Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/11/2009

Arnaud Desjardins : pas d'excuse


desjardinsarna3.jpgArnaud Desjardins (18 juin 1925 - ) était réalisateur à l'ORTF de 1952 à 1974 et est l'un des premiers occidentaux à faire découvrir aux Français, au travers de documents télévisés, quelques grandes traditions spirituelles méconnues des Européens : l'hindouisme, le bouddhisme tibétain, le zen et le soufisme (mystique de l'Islam) d'Afghanistan. (source : Wikipedia)

Voici un lien pour télécharger un extrait en PDF d'un livre intitulé Un Grain de Sagesse. Dans ces 20 et quelques pages édifiantes qui retranscrivent un discours donné au monastère bouddhique "du Bost" en 1981, l'auteur fustige la culture de l'excuse (entendez "vous êtes excusé d'avoir mal fait") très à la mode en France et pas mal dans le reste de l'Occident, peut-être un peu à cause d'une mentalité de gauche distordue, où le collectif doit récupérer toutes les responsabilités individuelles : l'individu se déresponsabilise, et cherche à se trouver des excuses pour se laver les mains.

 

Quelques passages (pas toujours en lien direct avec le sujet) :

Quand on se sent faible, frustré, déçu, qu'on a été trop comparé aux autres par ses parents et qu'on se compare soi-même à ceux qui réussissent mieux que nous, une espérance semble s'ouvrir du côté du yoga ou de la méditation et nous tombons facilement dans la mentalité religieuse ordinaire qui déforme la vérité : la vie spirituelle est la consolation des malheureux.
 
Je suis nul professionnellement, nul financièrement, nul amoureusement et sexuellement; je suis un petit personnage, je ne réussis pas grand-chose, et je mesure mes limites dans tous les domaines mais la vie spirituelle va être la consolation de mes souffrances. Il est très aisé d'interpréter dans ce sens les paroles chrétiennes. « Si on me frappe sur une joue, je tends l'autre. » « Heureux les pauvres en esprit, heureux les humbles, heureux les doux. » « La réussite est réservée à ceux qui triomphent dans le monde matériel mais le Christ a dit :
"Mon Royaume n'est pas de ce monde ", et moi je vais triompher dans le royaume spirituel. »
 
Vous vivez tous et toutes — sauf rares exceptions mais si nous commençons à donner trop de place aux exceptions, chacun dira : c'est moi l'exception — vous vivez tous prisonniers de cette tragique maladie : du moment que j'ai une excuse, ça va.
 
ceux qui ont la mentalité de l'excuse dans la vie ont la mentalité de l'excuse sur le Chemin. J'ai remarqué que c'était lié. « Je ne peux pas, je suis trop fatigué; je ne peux pas, je suis emporté par mon angoisse; je ne peux pas, je dors trop mal la nuit et ça m'use; je ne peux pas, je n'ai pas eu un séjour assez long; je ne peux pas, mes enfants m'épuisent... »
 
 
Quand il est demandé quelque chose, que ce soit une tâche ou un service, s'il n'y a pas de difficulté, c'est accompli. S'il y a une difficulté, on trouve une excuse.
 
 

24/02/2008

Thich Nhat Hanh sur l'enfant intérieur


Le psychologue Robert RosenthalThich Nhat Hanh est peut-être le moine zen vivant le plus célèbre du monde. Pourtant il n'est pas japonais mais vietnamien. Né en 1926, il reçoit le prix Nobel de la paix pour son activisme pacifique durant la guerre du Vietnam. Il fonde plusieurs centres de méditation à travers le monde, surtout en France et aux Etats-Unis. En 1982, il s'installe en Dordogne dans un lieu qui sera nommé "le village des pruniers", son centre principal.
Reconnu par la classe politique, il parvient même à organiser des "marches de Pleine Conscience" - où des centaines de personnes défilent en plein centre de Paris, encadré par des CRS...

En plus d'être un auteur prolifique, Thich Nhat Hanh est un esprit inventif qui innove des mantras ("je suis chez moi, je suis arrivé"), remodèle la tradition au goût de la modernité. Son esprit "engagé" l'amène souvent à attirer l'attention sur des conflits inhumains et à engager des actions concrètes. La douceur incroyable qu'il émane se démarque de l'image habituelle "brute" du bouddhisme zen, soit austère et rigide, soit anticoformiste et cocasse.


