10.06.2007
Idéalisme, maîtres et adoration
Seigneur, pourquoi sont-ils si mauvais et pas moi ?
Les athées quelques peu familier à la psychanalyse n’hésitent pas à dire que les croyants cherchent le père ou la mère - différents ou idéalisés - en leurs prêtres, imams, lamas, gourous, en leur Dieu, prophètes ou esprits supérieurs. C.G. Jung aurait été d’accord, mais il aurait ajouté qu’il existe aussi chez chacun de nous, une image archétypale de Dieu ou du divin - de la grandeur. Nous projetons, selon Jung, cette image à l’extérieur, si l’on me permet d’être dualiste, sur des supports comme les religions et les personnes qui les représentent, quand ce n’est pas le psy. C’est acceptable pour commencer, mais cela devient rapidement une « impasse » pour de nombreuses brebis égarées.Dans les monothéismes, on parle de l’adoration de Dieu, mais cette notion est peut-être erronée ou mal comprise. Cette fascination du divin, des maîtres tibétains ou des prédicateurs charismatiques est indéniablement le piège le plus fréquenté des marcheurs spirituels toutes traditions confondues.
Le manque de confiance en soi, d’amour vis-à-vis de soi-même, pour ne pas dire le mépris de soi-même, amène quasiment toujours à cette passion pour le charismatique guide spirituel - elle donne l’impression de prendre possession de ses qualités. Immense illusion qui fait dire qu’il ne s’agit pas d’égocentrisme mais de foi incommensurable.
L’idéalisme, tyrannie de l’esprit qui exige (immédiatement) que le monde soit exactement comme nous le souhaitons, selon nos humeurs (pour qui nous prenons-nous ?), amène souvent au cynisme ou à la mélancolie. Car bien sûr le monde est fait pour nous et nous est dû… Difficile de suivre l’art du contentement. Les individus qui ne veulent se résoudre à rester « blasés » optent pour la recherche de l’image idéale dans la multitude des phénomènes de la vie : l’adoration. La star system, la philosophie, la culture, l’esthétisme, la religion. Mais que font-ils sinon fuir leur déception ? Leur dégoût du reste ?
A mon grand étonnement, un ami me suggère que « l’acception du monde tel qu’il est » revient aussi à un idéal. Je lui réponds que l’idéalisme consiste en le désir de changer le monde, alors que l’acceptation correspond à l’accueillir sans vouloir le changer.
Le problème que pose la trop grande adoration d’un Dieu, du Soleil ou d’un maître est que l’on finit par s’oublier soi-même et les autres. S’oublier soi-même, c’est négliger ses problèmes internes, ne pas prendre en compte ses véritables besoins, et c’est ignorer l’introspection. Oublier les autres, son voisin de palier, les gens dans la rue, les victimes de leur propre cupidité, des guerres, des maladies, de la vieillesse et de la mort, c’est l’indifférence ou la négligence bête et méchante. Et grave. Et un mépris sous-jacent qui se développe en coulisse. Une fois encore, le jugement de valeur entre en jeu. Le jugement de valeur est ce avec quoi nous faisons des pyramides imaginaires où l’on place au sommet Dieu le merveilleux et les joyeux religieux. Et tout en bas, tout en bas, les malheureux et idiots « gens lambda », indignes de figurer en première page de Paris Match ou de VSD magasine.
Comment pouvons-nous sincèrement laisser place à l’amour authentique, à l’équanimité avec pareille vision ?
Cela me semble perdue d’avance…
Ne faut-il pas plutôt chercher le sacré en chaque chose ? Le concierge de l'immeuble, les pigeons urbains, les sacs plastiques jetés par terre, les usines de recyclage...
Voir également :
- "bouddhisme : culture, politique ou spiritualité"
23:35 Publié dans Critique du croyant | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : athée, idéalisme, introspection, divin, équanimité, amour, croyant
01.05.2007
Amour, compassion, couple et célibat
Fini les fleurs bleues, les saxos et les violons
s'Aimer soi-même
Je suis moche, idiot, pauvre, arrogant, méchant, paresseux. Et ce n'est pas grave. L'amour sans limite ne fait pas de tri, il embrasse tout. Et si l'on en croit les expérienceurs de mort imminente - de NDE - nous sommes tous une forme de lumière et de conscience qui n'a pas toujours les limites que nous connaissons. (c.f.: le livre Deadline Dernière Limite)
Dans une vision dualiste il s'agirait d'intégrer le mal, l'ombre qui est en nous. Dans un langage alchimique, c'est l'union des contraires, du négatif et du positif, de la lumière et de l'ombre. On n'est plus dans une échelle de valeur qui implique la compétition et la fascination : élever et acclamer ce qui est bon et mépriser ce qui est mauvais. On parle alors d'équanimité où l'amour n'est plus l'attachement à des qualités particulières mais l'accueil de toute chose telle qu'est se manifeste. C'est ainsi que se forme le chemin vers la non-dualité.
