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07/01/2012

Le remplaçant de Dieu

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En cette période de recherche accrue en matière de NDE et de mécanique quantique, d'imminence de la découverte probable du champ de Higgs (en savoir plus), la question de Dieu peut légitimement se poser en de nouveaux termes.

Vous êtes habités par une sensation, une présence, vous avez peut-être la foi (lire la foi & la croyance). Mais il s'agit peut-être d'autre chose que ce vous imaginez. Car le mental a vite fait d'associer une sensation à un concept, et c'est par cette fonction qu'il cherche à rester maître à bord. Dire "je ne sais pas", est le début de sa capitulation.

Vous faites peut-être partie d'une tranche minoritaire de la société qui ne croit pas en Dieu, ou d'une encore plus minoritaire qui croit en une réalité invisible, sous-jacente ou transcendante sans vouloir absolument y associer une conscience ou une intention, une supériorité ou une toute-puissance. Je parlerais volontiers d'une mécanique cosmique dont les rouages nous échappent. Comment appeler, d'ailleurs cette minorité parmi les minorités ?

Si je ne suis pas responsable de mon devenir, je me défais de la culpabilité, du péché. Si je n'ai pas de culpabilité, je ne suis plus dans l'arrogance de ma prétendue toute-puissance. Disons le dans l'autre sens : dans l'arrogance de ma prétendue toute-puissance, je suis hautement coupable car je suis responsable de mon destin voire du devenir de l'humanité.

La culpabilité est l'aveu d'une arrogance.
Aveu ou choix, d'ailleurs ?

Je suis responsable de ce que je perçois et ressens, de ce dont je suis conscient. Mais c'est tellement peu face à tout ce qui est inconscient.
Je suis responsable de ce que je suis et fais, mais c'est tellement peu face à tout ce que les autres sont et font.

Même si vous ne croyez pas en Dieu ou en toute autre entité consciente supérieure, il vous est toujours possible de vous en remettre à plus grand que vous, aux flux des événements, à l'écoulement du temps.

C'est accepter de ne pas tout contrôler, de ne pas faire le triomphe du bien sur le mal. C'est accepter de ne pas être sauvé, de mourir. Parce que le mouvement de l'océan ne dépend pas de celui d'une seule vague.

Capituler, c'est accepter de vivre en accord avec nos aspirations profondes et de ressentir la joie, même à travers les erreurs et l'échec.

Nous jouons un jeu dont nous ne sommes pas les auteurs des règles. Lorsqu'ainsi, nous consentons aux règles et assumons nos limites, naît l'amour de nous-mêmes tels que nous sommes.

La grâce peut ainsi toucher l'athée ou l'incroyant qui a quitté la rive du rationnel tout-puissant — rive tout aussi périlleuse que celle de l'irrationnel tout-puissant.

Dans les instants heureux ou malheureux, face à l'inconnu, à l'imprévu, à l'incompréhension, dans la peur, vous pouvez avoir envie de vous lancer vers l'autre rive : de vous en remettre à plus grand que vous, à cette masse immense et animée d'une énergie infinie qui vous entoure. Qui vous dépasse. Vous voudriez parler, prier, crier plus qu'à vous-mêmes. Et là, les mots vous manquent ou vous effraient.

"Seigneur" fait trop pompeux, "Dieu" encore trop religieux, "Tao" trop oriental, "l'Univers" trop new age…

Pourquoi ne pas choisir presque au hasard un mot banal ou une image : "ça", "plancher", "vase", "courant",…  Pourquoi ne pas inventer des mots ?

Vous pensez peut-être que n'utiliser qu'un seul mot pour désigner l'indicible et l'incompréhensible est un chemin dangereux vers le dogme et le culte de ceci ou de cela. Alors vous pouvez décider de varier les mots, de faire sans mot, de faire des contre-emplois, dire tantôt "Médiocre", tantôt "Sublime". Ce serait un bon début pour déposséder le mental de son pouvoir — lui montrer que la réalité le dépasse et qu'il ne décide pas de tout.

Si vous ne croyiez pas en un Dieu (qui réponde à vos demandes d'aide), quel genre de prières dire ? Lorsque l'inattendu se produit, c'est une bonne occasion pour nous donner de l'empathie : "j'en peux plus parce que la vie est trop dure / parce que j'ai perdu un proche…  je voudrais tellement que…"
Pour nous relier à un ensemble plus vaste et nous désidentifier du seul moi : "Je fais partie de cet océan infini, je ne suis qu'une vague toutefois traversée par une énergie infinie."
Pour reconnaître nos limites et exprimer de l'amour à notre égard : "je n'ai pas pu tout faire / j'ai échoué / j'aurai voulu… pour autant j'accepte le cours de la vie, cela me dépasse. Je m'aime comme je suis. Je cesse de me juger."
Nous pouvons aussi faire le point sur nos valeurs et nos rêves, et les redorer : "Ce qui a du sens pour moi, c'est… / J'ai tellement envie de… et je vais tout faire pour y arriver. J'accepte si ça ne se passe pas comme je le désire, je fais partie du Flux, je m'en remet à lui."

C'est ainsi que nous pouvons, entre autres, nous agenouiller devant l'inconnaissable, déposer l'arrogance du mental, quitter la culpabilité et sa jumelle, la toute-puissance — et remplacer Dieu.

17/11/2007

Le GEIPAN admet l'existence des OVNI

Le GEIPAN est un organisme du CNES (Centre national d'études spatiales) chargé de collecter, analyser et archiver les PAN (Phénomènes Aérospatiaux Non-Identifiés, désignant un OVNI pas forcément solide dans la terminologie du CNES). Jacques Patenet, le directeur, est invité à l'émission de France 5, au même moment où sont mis en ligne la quasi-intégralité des documents du GEIPAN.
Ca n'a pas trop de rapport avec la spiritualité, mais certainement avec les limites de la pensée athée...!
L'émission "C dans l'air" en 4 volets sur les OVNI :



02/08/2007

Krishnamurti, gourou ou anti-gourou ?

691524986239e3a005ef56a614a4252a.jpgL'idée que personne n'a besoin de maître, de guide spirituel ni de gourou est très répandue aujourd'hui, même dans les cercles religieux et spirituels. Les personnes qui revendiquent cette démarche "indépendante" font souvent référence à Krishnamurti, lorsqu'ils ne sont pas tout simplement anarchistes ou ultra-libertaires. Avec les dérives sectaires et l'ego-trip des gourous (sectes ou pas), on comprend la réticence voire la révolte de certains pratiquants ou penseurs comme Krishnamurti, qui prônent l'indépendance et l'auto-responsabilisation. Toutefois, la position de ce dernier n'est pas sans contradiction. Voici un article que j'ai remarqué sur Internet qui analyse en détail en quoi le discours du grand Krishnamurti paraît contradictoire...