Voici un extrait de son livre "the Path of Emancipation" (édition anglaise)



PRENDRE SOIN DE NOTRE ENFANT INTERIEUR
 
Lors d’un Question / Réponse, à une femme qui raconte qu’elle a été blessée par la vie et abusée par son père alcoolique, qu’elle qui ne croit plus en la vie et ne fait plus confiance à personne, Thay répond :
 
«Beaucoup d’entre nous ont un enfant blessé en eux. Et comme nous sommes tellement occupés, nous n’avons pas le temps de revenir à notre enfant blessé et d’être avec lui pour l’aider à guérir.
Lorsque nous avons été profondément blessé alors que nous étions enfants, c’est difficile pour nous de faire confiance et d’aimer, et d’autoriser cet amour à nous pénétrer. Je conseille toujours à mes amis d’aménager leur vie quotidienne pour qu’ils aient le temps de revenir à eux-mêmes et prendre soin de leur enfant blessé. C’est une pratique très importante.
 
Il y a un obstacle. Beaucoup d’entre nous savent que nous avons un enfant blessé en nous, mais nous avons peur de revenir à nous même et d’être avec cet enfant. Le bloc de chagrin et de souffrance est tellement énorme et écrasant que nous le fuyons. Nous courrons dans la direction opposée. Même si nous avons le temps, nous n’allons pas chez nous, en nous-mêmes. Nous prenons la fuite en lisant des romans, en regardant la télévision, ou en discutant. La pratique nous conseille de revenir dans notre demeure et de prendre soin de notre enfant blessé, même si c’est difficile.
Nous avons besoin d’être soutenu et guidé pour savoir comment faire pour ne pas être écrasé par la douleur intérieure. Nous entrons dans l’énergie de la pleine conscience pour devenir suffisamment fort. Avec cette énergie, nous pouvons revenir en nous  et embrasser notre enfant intérieur.
La pratique de la pleine conscience en marchant, en s’asseyant, ou en respirant est cruciale. Mais l’énergie de pleine conscience de nos amis peut aussi nous aider.
La première fois que nous revenons en nous vers notre  enfant blessé, nous aurons peut-être besoin d’un ou deux amis (particulièrement ceux qui ont réussi dans cette pratique) qui viendront s’asseoir près de nous pour nous apporter leur soutien, leur énergie et leur pleine conscience.
Quand un ami s’assied près de nous et tient notre main, nous combinons son énergie avec la notre et retournons en nous-mêmes embrasser notre enfant intérieur blessé.
 
Certains de mes étudiants ont été blessé étant enfant. Je leur dis de revenir en eux-mêmes et de parler à leur enfant intérieur blessé, et de l’embrasser avec l’énergie de la pleine conscience : « mon chéri, je suis là pour toi ; je vais bien prendre soin de toi, je sais que tu as tant souffert. J’ai été si occupé et négligeant avec toi, mais maintenant j’ai appris un chemin pour revenir vers toi. »
Vous devez parler à votre enfant intérieur plusieurs fois par jour, pour que la guérison puisse se produire. Le petit enfant a été abandonné pendant si longtemps. C’est pourquoi vous devez commencer cette pratique tout de suite.
Embrassant votre enfant tendrement, vous le réassurez que vous ne le laisserez plus tomber, que vous serez toujours en lien avec lui.
Si vous avez une sangha aimante, votre pratique sera plus aisée. Pratiquer seul, sans le soutien de frères et de sœurs, sera trop difficile pour les débutants. Prendre refuge dans la sangha et avoir des frères et des sœurs pour vous aider et vous donner conseil dans les moments difficiles est très important.
 
Votre enfant blessé peut représenter plusieurs générations. Peut-être vos parents et vos grands-parents ont-ils eu le même problème. Ils ont eu aussi un enfant intérieur blessé avec lequel ils ne savent que faire et ainsi, ils vous ont transmis leur enfant blessé.
 
