement personnel, la religion...

Je peux aussi reformuler le titre en : "Pourquoi la compréhension consciente ne permet pas de résoudre des problèmes psychiques" ou "pourquoi la raison peut être impuissante vis-à-vis des passion".

De temps en temps, il est nécessaire d'admettre que même avec le couteau suisse le plus complet et sophistiqué, on ne peut pas ouvrir la porte de chez soi, de remplacer une roue de voiture, ou de nettoyer sa salle de bain. A défaut de ne pas pouvoir avancer sur son chemin d'épanouissement ou d'introspection. De rester prisonnier de blocages que l'on s'obstine souvent à nier. La souplesse d'esprit ferait que l'on sache utiliser aussi bien un couteau suisse qu'une clé à molette ou une éponge - cela s'appelle aussi l'adaptation.

Reportage de 7 min :

12.03.2008

Les évolutions non-darwiniennes


A la fin de l'article Mécanismes de l’évolution, Jean Staune nous demande de retenir ceci :

1) Que critiquer le darwinisme est radicalement différent du fait de critiquer l’évolution. La première démarche se situant à l’intérieur de la science, la deuxième, à l’extérieur de cette dernière.
2) Qu’il existe de nombreux scientifiques offrant des voies de recherche alternatives au darwinisme.
3) Que parmi celles-ci, la plus prometteuse que l’on retrouve sous des formes différentes chez Conway-Morris, Denton, Fleury, Grassé, est celle d’une évolution par « lois naturelles » dans laquelle les formes possibles des êtres vivants existent en nombre limité et sont inscrites dans les lois de la nature.
4) Qu’une telle théorie de l’évolution, en laissant moins de place à la contingence que le darwinisme, implique que l’existence d’êtres tels que nous n’est pas due au seul hasard, ce qui paraît plus compatible avec la foi chrétienne.
5) Que l’Intelligent Design, dans sa partie évolutionniste (la seule que l’on puisse considérer) ne représente qu’une tendance ultra minoritaire (sur le plan scientifique bien entendu) et extrémiste de la biologie évolutionniste non darwinienne.
6) Que si le Magistère de l’Eglise soutient fermement l’évolution, il n’a jamais soutenu explicitement le darwinisme.
7) La question de savoir dans quelle mesure le darwinisme est compatible avec la foi chrétienne est un débat intéressant… sur lequel, à ma connaissance, il n’existe pas de position tranchée du Magistère.

Résumé :
Cette contribution au prochain colloque du réseau Blaise Pascal a pour objectif de clarifier les débats relatifs à l’évolution et au darwinisme en :

1) Définissant les termes du débat ;
2) Présentant certaines raisons scientifiques de ne pas considérer le darwinisme comme une explication globale de l’évolution ;
3) Présentant des approches alternatives au darwinisme ;
4) Décrivant la nature du mouvement de l’Intelligent Design ;
5) Analysant la position du magistère de l’Eglise sur le sujet.

Nous conclurons sur quelques propos d’ordre théologique à propos des rapports possibles entre darwinisme et foi chrétienne, et d’ordre scientifique, sur les concepts pouvant servir à ébaucher une nouvelle théorie de l’évolution.

1) Définitions des termes du débat

Combien de fois voyons-nous, surtout dans des ouvrages américains, une référence à « l’Évolution darwinienne » ? Il y a là une source sans fin de malentendus dont profitent tous les obscurantistes – qu’ils soient créationnistes ou scientistes.

L’évolution ne signifie rien d’autre (souligné par moi, J.S) que « tous les organismes sont unis par les liens de la descendance. Cette définition ne dit rien au sujet du mécanisme de changement évolutif ». Ces propos de Stephen Jay Gould , grand spécialiste à la fois de l’évolution et du darwinisme, ont le mérite de la clarté. Nous affirmerons ici avec force que l’évolution est un fait et que le darwinisme est l’une des explications possibles de ce fait. Nous ne perdrons pas de temps à démontrer que tous les êtres vivants ont un ancêtre commun et que si l’on remonte la longue suite de nos ancêtres, on trouvera bien un singe, puis un poisson, puis un invertébré et enfin une bactérie. D’où l’absurdité de la seule alternative à l’évolutionnisme, le créationnisme, c’est-à-dire l’idée selon laquelle il y aurait eu des créations séparées des différentes espèces qui peuplent la Terre. Nous dirons également que, contrairement à ce qu’affirment certains (ce qui leur permet d’être « agnostiques » par rapport à l’évolution, c’est-à-dire de réserver leur jugement à propos de son existence), ce n’est pas parce qu’on ne peut expliquer un fait qu’il n’existe pas. Dire, comme Philip Johnson (professeur de droit à Berkeley et l’un des fondateurs du mouvement de l’Intelligent Design qu’il est possible de ne pas considérer l’évolution comme un fait parce qu’on n’a pas d’explication satisfaisante de son mécanisme est aussi absurde qu’aurait été la position consistant à ne pas considérer comme un fait la rotation de la Terre autour du Soleil jusqu’à la mise au point par Einstein de la relativité générale, sous prétexte que la théorie de Newton ne nous disait pas pourquoi la Terre tournait autour du Soleil mais se contentait de postuler l’existence d’une mystérieuse force d’attraction à distance.

Bien entendu, tous les scientifiques chrétiens (même les plus darwiniens) croient en un créateur. Pour éviter les confusions, le terme de créationniste doit donc désigner ceux qui refusent l’idée que nous partageons un ancêtre commun avec les autres êtres vivants. Les néo-créationnistes sont ceux qui, comme Philip Johnson, refusent de prendre position sur la question.

Les darwiniens sont ceux qui affirment que les mutations dues au hasard et la sélection naturelle sont les principaux facteurs de l’évolution.

Les évolutionnistes non darwiniens sont tous ceux qui affirment que d’autres facteurs que les facteurs darwiniens jouent le premier rôle dans l’évolution. On peut les diviser en cinq écoles :
- Les tenants de l’auto-organisation.
- Les défenseurs d’une « évolution par lois naturelles » et non d’une « évolution par sélection naturelle ».
- Les néo-theilhardiens, pour lesquels l’évolution obéit à une logique interne la poussant vers une complexité croissante.
- Les néo-lamarckiens, pour lesquels certaines mutations ne se font pas au hasard mais en réponse à des changements de l’environnement.
- Les défenseurs d’une évolution non graduelle se produisant grâce à des macromutations coordonnées par le biais d’un apport d’information (dont ils postulent, en général, qu’il se produit à un niveau quantique).

 

Bien entendu, les membres de toutes ces écoles sont évolutionnistes. On ne peut en traiter aucun de néo-créationniste sans tomber dans une grave malhonnêteté intellectuelle. Pourrait-on imaginer de traiter un homme s’étant battu toute sa vie pour la reconnaissance de l’évolution tel que Pierre Teilhard de Chardin de néo-créationniste sous prétexte qu’il croyait que l’évolution était dirigée vers une complexité sans cesse croissante et non livrée aux seules lois du hasard et de la sélection naturelle ?