Source : Krishnamurti était-il un gourou ?

La vie de Krishnamurti fut consacrée à l'enseignement. Cependant, son souci majeur d'éviter à son message les murs clos d'une dogmatique religieuse -et donc toute gourouisation de sa personne- le conduisit dans une situation paradoxale : enseigner en déniant son rôle de gourou.

C'est cet aspect que développe Jacques Vigne.

Jacques Vigne, Docteur en médecine, a obtenu, en tant que psychiatre, des bourses de la Fondation Romain Rolland et de la Maison des Sciences de l'homme pour étudier en Inde, où il vit depuis plusieurs années, les rapports entre la guérison psychologique et l'enseignement traditionnel du Yoga. Il est l'auteur de l'outrage "le maître et le thérapeute" Ed. ALbin Michel 1991.

Lorsqu' on lit la vie et l'enseignement de Krishnamurti, on se trouve devant un paradoxe: il dénie le lien Gourou-disciple' mais était lui-même entouré d'un groupe de personnes qu'on pouvait difficilement appeler autrement que disciples, sans compter les milliers de gens qui venaient assister à ses entretiens et qui en retiraient une aide pour leur vie spirituelle. D'autre part, il dénonce la plupart des pratiques traditionnelles, disant que la vérité ne peut être obtenue par l'effort, mais a lui-même consacré un temps considérable à la sadhana, en particulier durant les "années oubliées" d'Ojai entre 1930 et 1946 et les quinze mois de silence et de retraite totale qu'il a observé en 1950-1951.

C'est pour éclaircir ce paradoxe que j'ai décidé d'étudier avec quelque détails la vie et l'action de Krishnamurti sous l'angle de la relation maître-disciple. Je me suis principalement fondé sur la récente biographie de Pupul Jayakar, une des plus proches disciples indiennes de Krishnamurti pendant près de quarante ans. J'ai laissé une large place à la citation car je préfère présenter les faits plutôt que de me lancer dans des interprétations par trop personnelles.

Jiddu Krishnamurti est né en 1895 d'une famille de brahmines pauvres de l'Andhra Pradesh (province qui se situe à peu près au centre de l'Inde). A l'âge de treize ans, son éducation est prise en main par C. W. Leadbeater, un membre influent de la Société Théosophique, qui le reconnaît comme le « futur enseignant du monde »

La crise d'Ojai et le "processus"

C'est à Ojai, en Californie, à l'âge de vingt-six ans, que Krishna vécut une crise qui influencera le reste de son existence. Ces épisodes sont décrits par Mary Lutyens sous le nom de « processus », qui durera trois mois en 1922, cinq mois en 23-24, puis reviendra en Suisse dans les années qui suivront, et de nouveau d'une manière intense à Ooty en 1948.

En 1922, Krishnamurti suivait depuis trois ans l'enseignement théosophique. Impressionné par un message des "Maîtres" transmis par Leudbeater et par ailleurs ébranlé par la tuberculose de son frère Nitya, il se met à méditer régulièrement et intensément, ce qu'il ne faisait pas auparavant . Au bout de trois semaines? il est capable de visualiser pendant toute la journée l'image du Bouddha Maitreya. Puis il perd, au moins partiellement, le contrôle. Il se sent dépersonnalisé et demande « Mère, touche-moi le visage, s'il te plaît; est-ce qu'il est toujours là ? » Il est dédoublé: « Il continuait à appeler Krishna (son propre nom) jusqu'à ce qu'il sombre dans I'inconscience... Il avait deux voix: I'une était celle du corps, I'autre celle de Krishna. »

Des douleurs physiques apparaissent dans la colonne vertébrale, la nuque, la tête: elles suivront Krishna tout au long de son existence dès qu'il reste un moment au repos .Il est important de noter que son sommeil reste très régulier, ce qui va à l'encontre d'un phénomène psychiatrique. Au bout de quatre mois, le processus semble aboutir à une sorte de dénouement lorsque Krishna sent une douleur monter le long de la colonne vertébrale pour atteindre le centre du front ce qui est interprété par l'entourage comme l'éveil de la Kundalini, phase essentielle de la pratique yoguique.

Ces données psychologiques ne sont pas en contradiction avec l'interprétation yoguique du processus. La Kundalini est une force neutre qui peut devenir ou sexuelle ou spirituelle, et Krishna a évidemment opté pour la seconde solution. A propos de la douleur physique, on parle dans le yoga de processus de "khryia", mot qui signifie à la fois action et purification. C'est ce second sens que Krishnamurti donnait au phénomène qui se déroulait en lui: une purification du corps pour qu'il puisse supporter harmonieusement la force bouillonnante de l'esprit. Si la récurrence de cette douleur physique ne semble pas avoir été le fait d'autres sages réalisés de l'Inde, c'est peut-être dû au fait que Krishnamurti était à cheval sur deux cultures, sur deux mystiques: l'esprit de Krishnamurti pouvait résoudre la contradiction car il était fort, mais le corps ressentait néanmoins le contrecoup de cette tension permanente entre l'Orient et l'Occident. Grâce à cette série d'épreuves psychiques et physiques, Krishna peut maintenant prétendre au titre de gourou doué d'une sorte de charisme chamanique à l'intérieur de la société théosophique.

Les phénomènes d'Ojai ont continué en filigrane. Il écrit par exemple trois ans plus tard, en 1926: « J'ai tellement changé ces deux dernières semaines, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur, mon corps, mon visage, mes mains, tout mon être a changé. La seule manière de respirer l'air frais de la vie c'est par un changement constant, un constant tourment, une constante inquiétude.>>

En faisant un bond en avant de vingt-cinq ans dans la vie de Krishnamurti, on retrouve un épisode analogue à celui d'Ojai. Il s'est déroulé cette fois-ci en Inde, en 1948, dans la station estivale d' Ooticatamund.

Krishnamurti écrira, plus de dix ans après les phénomènes d'Ooti:<< C'est étrange. Les choses qui sont arrivées à Ooti reviennent bien que personne ne s 'en aperçoive - c 'est très fort ... Ies "roues " [les chakras] d 'Ooti sont en train de travailler furieusement et douloureusement >>. Mais à la même époque, Signora Scavarelli, une disciple très proche de Krishnamurti spirituellement et son hôtesse à Gataad (près de Saanen, en Suisse) pouvait écrire après avoir été témoin d'une recrudescence du "processus": << Ses entretiens à Saanen n'étaient pas indépendants de ces états intérieurs. Toute séparation entre ces évènements mystiques et sa vie quotidienne semble s'être effacée. >>

La fin de cette séparation marque peut-être le moment où Krishnamurti, grâce à son évolution intérieure, a maîtrisé les phénomènes manifestes de dissociation pour ne plus conserver que cette dissociation mentale qui est la définition même de la conscience.

