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12/10/2007

La méditation augmente les performances de l'esprit et réduit le stress

Une équipe de chercheurs de l'université de Dalian (Chine) et d'Orégon (Etats-Unis) ont expérimentalement mis en évidence l'effet bénéfique de la méditation sur les performances de l'esprit en situation de stress.

 Lire l'article sur futura-sciences.com

07/05/2007

L'esprit de l'athéisme de André Comte-Sponville

Commentaire sur un ouvrage grand public


medium_esprit_atheisme.jpgUne spiritualité balbutiante

L’esprit de l’athéisme a le mérite de mettre en lumière un mysticisme, une spiritualité sans croyance  ni religion, en évoquant notamment le sentiment océanique de Romain Rolland (l’expérience paroxystique, voir "la foi et la croyance"). Cela est très courageux de la part de Comte-Sponville car l’athéisme méprise généralement toute forme de mysticisme, hermétique à la non-dualité, anti-thèse du rationalisme.


Réfutation de l’existence divine - relativisation de la religion

On s’attendrait de la part de Comte-Sponville à expliciter en quoi consisterait une spiritualité pour les athées. Pourtant, il est question de l’existence de Dieu et de la crédibilité des religions pendant 143 pages sur 217, soit les 2/3 de son ouvrage. Cela s'apparente donc plus à un plaidoyer de l’athéisme plus qu'à une « introduction à une spiritualité sans Dieu ».


Vision superficielle de la religion

Le philosophe fait preuve de bonne volonté, mais il ne suffit pas d’étudier dans les bibliothèques pour comprendre le fait religieux, il faut le vivre de l’intérieur, quitte à adopter une démarche éthnologique à la Lévi-Strauss, et encore. L’image habituelle réductrice des académiciens est encore au rendez-vous, la religion comme dogme, comme système de croyances, comme folklore dépassé. Le mysticisme et l’ésotérisme des religions sont à revoir avec plus d'assiduité.  


Amalgame entre athéisme matérialiste et « athéisme religieux »

Comte-Sponville utilise souvent comme références le taoïsme et le bouddhisme qu’il affectionne. Il ne semble pas se rendre compte que ces deux traditions, tout en étant a-thées, ont des conceptions qui envisagent des énergies cosmiques et des forces, des esprits conscients appartenant à des ordres qui dépassent notre univers comme l'athéisme matérialiste le conçoit - sans autre réalité que la matière tangible, des particules et des ondes. On peut parler ici de divin. Cela ne l’empêche pas, sûrement par ignorance, de mettre le freudisme, le taoïsme et le bouddhisme dans le même « panier athée ».


La foi

La confusion entre croyance et foi est l'écueil de tout profane en matière de religion, La foi est un « sentiment ». Voir "la foi et la croyance"


Psychanalyse freudienne

Il devient aujourd’hui de moins en moins crédible, en tant que penseur moderne, "up-to-date", de se revendiquer de la psychanalyse freudienne autant dans la sphère de l’athéisme que dans les milieux spirituels, religieux ou non-religieux. En effet, la psychanalyse enseignée par Freud ou Lacan est de plus en plus critiquée dans les milieux universitaires français, autant des neuroscientifiques que des médecins, des psychologues que des psychothérapeutes. Toutefois, une importante institution ("lobby"...) en France résiste avec entêtement et n’est pas prête à lâcher de la patientèle. Aux Etats-Unis, le freudisme appartient à une page révolue de l’histoire de la psychologie. Malgré tout, Comte-Sponville cite régulièrement Freud et Swami Prajnanpad, un sage indien qui a introduit le freudisme en Inde. Voir : Regard conscient sur la psychanalyse


Le libre-arbitre

Je lui aurais bien recommandé le travail d’Henri Laborit : son confrère athée, scientifique de renom qui semble avoir mieux étudié la psyché humaine et adopté une vision beaucoup moins naïve que l’auteur de l’esprit de l’athéisme. Et suggérer d'étudier la notion de motivation, et la façon dont le système nerveux autonome et le système limbique - ou encore l'inconscient - influencent nos actions et choix.
L'approche multidisciplinaire d'Henri Laborit et sa rigueur fait de Laborit un philosophe hors pair. Comte-Sponville invoque souvent le libre-arbitre avec enthousiasme mais il semble être peu au fait de l’emprise de notre environnement et nos schémas psychiques primitifs sur notre volonté. Lorsqu’il parle d'amour dans une légèreté déconcertante, j’aimerais qu’il lise le chapitre d’Eloge de la fuite sur l’amour (sur la gratification, le narcissisme).
On peut également lire dans l'homme et la ville :
"Si l'on considère que la liberté, le choix expriment simplement la richesse et le nombre des automatismes, il est bien vrai qu'entre le cerveau reptilien qui régit des comportements peu nombreux, innés, génétiquement transmis, et le cerveau des vieux mammifères, le système limbique, où vont s'inscrire les automatismes nés des expériences mémorisées, et des conséquences agréables ou désagréables qu'elles ont engendrées, l'observateur non averti verra sans doute une différence que, incapable de relier à leurs mécanismes réels, il aura tendance d'autant plus facilement que l'anthropomorphisme est difficile à éviter, car nous sommes, nous l'avons dit, inconscients de notre inconscient, c'est-à-dire du déterminisme de nos comportements, si bien que c'est une prétendue liberté que nous plaquerons sur le comportement animal, au lieu de lui appliquer un déterminisme que nous ignorons et qui, pourtant, survit intégralement en nous. Ou bien, inversement, n'acceptant pas affectivement d'être comparé à lui, nous dirons que l'animal est déterminé, instinctuel, et que nous sommes libres et conscients. Malheureusement, nous ne sommes conscients que de notre conscience, et nous sommes persuadés qu'elle remplit à elle seul notre champ comportemental."