Lire l'intégralité de l'article.
Voir la conférence (realplayer est requis) de Denis Duboule, membre de l'académie des sciences, sur l'internalisme, alternative au darwinisme.

12.01.2008

CICNS : pertinent ou inquiétant ? ou les deux ?

Le Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS) tente de montrer combien le gouvernement actuel s'acharne à diaboliser autant de nouvelles spiritualités que possibles, en tout impartialité. Ils prétendent défendre aucun mouvement, aucune doctrine en particulier, mais met en garde le public contre la pensée unique, une certaine manipulation des masses par l'Etat ou les médias. On les accuse dès le début d'être la vitrine soft de la Scientologie ou d'autres "sectes" pour riposter contre la lutte-antisecte. Beaucoup s'inquiètent également de l'indulgence du Président de la République actuel à l'égard de "spiritualités en marge" comme l'Eglise de S...

L'effort à dénoncer les chasses aux sorcières, les dénonciations biaisées et abusives est salutaire. Mais ce n'est pas parce qu'un camp manipule que l'autre ne manipule pas... là est la limite du CICNS, à mon sens. On peut penser aussi que toute cela n'est souvent qu'un conflit d'intérêt (argent, pouvoir, sexe) plutôt qu'un conflit pour la vérité ou le bonheur.


La Miviludes marque dans son rapport (PDF) de 2006 :

[...] Maintenant que la Scientologie se dit « inscrite dans le paysage », sans doute a-t-elle choisi de s’en remettre à d’autres, comme la CAPLC et le CICNS, pour remplir le rôle peu glorieux « d’empêcheur officiel de tourner en rond ». Elle préfère le « politiquement correct », consacrant son énergie à des causes susceptibles de se révéler plus rentables en termes d’image (lutte contre la drogue, droits de l’Homme, humanitaire…) par le biais d’associations plus ou moins affichées comme officiellement liées à son activité, telles que la Commission des citoyens pour les droits de l’Homme
(CCDH), « Non à la drogue, oui à la vie », l’« Association internationale des jeunes pour les droits de l’Homme », « Les ministres volontaires » et « Criminon ». Sous le titre « La Scientologie fait sa promo »115, l’hebdomadaire Marianne décrivait une nouvelle campagne lancée par l’organisation, avec distribution du premier volet d’une série de trois tracts à sa gloire, tirés chacun à un million d’exemplaires. Le journaliste notait que la date de lancement de cette opération coïncidait avec celle du démarrage des travaux de la Commission d’enquête parlementaire, et il concluait en
s’interrogeant : « Aurait-elle (la Scientologie) quelque chose à se reprocher ? »
Certes, la Scientologie n’apparaît pas en première ligne, mais l’analyse attentive des arguments utilisés et des méthodes déployées aux avant-postes par la CAPLC et le CICNS contre la Commission d’enquête parlementaire, laisse à penser qu’elle les a beaucoup inspirés … et plus si affinités.
« Là où les universitaires (sociologues, ethnologues, historiens) et tous les mouvements spirituels minoritaires demandent, depuis de nombreuses années, la possibilité d’un débat contradictoire
dans l’enceinte du Parlement, nos élus au suffrage universel se vantent de l’absence totale de contradiction et de l’unanimité imposée au débat »101. Les propos de sociologues, parfois habilement tronqués, sont aussi régulièrement utilisés pour nier le problème sectaire.


Quelques interview par le CICNS en vidéo :

Sylvie Simon, écrivain et journaliste, auteur de plusieurs ouvrages sur la vaccination et les médecines alternatives. Elle consacre son temps à la diffusion de vérités dérangeantes au sujet des liens entre les intérêts financiers, la santé publique et la politique. Dans cette interview, elle exprime sa révolte devant une politique d'état liberticide :

Christiane Singer, chargée de cours à l'université de Fribourg, puis écrivain. Elle a suivi l’enseignement de Graf Karlfried Dürckheim :




Anne Morelli est historienne. Son parcours universitaire l'a conduite à travailler sur des questions de sociologie des religions. Elle est directrice adjointe du centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité à l'université libre de Bruxelles. Dans cette interview, elle décrit avec éloquence et sans passion - elle est athée - la condition des minorités spirituelles en France et en Europe.




Michel Maffesoli dirige la chaire de sociologie Durkheim à la Sorbonne. Il se dit être "le spectateur attendri de ce qui est" et s'est donné comme tâche de "trouver les mots pour dire notre temps". Il nous parle ici de la place des nouvelles spiritualités et de l'émergence de nouvelles formes de rapports humains dans notre société en mutation.



17.11.2007

Des catholiques sans Dieu

Article sur le site de France 5


Qui sont les catholiques de France ? Un siècle après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Le Monde des religions a établi, en janvier 2007, un diagnostic de la première communauté religieuse de France. Le sondage CSA, réalisé pour la revue, confirme d'emblée la désaffection dont souffre l'Eglise catholique depuis des années.

Ainsi, les Français ne sont plus que 51 % à se déclarer catholiques - contre 67 % en 1994 - et, parmi eux, seule la moitié affirme croire en Dieu. Le constat interroge : que signifie être catholique aujourd'hui ? Ecartant les seuls repères institutionnels, tel le baptême, l'enquête porte davantage sur le sentiment religieux des individus. Une approche qui révèle les nouvelles pratiques et croyances des catholiques, caractérisées par leur diversité et, parfois, leurs contradictions.

Nul besoin, par exemple, pour se déclarer catholique, d'observer régulièrement les rites traditionnels de l'Eglise. La pratique s'individualise, et à la fréquentation des églises (ils ne sont que 17 % à s'y rendre régulièrement), les croyants préfèrent largement la prière. De même, la plupart d'entre eux restent de simples pratiquants. Ils ne sont que 8,5 % à souhaiter s'impliquer dans la vie de la communauté par le truchement d'activités paroissiales, d'actions humanitaires chrétiennes ou de cercles de réflexion spirituels.

Affranchis du dogme, les catholiques, s'ils ont la foi, ne croient pas nécessairement en un Dieu. Un vent de modernité a soufflé sur les fidèles, qui se réfèrent plus aisément à une force, une énergie, un esprit. Un vent qui les pousse à souhaiter que l'Eglise suive également les mutations de la société.

Bien que l'image de Benoît XVI reste bonne - avec 71 % d'opinions favorables, le pape affiche toutefois un score inférieur à son prédécesseur, Jean-Paul II. Alors qu'une très grande majorité de catholiques français souhaitent voir le mariage des prêtres ou l'ordination des femmes autorisés par le Vatican, ils expriment, de la même façon, le désir de voir s'instaurer un dialogue interreligieux, en faveur duquel s'est d'ailleurs exprimé le souverain pontife.

Si les catholiques représentent aujourd'hui - et probablement pour longtemps encore - la première communauté religieuse de France, la question de la transmission de la foi se pose cruellement. Les prêtres, plus de 45 000 en 1970, sont à présent deux fois moins nombreux et les églises se voient contrainte de recruter auprès des laïcs. La culture religieuse se dissout dans une pratique multiforme, moins portée sur les références historiques que sur une affirmation politique. Reste à l'Eglise de s'adapter aux comportements des catholiques nouvelle génération, pour espérer pallier sa perte d'influence et la crise des vocations qu'elle accuse.