Le discours d 'Ommen

En 1929, après deux ans de réflexion, Krishnamurti , décide de dissoudre l'Ordre de l'Etoile dont il est le président. Cet ordre avait été fondé spécialement pour préparer son avènement en tant qu' 'enseignant du monde,' La dissolution d'une institution puissante de plusieurs milliers de personnes, la restitution d'une grande propriété avec un château aux donateurs est certainement un fait rare dans l'histoire des mouvements spirituels.

Quand on lit attentivement son fameux discours du 3 août 1929, on s'aperçoit qu'il critique implacablement la notion d'organisation et de leader spirituel, mais qu'il ne renie pas du tout sa fonction de Maître spirituel. Il reproche aux membres de l'Ordre de l'Etoile de s'être construit leur propre cage, d'avoir abandonné institutions et croyances chrétiennes de départ pour retomber dans une institution et une croyance qui ne valaient guère mieux. Comme les Maîtres spirituels sérieux, il repousse la notion de grade ou de diplôme sur la voie: <<Vous êtes habitués à ce qu'on vous dise de combien vous êtes avancés, quel est votre statut.spiÎituel : comme c 'est puéril!>>. Ceci dit, il ne repousse pas l'idée qu'il est un Maitre: c'est déjà grâce à son statut de qu'il a pu se permettre ce coup d'éclat qui est de dissoudre une organisation spirituelle qui comptait environ quarante mille membres à l'époque. << Je ne veux pas avoir une suite, un groupe spécial de disciples spéciaux [...] vous me demandez alors natulellement pourquoi je vais de par le monde en ne cessant de parler [...] je desire rendre l'homme libre, libre de toutes les cages, de toutes les peurs>>. << S'il n'y avait même qu'un homme à être libéré, ce serai assez.>>

Si l'on reprend ces points, on s'aperçoit qu'ils correspondent à la fonction traditionnelle du Courou. D'abord donner la libération (moksha) en enseignant la non-peur (abhayam). Le thème du Gourou qui meurt content après avoir trouvé ne serait-ce qu'une personne qui ait compris son enseignement est courant dans la tradition indienne. Krishnamurti dit qu'à son avis, Bouddha n'a eu que deux disciples qui aient vraiment réalisé ce qu'il voulait faire saisir:

Krishnamurti repousse l'organisation, mais demande instamment la venue de disciples sincères: << Pourquoi avoir des gens faux, hypocrites qui me suivent, moi qui suis la vérité incarnée? >> << S'il n'y a que cinq personnes à écouter, à vivre, à voir leur visage tourné vers l'éternité, ce sera suffisant >>.

Le discours d'Ommen, plutôt qu'un plaidoyer contre le Gourou, est un plaidoyer pour le Gourou face à l'institution: c'est l'institution qui est fausse pour le Gourou, et pas l'inverse.

La pratique spirituelle de Krishnamurti

Krishnamurti conseille la méditation, mais sous forme d'attention ouverte plutôt que de concentration. En même temps, il insiste sur le fait qu'aucune pratique spirituelle ne peut forcer la vérité à venir en quelqu'un. En cela il est très proche de la notion de grâce. Qu'on dise << ça vient tout seul >> ou << ça vient par la grâce de Dieu >>. I'élément essentiel est de comprendre que la Réalisation n'est pas le salaire obligé d'une quantité donnée de pratique spirituelle.

Quelles ont été les pratiques spirituelles de Krishriamurti sa vie durant ? Pendant ses dix- huit ans de formation à la Société Théosophique, il a certainement beaucoup développé les premiers stades du Yoga classique: rama et niyama "le contrôle des sens" et "la pratique des vertus". L'éducation suivie était stricte et énergique. A vingt-cinq ans, il se décrit lui-même comme puritain. Il attendra trente ans passés pour assister à une cérémonie de mariage. Il était d'une propreté corporelle irréprochable. A partir de 1922 surtout, il s'est mis à pratiquer pratyara ("le retrait en soi") et dharana ("la concentration"): concentration sur l'image du Maître ou la divinité d'élection. Il pouvait maintenir l'image du Bouddha Maitreya dans son esprit continuement pendant toute la journée. C'est déjà une très bonne réussite sur le chemin de la dévotion à l'ishta devata pour employer le vocabulaire hindou, ou le yidam pour employer le vocabulaire tibétain. La notion d'éveil des çakras a été très présente tout au long de sa pratique spirituelle. Son premier tuteur, Leadbeater, a écrit un livre sur les çakras qui est toujours réédité. La crise d`Ojai à l'âge de vingt-six ans, semble s'être résolue par la montée de la kundalini. Nous avons vu qu'à soixante-six ans, il fait allusion aux çakras << qui continuent à trarailler furieusement et douloureusement >>. C'est peut-être à cause de ces expériences pénibles de la voie classique du Raja-Yoga qui l'ont amené à deux reprises dans un état temporaire de dissociation que Krishnamurti déconseillait la concentration, et recommandait la voie directe d'observation du mental, la prise de conscience de « ce qui est » sans intervention, le ''voir" sans le "devenir" .

<< A quatre-vingt dix ans Krishnamurti commence la matinée avec des postures et du prana-vama. Pendant trente-cinq minutes il fait son pranayama, ses exercices respiratoires et quarante-cinq minutes sont consacrées aux asanas yoguiques, la pratique physique tonifiant le corps, les nerfs, les muscles et les cellules qui forment le tissu cutané, ouvrant chaque cellule du corps pour qu'il puisse respirer naturellement et harmonieusement >>. Après sa promenade vespérale, il recommençait à pratiquer un peu de pranayama.

Krishnamurti se plaint souvent, à la fin de sa vie, qu'il ne trouve pas d'intensité spirituelle chez les jeunes qui viennent à ses entretiens, ou chez les disciples qui travaillenl dans les écoles et les centres qu'il a fondés: << Par les questions des gens soi-disants jeunes par leurs rires par leurs applaudissements ils ne me frappent pas par leur maturité par leur sérieux par leur intention ferme. Je peux me tromper: évidemment >>. Peut-être est-ce parce qu'il ne les incite pas dans son enseignement à pratiquer les exercices spirituels de base qu'il a lui-même pratiqué pendant des années, voire sa vie durant. Alors qu'il pratiquait asanas et pranayama quotidiennemenl, je n'ai pas noté, dans sa biographie, qu'il recommande beaucoup ces exercices aux autres.