Aimer les autres
Comme nous l'avons vu dans "l'évitement de sa propre souffrance", la générosité et l'altruisme peuvent être une fuite de soi-même, de ses besoins et responsabilités, et de la réalité. Quelques rares personnes sont naturellement dotées d'un amour authentique qui ne reposent pas sur des pulsions narcissiques ou l'attente de récompenses, mais ce n'est pas le cas du grand nombre. Il semble néanmoins que plus nous arrivons à faire preuve d'empathie, à concevoir la multitude des êtres comme un tout où les barrières sont virtuelles, voire de vraiment ressentir ce que vit autrui à l'instar de certains mystiques, l'amour se déploie avec moins de difficulté (voir "Songe égocentrique et union cosmique". Ce qui demande de l'effort c'est le chemin pour atteindre cette compréhension et ce ressenti.
L'amour n'implique pas forcément de passer son temps à aider les autres ou d'être bénévole dans l'humanitaire. C'est d'abord ne pas juger et considérer autrui comme son égal. Il intervient dans le quotidien, dans les petits gestes et les petites rencontres. Cet amour-là est lucide, intelligent, pragmatique, ancré dans la réalité. Il est romantique et cynique à la fois ou plutôt au-delà des deux. Il n'est pas fasciné ou aveuglé. Il n'idéalise pas. L'idéalisme est toujours déçu. Il est relié aux situations concrètes qui produisent souffrance et joie. Il ne déforme pas les faits en mièvrerie qui n'a d'autre nom que la duperie. Il embrasse tous les êtres mais ne dit pas oui à tout : à l'agression, à l'arrogance, à la tromperie... Comme disent de nombreux maîtres de méditation, "dites 'oui' dans votre coeur, et 'non' avec votre bouche". Une mère aimante ne permet pas tout à son enfant, ce n'est pas une question de morale mais d'évidence liée à la réalité de la souffrance. (Cela ne signifie pas qu'une mère aimante à toujours raison) La compassion est donc forcément liée à la sagesse. Un fait est que l'on peut être tout amour sans être gentil. On peut être gentil en étant mesquin. Ne pas tomber dans le piège de la gentillesse et des bons sentiments.
Amour en couple
Il faut bien discerner l'amour sans attente ni discrimination et l'attachement du type "je t'aime, tu m'aimes". L'amour intéressé qui sous-tend la plupart des couples et mêmes des amitiés reposent sur un échanges de bons procédés, est en premier lieu - pour caricaturer - un consensus d'intérêts mutuels et communs. C'est ainsi que l'on trouve souvent des individus désabusés qui cessent de croire en toute pertinence de l'amour des amoureux, et des croyants, religieux et mystiques qui choisissent le célibat et la chasteté.
Pourtant, la vie de couple permet de se confronter d'avantage à l'autre du fait de l'intimité de la relation. Elle oblige également à accepter d'avantage les défauts d'autrui si l'on ne choisit pas le conflit ou le non-dit. L'alter ego jouant le rôle de miroir, il permet la remise en question de soi-même. Pour les personnes qui se jugent trop, qui ne s'aiment pas, l'affection et l'accueil de leurs partenaires peuvent amener l'acceptation de l'autre et la confiance en soi. Nous n'avons plus cette conception du mariage, mais autrefois, l'anneau symbolisait l'union et l'engagement du couple à cheminer vers la réalisation de soi, ce qui impliquait de dépasser les moments difficiles et les disputes. Le but alors n'était pas simplement d'officialiser une affection réciproque mais aussi et surtout une entraide sur le chemin spirituel. Il faut alors accueillir le bon et le mauvais : "pour le meilleur et pour le pire".
Passer de l'amour égoïste à l'amour sans limite n'est pas sans peine ni sans effort, mais c'est le seul chemin envisageable pour la plupart d'entre nous.
Amour célibataire
Le célibat et la vie monastique ont leurs atouts dans une perspective spirituelle : ils permettent de plus se confronter à soi-même, à ses angoisses et désirs plutôt que de fuir dans la distraction et les plaisirs mondains et charnels, donc de prendre plus de temps pour l'introspection. Une vie recluse permet de consacrer beaucoup plus de temps à la méditation, aux études diverses (sur soi-même, l'univers...). La vie dans les monastères, collective, implique beaucoup la relation à l'autre et non l'isolement. De plus, le célibat permet de se consacrer à oeuvrer plus pour le bien d'autrui en général, au lieu de favoriser une seule personne. Pour les ascètes qui ne vivent même pas en groupe, il leur est demandé de temps en temps de se rendre en ville pour se confronter aux autres afin d'éprouver leurs éventuels progrès et réalisations spirituelles. C'est le cas des traditions intelligentes dont les maîtres ne se voilent pas la face. On ne se retire pas dans les grottes pour y rester rempli de mépris et de pitié. Si les traditions spirituelles ont toujours conservé autant la voie monacale que séculière, c'est bien que chaque voie a ses avantages et inconvénients. Selon les époques, l'une ou l'autre est privilégiée mais chacun y trouve son compte.
Amour
L'amour authentique n'implique pas que la beauté et la justice. Il n'est jamais aveuglé par les apparences. Il ne rejette au fond ni la laideur, ni la souffrance, ni le mal. Cependant, il n'empêche pas de distinguer ce qui cause la souffrance de ce qui cause le bonheur, et en cela de faire des choix réfléchis : l'amour véritable ne s'oppose pas à la raison.
