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24/04/2009

La méditation transcendantale

La Méditation Transcendentale ou MT est une invention aujourd'hui très people du Maharishi Mahesh Yogi. Elle est plébiscitée comme méthode de relaxation et de focalisation par les célébrités comme David Lynch (sa fondation propose aux écoles d'enseigner la MT), Paul McCartney, Deepak Chopra, etc. Promouvoir la méditation (quelle type de méditation ? il y en a des milliers !) peut être une chose salutaire pour notre société, mais pourquoi promouvoir uniquement la MT, une marque déposée ? Ses adeptes clament que c'est la meilleure technique de méditation et qu'elle seule peut enrayer les maux de l'humanité. Effectivement une méditation bien menée amène à des résultats impressionnants (réussite scolaire, concentration hors du commun, sensibilité accrue, créativité décuplée). Si la MT se diffuse si bien même en milieu scolaire, c'est qu'elle doit apporter des bienfaits. En même temps, ce n'est pas parce que des écoliers en difficultés deviennent brillants, qu'ils deviendront autonomes et libres de toute idéalisation d'une doctrine ou d'une personne. De même, John Travolta s'est libéré de la toxicomanie en devenant la brebis d'un culte.

Dans la vidéo ci-dessous, il apparaît clairement que la MT n'est pas seulement une technique de méditation, c'est aussi une ensemble de croyances : existence d'une conscience divine, cosmique, transcendentale, possibilité de léviter…
(vraies ou fausses, à nous de décider) :



Outres, les méfaits directs de la manipulation des masses, les effets secondaires du prosélytisme soft d'organisations faussement spirituelles sont de discréditer les exercices spirituels ou de développement personnel comme les méditations - et surtout de freiner la spiritualité authentique qui n'a ni nom ni enseigne. Et leur stratégie est redoutable : se faire passer ni pour un culte, ni pour une religion, juste une technique de bien-être ou de méditation sans idéologie ni effet secondaire.

Selon un site belge d'habitants d'une petite localité, où veut s'implanter un groupe de MT, on peut lire :

A en croire la propagande distillée par Maharishi, seule la « Loi Naturelle Totale » est susceptible d’apporter des réponses efficaces aux grands défis qui se posent, tant au niveau national que sur le plan international. Elle seule peut gouverner « la diversité infinie de l’univers avec un ordre parfait ». Et comme toute idéologie qui s’appuie sur la référence à la loi naturelle (« totale » de surcroît), celle développée par Maharishi entend consacrer le triomphe d’une élite. Dès 1975, on peut lire dans la revue de la Maharishi International University (U.S.A.) : « Il n’y a pas de place pour les faibles et il ne peut y en avoir. Ce sont les forts qui doivent conduire et si les faibles ne suivent pas, il ne saurait y avoir de place pour eux. (…) Les ignorants doivent se laisser illuminer par l’élite des sages. Dans la nature elle-même, les faibles disparaissent. La non-existence des faibles est une loi de la nature » Des propos qui se passent évidemment de commentaires.

Le moyen le plus approprié pour assurer le triomphe de la « Loi Naturelle Totale » : la Méditation transcendantale. C’est elle qui doit permettre à chaque individu d’atteindre l’équilibre, l’harmonie, la paix. Mais si chaque adepte peut se livrer individuellement à cette technique, des  « experts »  sont indispensables pour en garantir à la collectivité tous les bienfaits annoncés. Seuls ces experts, sorte de professionnels de la Méditation transcendantale et du vol yogique, seraient aptes à créer une « cohérence nationale », à faire reculer de manière significative les fléaux qui gangrènent la société et à assurer « l’invincibilité de la nation ». Seuls aussi, la Méditation transcendantale et le vol yogique, pratiqués à grande échelle, seraient capables d’empêcher les conflits armés ou d’y mettre fin et de garantir la paix et l’harmonie universelles.