Je crois qu'il mérite le mot de Swarni Ramdas: << Krisnamurti est monté sur la terrasse avec I'échelle, il a repoussé l'échelle et a dit aux autres: "Montez-me rejoindre, c'est facile">>. Krishnamurti, de son côté, déclare: « Vous n'avez pas besoin d'être Edison pour allumer une ampoule électrique ». En d'autres termes, le chemin qu'il a laborieusement dégagé est maintenant facilement accessible à tous. Je laisse au lecteur le soin de trouver par lui-même l'image qui lui semble la plus juste: l'échelle ou l'ampoule.

L'âge mûr : Krishnamurti enseignant spirituel

Krishnamurti prenait bien soin de se désigner lui-meme sous le nom d' "enseignant" pour se séparer des Gourous au sens courant du terme. Mais c'est un peu jouer sur les mots, puisqu'enseignant en sanscrit ou en hindi, se dit gourou.

P. Jayakar exprime l'émotion de sa première rencontre avec Krishnamurti en des termes caractéristiques des premières rencontres avec un Gourou: << Krishnamurti entra dans la pièce silencieusement et mes sens explosèrent: j'avais une perception soudaine et intense d'immensité et de rayonnement. Il remplissait la chambre de sa présence et pour un instant j'étais réduite à néant. Je ne pouvais rien faire d'autre que de le regader fixement. >>

Krishnamurti commençait à agir comme un psychothérapeute attentif:<< En sa présence, le passé

caché dans l'obscurité d'un oubli prolongé, prenait forme et s'éveillait. Il était un miroir qui réfléchissait. Il y avait une absence de personnalité pas d'évaluation de poids et de distorsion. Je continuais à essayer de garder caché quelque chose de mon passé, mais il n'en laissait pas la possibilité. En plus, dans le domaine de la compassion, il y avait une qualité de force immense. >>

Pupul Jayakar a dit à Krishnamurti, au bout de trente ans, qu'elle estimait qu'il était son Gourou. Krishnamurti a demandé: « Que voulez-vous dire par Gourou ? » Elle a répondu: << Celui qui éveille. Krishnaji m'a éveillé. Quand on le regarde dans les yeux il y avait des yeux. Un tel regard est rare. >> On peut effectivement dire, après avoir suivi l'enseignement de quelqu'un pendant trente ans, que cette personne est votre Gourou.

Krishnamurti était un réservoir d'énergie. Il se retirait régulièrement, nous l'avons vu, huit ans à Ojai entre 1938 et 1946, puis quinze mois en 1950-51, puis un an en Italie en 1962, pour retrouver son énergie par la pratique des "tapas" mot sanscrit qui évoque à la fois l'exercice spirituel et la création de chaleur. Même en groupe, chacun sentait que Krishnamurti lui parlait personnellement. Il disait de lui-même: « Il y a quelque chose d'opérant en Krishnamurti que j'aimerais partager.Je sais que c'est possible. Je sens que c'est possible comme la lumière du soleil »... « Peut-il y avoir un mouvement vers l'au-delà.. . j'aimerais que l'étudiant ait un tel mouvement. Je discuterais avec lui. Je marcherais avec lui. Je m'assoirais en silence avec lui. Mais est-ce qu'il bougera ? »

Krishnamurti conçoit cette transmission d'énergie comme sa fonction même, comme sa raison d'être. A quatre-vingt dix ans, « son corps est fragile mais son esprit ne se relâche jamais. Il a dit que comme il avait atteint un grand âge, une énergie sans limite opère a travers lui. L'urgence s'étant accrue, la poussée de cette énergie s'est aussi accrue. Rien ne semble le fatiguer [...] En I980, Krishnamurti m'a dit que lorsqu'il cesserait de parler le corps mourrait. Le corps n'avait qu' un propos : révéler la vérité. »

Parfois, Krishnamurti semble réfuter toute possibilité d'aide du Gourou envers le disciple quand il demande: « Est-ce que le Gourou peut dissiper les ténèbres de quelqu'un d'autre ? », et qu'il répond par la négative. Cependant, il ajoute que le Gourou peut montrer du doigt la porte et dire: « Regarde, passe par cette porte ». Il admet ainsi que le Gourou peut transmettre une connaissance, une conscience au disciple. D'autre part, il n'a pas cessé de transmettre une énergie à ceux qui l'approchaient. Il avait donc les deux pouvoirs de base du Gourou traditionnel: pouvoir de transmettre l'énergie, pouvoir de transmettre la conscience.

Krishnamurti enseignait par sa présence. Ce facteur, de l'aveu de Mary Lutyens, était irremplaçable: « Lire un compte-rendu authentique d'entretien, l'écouter en cassette, même le voir en enregistrement vidéo, ne sera jamais la même chose qu'écouter Krishnamurti et le voir en chair et en os. La signification derrière les mots vient à travers la présence de l'homme lui-mêm, il y a une émanation qui éveille votre compréhension directement, comme un flash, comme un court-circuit dans I'esprit. »

Il incite Ies gens à ne pas considérer sa personne comme importante, mais l'énergie qui en émane: « Vous l'attirez en vous quand l'esprit est tranquille ». Evidemment, cette énergie doit être entretenue par la pratique personnelle. Comme disait Maurice Friedman (un ingénieur polonais devenu saddhu avec Ramana Maharishi en partie, puis connu plus tard pour avoir publié "Je suis cela " de Nisargadatta Maharadj: « Le problème avec vous, c'est que vous nous emmenez haut , et qu'ensuite nous retombons avec un 'pof'... ».

Il semblait avoir une méthode pour parIer. Un jour, il demanda à une disciple: « Est-il possible de parler, de chanter, psalmodier, non pas à partir de la gorge ou de la bouche, mais en laissant les mots toucher l'arrière de la tête à travers les yeux et de parler ainsi [...] C'est à dite de parler avec toute la tête ? »

Une de ses manières de passer son énergie était de secouer les disciples qui dormaient. La première grande secousse a été la dissolution de l'Ordre de l'Etoile et la séparation d'avec la Société Théosophique. La seconde grande secousse institutionnelle a été en août 1968. Il se sépare de ''Krishnamurti Writings Inc " et de la "Foundation for New Education" en fondant un groupe parallèle, la "Krishnamurti Foundation".