Voir également l'article "Autorise-toi à (t')aimer" du site soupir.org
23:45 Publié dans _Début spirituel_ | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : amour, compassion, sagesse, équanimité, couple, célibat, jugement
30.04.2007
La morale athée
Il n'y a rien de bon ou de mauvais, sinon l'idée que l'on s'en fait. Shakespeare
Rien n'a de sens. Ni la vie, ni la mort. Surtout, il n'y a rien après la mort. La vie n'a pas de but, pas d'objectif, de destination, d'utilité. La vie n'est rien, ou ce que l'on en fait.
Même le plus matérialiste des matérialistes a du mal à se débarrasser de sa morale. Un don ou une tare de l'humanité ? Car ce n'est pas bien d'être immoral ou amoral, n'est-ce pas ? Il a fallu donc trouver des justifications rationnelles à cette morale. Déjà, on commence par changer de terme en remplaçant "morale" par "éthique", ça fait moins puéril. Ca fait plus raisonné, détaché, rationnel. Morale, ça nous fait penser à bien et mal, gentil et méchant.
Une personne rationnelle et rationnalisante ne va pas dire "c'est mal de faire ceci ou de faire cela", mais plutôt "cela est déloyal", "cela va causer le désordre social", "c'est une injustice intolérable", "ce n'est pas équitable", "c'est inhumain" ou tout simplement "c'est illégal". Si l'on creuse la question, on trouve des évidences : le désordre, c'est mal, l'injustice, c'est mal. Une morale toute bête.
La plupart des "gentils" se battent sous la bannière de l'humanisme ou de l'altruisme, tout en fuyant leurs propres peurs, tout en se permettant de juger implacablement les autres (les dictateurs, l'armée, les politiciens...), car c'est eux qui font le mal, qui sont stupides, immoraux, inhumains. Les "gentils" ne sont jamais manichéens, toutefois les escrocs et les impérialistes sont les méchants qu'il faut combattre. Finalement, nous sommes des dictateurs qui décident ce qui est bien et ce qui est mal, mais l'univers se passerait bien de ces décisions faciles. Chacun de nous est le Dieu de son univers personnel.
On pense surtout à soi-même, à sa souffrance, à son avenir. Un proche m'a fait l'aveu que s'il militait pour la justice dans le monde et l'écologie, pour empêcher les innocents de se faire massacrer ou empoisonner, c'est parce qu'au fond, il avait peur de la mort. Il ne semblait pas se rendre compte du terrible paradoxe. Pourquoi se soucier du sort des autres, alors que la motivation est personnelle (égoïste) ? (voir "la psychologie du décalage" et "l'évitement de la souffrance")
En fin de compte, notre la moral repose surtout sur les différentes peurs qui rôdent dans les tréfonds de notre psyché. Toute attitude ou morale fondées sur la peur aboutissent manifestement à grande échelle ou à long terme à l'agression, la répression, à l'absurde ou à la folie. Si nous n'avions pas peur de la mort, si nous n'avions pas peur d'être pauvres, de souffrir, peut-être qu'il n'y aurait plus de méchants ni de pécheurs. C'est cette sérénité peut-être, cette acceptation de la fatalité que nous devrions trouver, plutôt que cette lutte à la Don Quichotte, cette croisade contre l'inhumain, l'injustice (le mal, quoi), cette fuite de nos peurs.
Peut-être pouvons-nous reprendre ou créer des codes de conduite non fondé sur la peur mais sur l'amour. Cela demande bien sûr de prendre conscience de cette peur et de s'en affranchir petit à petit, et de s'imprégner de l'amour. Si l'on considère que tous les êtres sont des gouttes d'eau dans un océan (voir "songe égocentrique et union cosmique"), et que l'on réalise le fait que personne ne veut souffrir, il se dégage deux repères : la souffrance et le bonheur. Et il va de soi que certains actes dans certaines conditions mènent à la souffrance, et d'autres, parfois les mêmes, au bonheur, selon les circonstances et les personnalités. En considérant l'humanité comme un tout, il est devient logique d'éviter de nuire aux autres. La démarche spirituelle est non seulement d'avoir cette conception mentale mais aussi de ressentir cette unité par différent biais. Afin de discerner les actions réduisant la souffrance et apportant la joie de celles causant la souffrance, il semble nécessaire d'aiguiser une intelligence et une sensibilité, une intuition de plus en plus subtile. Dans cette vision de l'éthique qui n'est pas une couverture de l'égocentrisme, il n'y a pas de règle ni d'action toute faite. Des repères et des principes sont nécessaires, mais il n'y a pas de procédure absolue. Il s'agit de nous familiariser avec les lois qui sous-tendent notre univers et notre esprit. Parfois, les procédures simplifient le quotidien, mais la souplesse mentale est souvent requise pour s'adapter aux humeurs des uns, aux caprices des forces naturelles, aux accidents.
Voir "entre le mal et le diable"
01:10 Publié dans Athéisme & Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Morale, éthique, athée, mort, peur, amour, équanimité