 
Votre pratique est de mettre fin à ce cercle vicieux. Si vous pouvez guérir votre enfant blessé, vous libèrerez la personne qui a abusé de vous. Cette personne peut avoir été elle aussi victime d’un abus. Si vous générez l’énergie de la pleine conscience, de la compréhension et de la compassion pour votre enfant blessé, vous souffrirez beaucoup moins. Les gens souffrent parce qu’ils n’ont pas été touché par la compassion et la compréhension. Quand vous générez la pleine conscience, la compassion et la compréhension deviennent possibles. Alors nous pouvons autoriser les gens à nous aimer. Avant, nous étions méfiants de chaque chose et de chacun. La compassion nous aide à nous relier et restaurer la communication. »



Pour entrer en contact avec le village des pruniers :
Tel. : +(33) 5.53.58.48.58
http://www.villagedespruniers.org/


A lire :
- La Vision profonde : De la pleine conscience à la contemplation intérieure
- La plénitude de l'instant : Vivre en pleine conscience

 

12/02/2008

LA MEDITATION : une médecine d'avenir ?

Extrait de l'article de Thierry Janssen




Du 8 au 10 novembre 2005, plusieurs scientifiques de renommée internationale rencontraient le dalaï-lama et d’autres personnalités du monde spirituel pour débattre des bases scientifiques et des applications cliniques de la méditation. Organisées par le Mind and Life Institute, ces trois journées se déroulaient à Washington, juste avant l’ouverture du Congrès annuel de la Society for Neuroscience où le dalaï-lama était invité à prendre la parole. 


Synergies

Il n’existe sans doute pas de meilleur exemple d’interdisciplinarité et de complémentarité que celui du Mind and Life Institute. Au départ, deux hommes : Adam Engle, avocat et homme d’affaire américain, et Francisco Varela, neurobiologiste chilien, diplômé de Harvard et directeur de recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) à Paris. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, si ce n’est le fait que, chacun de leur côté, ils s’étaient convertis au bouddhisme et que, tous les deux, ils avaient entendu parler de l’intérêt du dalaï-lama pour la science occidentale. C’est une femme, Joan Halifax, enseignante bouddhiste zen, qui, en 1985, eut la bonne idée de les réunir. Le Mind and Life Institute était né. L’esprit et la vie. Avec un objectif : établir un dialogue entre la science et le bouddhisme. Deux cultures qui, chacune à leur manière, tentent de comprendre la nature de la réalité afin d’améliorer la condition humaine. Un projet ambitieux, donc. Puisque rien n’est plus difficile que réussir un dialogue constructif entre deux cultures. Deux ans plus tard, une première rencontre fut organisée entre le dalaï-lama et des chercheurs, dans les appartements privés du chef spirituel des Tibétains, à Dharamsala. Une dizaine d’autres réunions se déroulèrent en petit comité jusqu’en 2003, lorsque le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), invita Engle à organiser une réunion à Boston, en présence d’un public plus large. Entre temps, Francisco Varela était décédé au mois de mai 2001. Il aurait certainement apprécié de constater à quel point, aujourd’hui, les dialogues du Mind and Life Institute suscitent l’intérêt de la communauté scientifique.