Athéisme manichéen

En surestimant le libre-arbitre on en vient à la peur de l’immoralité. En voulant s’opposer au nihilisme découlant du matérialisme, l’auteur clame de tout cœur la nécessité de la morale. On arrive alors aux lieux communs que seul les satanistes réfuteraient. Pourquoi n’apporte-t-il aucun élément pour étayer la pertinence d’une morale athée ? Peut-être n’avait-il aucun autre raisonnement que ceux aboutissant au manichéisme ? Voir « la morale athée ».


Rejet de l’introspection

Le plus étonnant dans l’esprit de l’athéisme, c’est le rejet de l’introspection. Comme si le fait de s’intéresser sincèrement à soi-même amenait forcément à se couper des autres, du reste du monde. Le pendant spirituel de cette conception se retrouve dans l’ésotérisme marchand qui cherche un état particulier, le gain de quelque chose, l'illumination ou l'a béatitude à « l’extérieur », par la faveur de quelques entités célestes ou extraterrestres. Il s'avère que la philosophie classique occidentale a tendance à considérer l'humain de base comme "normal" et que s'il souffre, c'est qu'il lui manque quelque chose que son environnement peut lui apporter. Le message des religions est tout autre : ce sont nos schémas psychiques perturbés qui nous font souffrir, et le remède est de modifier ces structures de l'esprit (à l'intérieur de nous-même). On peut alors dire que ce qui importe n'est pas la réalité du monde extérieur, mais la vision que chacun de nous porte sur ce monde.


Transcendance

Dans son Eloge de la fuite dont je fais souvent l'éloge, Henri Laborit remet en cause le mysticisme et la transcendance. Son raisonnement dit que si Dieu ou autres principes appelés "transcendants" sont imaginables, concevables par la conscience humaine, c'est qu'ils ne sont pas transcendants. Comte-Sponville tient le même discours dans "l'esprit de l'athéisme" et explique qu'alors, il s'agit d'immanence.

Tout mystique sait qu'il n'y a pas en fait, de contradiction entre immanence et transcendance. A l'inverse, beaucoup ne savent pas ce qu'implique réellement la notion de transcendance et la réduise au simple problème : on peut l'atteindre ou pas. C'est en fait un terme qui couvre un champ de concepts beaucoup plus large. [...]
Lire la suite de l'article Transcendance & immanence


Non-dualisme mal compris

On peut féliciter Comte-Sponville de sa tentative de dépasser le dualisme cartésien. Mais cela reste encore sommaire et il met du non-dualisme là où ça l’arrange et le retire là où ça le gêne. Pour rejeter l’introspection, il distingue bien l’intérieur et l’extérieur, soi et l’autre. Puis quelques pages plus loin, il clame que dans l’absolu il n’y a aucune différence entre l’intérieur de l’extérieur. Et effectivement, se connaître soi-même permet de connaître les autres. S'unir aux autres permet d'aimer vraiment. (voir "amour, compassion, couple et célibat") Ce qui est sûr, c’est qu’il ne suffit pas de s’intéresser aux autres pour changer ses propres schémas psychiques et dépasser ses pulsions.


Une spiritualité imaginaire

Comte-Sponville s’émerveille des expériences mystiques où « il n’y a plus d’ego, plus de jugements de valeur, plus d’insatisfaction, plus de haine, plus de peur, plus de colère, plus d’angoisse. » Mais ces expériences durent quelques secondes, voire une journée, rarement plus. Comment espère-t-il que le commun des mortels s’affranchissent d’autant d’emprises psychiques, de ces icebergs plongés et "vissés" dans l’inconscient ? On peut regretter qu’il ne propose aucune méthode, aucun chemin. Il n’évoque pas non plus de processus (psychique, psychologique, spirituel) nous délivrant de notre bêtise fondamentale et nous amenant à l’esprit d’unité, à l'ouverture du coeur. Il est facile de brandir le mot magique de la spiritualité. Mais quoi faire, comment faire, avec qui, avec quoi, avec quel résultat ?