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info-sectes
le soir - le raam, la monnaie MT

washingtonpost (anglais)

29/10/2007

La mécanique de l'esprit et de l'invisible

e453807af88c46653401df62ddc4352f.jpgTout ce qui ressort du relatif est rationnel
Dans la dualité, on oppose les contraires, on distingue les individus, on dissèque les éléments d'un système. Dans l'absolue que vivent certains mystiques, où toute opposition disparaît, où toute loi s'effondre, la rationnalité n'est plus. Toutefois, la psyché humaine fait partie de la réalité duelle, même si elle est impalpable, au même titre que la lumière.

Nous sommes tous des névrosés aux yeux des psychiatres. Beaucoup ne l’admettront jamais. Ceux qui cherchent la spiritualité le font surtout à cause d’un mal-être. Aveu sincère ? Cela arrive, mais de toute façon on se rattrape avec les « super-techniques de l’illumination ». La science et la raison n’ont pas résolu les maux de l’âme, donc il fallait bien trouver autre chose.
La spiritualité, croit-on, dépasse toute rationalité. Et les imperfections s’effaceront par-delà toute logique. En fait, la seule logique est celle de l'accroissement. Croire plus, méditer plus, prier plus. Et mon âme est purifiée !

Les adeptes des nouvelles croyances s’abreuvent de théories ésotériques toujours plus secrètes (au rayon best-seller) et accumulent les techniques transcendantes. Les croyants "rétro" suivent prêches et enseignements assidûment, multiplient les pratiques religieuses et/ou énergétiques. Ils veulent aller toujours plus haut dans le ciel, et perdent contact avec la terre - le concret. Quelque part, ils cherchent à fuir le rationnel car le changement leur semble beaucoup plus probable dans la magie. Les idées merveilleuses.

Malgré tout, un nombre croissant de personnes doivent se rendre à l’évidence : les changements sont rares et minimes. Parfois, les résultats sont inverses à ce qui est escompté. Dans ce contexte, mêmes dans les milieux New Age, des voix s’élèvent pour dire que l’on ne peut pas échapper à la « mécanique », admettant le génie de Descartes. Oui, selon eux, la psyché, l’âme a son propre mécanisme, comme une horloge ou une voiture. La spiritualité commence et finit avec le ménage et la vaisselle, les factures EDF, les déclarations d'impôts et la plomberie de la salle de bain.

Si une personne a un traumatisme psychique, méditer ou prier ne le sauveront pas. La voie psychothérapeutique s’impose, faute de candidat alternatif convaincant. Si un dépressif, par exemple, est « surchargé d’entités » (possédé), aucune thérapie, aucun médicament ne fonctionnera. Il doit être débarrassé de l'obstacle principal à sa guérison, diraient certains médiums, shamanes et exorcistes. Tout cela n’est pas scientifique bien sûr, mais il semble que, même dans le paranormal, il y ait une logique implacable.

On peut donc penser que ce qu'on nomme en fait « l'irrationnel », est en fait parfaitement rationnel mais régi par des lois encore ignorées du grand nombre. L'irrationnel, pour ainsi dire, n'existe pas.

02/10/2007

Bouddhisme : culture, politique ou spiritualité


294a285c533ebfe5c40bf0613b143c74.jpg Il y a un temps, le mouvement Free Tibet auquel s'étaient ralliées des personnalités comme Richard Gere, Sting ou les Beastie Boys, luttait contre l'invasion chinoise en donnant notamment un tableau très romantique de la culture tibétaine. Cette image idéalisée du Tibet et du bouddhisme tantrique persiste encore en Occident aujourd'hui. A l'inverse d'Adam Yauch (Beastie Boys), Shamar Rinpoché (second chef spirituel de l'école Karma Kagyu après le Karmapa) dressait déjà en 1993, un tableau beaucoup moins attirant du bouddhisme et de la "sagesse tibétaine", sans approuver l'action des maoistes. Texte disponible sur son site officiel en anglais uniquement.