Une ancienne collaboratrice peut, après trente ans avec Krishnamurti, exprimer sa mauvaise humeur: « Si nous mourront en nous brûlant ou si nous cassons le cou, c 'est notre affaire et, Krishnamurti ne semble pas s'en soucier. L'aspect extérieur de Krishnamurti semble être plein de contradictions et de ruptures de niveaux [...] Peut-être qu'un jour, je m'abstiendrai complètement de l'approcher et rejoindrai les rangs heureux de ceux qui se contentent de lire ses livres ! » En fait, après cette crise, elle a continué à collaborer avec lui.

A soixante quinze ans, Krishnamurti n'était pas sur qu'on l'ait bien compris: « L'un des plus grands chagrins du monde, c'est de vouloir transmettre quelque chose de stupéfiant, d'énorme avec son coeur et son esprit et que vous ne le receviez pas ». A quatre vingts ans, il n'est guère plus optimiste: « J'ai passé plus de temps, j'ai donné plus d'entretiens en Inde que partout ailleurs. Les résultats ne me concernent pas, quel effet mes enseignements ont eu en Inde, à quelle profondeur leurs racines ont pénétré ; mais je pense qu' on a le droit de demander et qu'on doit demander, comme je le fais à l'instant, pourquoi il n'y a pas en Inde au bout de toutes ces années me personne totalement, complètement impliquée dans ces enseignements, en les vivant et en s'y consacrant entièrement. En aucun cas je ne blâme l'un ou I'autre d'entre vous, mais je voudrais vous demander instamment, si je le peux, de considèrer ce point avec beaucoup de sérieux et d'attention. »

Krishnamurti pouvait passer son énergie par le contact (spart dans le vocabulaire classique du Yoga) ou par le regard (drishti ou chakshu-disha). Lorsqu'il touchait les gens, cela pouvait être pour une guérison physique ou psychique.

Un témoignage intéressant d'efficacité du contact de Krishnamurti est celui d'Asit Chandmal: << Pendant des années, il avait l'habitude de me toucher sur la poitrine ou sur le dos, au-dessus du coeur, légèrement, lorsque nous nous séparions ou nous nous rencontrions, et ma tension tombait, s'écoulait comme du sable dans la lumière du soleil >>. Krishnamurti, en parlant, saisissait souvent le coude ou la main des gens.

Krishnamurti agissait le plus souvent par le regard, parfois de manière très intense. A témoin ce récit de P. Jayakar, lorsqu'elle est venue lui confier qu'elle était en crise grave avec son époux, et qu'elle était débordée par le chagrin: << Il mit les paumes de ses mains autour de mon visage. Il me fit regarder dans ses yeux et voir la peine reflétée en eux. Il était le père, la mère, l'ami procurant à mon esprit angoissé capacité de résistance et tendresse; mais il ne me laissait pas détourner les yeux. Comme un pilier de feu, son regard même annihilait les souvenirs, la solitude, le manque d'affection qui était à la racine de la douleur. Il m'amena face à face devant le vide du chagrin. Une perception naquit, et elle brûla complètement les cicatrices de ce qui avait été. Il donna de son amour à flots et ce dernier s'écoula en moi pacifiant mon coeur >>. Tout son être dégageait une impression de sérieux, d'urgence, de passion.

Krishnamurti enseignait souvent par le silence. Par exemple, après avoir reçu très affectueusement un étudiant, après avoir parlé avec lui comme un vieil ami, il se tait pendant quelques minutes. L étudiant, dans ses propres termes, jeta une ou deux fois un coup d'þil à Krishnaji, s'attendant à ce qu'il rompe lui-même un silence qu'il avait du mal à supporter. Il se mit à réaliser l'immensité de la personne à ses côtés et l'intimité avec laquelle ils avaient communiqué laissa la place à un sentiment de crainte immense. Il vit Krishnaji comme une partie de la rivière, du pipal et des oiseaux qui volaient par-dessus. « C'était quelque chose d'immense, la crainte que vous ressentez lorsque vous vous trouvez en face de quelque chose d' inconnu - quelque chose de très profond. »

Qu'est-ce que Krishnamurti pensait de lui-même ? A un moment, il sous-entend qu'il a obtenu l'illumination: on lui demande quand il l'a obtenue. Il répond: « Non, mais comment est-ce que cela est arrivé? » A soixante-dix ans, il confiait: « L'autre nuit, en méditant, je pouvais voir que le garçon (que j'étais) existait toujours exactement comme il était, rien ne lui était arrivé dans la vie. Le garçon est toujours ce qu'il était ». P.Jayakar lui demanda un jour: << Depuis trente ans ou depuis le début, y-a-t-il eu un changement en vous? - Non répondit Krishnamurti après une longue réflexion, je ne pense pas qu'il y ait eu aucun changement fondamental. C'est l'immobilité. >> Il ajoute, en parlant de lui à la troisième personne: « Krishnamurti dit quelque chose de totalement vrai, d'irrévocable, et cela a un poids stupéfiant comme une rivière avec des masses d'eau par derrière. Mais X n'écoute pas cette affirmation extraordinaire. »

Krishnamurti et la tradition indienne

Ce qui lui semble la caractéristique de la Tradition indienne est l'esprit solitaire de recherche de Soi et de négation des théories toutes faites: il s'inquiète de savoir si oui ou non l'Inde a conservé cet esprit, malgré l'influence occidentale tendant à favoriser les systèmes plutôt que la recherche du Soi, et de la collectivité plutôt que l'individu. Ce retour à la démarche de base de la Tradition des Upanishads est intéressant à noter. Peut-être que Krishnamurti s'est aperçu à la fin de sa vie qu'il avait un peu trop rejeté "le bébé avec l'eau du bain" pour reprendre le proverbe anglais que Swami Chidananda me citait à son propos.

