17.11.2007

Des catholiques sans Dieu

Article sur le site de France 5


Qui sont les catholiques de France ? Un siècle après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Le Monde des religions a établi, en janvier 2007, un diagnostic de la première communauté religieuse de France. Le sondage CSA, réalisé pour la revue, confirme d'emblée la désaffection dont souffre l'Eglise catholique depuis des années.

Ainsi, les Français ne sont plus que 51 % à se déclarer catholiques - contre 67 % en 1994 - et, parmi eux, seule la moitié affirme croire en Dieu. Le constat interroge : que signifie être catholique aujourd'hui ? Ecartant les seuls repères institutionnels, tel le baptême, l'enquête porte davantage sur le sentiment religieux des individus. Une approche qui révèle les nouvelles pratiques et croyances des catholiques, caractérisées par leur diversité et, parfois, leurs contradictions.

Nul besoin, par exemple, pour se déclarer catholique, d'observer régulièrement les rites traditionnels de l'Eglise. La pratique s'individualise, et à la fréquentation des églises (ils ne sont que 17 % à s'y rendre régulièrement), les croyants préfèrent largement la prière. De même, la plupart d'entre eux restent de simples pratiquants. Ils ne sont que 8,5 % à souhaiter s'impliquer dans la vie de la communauté par le truchement d'activités paroissiales, d'actions humanitaires chrétiennes ou de cercles de réflexion spirituels.

Affranchis du dogme, les catholiques, s'ils ont la foi, ne croient pas nécessairement en un Dieu. Un vent de modernité a soufflé sur les fidèles, qui se réfèrent plus aisément à une force, une énergie, un esprit. Un vent qui les pousse à souhaiter que l'Eglise suive également les mutations de la société.

Bien que l'image de Benoît XVI reste bonne - avec 71 % d'opinions favorables, le pape affiche toutefois un score inférieur à son prédécesseur, Jean-Paul II. Alors qu'une très grande majorité de catholiques français souhaitent voir le mariage des prêtres ou l'ordination des femmes autorisés par le Vatican, ils expriment, de la même façon, le désir de voir s'instaurer un dialogue interreligieux, en faveur duquel s'est d'ailleurs exprimé le souverain pontife.

Si les catholiques représentent aujourd'hui - et probablement pour longtemps encore - la première communauté religieuse de France, la question de la transmission de la foi se pose cruellement. Les prêtres, plus de 45 000 en 1970, sont à présent deux fois moins nombreux et les églises se voient contrainte de recruter auprès des laïcs. La culture religieuse se dissout dans une pratique multiforme, moins portée sur les références historiques que sur une affirmation politique. Reste à l'Eglise de s'adapter aux comportements des catholiques nouvelle génération, pour espérer pallier sa perte d'influence et la crise des vocations qu'elle accuse.

04.01.2007

Le Divin

Divin plutôt que Dieu



medium_divin.jpgL'athéisme, comme on le connaît habituellement, est une réfutation - entre autre - de l'existence divine, que ce soit d'une vision dualiste ou moniste (idéaliste).

La notion de Dieu peut convenir aussi bien à une conception linéaire du temps (comme dans les religions abrahamiques) qu'à une conception cyclique du temps (hindouisme, bouddhisme). Dans le premier cas (linéaire), Dieu, Yaveh, Allah crée l'univers à un instant T, avant lequel il n'y avait que le néant : une cosmogonie qui se veut être au premier degré ou symbolique, je n'en débattrai pas. Dans le deuxième cas, je préfère parler de divin, car il s'agit plutôt de monisme qu'autre chose, où le "créateur" n'est pas séparé de sa création, et où il n'y a pas d'instant T : l'univers a toujours existé et ne cessera pas d'exister.
Concernant l'hindouisme, il ne s'agit pas de polythéisme comme on le croit habituellement, mais bien d'un monisme avec un "dieu unique" - si je puis me permettre l'expression - Brahman/Ishvara (à ne pas confondre avec la divinité Brahma) qui est "la source, le matériel et l'effet de toute création connue" [Wikipédia].
Le bouddhisme est souvent considéré comme athée par les autres religions (ou plus rarement de polythéisme à cause des déités du tantrisme mal comprises). Il était considéré autrefois comme nihiliste. En réalité, dans le bouddhisme Mahayana, avec la notion de Dharmakaya(définition Wiki incomplète), principe omniprésent dans l'univers qui soit à la fois "vacuité" et "clarté", il y a une dimension "divine". On ne peut malheureusement pas définir le bouddhisme en tant que monisme, mais c'est le mode de pensée le plus proche que l'on puisse appréhender avec un esprit rationnel.