Une manière de vaincre le stress

Depuis le début des années 1970, le biologiste Jon Kabat-Zinn, s’intéresse aux interactions du corps et de l’esprit. Très vite, il comprend l’intérêt de recourir à des techniques méditatives basées sur la notion de la « pleine conscience » (mindfulness). Apaiser l’esprit pour relâcher le corps. Débarrassée de toute connotation religieuse, exotique ou orientale, la méthode qu’il propose prend alors le nom scientifique mindfulness-based stress reduction (MBSR). « Une manière de rassurer les suspicieux. Un moyen d’intégrer la méditation dans la pratique clinique », commente Kabat-Zinn. L’approche consiste avant tout à développer une attention, instant après instant, dans le présent. Une pratique méditative « allégée » qu’il enseigne au sein de la Clinique de réduction du stress de l’université du Massachusetts. Son programme d’apprentissage est simple : une séance de deux heures et demi, une fois par semaine, durant huit semaines, plus une heure par jour d’entraînement chez soi. Depuis vingt cinq ans, plus de quinze mille personnes en ont bénéficié pour aider au traitement de troubles aussi divers que des problèmes cardiaques, le sida, des douleurs chroniques, des dysfonctionnements gastro-intestinaux, des migraines, de l’hypertension artérielle, des troubles du sommeil, de l’anxiété ou de la panique. Forte de ses succès, la MBSR est aujourd’hui enseignée aux étudiants dans vingt neuf facultés de médecine à travers les Etats-Unis. « Cela change les rapports que les médecins entretiennent avec leurs patients », expliquait Jon Kabat-Zinn au dalaï-lama. De plus en plus d’études cliniques démontre l’intérêt de la méthode. L’une d’elle, rapportée au cours des journées du Mind and Life, montre qu’en cas de psoriasis, la photothérapie à base de rayons ultraviolets obtient des résultats nettement supérieurs si elle est associée à la pratique de la MBSR. « Par son action sur le stress, la méditation pourrait jouer un rôle essentielle dans la prévention et la guérison de nombreuses pathologies », concluait Kabat-Zinn. Une opinion que partageaient Robert Sapolsky, professeur de biologie et de neurologie à Stanford, John Sheridan, professeur d’immunologie à l’Ohio State University, et Esther Sternberg, directrice du programme de recherche neuro-immunologique au National Institutes of Health (équivalent du CNRS français). [...]

Télécharger l'article complet (doc Word)

Lire du même auteur : La solution intérieure : Vers une nouvelle médecine du corps et de l'esprit

02/10/2007

Bouddhisme : culture, politique ou spiritualité


294a285c533ebfe5c40bf0613b143c74.jpg Il y a un temps, le mouvement Free Tibet auquel s'étaient ralliées des personnalités comme Richard Gere, Sting ou les Beastie Boys, luttait contre l'invasion chinoise en donnant notamment un tableau très romantique de la culture tibétaine. Cette image idéalisée du Tibet et du bouddhisme tantrique persiste encore en Occident aujourd'hui. A l'inverse d'Adam Yauch (Beastie Boys), Shamar Rinpoché (second chef spirituel de l'école Karma Kagyu après le Karmapa) dressait déjà en 1993, un tableau beaucoup moins attirant du bouddhisme et de la "sagesse tibétaine", sans approuver l'action des maoistes. Texte disponible sur son site officiel en anglais uniquement.

Ce n'est pas une image réductrice d'athée, mais une vive critique du soubassement politique des institutions religieuses. Une mise en garde de la confusion entre culture, tradition et spiritualité. Ce qui est assez surprenant de la part d'un des plus hauts dirigeants de la hiérarchie religieuse. Il attire par ailleurs l'attention sur le nombre peu élevés de maîtres accomplis, et le grand nombre de lamas qui ne sont pas ce que l'on croit. Un message non de méfiance, mais de vigilance... Lisez plutôt :


Pas besoin de trop de tradition
Enseignement oral donné à Vienne, Autriche, en 1993
Source : No need for too much tradition

Certains pratiquants occidentaux considèrent que le bouddhisme tibétain est en partie mélangé à la tradition tibétaine. Souvent, ils ne peuvent distinguer les deux. Il est pourtant très important de savoir la différence entre tradition et Dharma.
Les biographies de Milarépa , Marpa et Gampopa relatent seulement le pur Dharma. Tout ce qui concernait les grands maîtres Kagyu, de leur façon de vivre à leur façon d’enseigner, était du Dharma authentique. Par exemple, Marpa introduisit les enseignements d’Inde au Tibet. Il étudia d’abord le Dharma en Inde selon la tradition indienne. Naropa, son enseignant, vivait en Inde. La plupart du temps, il vivait nu. Parfois, il se paraît des ornements d’un Heruka. C’était la coutume de certains yogis en ces temps. Mais Marpa n’a jamais demandé aux Tibétains de copier le style vestimentaire de Naropa. Quand Naropa enseignait au Tibet, il n’a transmis aucune coutume indienne tel que le port des robes « sadhou ». Ses disciples tibétains continuaient à porter la tchouba, un type de vêtement tibétain. Marpa enseigna le Dharma d’une façon très pure.