Exorcisme et psychiatrie

Vidéo extrait de l'émission "C dans l'air" sur l'exorcisme catholique en France et la collaboration avec des médecins. Cliquer ici.

 

28.10.2007

L'Abbé Pierre sur l'enfer

e1b612dd72970834a50ab116786570f5.jpg« L’enfer, c’est les autres, écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. L’enfer, c’est soi-même coupé des autres.»

02.08.2007

Krishnamurti, gourou ou anti-gourou ?

691524986239e3a005ef56a614a4252a.jpgL'idée que personne n'a besoin de maître, de guide spirituel ni de gourou est très répandue aujourd'hui, même dans les cercles religieux et spirituels. Les personnes qui revendiquent cette démarche "indépendante" font souvent référence à Krishnamurti, lorsqu'ils ne sont pas tout simplement anarchistes ou ultra-libertaires. Avec les dérives sectaires et l'ego-trip des gourous (sectes ou pas), on comprend la réticence voire la révolte de certains pratiquants ou penseurs comme Krishnamurti, qui prônent l'indépendance et l'auto-responsabilisation. Toutefois, la position de ce dernier n'est pas sans contradiction. Voici un article que j'ai remarqué sur Internet qui analyse en détail en quoi le discours du grand Krishnamurti paraît contradictoire...


Source : Krishnamurti était-il un gourou ?

La vie de Krishnamurti fut consacrée à l'enseignement. Cependant, son souci majeur d'éviter à son message les murs clos d'une dogmatique religieuse -et donc toute gourouisation de sa personne- le conduisit dans une situation paradoxale : enseigner en déniant son rôle de gourou.

C'est cet aspect que développe Jacques Vigne.

Jacques Vigne, Docteur en médecine, a obtenu, en tant que psychiatre, des bourses de la Fondation Romain Rolland et de la Maison des Sciences de l'homme pour étudier en Inde, où il vit depuis plusieurs années, les rapports entre la guérison psychologique et l'enseignement traditionnel du Yoga. Il est l'auteur de l'outrage "le maître et le thérapeute" Ed. ALbin Michel 1991.

Lorsqu' on lit la vie et l'enseignement de Krishnamurti, on se trouve devant un paradoxe: il dénie le lien Gourou-disciple' mais était lui-même entouré d'un groupe de personnes qu'on pouvait difficilement appeler autrement que disciples, sans compter les milliers de gens qui venaient assister à ses entretiens et qui en retiraient une aide pour leur vie spirituelle. D'autre part, il dénonce la plupart des pratiques traditionnelles, disant que la vérité ne peut être obtenue par l'effort, mais a lui-même consacré un temps considérable à la sadhana, en particulier durant les "années oubliées" d'Ojai entre 1930 et 1946 et les quinze mois de silence et de retraite totale qu'il a observé en 1950-1951.

C'est pour éclaircir ce paradoxe que j'ai décidé d'étudier avec quelque détails la vie et l'action de Krishnamurti sous l'angle de la relation maître-disciple. Je me suis principalement fondé sur la récente biographie de Pupul Jayakar, une des plus proches disciples indiennes de Krishnamurti pendant près de quarante ans. J'ai laissé une large place à la citation car je préfère présenter les faits plutôt que de me lancer dans des interprétations par trop personnelles.

Jiddu Krishnamurti est né en 1895 d'une famille de brahmines pauvres de l'Andhra Pradesh (province qui se situe à peu près au centre de l'Inde). A l'âge de treize ans, son éducation est prise en main par C. W. Leadbeater, un membre influent de la Société Théosophique, qui le reconnaît comme le « futur enseignant du monde »
 
 

La crise d'Ojai et le "processus"

C'est à Ojai, en Californie, à l'âge de vingt-six ans, que Krishna vécut une crise qui influencera le reste de son existence. Ces épisodes sont décrits par Mary Lutyens sous le nom de « processus », qui durera trois mois en 1922, cinq mois en 23-24, puis reviendra en Suisse dans les années qui suivront, et de nouveau d'une manière intense à Ooty en 1948.

En 1922, Krishnamurti suivait depuis trois ans l'enseignement théosophique. Impressionné par un message des "Maîtres" transmis par Leudbeater et par ailleurs ébranlé par la tuberculose de son frère Nitya, il se met à méditer régulièrement et intensément, ce qu'il ne faisait pas auparavant . Au bout de trois semaines? il est capable de visualiser pendant toute la journée l'image du Bouddha Maitreya. Puis il perd, au moins partiellement, le contrôle. Il se sent dépersonnalisé et demande « Mère, touche-moi le visage, s'il te plaît; est-ce qu'il est toujours là ? » Il est dédoublé: « Il continuait à appeler Krishna (son propre nom) jusqu'à ce qu'il sombre dans I'inconscience... Il avait deux voix: I'une était celle du corps, I'autre celle de Krishna. »

Des douleurs physiques apparaissent dans la colonne vertébrale, la nuque, la tête: elles suivront Krishna tout au long de son existence dès qu'il reste un moment au repos .Il est important de noter que son sommeil reste très régulier, ce qui va à l'encontre d'un phénomène psychiatrique. Au bout de quatre mois, le processus semble aboutir à une sorte de dénouement lorsque Krishna sent une douleur monter le long de la colonne vertébrale pour atteindre le centre du front ce qui est interprété par l'entourage comme l'éveil de la Kundalini, phase essentielle de la pratique yoguique.

Ces données psychologiques ne sont pas en contradiction avec l'interprétation yoguique du processus. La Kundalini est une force neutre qui peut devenir ou sexuelle ou spirituelle, et Krishna a évidemment opté pour la seconde solution. A propos de la douleur physique, on parle dans le yoga de processus de "khryia", mot qui signifie à la fois action et purification. C'est ce second sens que Krishnamurti donnait au phénomène qui se déroulait en lui: une purification du corps pour qu'il puisse supporter harmonieusement la force bouillonnante de l'esprit. Si la récurrence de cette douleur physique ne semble pas avoir été le fait d'autres sages réalisés de l'Inde, c'est peut-être dû au fait que Krishnamurti était à cheval sur deux cultures, sur deux mystiques: l'esprit de Krishnamurti pouvait résoudre la contradiction car il était fort, mais le corps ressentait néanmoins le contrecoup de cette tension permanente entre l'Orient et l'Occident. Grâce à cette série d'épreuves psychiques et physiques, Krishna peut maintenant prétendre au titre de gourou doué d'une sorte de charisme chamanique à l'intérieur de la société théosophique.

Les phénomènes d'Ojai ont continué en filigrane. Il écrit par exemple trois ans plus tard, en 1926: « J'ai tellement changé ces deux dernières semaines, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur, mon corps, mon visage, mes mains, tout mon être a changé. La seule manière de respirer l'air frais de la vie c'est par un changement constant, un constant tourment, une constante inquiétude.>>

En faisant un bond en avant de vingt-cinq ans dans la vie de Krishnamurti, on retrouve un épisode analogue à celui d'Ojai. Il s'est déroulé cette fois-ci en Inde, en 1948, dans la station estivale d' Ooticatamund.