C'est pourquoi le terme "divin" me semble plus pratique/adapté pour ce blog - dont le but n'est pas de favoriser une confession plutôt qu'une autre - car il peut autant désigner un Dieu monothéiste créateur, qu'un principe universelle "non-créateur" (dans une vision cyclique du temps voire sans temps). Il s'agit en tous les cas de quelque chose qui dépasse notre perception, notre intellect et notre conception du monde, d'où la notion de sacré et de transcendant.

26.12.2006

L'Homme-dieu ou l'homme tout-puissant

Ni Dieu ni maître

medium_homme-dieu.jpg Une des attitudes les plus primaires vis-à-vis des religions est celle des anarchistes. En vérité, c’est une position que nous portons tous plus ou moins, à savoir le fait que personne n’a à nous dire ce qu’il faut faire ou ce qu’il faut être. Les partisans du matérialisme empirique vont croire aux énoncées scientifiques (en tout cas celles qui les arrangent) et dénigrer les principes religieux ou les recommandations des maîtres spirituels, car ils considèrent que s’ils peuvent beaucoup apprendre (dans le domaine du savoir) d’érudits ou chercheurs scientifiques, ils ne vont pas pour autant perdre le contrôle de leurs faits et gestes, et surtout, ils rechignent à se plier à des règles extérieures. Bref, ils exigent d’être l’absolu souverain de leur destin, et adoptent la croyance que leur intellect peut appréhender la nature de la réalité dans sa globalité (voir "La suprématie du mental à la méditation"). Une position plus nuancée mais tout de même construite sur la peur fondamentale de perdre le contrôle (ou tout simplement d’avoir tort, enjeu majeur dans la culture française), est le scepticisme, qui interdit tout développement spirituel à cause d’une posture trop protectrice. D’ailleurs, ils arrivent souvent que des personnes ne s’engagent pas dans la religion par peur de perdre une certaine liberté. Or, il semble que cette liberté n’en est pas vraiment une (voire "La fonction de la religion" à la partie « Le mythe de la liberté »). Nous ne sommes pas libres, et ce sont les différents cadres, conseils et règles des doctrines spirituelles qui vont nous amener vers une authentique liberté.
Quoi qu’il en soit, cette domination du mental couplée à l’orgueil amène fatalement au sentiment d’avoir tout compris, ou d’être incompris (plus rare dans les milieux philosophiques et scientifiques puisque la pensée matérialiste est encore dominante dans notre civilisation). Surtout, on finit par penser que l’on a forcément raison et c’est le comble de bien des penseurs (et de nombreux croyants). L’aboutissement de cela est, dans le domaine scientifique, ce qu’on appelle la Zététique. (la contrepartie religieuse dont l’origine est légèrement différente est l’inquisition espagnole d’autrefois, l’intégrisme religieux d’aujourd’hui).

L’athéisme populaire s’accompagne souvent du déni de la sagesse et de la sérénité. Ne les ayant pas rencontrées ni expérimentées l’athée de base se ferme à l’éventuel existence du sage, et devient sourd à ses paroles. Quelque part, son ignorance ou son orgueil l’empêche d’accepter qu’il n’a pas tout compris et qu’il y a des gens qui ont mieux compris.

Pourtant, si dans les religions on s’en remet à des instances supérieures, à des maîtres, (dans le cas idéal où des personnes ambitieuses, cupides, etc. n’ont pas perverti l’institution ou la structure religieuse) c’est bien pour créer une brèche dans l’enclave de notre orgueil, dans le flot de nos passions, dans l’automatisme de notre mental qui cherche à tout contrôler - qui empêchent la transcendance. Un lien authentique qui se forme entre un maître spirituel accompli et son disciple est la clé qui permet, comme dans un travail psychothérapeutique, la remise en question de soi-même, le changement dans les habitudes, les manies, les névroses.

Enfin, s’ouvrir à l’idée sans doute vraie que quelque chose de plus vaste que l’humanité, qui dépasse notre entendement existe, force l’humilité.