22.07.2007
La foi & la croyance
Pour changer de débat
Pour simplifier nous allons différencier la foi de la croyance, mais le but n'est pas de nous perdre dans une dissertation définitionnelle. Le principal est de distinguer deux rapports diamétralement différents au divin. Derrière la croyance tant critiquée, il y a le ressenti personnel d'une présence tellement forte qu'il amène souvent à un sentiment d'émerveillement, de grâce ou d'extase, ce qui amène le plus souvent à "la foi". Pour Abraham Maslow, célèbre psychologue humaniste, les expériences d'extase sont des "expérience paroxystiques". Ce sont des choses qui arrivent hélas rarement aux personnes n'utilisant que leur intellect.
Je connais certaines personnes qui ont senti - à un moment de leur vie - être en union avec l'univers, ou quelque chose d'incommensurable entrer dans leur corps. Ce ressenti n'a aucun rapport avec une quelconque démonstration scientifique ou logique. C'est une chose qui ne l'on ne peut atteindre par le débat ni par la réflexion. Il est donc inutile de convaincre, car il faut le "sentir pour le croire". En fait, une seule expérience de ce genre peut mettre fin à tout débat. Et il ne serait plus question de l'existence du divin ou d'autre chose, mais de la certitude d'une présence impalpable, non mesurable, non localisable. Ce ressenti d'une présence, quelle qu'elle soit, n'enlève pas à l'individu la capacité de réflexion ou de rationnalité. Classer les croyants dans l'irrationnel et la bêtise est indéniablement hâtif. On n'aura beau débattre des dizaines d'années durant sur le goût du chocolat au lait aux amandes suisse, une personne qui n'y a jamais goûté ne connaîtra jamais son goût. Il en est de même pour la foi. Voir l'article "Qu'est-ce que la foi?" sur le site 1001nights
Quelques ouvrages de Maslow :
- L'accomplissement de soi : De la motivation à la plénitude
Voir "La suprématie du mental"
Qu'est ce qu'une expérience paroxystique ?
Les recherches menées par Maslow décrivent les expériences paroxystiques comme des états modifiés de la perception :
- Perception que l'univers est un tout intégré et unifié
- Disparition des échelles de comparaison entre les choses (important / insignifiant, petit / grand...)
- Disparition de toute notion de jugement (puisque les échelles de comparaison disparaissent).
- Perception que toute chose existe pour elle-même par rapport au "tout", et que le vivant est sacré en tout point de vue.
- Abandon de l'égo au profit d'une vision totalement holistique de l'univers.
- L'expérience paroxystique vaut par elle-même : elle se justifie par elle-même.
- Désorientation spatiale et temporelle. 1 minute, 1 an…l'expérience est atemporelle pour celui qui la vit.
Source : "L'accomplissement de soi", ba-consultants.com / Abraham Maslow, Wikipédia
20:55 Publié dans Religion & spiritualité | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : foi, croyance, transcendance
La fonction de la religion
PROLOGUE
Voici les quelques définitions les plus courantes de la religion :
- ce qui relie au divin (divin extérieur),
- ce qui relie les humains entre eux,
- ce qui relie l’humain à lui-même (divin intérieur ou sans),
- phénomène social (pour apporter une réponse à nos angoisses les plus fondamentales, peur de la mort, etc., pour la cohésion, la structuration sociale,…)
- phénomène biologique et/ou psychologique (tout humain serait doté d’une pulsion ou d’un capacité à se sentir uni à toute l’humanité - voir l'article "Pourquoi Dieu ne disparaîtra jamais" où la grâce est réduite à de la sérotonine, et l'article "Science & Vie et Dieu. La pensée pauvre, pauvres de nous sur le site d'AFIS science - non moins athée - qui contredit la thèse)
La religion est souvent réduite à un culte - des croyants qui rendent un culte à un Dieu ou à des divinités, comme à tendance à le faire Régis Debray (site officiel), écrivain très éloquent à ce sujet. (Toutefois son point de vue sur la religion est inédite et digne d'intérêt - lire Le Feu Sacré : Fonctions du Religieux) D'autre comme Luc Ferry, propose que la religion est une façon de s'interroger sur ou de déguiser la mort, et d'apaiser nos angoisses (lire L'Homme-Dieu). Plus précisément, la religion constitue un cadre où est rendu possible un travail intérieur : spirituel. Travail signifie exercice, apprentissage, réflexion, discussion, effort, cheminement. Bien sûr, on peut croire sans cheminer. On peut aller à l’école et paresser, c’est la liberté de chacun. Une école où aucun élève ne travaille est problématique, certes… Donc, outre le fait de relier les hommes aux puissances célestes, une religion est aussi un ensemble d’outils, de méthodes pour l’épanouissement des individus, autrement dit, pour le bonheur de tout le monde. En termes psychologiques, la religion permet aux humains de se relier à eux-mêmes, à leur inconscient, comme l’affirmait Carl Gustav Jung. Si l’existence des puissances divines est difficile à démontrer, en tout cas aujourd’hui, la tâche est moins difficile pour ce qui est de l’aspect thérapeutique et bénéfique des voies spirituelles en général (ce qui n’incluent pas les sectes capitalistes…). Généralement, l’athéisme se base sur l’idée que la liberté - donc le bonheur - repose sur notre capacité à satisfaire nos besoins et la plupart de nos désirs. Aujourd’hui, la tendance dominante est à l’hédonisme, où le plaisir devient le but de l’existence, ce qui, à l'extrême, amène à des perversions comme le sado-masochisme. (voir "le mythe de la liberté") L'inconvénient étant que l'accoutumance que l'on développe à l'égard des plaisirs renforce notre égoïsme et une certaine indifférence à la situation des autres.