Krishnamurti écrira, plus de dix ans après les phénomènes d'Ooti:<< C'est étrange. Les choses qui sont arrivées à Ooti reviennent bien que personne ne s 'en aperçoive - c 'est très fort ... Ies "roues " [les chakras] d 'Ooti sont en train de travailler furieusement et douloureusement >>. Mais à la même époque, Signora Scavarelli, une disciple très proche de Krishnamurti spirituellement et son hôtesse à Gataad (près de Saanen, en Suisse) pouvait écrire après avoir été témoin d'une recrudescence du "processus": << Ses entretiens à Saanen n'étaient pas indépendants de ces états intérieurs. Toute séparation entre ces évènements mystiques et sa vie quotidienne semble s'être effacée. >>

La fin de cette séparation marque peut-être le moment où Krishnamurti, grâce à son évolution intérieure, a maîtrisé les phénomènes manifestes de dissociation pour ne plus conserver que cette dissociation mentale qui est la définition même de la conscience.
 
 

Le discours d 'Ommen

En 1929, après deux ans de réflexion, Krishnamurti , décide de dissoudre l'Ordre de l'Etoile dont il est le président. Cet ordre avait été fondé spécialement pour préparer son avènement en tant qu' 'enseignant du monde,' La dissolution d'une institution puissante de plusieurs milliers de personnes, la restitution d'une grande propriété avec un château aux donateurs est certainement un fait rare dans l'histoire des mouvements spirituels.

Quand on lit attentivement son fameux discours du 3 août 1929, on s'aperçoit qu'il critique implacablement la notion d'organisation et de leader spirituel, mais qu'il ne renie pas du tout sa fonction de Maître spirituel. Il reproche aux membres de l'Ordre de l'Etoile de s'être construit leur propre cage, d'avoir abandonné institutions et croyances chrétiennes de départ pour retomber dans une institution et une croyance qui ne valaient guère mieux. Comme les Maîtres spirituels sérieux, il repousse la notion de grade ou de diplôme sur la voie: <<Vous êtes habitués à ce qu'on vous dise de combien vous êtes avancés, quel est votre statut.spiÎituel : comme c 'est puéril!>>. Ceci dit, il ne repousse pas l'idée qu'il est un Maitre: c'est déjà grâce à son statut de qu'il a pu se permettre ce coup d'éclat qui est de dissoudre une organisation spirituelle qui comptait environ quarante mille membres à l'époque. << Je ne veux pas avoir une suite, un groupe spécial de disciples spéciaux [...] vous me demandez alors natulellement pourquoi je vais de par le monde en ne cessant de parler [...] je desire rendre l'homme libre, libre de toutes les cages, de toutes les peurs>>. << S'il n'y avait même qu'un homme à être libéré, ce serai assez.>>

Si l'on reprend ces points, on s'aperçoit qu'ils correspondent à la fonction traditionnelle du Courou. D'abord donner la libération (moksha) en enseignant la non-peur (abhayam). Le thème du Gourou qui meurt content après avoir trouvé ne serait-ce qu'une personne qui ait compris son enseignement est courant dans la tradition indienne. Krishnamurti dit qu'à son avis, Bouddha n'a eu que deux disciples qui aient vraiment réalisé ce qu'il voulait faire saisir:

Krishnamurti repousse l'organisation, mais demande instamment la venue de disciples sincères: << Pourquoi avoir des gens faux, hypocrites qui me suivent, moi qui suis la vérité incarnée? >> << S'il n'y a que cinq personnes à écouter, à vivre, à voir leur visage tourné vers l'éternité, ce sera suffisant >>.

Le discours d'Ommen, plutôt qu'un plaidoyer contre le Gourou, est un plaidoyer pour le Gourou face à l'institution: c'est l'institution qui est fausse pour le Gourou, et pas l'inverse.
 
 

La pratique spirituelle de Krishnamurti

Krishnamurti conseille la méditation, mais sous forme d'attention ouverte plutôt que de concentration. En même temps, il insiste sur le fait qu'aucune pratique spirituelle ne peut forcer la vérité à venir en quelqu'un. En cela il est très proche de la notion de grâce. Qu'on dise << ça vient tout seul >> ou << ça vient par la grâce de Dieu >>. I'élément essentiel est de comprendre que la Réalisation n'est pas le salaire obligé d'une quantité donnée de pratique spirituelle.

Quelles ont été les pratiques spirituelles de Krishriamurti sa vie durant ? Pendant ses dix- huit ans de formation à la Société Théosophique, il a certainement beaucoup développé les premiers stades du Yoga classique: rama et niyama "le contrôle des sens" et "la pratique des vertus". L'éducation suivie était stricte et énergique. A vingt-cinq ans, il se décrit lui-même comme puritain. Il attendra trente ans passés pour assister à une cérémonie de mariage. Il était d'une propreté corporelle irréprochable. A partir de 1922 surtout, il s'est mis à pratiquer pratyara ("le retrait en soi") et dharana ("la concentration"): concentration sur l'image du Maître ou la divinité d'élection. Il pouvait maintenir l'image du Bouddha Maitreya dans son esprit continuement pendant toute la journée. C'est déjà une très bonne réussite sur le chemin de la dévotion à l'ishta devata pour employer le vocabulaire hindou, ou le yidam pour employer le vocabulaire tibétain. La notion d'éveil des çakras a été très présente tout au long de sa pratique spirituelle. Son premier tuteur, Leadbeater, a écrit un livre sur les çakras qui est toujours réédité. La crise d`Ojai à l'âge de vingt-six ans, semble s'être résolue par la montée de la kundalini. Nous avons vu qu'à soixante-six ans, il fait allusion aux çakras << qui continuent à trarailler furieusement et douloureusement >>. C'est peut-être à cause de ces expériences pénibles de la voie classique du Raja-Yoga qui l'ont amené à deux reprises dans un état temporaire de dissociation que Krishnamurti déconseillait la concentration, et recommandait la voie directe d'observation du mental, la prise de conscience de « ce qui est » sans intervention, le ''voir" sans le "devenir" .

<< A quatre-vingt dix ans Krishnamurti commence la matinée avec des postures et du prana-vama. Pendant trente-cinq minutes il fait son pranayama, ses exercices respiratoires et quarante-cinq minutes sont consacrées aux asanas yoguiques, la pratique physique tonifiant le corps, les nerfs, les muscles et les cellules qui forment le tissu cutané, ouvrant chaque cellule du corps pour qu'il puisse respirer naturellement et harmonieusement >>. Après sa promenade vespérale, il recommençait à pratiquer un peu de pranayama.