Ce n'est pas une image réductrice d'athée, mais une vive critique du soubassement politique des institutions religieuses. Une mise en garde de la confusion entre culture, tradition et spiritualité. Ce qui est assez surprenant de la part d'un des plus hauts dirigeants de la hiérarchie religieuse. Il attire par ailleurs l'attention sur le nombre peu élevés de maîtres accomplis, et le grand nombre de lamas qui ne sont pas ce que l'on croit. Un message non de méfiance, mais de vigilance... Lisez plutôt :


Pas besoin de trop de tradition
Enseignement oral donné à Vienne, Autriche, en 1993
Source : No need for too much tradition

Certains pratiquants occidentaux considèrent que le bouddhisme tibétain est en partie mélangé à la tradition tibétaine. Souvent, ils ne peuvent distinguer les deux. Il est pourtant très important de savoir la différence entre tradition et Dharma.
Les biographies de Milarépa , Marpa et Gampopa relatent seulement le pur Dharma. Tout ce qui concernait les grands maîtres Kagyu, de leur façon de vivre à leur façon d’enseigner, était du Dharma authentique. Par exemple, Marpa introduisit les enseignements d’Inde au Tibet. Il étudia d’abord le Dharma en Inde selon la tradition indienne. Naropa, son enseignant, vivait en Inde. La plupart du temps, il vivait nu. Parfois, il se paraît des ornements d’un Heruka. C’était la coutume de certains yogis en ces temps. Mais Marpa n’a jamais demandé aux Tibétains de copier le style vestimentaire de Naropa. Quand Naropa enseignait au Tibet, il n’a transmis aucune coutume indienne tel que le port des robes « sadhou ». Ses disciples tibétains continuaient à porter la tchouba, un type de vêtement tibétain. Marpa enseigna le Dharma d’une façon très pure.

En Occident, vous avez beaucoup lu à propos des « lamas tibétains ». Certains érudits occidentaux ont voyagé au Tibet à la recherche d’aventure. Plus tard aux Etats-Unis, Lobsang Rampa a écrit des livres pleins de fantaisies, racontant des histoires de voyage astral, à propos de transmission de messages d’esprit à esprit. Les pratiquants bouddhistes hautement réalisés obtiennent des capacités comme appréhender des phénomènes surnaturels ou lire dans les pensées. Le méditant, en atteignant un très, très haut niveau, est amené à comprendre des choses incroyables. Le Bouddha, par exemple, connaît toutes les pensées de chaque être vivant. Malheureusement, Lobsang Rampa a déformé ces pouvoirs spéciaux. Il en fit des pouvoirs mystiques. Il a produit l’idée factice qu’une personne peut déplacer son esprit vers une autre afin de lire ses pensées. Ses livres ont inspiré beaucoup d’idées négatives et fausses à propos du Tibet. Plus tard, lorsque les traductions des biographies sont sorties dans les différentes langues occidentales, elles étaient truffées de tout ce sensationnalisme. Ainsi, de nombreuses idées erronées à propos des saints du bouddhisme tibétain se sont développées. Un exemple est de clamer qu’ils pouvaient tous voler dans les airs.

La plupart des Occidentaux pensent que tous les lamas tibétains sont totalement purs. Quoi qu’ils fassent, ils pensent : « Oh, il doit y avoir un sens caché derrière cela. » Lorsqu’un lama agit d’une manière étrange, il doit y avoir une bonne raison. Ils croient que le lama doit avoir vu quelque chose dans leurs esprits. Cela fait partie de mon expérience personnelle avec des Occidentaux.
Un autre idée fausse des Occidentaux est de penser qu’il est important de préserver toutes les traditions tibétains dans la pratique du Dharma. Ils pensent que le système des monastères tibétains est en rapport avec l’illumination. De nos jours, on peut facilement voyager au Tibet. Les gens sont souvent choqués par la réalité quand ils se retrouvent sur place. Combien la réalité diffère des idées qu’ils se faisaient. Ils se disent : « Qu’est-ce que c’est que ça ? les lamas sont comme nous, ils ont les mêmes problèmes que nous. » Certains d’entres eux deviennent complètement perdus. Mais la vérité est que les lamas sont juste des êtres humains.
A Kathmandou, vous pouvez voir des moines qui vont au casino. Je peux le dire ici car certains d’entre vous l’ont vu par eux-mêmes. Ce n’est pas un secret.