« Dans les discussions Krishnamurti déniait son rôle en tant qu'enseignant et celui des auditeurs en tant que disciples. Il parle du "fait d'apprendre", un état où la relation de l'enseignant et du disciple subit un changement total... Il parle Le lui-même comme d'un miroir dans lequel se voit, avec une vision sans distorsion sans conditionnement. A d'autres moments, il dit que " cette personne " (Krishnamurti) n'a pas pensé l'enseignement...C'est comme - quel est le terme biblique? .' - c'est comme une révélation. Ca arrive tout le temps quand je suis en train? de parler »

On lui demande un jour: « J'ai observé que vous observiez vos propes réponses avec cette même conscience que vous mettiez pour écouter les questions. Ecoutez-vous vos réponses? - J'écoute pour savoir si ce qui est dit est exact... L'acte d'écouter n'est pas seulement dirigé vers la personne qui lance le défi, mais est aussi dirigée vers l'acte de répondre. C'est un état total d'écoute de la personne qui pose la question et de celle qui donne la réponse. Il n'y a de regard ou découte intérieurs. Il n'y a que le regard ou l'écoute ». . . « Dans de tels dialogues, il y a un état d'écoute dans lequel les deux personnes disparaissent et seule la question demeure. »

Juste avant sa mort, Krishnamurti est revenu avec beaucoup de conviction sur le caractère grandiose de sa mission dans des termes quelques peu surprenants de la part de quelqu'un qui a été par ailleurs mesuré et équilibré. Il dit de lui-même:<< Vous ne trouverez jamais un corps comme celui-ci, ni cette suprême intelligence agissant dans un tel corps, non, jamais plus pendant des centaines d'années. Vous ne verrez plus jamais cela. Quand il partira, cela s'en ira. Il ne reste aucune conscience après le départ de cette conscience-là, de cet état-là. IIs prétendront tous;ou ils essayeront d'imaginer qu'il peuvent entrer en contact avec cela. Peut-être le feront-ils plus ou moins, s'ils vivent l'enseignement. Mais personne ne l'a fait. Personne. Et voilà c'est ainsi >>

Cette sorte de rigidité quant à l'auto-évaluation de sa grandeur semble différer de la souplesse et de la largeur de vue du Bouddha sur son lit de mort.

Cependant, avec Krishnamurti, on pouvait se demander s'il n'y avait pas des difficultés supplémentaires venant de sa méthode-même: Est-ce que, sous prétexte d'encourager l'indépendance des disciples, il ne flattait pas leur mégalomanie innée en Ieur faisant croire qu'ils n'avaient besoin d'aucun support pour atteindre le Suprême? Est-ce qu'il ne flattait pas tout simplement Ieur paresse en leur faisant croire que surtout, il n'y avait rien à faire ni rien à vouloir? Est-ce qu'il ne flattait pas de plus un "modernocentrisme" naïf en laissant entendre que de nos jours, les techniques traditionnelles longues étaient dépassées et qu'au siècle des voitures et des fusées, les gens intelligents et dans le vent pouvaient s'offrir une voie directe et immédiate pour atteindre l'absolu ? Est-ce qu'il ne flattait pas enfin le mythe du "self-made man" cher à tout public américain en se présentant comme " l'homme qui s'était fait lui-même" spirituellement?

Trois ans avant sa mort qui survint en février 1986, Krishnamurti en est venu à la nécessité de créer de nouveaux centres pour adultes. Il en avait assez des gens qui lisaient un peu et repartaient. Il voulait des gens qui restent pour une durée déterminée, étudient vraiment son enseignement, et le méditent même dans une "pièce du silence' prévue à cet effet. En un mot après avoir critiqué toute sa vie la notion d`ashram, il en vient à en reconnaître l'utilité et il finit par en planifier quatre durant les trois dernières années de sa vie.

En approchant de la conclusion de ce texte sur Krishnamurti en tant qu'enseignant spirituel, je voudrais citer cet extrait de dialogue qui résume sa vision des choses sur ce point: << Si vous voulez aider quelqu'un à changer, soyez comme le soleil. Donnez-lui la compassion, l'amour, l'intelligence et rien d'autre...Il existe de telles personnes capables de vous aider. Non pas de vous guider, de vous dire ce que vous devez faire, car cela est vraiment trop stupide, mais elles sont comme le soleil, elles rayonnent de la lumière. Et si vous voulez vous asseoir au soleil, vous le faites. Sinon, vous vous asseyez à l'ombre.

-[interlocuteur] C'est une sorte d'illumination?

-[K] C'est l'illumination même. >>

Krishnamurti représentait certainement ce soleil pour un certain nombre de gens. Mary Zimbalist, son assistante, le regardait domir quelque temps avant sa mort et disait: « Il est si frêle, si extraordinairement beau. Son visage n'est pas marqué par I'âge, seule l'imprègne une beauté absolue. »

Comme le Bouddha, et comme les gourous, Krishnamurti insiste sur l'enseignement plus que sur la personne de l'enseignant. P. Jayakar se demande après quarante ans passés auprès de lui: « Quelle est sa "gotra" sa lignée ? » De la question, la réponse vint: « Toute l'humanité, parce qu'en tout être humain il y a un moyen de faire une percée au travers de tout ce qui asservit, d'être dans la lignée de la compassion impersonnelle. »

La qualité caractéristique de Krishnamurti dans son rôle de gourou, ou d'enseignant, peu importe l'étiquette, est son respect de l'autre, de ses particularités de son chemin propre. Comme il disait à un visiteur, qu'il sentait s'attacher peut-être trop émotionnellement après un premier entretien: « Monsieur, deux fleurs, ou deux choses peuvent être similaires, mais elles ne seront jamais mêmes. »


Conclusion

L'introspection ne doit pas empêcher l'écoute de l'autre, ni de suivre un professeur, un guide, un maître, ne serait-ce que pour un temps. Avoir un maître ne signifie pas se soumettre, se déresponsabiliser ni d'être obnubilé. C'est se remettre en question jusqu'au bout pour atteindre un niveau de profondeur peu souvent atteint dans l'exploration de sa psyché. C'est apprendre à lâcher son ego qui sait tout et qui veut tout contrôler, car c'est dans la cessation de ce contrôle que tombe le masque trompeur de l'ego. La relation entre un maître et son disciple est donc un jeu d'équilibre entre l'abandon aveugle de soi-même et la vanité/contrôle. Pour le pratiquant chevronné, il devient possible d'apprendre même du plus vil des humains, de la situation la plus tragique. Ce qui importe est d'apprendre sur soi, pas de juger autrui, ni d'avoir raison : de dire "mon maître c'est Untel, c'est le meilleur" ou encore "je n'ai pas de maître, aucun n'est parfait".

Dans l'ABC de la psychologie jungienne, le commentaire de Pierre Coret (psychothérapeute) à propos de Jung indique : Répondant au connais-toi toi-même de Socrate, il(Jung) insiste sur la nécessité d'un accompagnement et d'un enseignement individualisé qui permette à l'élève d'être dans une vraie relation avec le maître.


Sur le même thème :
- Choisir un gourou pour maître, qu'est-ce qu'un gourou ?
- Idéalisme, maîtres et adoration

Voir :
- Site de Jacques Vigne
- Site de l'association culturelle Krishnamurti

A lire :
- Krishnamurti ou l'insoumission de l'esprit, Krishnamurti
- Les limites de la pensée, Krishnamurti et David Bohm

10/06/2007

Idéalisme, maîtres et adoration

Seigneur, pourquoi sont-ils si mauvais et pas moi ?