Krishnamurti se plaint souvent, à la fin de sa vie, qu'il ne trouve pas d'intensité spirituelle chez les jeunes qui viennent à ses entretiens, ou chez les disciples qui travaillenl dans les écoles et les centres qu'il a fondés: << Par les questions des gens soi-disants jeunes par leurs rires par leurs applaudissements ils ne me frappent pas par leur maturité par leur sérieux par leur intention ferme. Je peux me tromper: évidemment >>. Peut-être est-ce parce qu'il ne les incite pas dans son enseignement à pratiquer les exercices spirituels de base qu'il a lui-même pratiqué pendant des années, voire sa vie durant. Alors qu'il pratiquait asanas et pranayama quotidiennemenl, je n'ai pas noté, dans sa biographie, qu'il recommande beaucoup ces exercices aux autres.

Je crois qu'il mérite le mot de Swarni Ramdas: << Krisnamurti est monté sur la terrasse avec I'échelle, il a repoussé l'échelle et a dit aux autres: "Montez-me rejoindre, c'est facile">>. Krishnamurti, de son côté, déclare: « Vous n'avez pas besoin d'être Edison pour allumer une ampoule électrique ». En d'autres termes, le chemin qu'il a laborieusement dégagé est maintenant facilement accessible à tous. Je laisse au lecteur le soin de trouver par lui-même l'image qui lui semble la plus juste: l'échelle ou l'ampoule.
 
 

L'âge mûr : Krishnamurti enseignant spirituel

Krishnamurti prenait bien soin de se désigner lui-meme sous le nom d' "enseignant" pour se séparer des Gourous au sens courant du terme. Mais c'est un peu jouer sur les mots, puisqu'enseignant en sanscrit ou en hindi, se dit gourou.

P. Jayakar exprime l'émotion de sa première rencontre avec Krishnamurti en des termes caractéristiques des premières rencontres avec un Gourou: << Krishnamurti entra dans la pièce silencieusement et mes sens explosèrent: j'avais une perception soudaine et intense d'immensité et de rayonnement. Il remplissait la chambre de sa présence et pour un instant j'étais réduite à néant. Je ne pouvais rien faire d'autre que de le regader fixement. >>

Krishnamurti commençait à agir comme un psychothérapeute attentif:<< En sa présence, le passé

caché dans l'obscurité d'un oubli prolongé, prenait forme et s'éveillait. Il était un miroir qui réfléchissait. Il y avait une absence de personnalité pas d'évaluation de poids et de distorsion. Je continuais à essayer de garder caché quelque chose de mon passé, mais il n'en laissait pas la possibilité. En plus, dans le domaine de la compassion, il y avait une qualité de force immense. >>

Pupul Jayakar a dit à Krishnamurti, au bout de trente ans, qu'elle estimait qu'il était son Gourou. Krishnamurti a demandé: « Que voulez-vous dire par Gourou ? » Elle a répondu: << Celui qui éveille. Krishnaji m'a éveillé. Quand on le regarde dans les yeux il y avait des yeux. Un tel regard est rare. >> On peut effectivement dire, après avoir suivi l'enseignement de quelqu'un pendant trente ans, que cette personne est votre Gourou.

Krishnamurti était un réservoir d'énergie. Il se retirait régulièrement, nous l'avons vu, huit ans à Ojai entre 1938 et 1946, puis quinze mois en 1950-51, puis un an en Italie en 1962, pour retrouver son énergie par la pratique des "tapas" mot sanscrit qui évoque à la fois l'exercice spirituel et la création de chaleur. Même en groupe, chacun sentait que Krishnamurti lui parlait personnellement. Il disait de lui-même: « Il y a quelque chose d'opérant en Krishnamurti que j'aimerais partager.Je sais que c'est possible. Je sens que c'est possible comme la lumière du soleil »... « Peut-il y avoir un mouvement vers l'au-delà.. . j'aimerais que l'étudiant ait un tel mouvement. Je discuterais avec lui. Je marcherais avec lui. Je m'assoirais en silence avec lui. Mais est-ce qu'il bougera ? »

Krishnamurti conçoit cette transmission d'énergie comme sa fonction même, comme sa raison d'être. A quatre-vingt dix ans, « son corps est fragile mais son esprit ne se relâche jamais. Il a dit que comme il avait atteint un grand âge, une énergie sans limite opère a travers lui. L'urgence s'étant accrue, la poussée de cette énergie s'est aussi accrue. Rien ne semble le fatiguer [...] En I980, Krishnamurti m'a dit que lorsqu'il cesserait de parler le corps mourrait. Le corps n'avait qu' un propos : révéler la vérité. »

Parfois, Krishnamurti semble réfuter toute possibilité d'aide du Gourou envers le disciple quand il demande: « Est-ce que le Gourou peut dissiper les ténèbres de quelqu'un d'autre ? », et qu'il répond par la négative. Cependant, il ajoute que le Gourou peut montrer du doigt la porte et dire: « Regarde, passe par cette porte ». Il admet ainsi que le Gourou peut transmettre une connaissance, une conscience au disciple. D'autre part, il n'a pas cessé de transmettre une énergie à ceux qui l'approchaient. Il avait donc les deux pouvoirs de base du Gourou traditionnel: pouvoir de transmettre l'énergie, pouvoir de transmettre la conscience.

Krishnamurti enseignait par sa présence. Ce facteur, de l'aveu de Mary Lutyens, était irremplaçable: « Lire un compte-rendu authentique d'entretien, l'écouter en cassette, même le voir en enregistrement vidéo, ne sera jamais la même chose qu'écouter Krishnamurti et le voir en chair et en os. La signification derrière les mots vient à travers la présence de l'homme lui-mêm, il y a une émanation qui éveille votre compréhension directement, comme un flash, comme un court-circuit dans I'esprit. »

Il incite Ies gens à ne pas considérer sa personne comme importante, mais l'énergie qui en émane: « Vous l'attirez en vous quand l'esprit est tranquille ». Evidemment, cette énergie doit être entretenue par la pratique personnelle. Comme disait Maurice Friedman (un ingénieur polonais devenu saddhu avec Ramana Maharishi en partie, puis connu plus tard pour avoir publié "Je suis cela " de Nisargadatta Maharadj: « Le problème avec vous, c'est que vous nous emmenez haut , et qu'ensuite nous retombons avec un 'pof'... ».

Il semblait avoir une méthode pour parIer. Un jour, il demanda à une disciple: « Est-il possible de parler, de chanter, psalmodier, non pas à partir de la gorge ou de la bouche, mais en laissant les mots toucher l'arrière de la tête à travers les yeux et de parler ainsi [...] C'est à dite de parler avec toute la tête ? »

Une de ses manières de passer son énergie était de secouer les disciples qui dormaient. La première grande secousse a été la dissolution de l'Ordre de l'Etoile et la séparation d'avec la Société Théosophique. La seconde grande secousse institutionnelle a été en août 1968. Il se sépare de ''Krishnamurti Writings Inc " et de la "Foundation for New Education" en fondant un groupe parallèle, la "Krishnamurti Foundation".