En Occident, vous avez beaucoup lu à propos des « lamas tibétains ». Certains érudits occidentaux ont voyagé au Tibet à la recherche d’aventure. Plus tard aux Etats-Unis, Lobsang Rampa a écrit des livres pleins de fantaisies, racontant des histoires de voyage astral, à propos de transmission de messages d’esprit à esprit. Les pratiquants bouddhistes hautement réalisés obtiennent des capacités comme appréhender des phénomènes surnaturels ou lire dans les pensées. Le méditant, en atteignant un très, très haut niveau, est amené à comprendre des choses incroyables. Le Bouddha, par exemple, connaît toutes les pensées de chaque être vivant. Malheureusement, Lobsang Rampa a déformé ces pouvoirs spéciaux. Il en fit des pouvoirs mystiques. Il a produit l’idée factice qu’une personne peut déplacer son esprit vers une autre afin de lire ses pensées. Ses livres ont inspiré beaucoup d’idées négatives et fausses à propos du Tibet. Plus tard, lorsque les traductions des biographies sont sorties dans les différentes langues occidentales, elles étaient truffées de tout ce sensationnalisme. Ainsi, de nombreuses idées erronées à propos des saints du bouddhisme tibétain se sont développées. Un exemple est de clamer qu’ils pouvaient tous voler dans les airs.

La plupart des Occidentaux pensent que tous les lamas tibétains sont totalement purs. Quoi qu’ils fassent, ils pensent : « Oh, il doit y avoir un sens caché derrière cela. » Lorsqu’un lama agit d’une manière étrange, il doit y avoir une bonne raison. Ils croient que le lama doit avoir vu quelque chose dans leurs esprits. Cela fait partie de mon expérience personnelle avec des Occidentaux.
Un autre idée fausse des Occidentaux est de penser qu’il est important de préserver toutes les traditions tibétains dans la pratique du Dharma. Ils pensent que le système des monastères tibétains est en rapport avec l’illumination. De nos jours, on peut facilement voyager au Tibet. Les gens sont souvent choqués par la réalité quand ils se retrouvent sur place. Combien la réalité diffère des idées qu’ils se faisaient. Ils se disent : « Qu’est-ce que c’est que ça ? les lamas sont comme nous, ils ont les mêmes problèmes que nous. » Certains d’entres eux deviennent complètement perdus. Mais la vérité est que les lamas sont juste des êtres humains.
A Kathmandou, vous pouvez voir des moines qui vont au casino. Je peux le dire ici car certains d’entre vous l’ont vu par eux-mêmes. Ce n’est pas un secret.

Comment le système des monastères tibétain fonctionne-t-il ?
Il y a très longtemps, un système qui consistait à mettre de très jeunes enfants au monastère fut créé au Tibet. Ils furent nourris et éduqués gratuitement. Dans la contrée qui est maintenant l’Afghanistan, il y avait un « royaume Vajrayana » appelé Oddiyana. Le roi qui régnait était un véritable saint. Il avait en fait atteint l’Eveil et enseignait à tous ses sujets. Ces derniers atteignirent également l’état de Bouddha et le royaume disparu. Plus tard, un roi tibétain voulut en faire autant. Il voulut mettre fin au samsara en faisant disparaître le royaume du Tibet. Il mit en place de nouvelles règles. Des monastères pour les nonnes et moines furent érigés partout dans le pays. On fournit gratuitement la nourriture à tous les nonnes et les moines. La récolte des paysans allait aux monastères. Il y avait des moines réalisés, mais ils étaient une minorité, peut-être un sur un million. Les êtres éveillés étaient très rares parce qu’il y avait tellement de distractions. Il y avait assez pour manger mais pas grand-chose à faire. Aucun d’eux ne pratiquaient comme Milarépa le faisait à une époque plus reculée. Quoi qu’il en fut, il y avait un monastère dans chaque vallée et le Tibet entier était rempli de monastères abritant une grosse administration.