177c4d00e449280d0d33b107ad7e6335.jpgLes athées quelques peu familier à la psychanalyse n’hésitent pas à dire que les croyants cherchent le père ou la mère - différents ou idéalisés - en leurs prêtres, imams, lamas, gourous, en leur Dieu, prophètes ou esprits supérieurs. C.G. Jung aurait été d’accord, mais il aurait ajouté qu’il existe aussi chez chacun de nous, une image archétypale de Dieu ou du divin - de la grandeur. Nous projetons, selon Jung, cette image à l’extérieur, si l’on me permet d’être dualiste, sur des supports comme les religions et les personnes qui les représentent, quand ce n’est pas le psy. C’est acceptable pour commencer, mais cela devient rapidement une « impasse » pour de nombreuses brebis égarées.

Dans les monothéismes, on parle de l’adoration de Dieu, mais cette notion est peut-être erronée ou mal comprise. Cette fascination du divin, des maîtres tibétains ou des prédicateurs charismatiques est indéniablement le piège le plus fréquenté des marcheurs spirituels toutes traditions confondues.

Le manque de confiance en soi, d’amour vis-à-vis de soi-même, pour ne pas dire le mépris de soi-même, amène quasiment toujours à cette passion pour le charismatique guide spirituel - elle donne l’impression de prendre possession de ses qualités. Immense illusion qui fait dire qu’il ne s’agit pas d’égocentrisme mais de foi incommensurable.

L’idéalisme, tyrannie de l’esprit qui exige (immédiatement) que le monde soit exactement comme nous le souhaitons, selon nos humeurs (pour qui nous prenons-nous ?), amène souvent au cynisme ou à la mélancolie. Car bien sûr le monde est fait pour nous et nous est dû… Difficile de suivre l’art du contentement. Les individus qui ne veulent se résoudre à rester « blasés » optent pour la recherche de l’image idéale dans la multitude des phénomènes de la vie : l’adoration. La star system, la philosophie, la culture, l’esthétisme, la religion. Mais que font-ils sinon fuir leur déception ? Leur dégoût du reste ?

A mon grand étonnement, un ami me suggère que « l’acception du monde tel qu’il est » revient aussi à un idéal. Je lui réponds que l’idéalisme consiste en le désir de changer le monde, alors que l’acceptation correspond à l’accueillir sans vouloir le changer.

Le problème que pose la trop grande adoration d’un Dieu, du Soleil ou d’un maître est que l’on finit par s’oublier soi-même et les autres. S’oublier soi-même, c’est négliger ses problèmes internes, ne pas prendre en compte ses véritables besoins, et c’est ignorer l’introspection. Oublier les autres, son voisin de palier, les gens dans la rue, les victimes de leur propre cupidité, des guerres, des maladies, de la vieillesse et de la mort, c’est l’indifférence ou la négligence bête et méchante. Et grave. Et un mépris sous-jacent qui se développe en coulisse. Une fois encore, le jugement de valeur entre en jeu. Le jugement de valeur est ce avec quoi nous faisons des pyramides imaginaires où l’on place au sommet Dieu le merveilleux et les joyeux religieux. Et tout en bas, tout en bas, les malheureux et idiots « gens lambda », indignes de figurer en première page de Paris Match ou de VSD magasine.

Comment pouvons-nous sincèrement laisser place à l’amour authentique, à l’équanimité avec pareille vision ?
Cela me semble perdue d’avance…

Ne faut-il pas plutôt chercher le sacré en chaque chose ? Le concierge de l'immeuble, les pigeons urbains, les sacs plastiques jetés par terre, les usines de recyclage...

Voir également :
- idéalisme, maîtres et adoration
- bouddhisme : culture, politique ou spiritualité

07/05/2007

L'esprit de l'athéisme de André Comte-Sponville

Commentaire sur un ouvrage grand public


medium_esprit_atheisme.jpgUne spiritualité balbutiante

L’esprit de l’athéisme a le mérite de mettre en lumière un mysticisme, une spiritualité sans croyance  ni religion, en évoquant notamment le sentiment océanique de Romain Rolland (l’expérience paroxystique, voir "la foi et la croyance"). Cela est très courageux de la part de Comte-Sponville car l’athéisme méprise généralement toute forme de mysticisme, hermétique à la non-dualité, anti-thèse du rationalisme.


Réfutation de l’existence divine - relativisation de la religion

On s’attendrait de la part de Comte-Sponville à expliciter en quoi consisterait une spiritualité pour les athées. Pourtant, il est question de l’existence de Dieu et de la crédibilité des religions pendant 143 pages sur 217, soit les 2/3 de son ouvrage. Cela s'apparente donc plus à un plaidoyer de l’athéisme plus qu'à une « introduction à une spiritualité sans Dieu ».


Vision superficielle de la religion

Le philosophe fait preuve de bonne volonté, mais il ne suffit pas d’étudier dans les bibliothèques pour comprendre le fait religieux, il faut le vivre de l’intérieur, quitte à adopter une démarche éthnologique à la Lévi-Strauss, et encore. L’image habituelle réductrice des académiciens est encore au rendez-vous, la religion comme dogme, comme système de croyances, comme folklore dépassé. Le mysticisme et l’ésotérisme des religions sont à revoir avec plus d'assiduité.  


Amalgame entre athéisme matérialiste et « athéisme religieux »

Comte-Sponville utilise souvent comme références le taoïsme et le bouddhisme qu’il affectionne. Il ne semble pas se rendre compte que ces deux traditions, tout en étant a-thées, ont des conceptions qui envisagent des énergies cosmiques et des forces, des esprits conscients appartenant à des ordres qui dépassent notre univers comme l'athéisme matérialiste le conçoit - sans autre réalité que la matière tangible, des particules et des ondes. On peut parler ici de divin. Cela ne l’empêche pas, sûrement par ignorance, de mettre le freudisme, le taoïsme et le bouddhisme dans le même « panier athée ».