Comment le système des monastères tibétain fonctionne-t-il ?
Il y a très longtemps, un système qui consistait à mettre de très jeunes enfants au monastère fut créé au Tibet. Ils furent nourris et éduqués gratuitement. Dans la contrée qui est maintenant l’Afghanistan, il y avait un « royaume Vajrayana » appelé Oddiyana. Le roi qui régnait était un véritable saint. Il avait en fait atteint l’Eveil et enseignait à tous ses sujets. Ces derniers atteignirent également l’état de Bouddha et le royaume disparu. Plus tard, un roi tibétain voulut en faire autant. Il voulut mettre fin au samsara en faisant disparaître le royaume du Tibet. Il mit en place de nouvelles règles. Des monastères pour les nonnes et moines furent érigés partout dans le pays. On fournit gratuitement la nourriture à tous les nonnes et les moines. La récolte des paysans allait aux monastères. Il y avait des moines réalisés, mais ils étaient une minorité, peut-être un sur un million. Les êtres éveillés étaient très rares parce qu’il y avait tellement de distractions. Il y avait assez pour manger mais pas grand-chose à faire. Aucun d’eux ne pratiquaient comme Milarépa le faisait à une époque plus reculée. Quoi qu’il en fut, il y avait un monastère dans chaque vallée et le Tibet entier était rempli de monastères abritant une grosse administration.

Au commencement, il y avait un maître Kagyu qui fonda un monastère d’une manière irréprochable. Il initia un programme d’étude et un centre de méditation. Son souhait était de préserver les enseignements. En ces temps, il n’y avait pas encore le système des Toulkous (système de reconnaissance des maîtres bouddhistes qui se réincarnent par leur propre gré). C’était alors au fils du maître de succéder à son père pour la prise en charge du monastère. C’était ainsi que les monastères Kagyu se répandirent. Mais au fil du temps, les choses se détériorèrent. Les monastères devinrent de petits royaumes avec des administrateurs très arrogants. Ils étaient souvent très malins. Ils savaient que les chefs spirituels étaient nécessaires pour contrôler le peuple. Ils faisaient en sorte de positionner un chef spirituel tout en gardant tout le pouvoir dans leurs propres mains. Tout cela est très politique. Sous la façade spirituelle se dissimulait une réalité politique toute autre.

Chaque monastère possédait des terres parfois très étendues. Lorsque les monastères faisaient frontière commune, chacun voulaient protéger ses propres terres. Si un animal passait de l’autre côté, il y était gardé. De temps en temps, des combats éclataient à cause d’un litige lié au tracé des frontières. Les paysans travaillaient sur la terre tels les esclaves des monastères, et les administrateurs régnaient comme des tyrans.

Le dirigeant officiel du pays n’avait quasiment aucun pouvoir. Chaque monastère régnait en maître. Entre les monastères, les conflits étaient incessants. Le gouvernement était complètement démuni. Ce fut bien plus tard qu’il réussit à reprendre du contrôle et s’organisa comme les monastères. Enfin, le pays fut régi d’une manière stricte et sur des principes religieux. Mais les bons pratiquants ne faisaient pas partie de l’administration. Les bons moines et maîtres pratiquaient dans l’isolation. Presque personne n’atteignait l’Eveil dans un monastère. Les moines étaient organisés trop strictement par l’administration. La religion et la politique étaient tellement enchevêtrées au Tibet. Les politiciens utilisaient la religion pour contrôler le peuple. Le problème ne venait pas des maîtres Eveillés, mais des administrateurs. Malheureusement, les Occidentaux pensent que tout dans les monastères tibétains tiennent du Dharma. Ils pensent qu’un monastère est un grand mandala, que chaque moine est un certain aspect du Bouddha et que le gourou (lama) est Dordjé Tchang.