Au commencement, il y avait un maître Kagyu qui fonda un monastère d’une manière irréprochable. Il initia un programme d’étude et un centre de méditation. Son souhait était de préserver les enseignements. En ces temps, il n’y avait pas encore le système des Toulkous (système de reconnaissance des maîtres bouddhistes qui se réincarnent par leur propre gré). C’était alors au fils du maître de succéder à son père pour la prise en charge du monastère. C’était ainsi que les monastères Kagyu se répandirent. Mais au fil du temps, les choses se détériorèrent. Les monastères devinrent de petits royaumes avec des administrateurs très arrogants. Ils étaient souvent très malins. Ils savaient que les chefs spirituels étaient nécessaires pour contrôler le peuple. Ils faisaient en sorte de positionner un chef spirituel tout en gardant tout le pouvoir dans leurs propres mains. Tout cela est très politique. Sous la façade spirituelle se dissimulait une réalité politique toute autre.

Chaque monastère possédait des terres parfois très étendues. Lorsque les monastères faisaient frontière commune, chacun voulaient protéger ses propres terres. Si un animal passait de l’autre côté, il y était gardé. De temps en temps, des combats éclataient à cause d’un litige lié au tracé des frontières. Les paysans travaillaient sur la terre tels les esclaves des monastères, et les administrateurs régnaient comme des tyrans.

Le dirigeant officiel du pays n’avait quasiment aucun pouvoir. Chaque monastère régnait en maître. Entre les monastères, les conflits étaient incessants. Le gouvernement était complètement démuni. Ce fut bien plus tard qu’il réussit à reprendre du contrôle et s’organisa comme les monastères. Enfin, le pays fut régi d’une manière stricte et sur des principes religieux. Mais les bons pratiquants ne faisaient pas partie de l’administration. Les bons moines et maîtres pratiquaient dans l’isolation. Presque personne n’atteignait l’Eveil dans un monastère. Les moines étaient organisés trop strictement par l’administration. La religion et la politique étaient tellement enchevêtrées au Tibet. Les politiciens utilisaient la religion pour contrôler le peuple. Le problème ne venait pas des maîtres Eveillés, mais des administrateurs. Malheureusement, les Occidentaux pensent que tout dans les monastères tibétains tiennent du Dharma. Ils pensent qu’un monastère est un grand mandala, que chaque moine est un certain aspect du Bouddha et que le gourou (lama) est Dordjé Tchang.

Les gens croient également que les trônes des lamas font partie de la pratique du Dharma. En vérité, ils sont souvent une source de conflit. Prenons l’exemple du trône que vous avez préparé pour moi. J’y suis assis en ce moment même. Si vous ne préparez pas la même chose pour un autre enseignant, les problèmes surgissent. C’est le fait de la politique. Si vous proposez un beau siège, personne ne ferait des problèmes. Les lamas tibétains âgés, mêmes ceux qui sont bons et amicaux, sont habitués à certaines coutumes qui appartiennent à leur culture. Lorsqu’ils viennent en Occident, l’absence d’accompagnement musical tibétain, de brocard sur le trône, peuvent leurs faire sentir un manque. Ils vont aussi vous dire que vous devriez tout réarranger d’une certaine façon. Vous penserez peut-être que cela fait partie de la pratique. Si c’est le cas, vous recomposez la tradition tibétaine en Occident. Je ne pense pas que ces protocoles culturels vont perdurer. Si cela se passe, ils seront source de problèmes dans l’avenir. Qui devrait avoir le trône le plus élevé ? Quelqu’un va forcément avoir un trône plus bas. C’est de cette façon que beaucoup de problèmes apparaissent.


Vous devez voir la différence entre le Dharma et la tradition. Lorsque des problèmes arrivent, sachez qu’ils ne viennent pas des êtres Eveillés, mais des administrateurs. Même les communistes chinois qui n’ont aucune foi, utilisent de temps en temps la religion pour leurs propres fins politiques. Il en est ainsi parce que les systèmes administratifs sont bien établis et très puissants. En Occident, vous n’avez pas la nécessité d’adopter ces aspects administratifs et politiques. Je ne veux pas dire que vos lamas devraient s’asseoir directement sur le sol, ou que vous devriez pointer vos pieds vers eux quand vous vous asseyez. Mais qu’il n’y a pas besoin de trop de tradition.

Shamar Rinpoché


Voir aussi :
- la fonction de la religion
- attention, institution et moutons
- la religion, l'institution et la guerre
- idéalisme, maîtres et adoration