01.01.2007

Il y a athée et athée

Tout un éventail

Il faut comprendre qu'il y a différents types d'athées, et lorsque je parle d'athée dans mes articles, ça ne concerne pas tout le temps la même catégorie d'athée. Je ne peux pas préciser à chaque fois, et je dois donc confier au lecteur le soin de comprendre de quel type il s'agit.


L'athéisme se caractérise surtout par le culte de la raison, de la science, et du verbe (des mots) ; et par sa réticence à l'introspection (notamment sa fuite de la psychologie). Beaucoup se targuent de s'intéresser à la psychologie ou de suivre une thérapie ou une "analyse", sans entreprendre une réelle introspection et une mise en oeuvre d'une transformation personnelle en profondeur. L'étude et l'exploration du monde extérieur deviennent d'ailleurs souvent des alibis à l'introspection.
Le culte du verbe consiste à ne jurer que par la parole, que par une définition implacablement précise des mots (le chipotage si courant de nombreux Français et Françaises obsédés par le Petit Robert), et de ne pas ressentir son interlocuteur. Eh oui, le dialogue peut aussi se faire sur un autre niveau (crucial), celui du coeur, de l'émotion, que l'on ne peut pas atteindre en ne se référant qu'aux mots exprimés, en utilisant que son intellect.

Il y a une seule catégorie d'athées que je met à part de tout le reste : les religieux et les pratiquants spirituels qui ne se basent pas sur une croyance en un dieu créateur, universel, ou qui ne vouent pas de culte à l'égard d'esprits (comme dans l'animisme) ou de divinités extérieures. Il s'agit des adeptes de certaines écoles bouddhistes, taoistes, etc. Mais je crois que dans ce cas, on ne peut pas parler d'athéisme à proprement parler, on parlera plutôt de spiritualité non-théiste.

On peut diviser les athées en deux grosses catégories : ceux qui s'intéressent à la question de Dieu ou à l'existence post-mortem etc., et ceux qui ne s'y intéressent pas en clamant que c'est inutile, tout en réfutant nonchalamment son existence. Autrement, on peut identifier plusieurs tendances athées : Il y a tout d'abord l'athée de base, un agnostique trop "affairé" ou paresseux pour investiguer, ou tellement fatigué de douter qu'il s'est rangé de l'autre côté de la barrière. La réflexion n'est pas son fort, et puis il n'a pas que ça à faire. Carpe Diem ! Il est souvent loin de s'intéresser à la science ni même de s'efforcer à maintenir un esprit rationnel. Il n'est prêt ni pour l'introspection ou la psychologie, ni pour le débat ou l'étude scientifique. C'est souvent le type de personne à dire "Dieu n'existe pas" et quelques minutes plus tard : "je touche du bois", "ne passe pas en-dessous de l'échelle, il va t'arriver malheur". Il y a l'athée avancé qui s'intéresse beaucoup à la science et qui n'hésite pas à citer des articles scientifiques, des arguments passés ou récents pour étayer ses convictions. Le souci étant qu'il ne comprend pas forcément les thèses avancées et que - de toute façon - il les prend pour vérité absolue. Ce n'est pas un scientifique mais il se considère tout comme, ou en tout cas qu'il comprend quasiment tout, et qu'il est au fait de toute l'actualité scientifique. Et surtout, il considère qu'il ne peut pas avoir tort, et n'admettra jamais d'erreur intellectuelle de sa part, face à un croyant. Bien que rejetant toute loi universelle - car "chacun donne le sens qu'il veut à la vie" - il respecte une certaine morale qui est bien sûre objective et universelle, mais il ne s'en rend pas compte. Il y a la version scientifique du précédent (un peu plus érudit et plus rigoureux que le précédent). Il y a l'athée qui paradoxalement considère qu'il peut y avoir une loi ou morale universelle, qui affirme même l'existence ou la possibilité d'une telle morale - il va plutôt utiliser le terme "éthique" - et qui affectionne la philosophie. Il poursuit un objectif politique et social et parfois même écologique : il veut, à entendre son discours, le bien de l'humanité. Michel Onfray est une des personnalités du moment qui entre dans cette catégorie.

Il y a le scientifique athée qui va jusqu'au bout de son raisonnement et réfute toute loi ou morale universelle, même la sienne, même s'il n'arrive à se résigner à son diagnostic. C'est une situation schizophrénique difficilement supportable.

Il y a le totalitariste, celui qui a rejeté toute morale, toute éthique au profit d'un égocentrisme cynique. Sa seule certitude : "Je pense donc je suis. J'existe, et seul mon plaisir et mon bien-être, ma pensée importe."


Voir "l'esprit scientifique"
Voir "l'athée croyant"
Voir "l'évitement de sa propre souffrance"