Une ancienne collaboratrice peut, après trente ans avec Krishnamurti, exprimer sa mauvaise humeur: « Si nous mourront en nous brûlant ou si nous cassons le cou, c 'est notre affaire et, Krishnamurti ne semble pas s'en soucier. L'aspect extérieur de Krishnamurti semble être plein de contradictions et de ruptures de niveaux [...] Peut-être qu'un jour, je m'abstiendrai complètement de l'approcher et rejoindrai les rangs heureux de ceux qui se contentent de lire ses livres ! » En fait, après cette crise, elle a continué à collaborer avec lui.

A soixante quinze ans, Krishnamurti n'était pas sur qu'on l'ait bien compris: « L'un des plus grands chagrins du monde, c'est de vouloir transmettre quelque chose de stupéfiant, d'énorme avec son coeur et son esprit et que vous ne le receviez pas ». A quatre vingts ans, il n'est guère plus optimiste: « J'ai passé plus de temps, j'ai donné plus d'entretiens en Inde que partout ailleurs. Les résultats ne me concernent pas, quel effet mes enseignements ont eu en Inde, à quelle profondeur leurs racines ont pénétré ; mais je pense qu' on a le droit de demander et qu'on doit demander, comme je le fais à l'instant, pourquoi il n'y a pas en Inde au bout de toutes ces années me personne totalement, complètement impliquée dans ces enseignements, en les vivant et en s'y consacrant entièrement. En aucun cas je ne blâme l'un ou I'autre d'entre vous, mais je voudrais vous demander instamment, si je le peux, de considèrer ce point avec beaucoup de sérieux et d'attention. »

Krishnamurti pouvait passer son énergie par le contact (spart dans le vocabulaire classique du Yoga) ou par le regard (drishti ou chakshu-disha). Lorsqu'il touchait les gens, cela pouvait être pour une guérison physique ou psychique.

Un témoignage intéressant d'efficacité du contact de Krishnamurti est celui d'Asit Chandmal: << Pendant des années, il avait l'habitude de me toucher sur la poitrine ou sur le dos, au-dessus du coeur, légèrement, lorsque nous nous séparions ou nous nous rencontrions, et ma tension tombait, s'écoulait comme du sable dans la lumière du soleil >>. Krishnamurti, en parlant, saisissait souvent le coude ou la main des gens.

Krishnamurti agissait le plus souvent par le regard, parfois de manière très intense. A témoin ce récit de P. Jayakar, lorsqu'elle est venue lui confier qu'elle était en crise grave avec son époux, et qu'elle était débordée par le chagrin: << Il mit les paumes de ses mains autour de mon visage. Il me fit regarder dans ses yeux et voir la peine reflétée en eux. Il était le père, la mère, l'ami procurant à mon esprit angoissé capacité de résistance et tendresse; mais il ne me laissait pas détourner les yeux. Comme un pilier de feu, son regard même annihilait les souvenirs, la solitude, le manque d'affection qui était à la racine de la douleur. Il m'amena face à face devant le vide du chagrin. Une perception naquit, et elle brûla complètement les cicatrices de ce qui avait été. Il donna de son amour à flots et ce dernier s'écoula en moi pacifiant mon coeur >>. Tout son être dégageait une impression de sérieux, d'urgence, de passion.

Krishnamurti enseignait souvent par le silence. Par exemple, après avoir reçu très affectueusement un étudiant, après avoir parlé avec lui comme un vieil ami, il se tait pendant quelques minutes. L étudiant, dans ses propres termes, jeta une ou deux fois un coup d'þil à Krishnaji, s'attendant à ce qu'il rompe lui-même un silence qu'il avait du mal à supporter. Il se mit à réaliser l'immensité de la personne à ses côtés et l'intimité avec laquelle ils avaient communiqué laissa la place à un sentiment de crainte immense. Il vit Krishnaji comme une partie de la rivière, du pipal et des oiseaux qui volaient par-dessus. « C'était quelque chose d'immense, la crainte que vous ressentez lorsque vous vous trouvez en face de quelque chose d' inconnu - quelque chose de très profond. »

Qu'est-ce que Krishnamurti pensait de lui-même ? A un moment, il sous-entend qu'il a obtenu l'illumination: on lui demande quand il l'a obtenue. Il répond: « Non, mais comment est-ce que cela est arrivé? » A soixante-dix ans, il confiait: « L'autre nuit, en méditant, je pouvais voir que le garçon (que j'étais) existait toujours exactement comme il était, rien ne lui était arrivé dans la vie. Le garçon est toujours ce qu'il était ». P.Jayakar lui demanda un jour: << Depuis trente ans ou depuis le début, y-a-t-il eu un changement en vous? - Non répondit Krishnamurti après une longue réflexion, je ne pense pas qu'il y ait eu aucun changement fondamental. C'est l'immobilité. >> Il ajoute, en parlant de lui à la troisième personne: « Krishnamurti dit quelque chose de totalement vrai, d'irrévocable, et cela a un poids stupéfiant comme une rivière avec des masses d'eau par derrière. Mais X n'écoute pas cette affirmation extraordinaire. »
 
 

Krishnamurti et la tradition indienne

Ce qui lui semble la caractéristique de la Tradition indienne est l'esprit solitaire de recherche de Soi et de négation des théories toutes faites: il s'inquiète de savoir si oui ou non l'Inde a conservé cet esprit, malgré l'influence occidentale tendant à favoriser les systèmes plutôt que la recherche du Soi, et de la collectivité plutôt que l'individu. Ce retour à la démarche de base de la Tradition des Upanishads est intéressant à noter. Peut-être que Krishnamurti s'est aperçu à la fin de sa vie qu'il avait un peu trop rejeté "le bébé avec l'eau du bain" pour reprendre le proverbe anglais que Swami Chidananda me citait à son propos.

« Dans les discussions Krishnamurti déniait son rôle en tant qu'enseignant et celui des auditeurs en tant que disciples. Il parle du "fait d'apprendre", un état où la relation de l'enseignant et du disciple subit un changement total... Il parle Le lui-même comme d'un miroir dans lequel se voit, avec une vision sans distorsion sans conditionnement. A d'autres moments, il dit que " cette personne " (Krishnamurti) n'a pas pensé l'enseignement...C'est comme - quel est le terme biblique? .' - c'est comme une révélation. Ca arrive tout le temps quand je suis en train? de parler »

On lui demande un jour: « J'ai observé que vous observiez vos propes réponses avec cette même conscience que vous mettiez pour écouter les questions. Ecoutez-vous vos réponses? - J'écoute pour savoir si ce qui est dit est exact... L'acte d'écouter n'est pas seulement dirigé vers la personne qui lance le défi, mais est aussi dirigée vers l'acte de répondre. C'est un état total d'écoute de la personne qui pose la question et de celle qui donne la réponse. Il n'y a de regard ou découte intérieurs. Il n'y a que le regard ou l'écoute ». . . « Dans de tels dialogues, il y a un état d'écoute dans lequel les deux personnes disparaissent et seule la question demeure. »

Juste avant sa mort, Krishnamurti est revenu avec beaucoup de conviction sur le caractère grandiose de sa mission dans des termes quelques peu surprenants de la part de quelqu'un qui a été par ailleurs mesuré et équilibré. Il dit de lui-même:<< Vous ne trouverez jamais un corps comme celui-ci, ni cette suprême intelligence agissant dans un tel corps, non, jamais plus pendant des centaines d'années. Vous ne verrez plus jamais cela. Quand il partira, cela s'en ira. Il ne reste aucune conscience après le départ de cette conscience-là, de cet état-là. IIs prétendront tous;ou ils essayeront d'imaginer qu'il peuvent entrer en contact avec cela. Peut-être le feront-ils plus ou moins, s'ils vivent l'enseignement. Mais personne ne l'a fait. Personne. Et voilà c'est ainsi >>

Cette sorte de rigidité quant à l'auto-évaluation de sa grandeur semble différer de la souplesse et de la largeur de vue du Bouddha sur son lit de mort.