Les gens croient également que les trônes des lamas font partie de la pratique du Dharma. En vérité, ils sont souvent une source de conflit. Prenons l’exemple du trône que vous avez préparé pour moi. J’y suis assis en ce moment même. Si vous ne préparez pas la même chose pour un autre enseignant, les problèmes surgissent. C’est le fait de la politique. Si vous proposez un beau siège, personne ne ferait des problèmes. Les lamas tibétains âgés, mêmes ceux qui sont bons et amicaux, sont habitués à certaines coutumes qui appartiennent à leur culture. Lorsqu’ils viennent en Occident, l’absence d’accompagnement musical tibétain, de brocard sur le trône, peuvent leurs faire sentir un manque. Ils vont aussi vous dire que vous devriez tout réarranger d’une certaine façon. Vous penserez peut-être que cela fait partie de la pratique. Si c’est le cas, vous recomposez la tradition tibétaine en Occident. Je ne pense pas que ces protocoles culturels vont perdurer. Si cela se passe, ils seront source de problèmes dans l’avenir. Qui devrait avoir le trône le plus élevé ? Quelqu’un va forcément avoir un trône plus bas. C’est de cette façon que beaucoup de problèmes apparaissent.


Vous devez voir la différence entre le Dharma et la tradition. Lorsque des problèmes arrivent, sachez qu’ils ne viennent pas des êtres Eveillés, mais des administrateurs. Même les communistes chinois qui n’ont aucune foi, utilisent de temps en temps la religion pour leurs propres fins politiques. Il en est ainsi parce que les systèmes administratifs sont bien établis et très puissants. En Occident, vous n’avez pas la nécessité d’adopter ces aspects administratifs et politiques. Je ne veux pas dire que vos lamas devraient s’asseoir directement sur le sol, ou que vous devriez pointer vos pieds vers eux quand vous vous asseyez. Mais qu’il n’y a pas besoin de trop de tradition.

Shamar Rinpoché


Voir aussi :
- la fonction de la religion
- attention, institution et moutons
- la religion, l'institution et la guerre
- idéalisme, maîtres et adoration

10/06/2007

Idéalisme, maîtres et adoration

Seigneur, pourquoi sont-ils si mauvais et pas moi ?

177c4d00e449280d0d33b107ad7e6335.jpgLes athées quelques peu familier à la psychanalyse n’hésitent pas à dire que les croyants cherchent le père ou la mère - différents ou idéalisés - en leurs prêtres, imams, lamas, gourous, en leur Dieu, prophètes ou esprits supérieurs. C.G. Jung aurait été d’accord, mais il aurait ajouté qu’il existe aussi chez chacun de nous, une image archétypale de Dieu ou du divin - de la grandeur. Nous projetons, selon Jung, cette image à l’extérieur, si l’on me permet d’être dualiste, sur des supports comme les religions et les personnes qui les représentent, quand ce n’est pas le psy. C’est acceptable pour commencer, mais cela devient rapidement une « impasse » pour de nombreuses brebis égarées.

Dans les monothéismes, on parle de l’adoration de Dieu, mais cette notion est peut-être erronée ou mal comprise. Cette fascination du divin, des maîtres tibétains ou des prédicateurs charismatiques est indéniablement le piège le plus fréquenté des marcheurs spirituels toutes traditions confondues.