La foi

La confusion entre croyance et foi est l'écueil de tout profane en matière de religion, La foi est un « sentiment ». Voir "la foi et la croyance"


Psychanalyse freudienne

Il devient aujourd’hui de moins en moins crédible, en tant que penseur moderne, "up-to-date", de se revendiquer de la psychanalyse freudienne autant dans la sphère de l’athéisme que dans les milieux spirituels, religieux ou non-religieux. En effet, la psychanalyse enseignée par Freud ou Lacan est de plus en plus critiquée dans les milieux universitaires français, autant des neuroscientifiques que des médecins, des psychologues que des psychothérapeutes. Toutefois, une importante institution ("lobby"...) en France résiste avec entêtement et n’est pas prête à lâcher de la patientèle. Aux Etats-Unis, le freudisme appartient à une page révolue de l’histoire de la psychologie. Malgré tout, Comte-Sponville cite régulièrement Freud et Swami Prajnanpad, un sage indien qui a introduit le freudisme en Inde. Voir : Regard conscient sur la psychanalyse


Le libre-arbitre

Je lui aurais bien recommandé le travail d’Henri Laborit : son confrère athée, scientifique de renom qui semble avoir mieux étudié la psyché humaine et adopté une vision beaucoup moins naïve que l’auteur de l’esprit de l’athéisme. Et suggérer d'étudier la notion de motivation, et la façon dont le système nerveux autonome et le système limbique - ou encore l'inconscient - influencent nos actions et choix.
L'approche multidisciplinaire d'Henri Laborit et sa rigueur fait de Laborit un philosophe hors pair. Comte-Sponville invoque souvent le libre-arbitre avec enthousiasme mais il semble être peu au fait de l’emprise de notre environnement et nos schémas psychiques primitifs sur notre volonté. Lorsqu’il parle d'amour dans une légèreté déconcertante, j’aimerais qu’il lise le chapitre d’Eloge de la fuite sur l’amour (sur la gratification, le narcissisme).
On peut également lire dans l'homme et la ville :
"Si l'on considère que la liberté, le choix expriment simplement la richesse et le nombre des automatismes, il est bien vrai qu'entre le cerveau reptilien qui régit des comportements peu nombreux, innés, génétiquement transmis, et le cerveau des vieux mammifères, le système limbique, où vont s'inscrire les automatismes nés des expériences mémorisées, et des conséquences agréables ou désagréables qu'elles ont engendrées, l'observateur non averti verra sans doute une différence que, incapable de relier à leurs mécanismes réels, il aura tendance d'autant plus facilement que l'anthropomorphisme est difficile à éviter, car nous sommes, nous l'avons dit, inconscients de notre inconscient, c'est-à-dire du déterminisme de nos comportements, si bien que c'est une prétendue liberté que nous plaquerons sur le comportement animal, au lieu de lui appliquer un déterminisme que nous ignorons et qui, pourtant, survit intégralement en nous. Ou bien, inversement, n'acceptant pas affectivement d'être comparé à lui, nous dirons que l'animal est déterminé, instinctuel, et que nous sommes libres et conscients. Malheureusement, nous ne sommes conscients que de notre conscience, et nous sommes persuadés qu'elle remplit à elle seul notre champ comportemental."


Athéisme manichéen

En surestimant le libre-arbitre on en vient à la peur de l’immoralité. En voulant s’opposer au nihilisme découlant du matérialisme, l’auteur clame de tout cœur la nécessité de la morale. On arrive alors aux lieux communs que seul les satanistes réfuteraient. Pourquoi n’apporte-t-il aucun élément pour étayer la pertinence d’une morale athée ? Peut-être n’avait-il aucun autre raisonnement que ceux aboutissant au manichéisme ? Voir « la morale athée ».


Rejet de l’introspection

Le plus étonnant dans l’esprit de l’athéisme, c’est le rejet de l’introspection. Comme si le fait de s’intéresser sincèrement à soi-même amenait forcément à se couper des autres, du reste du monde. Le pendant spirituel de cette conception se retrouve dans l’ésotérisme marchand qui cherche un état particulier, le gain de quelque chose, l'illumination ou l'a béatitude à « l’extérieur », par la faveur de quelques entités célestes ou extraterrestres. Il s'avère que la philosophie classique occidentale a tendance à considérer l'humain de base comme "normal" et que s'il souffre, c'est qu'il lui manque quelque chose que son environnement peut lui apporter. Le message des religions est tout autre : ce sont nos schémas psychiques perturbés qui nous font souffrir, et le remède est de modifier ces structures de l'esprit (à l'intérieur de nous-même). On peut alors dire que ce qui importe n'est pas la réalité du monde extérieur, mais la vision que chacun de nous porte sur ce monde.


Transcendance

Dans son Eloge de la fuite dont je fais souvent l'éloge, Henri Laborit remet en cause le mysticisme et la transcendance. Son raisonnement dit que si Dieu ou autres principes appelés "transcendants" sont imaginables, concevables par la conscience humaine, c'est qu'ils ne sont pas transcendants. Comte-Sponville tient le même discours dans "l'esprit de l'athéisme" et explique qu'alors, il s'agit d'immanence.

Tout mystique sait qu'il n'y a pas en fait, de contradiction entre immanence et transcendance. A l'inverse, beaucoup ne savent pas ce qu'implique réellement la notion de transcendance et la réduise au simple problème : on peut l'atteindre ou pas. C'est en fait un terme qui couvre un champ de concepts beaucoup plus large. [...]
Lire la suite de l'article Transcendance & immanence


Non-dualisme mal compris

On peut féliciter Comte-Sponville de sa tentative de dépasser le dualisme cartésien. Mais cela reste encore sommaire et il met du non-dualisme là où ça l’arrange et le retire là où ça le gêne. Pour rejeter l’introspection, il distingue bien l’intérieur et l’extérieur, soi et l’autre. Puis quelques pages plus loin, il clame que dans l’absolu il n’y a aucune différence entre l’intérieur de l’extérieur. Et effectivement, se connaître soi-même permet de connaître les autres. S'unir aux autres permet d'aimer vraiment. (voir "amour, compassion, couple et célibat") Ce qui est sûr, c’est qu’il ne suffit pas de s’intéresser aux autres pour changer ses propres schémas psychiques et dépasser ses pulsions.


Une spiritualité imaginaire

Comte-Sponville s’émerveille des expériences mystiques où « il n’y a plus d’ego, plus de jugements de valeur, plus d’insatisfaction, plus de haine, plus de peur, plus de colère, plus d’angoisse. » Mais ces expériences durent quelques secondes, voire une journée, rarement plus. Comment espère-t-il que le commun des mortels s’affranchissent d’autant d’emprises psychiques, de ces icebergs plongés et "vissés" dans l’inconscient ? On peut regretter qu’il ne propose aucune méthode, aucun chemin. Il n’évoque pas non plus de processus (psychique, psychologique, spirituel) nous délivrant de notre bêtise fondamentale et nous amenant à l’esprit d’unité, à l'ouverture du coeur. Il est facile de brandir le mot magique de la spiritualité. Mais quoi faire, comment faire, avec qui, avec quoi, avec quel résultat ?