Cependant, avec Krishnamurti, on pouvait se demander s'il n'y avait pas des difficultés supplémentaires venant de sa méthode-même: Est-ce que, sous prétexte d'encourager l'indépendance des disciples, il ne flattait pas leur mégalomanie innée en Ieur faisant croire qu'ils n'avaient besoin d'aucun support pour atteindre le Suprême? Est-ce qu'il ne flattait pas tout simplement Ieur paresse en leur faisant croire que surtout, il n'y avait rien à faire ni rien à vouloir? Est-ce qu'il ne flattait pas de plus un "modernocentrisme" naïf en laissant entendre que de nos jours, les techniques traditionnelles longues étaient dépassées et qu'au siècle des voitures et des fusées, les gens intelligents et dans le vent pouvaient s'offrir une voie directe et immédiate pour atteindre l'absolu ? Est-ce qu'il ne flattait pas enfin le mythe du "self-made man" cher à tout public américain en se présentant comme " l'homme qui s'était fait lui-même" spirituellement?

Trois ans avant sa mort qui survint en février 1986, Krishnamurti en est venu à la nécessité de créer de nouveaux centres pour adultes. Il en avait assez des gens qui lisaient un peu et repartaient. Il voulait des gens qui restent pour une durée déterminée, étudient vraiment son enseignement, et le méditent même dans une "pièce du silence' prévue à cet effet. En un mot après avoir critiqué toute sa vie la notion d`ashram, il en vient à en reconnaître l'utilité et il finit par en planifier quatre durant les trois dernières années de sa vie.
 
 

En approchant de la conclusion de ce texte sur Krishnamurti en tant qu'enseignant spirituel, je voudrais citer cet extrait de dialogue qui résume sa vision des choses sur ce point: << Si vous voulez aider quelqu'un à changer, soyez comme le soleil. Donnez-lui la compassion, l'amour, l'intelligence et rien d'autre...Il existe de telles personnes capables de vous aider. Non pas de vous guider, de vous dire ce que vous devez faire, car cela est vraiment trop stupide, mais elles sont comme le soleil, elles rayonnent de la lumière. Et si vous voulez vous asseoir au soleil, vous le faites. Sinon, vous vous asseyez à l'ombre.

-[interlocuteur] C'est une sorte d'illumination?

-[K] C'est l'illumination même. >>

Krishnamurti représentait certainement ce soleil pour un certain nombre de gens. Mary Zimbalist, son assistante, le regardait domir quelque temps avant sa mort et disait: « Il est si frêle, si extraordinairement beau. Son visage n'est pas marqué par I'âge, seule l'imprègne une beauté absolue. »

Comme le Bouddha, et comme les gourous, Krishnamurti insiste sur l'enseignement plus que sur la personne de l'enseignant. P. Jayakar se demande après quarante ans passés auprès de lui: « Quelle est sa "gotra" sa lignée ? » De la question, la réponse vint: « Toute l'humanité, parce qu'en tout être humain il y a un moyen de faire une percée au travers de tout ce qui asservit, d'être dans la lignée de la compassion impersonnelle. »

La qualité caractéristique de Krishnamurti dans son rôle de gourou, ou d'enseignant, peu importe l'étiquette, est son respect de l'autre, de ses particularités de son chemin propre. Comme il disait à un visiteur, qu'il sentait s'attacher peut-être trop émotionnellement après un premier entretien: « Monsieur, deux fleurs, ou deux choses peuvent être similaires, mais elles ne seront jamais mêmes. »


Conclusion

L'introspection ne doit pas empêcher l'écoute de l'autre, ni de suivre un professeur, un guide, un maître, ne serait-ce que pour un temps. Avoir un maître ne signifie pas se soumettre, se déresponsabiliser ni d'être obnubilé. C'est se remettre en question jusqu'au bout pour atteindre un niveau de profondeur peu souvent atteint dans l'exploration de sa psyché. C'est apprendre à lâcher son ego qui sait tout et qui veut tout contrôler, car c'est dans la cessation de ce contrôle que tombe le masque trompeur de l'ego. La relation entre un maître et son disciple est donc un jeu d'équilibre entre l'abandon aveugle de soi-même et la vanité/contrôle. Pour le pratiquant chevronné, il devient possible d'apprendre même du plus vil des humains, de la situation la plus tragique. Ce qui importe est d'apprendre sur soi, pas de juger autrui, ni d'avoir raison : de dire "mon maître c'est Untel, c'est le meilleur" ou encore "je n'ai pas de maître, aucun n'est parfait".

Dans l'ABC de la psychologie jungienne, le commentaire de Pierre Coret (psychothérapeute) à propos de Jung indique : Répondant au connais-toi toi-même de Socrate, il(Jung) insiste sur la nécessité d'un accompagnement et d'un enseignement individualisé qui permette à l'élève d'être dans une vraie relation avec le maître.


Sur le même thème : "Idéalisme, maîtres et adoration"

Voir :
- Site de Jacques Vigne
- Site de l'association culturelle Krishnamurti 

A lire :
- Krishnamurti ou l'insoumission de l'esprit, Krishnamurti
- Les limites de la pensée, Krishnamurti et David Bohm

18.07.2007

LQG, théorie des cordes et Cosmologie hindoue

Avant le Big Bang ?

Source : futura-sciences.com
Par Laurent Sacco, Futura-Sciences

La cosmologie est sans aucun doute la science dont les implications philosophiques sont les plus importantes. Avec la question du rapport exact de l’esprit et de la matière, quoi de plus fondamentale que celle de l’origine de l’espace, du temps et de la matière qu’ils contiennent ? Pour répondre à toutes ces questions, il faudrait disposer d’une théorie quantique de la gravitation. Les approches les plus prometteuses sont celles de la théorie des cordes et celles de la Gravitation Quantique à Boucles (en anglais Loop Quantum Gravity soit LQG). Martin Bojowald est l’un des pionniers de l’application de cette dernière à la cosmologie et il vient d’exposer dans Nature les derniers résultats qu’il a obtenus. L’Univers pourrait passer périodiquement par des phases d’oscillations avec « rebonds », avec une série sans commencement ni fin de Big Bang et de Big Crunch, un modèle rappelant certaines cosmologies Hindous.