Le manque de confiance en soi, d’amour vis-à-vis de soi-même, pour ne pas dire le mépris de soi-même, amène quasiment toujours à cette passion pour le charismatique guide spirituel - elle donne l’impression de prendre possession de ses qualités. Immense illusion qui fait dire qu’il ne s’agit pas d’égocentrisme mais de foi incommensurable.

L’idéalisme, tyrannie de l’esprit qui exige (immédiatement) que le monde soit exactement comme nous le souhaitons, selon nos humeurs (pour qui nous prenons-nous ?), amène souvent au cynisme ou à la mélancolie. Car bien sûr le monde est fait pour nous et nous est dû… Difficile de suivre l’art du contentement. Les individus qui ne veulent se résoudre à rester « blasés » optent pour la recherche de l’image idéale dans la multitude des phénomènes de la vie : l’adoration. La star system, la philosophie, la culture, l’esthétisme, la religion. Mais que font-ils sinon fuir leur déception ? Leur dégoût du reste ?

A mon grand étonnement, un ami me suggère que « l’acception du monde tel qu’il est » revient aussi à un idéal. Je lui réponds que l’idéalisme consiste en le désir de changer le monde, alors que l’acceptation correspond à l’accueillir sans vouloir le changer.

Le problème que pose la trop grande adoration d’un Dieu, du Soleil ou d’un maître est que l’on finit par s’oublier soi-même et les autres. S’oublier soi-même, c’est négliger ses problèmes internes, ne pas prendre en compte ses véritables besoins, et c’est ignorer l’introspection. Oublier les autres, son voisin de palier, les gens dans la rue, les victimes de leur propre cupidité, des guerres, des maladies, de la vieillesse et de la mort, c’est l’indifférence ou la négligence bête et méchante. Et grave. Et un mépris sous-jacent qui se développe en coulisse. Une fois encore, le jugement de valeur entre en jeu. Le jugement de valeur est ce avec quoi nous faisons des pyramides imaginaires où l’on place au sommet Dieu le merveilleux et les joyeux religieux. Et tout en bas, tout en bas, les malheureux et idiots « gens lambda », indignes de figurer en première page de Paris Match ou de VSD magasine.

Comment pouvons-nous sincèrement laisser place à l’amour authentique, à l’équanimité avec pareille vision ?
Cela me semble perdue d’avance…

Ne faut-il pas plutôt chercher le sacré en chaque chose ? Le concierge de l'immeuble, les pigeons urbains, les sacs plastiques jetés par terre, les usines de recyclage...

Voir également :
- idéalisme, maîtres et adoration
- bouddhisme : culture, politique ou spiritualité

26/12/2006

Le matérialisme spirituel

Lorsque la religion devient le supermarché de la foi

medium_supermarche.jpg Lorsqu’il y a un manque affectif, une forte impression de solitude, un vide moral ou existentiel, nous sommes quasiment toujours amenés à remplir ce gouffre avec de la nourriture, de l’alcool, des drogues, des objets, le sexe, la musique, les jeux, en voyageant. Cela nous permet d’une part de soulager l’anxiété voire la douleur que cela engendre, et d’autre part, de ne pas le voir (le gouffre, la douleur).

A l’ère de la société de consommation, il se produit très souvent la même chose même avec la religion. Il arrive souvent que des croyants prient et chantent intensément, s’entourent d’objets religieux ou sacrés, accumulent des livres et des connaissances pour combler un vide, un sentiment de vide abyssal, pour affirmer une identité, pour fuir ses propres névroses et phobies, pour se protéger des autres, pour se sentir honorable ou supérieur, pour se donner une image positive d’eux-mêmes. C’est une démarche plus ou moins religieuse qui est caractérisée par l’accumulation en tout genre. Elle se fait sans compréhension véritable de la religion, ni introspection ni observation intérieure, et génère un aveuglement coriace. Chögyam Trungpa, un maître tibétain a appelé ce phénomène le « matérialisme spirituel ». Est-il utile de dire que le business ésotérique en profite grandement ?