Le sujet de la gravitation quantique est extrêmement vaste et il faudrait probablement des centaines de pages pour lui rendre justice. Il est bien connu que l’application de la mécanique quantique aux équations de la relativité générale d’Einstein conduit à des divergences infinies lorsqu’on cherche à coupler le champ de gravitation à la matière. Il existe toutefois des situations où l’on peut faire des calculs approximatifs de gravitation quantique sans que des quantités infinies incontrôlables n’émergent. C’est le cas dans certains modèles de cosmologie simples décrits par ce qu’on appelle la gravitation quantique canonique et introduits dans les années 60 par John Wheeler et surtout Bryce DeWitt pour l’essentiel.



Pour faire court, on cherche à appliquer les règles de quantification standards dites canoniques aux équations d’Einstein, ce qui veut dire qu’on cherche à mettre ces dernières sous une forme dite Hamiltonienne bien connue avec la mécanique analytique. Il faut pour cela introduire, comme pour la mécanique d’un système de particules, un espace des phases et une fonction Hamiltonienne H représentant l’énergie totale du système champ de gravitation+matière. De même qu’un point dans l’espace des phases représente un ensemble de positions possibles pour des particules en mouvement sous l’action de forces, un point dans l’espace des phases du champ de gravitation représentera un état possible de la géométrie de l’espace-temps courbé par la présence de matière, et plus généralement d’impulsions et d’énergies. On a donné un nom à cette espace de configurations de l’espace-temps : le super-espace (à ne pas confondre avec celui de la supergravité).

On peut alors construire une équation de Schrödinger avec une fonction d’onde dont le carré donne la probabilité de trouver la géométrie de l’espace-temps dans un état donné. C’est justement l’équation de Wheeler-DeWitt. Le problème est que, contrairement au cas avec N particules, la géométrie de l’espace-temps est décrite par un champ de tenseur à 10 composantes défini en chaque point de l’espace-temps. Comme il y en a une infinité, on comprend aisément que la résolution d’une telle équation n’est pas chose facile. Cependant, si l’on fixe par avance une classe de géométries possibles ne dépendant que d’un petit nombre de paramètres, certains calculs sont alors possibles. Cela revient à tronquer l’espace des phases précédant en « gelant » des degrés de liberté pour ne plus garder qu’un mini super-espace.

Le cas le plus simple est celui où l’on prend les modèles cosmologiques homogènes et isotropes de Friedman-Robertson-Walker (FRW) avec comme origine du champ de gravitation le champ le plus simple qu’on puisse imaginer : un champ scalaire décrit par une équation de Klein-Gordon avec un potentiel V. L’évolution dans le temps du champ de gravitation se réduit ici à un seul degré de liberté a(t). La fonction Hamiltonienne du système prend alors une forme similaire à celle décrivant une particule avec deux coordonnées de position, ici a(t) et (t), se déplaçant dans un potentiel compliqué. Les règles de quantification d’un tel système sont bien connues en mécanique ondulatoire et l’équation quantique décrivant ces modèles simples d’Univers n’est pas plus compliqué, mais pas moins, que celles que l’on peut rencontrer en physique atomique et moléculaire.

Le problème de la singularité cosmologique initiale

Rappelons à ce propos que dans le cadre de la relativité générale classique, les modèles de FRW sont problématiques, avec bien d’autres d’ailleurs, car l’on peut montrer que lorsque t=0 la courbure de l’espace-temps devient infinie, la notion même d’espace-temps s’effondre en fait, ce qui est une catastrophe car l’on ne peut alors plus rien faire. Le début de l’Univers, si cette notion même à un sens, est alors complètement hors de portée de la connaissance humaine. De même, une situation identique se produit lorsqu’une étoile s’effondre pour donner un trou noir en RG classique, une singularité de l’espace-temps se forme et les lois de la physique s’y brisent.

Or, ce n’est pas la première fois que la physique a été confrontée à ce genre de problème. Déjà, lors de la construction des premiers modèles d’atomes, l’électron tournant autour du noyau était en situation instable et devait finir par s’effondrer sur le noyau en créant là aussi une singularité, mais pas d’espace-temps. L’introduction de la mécanique quantique, et de la mécanique ondulatoire avec une fonction d’onde, avaient alors montré qu’il n’existait qu’une série d’états dynamiques discrets accessibles à l’électron, les fameux niveaux d’énergie de l’atome de Bohr. La fonction d’onde décrivant la probabilité de trouver l’électron dans une région de l’espace « étalait » cette même position en rendant l’effondrement précédent impossible.

John Wheeler et Bryce DeWitt avaient très clairement indiqué qu’un processus similaire devait se produire avec leur équation de Schrödinger de l’espace-temps. Les singularités en relativité générale seraient donc probablement « lissées » par le traitement quantique, stoppant ainsi leur formation.

Des résultats en ce sens avaient d’ailleurs été fournis dès la fin des années 60 et surtout dans le cadre du fameux modèle avec temps imaginaire de Hartle-Hawking au début des années 80. Malheureusement, comme indiqué précédemment, à chaque fois il s’agissait d’une situation très particulière où l’on admettait que la géométrie de l’Univers ne pouvait pas s’écarter beaucoup d’une certaine forme d’homogénéité et d’isotropie permettant de simplifier considérablement les calculs. Cela n’est pas satisfaisant car de telles hypothèses, bien que justifiables par certains côtés, n’en sont pas moins des vœux pieux. La théorie devrait partir d’un espace-temps arbitraire, non prédéterminé en partie par avance, et ce sont les calculs qui fourniront l’état de cet espace-temps.

Il faudrait pour cela résoudre l’équation de Wheeler-DeWitt de manière générale ou au mieux générique, mais comment s’y prendre ?

Une percée considérable s’est faite au milieu des années 80. Le physicien d’origine Indienne Abhay Ashtekar, qui avait été le post-doc du grand Roger Penrose, a introduit une formulation des équations d’Einstein dans l’espace des phases de l’espace-temps simplifiant considérablement leur formulation Hamiltonienne. En fait, il montrait que l'on se trouvait dans une situation formellement très proche de celle que l’on obtenait avec les équations de Yang-Mills, notamment celle de la QCD. Les techniques issues de cette théorie de jauge des interactions nucléaires fortes, la ChromoDynamique Quantique, pouvaient alors être transposées.



C’est ce que lui et surtout Lee Smolin et Carlo Rovelli réussirent à faire. A défaut d’une solution générale de l’équation de WDW, ils purent trouver de grandes classes de solutions mais surtout préciser de façon rigoureuse l’espace des solutions de cette équation. Comme toutes les équations de Schrödinger, les solutions de ces équations peuvent être rassemblées en un espace vectoriel abstrait ressemblant à l’espace habituel, il s’agit du célèbre espace de Hilbert. Une solution est alors décrite par un point dans cet espace repéré par un « vecteur position ». Dans le langage de la mécanique quantique, les fonctions d’ondes correspondant à une géométrie particulière de l’espace-temps sont des vecteurs d’états. Le principe de superposition des états de la mécanique quantique implique alors que la géométrie de l’espace-temps peut se trouver sous la forme d’une superposition d’états donnée par la somme vectorielle de ces vecteurs.



Le résultat le plus spectaculaire fut qu’il était alors possible de construire des opérateurs de surface et