La méprise fondamentale de l’athéisme sur la religion est de la considérer comme ayant uniquement une fonction collective. En réalité, la religion (particulièrement à son niveau ésotérique), de même que l’animisme, le shamanisme et le mysticisme, a comme fonction première, une fonction individuelle. Elle demande à chacun de se regarder, de s’écouter et de se sentir. Qui suis-je ? Que fais-je ? Quelles sont mes émotions, mes sensations ? sont les questions à se poser. La société, l’école, la famille et la religion nous donnent des valeurs et des principes.
Mais il ne suffit pas d’avoir des principes pour pouvoir les mettre en application.
Il faut donc prendre du temps pour réfléchir et s’observer afin de connaître les réelles motivations de nos faits et gestes. Afin de s’assurer que nos actions et nos émotions sont en accord avec nos principes. Cela demande donc du courage, de la concentration et de la persévérance.
La prière, la méditation ou autres exercices physiques permettent d’accroîtrent des qualités comme la concentration et la souplesse mentale / le lâcher-prise. Ainsi, il devient plus facile de s’affranchir de la colère, de la haine, de la jalousie, de la peur, de l’attachement… … à la condition qu’il y ait une véritable pratique, et qu’elle soit proprement menée. Il ne faut donc pas prendre comme exemples les intégristes qui ne suivent pas un enseignement authentique ou qui n’ont aucune pratique leur permettant d’être moins assujettis aux pulsions intérieures. (voir "l'évitement de sa propre souffrance") Il ne s’agit pas de rejeter les émotions comme dans le stoïcisme (où la sagesse est uniquement connaissance), le plaisir comme dans l'épicurisme, mais de s’efforcer à ne plus être esclave des forces psychiques. Nous pouvons alors accueillir les sensations, sans les rejeter ni s'y attacher.
- "esotérisme, exotérisme et syncrétisme"
-" la religion, l’institution et la guerre"
- "attention, institutions et moutons"
- "l'évitement de sa propre souffrance"
- "la foi et la croyance"
- "bouddhisme : culture, politique ou spiritualité"
18:00 Publié dans Religion & spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Religion, fonction, Jung, croyance, foi, société
01.04.2007
Ce que cache un croyant
Souvent, lorsque les athées parlent de "croyants", le terme regroupe autant les "croyants non pratiquants" que les pratiquants et les croyants non religieux. Si c'est le cas, c'est parce que pour eux, la principale préoccupation, le sujet au coeur du débat est la croyance, alors que dans une spiritualité authentique, il n'en est pas de même.
Parmi les fidèles d'une religion, les personnes crédules ou ceux qui ne veulent pas approfondir s'en tiennent à une croyance plus ou moins forte, en tout les cas plus ou moins creuse, artificielle. A moins d'être vertueux, talentueux, géniaux dès le début, les croyants "débutants" font preuve de peu de qualités, de capacités spirituelles : patience, tolérance, générosité, lucidité, courage, douceur, réactivité, sagesse,... Ils sont les cibles les plus faciles des critiques athées. (c.f. : la mythomanie spirituelle)
Certains débutants sont prudents et n'attachent pas d'importance à la croyance, mais à l'efficacité ou à la pertinence des sermons ou enseignements donnés.
Dans les fidèles plus avancés ou assidus, une partie croit au divin, une autre non ou ne s'en préoccupe pas. Quelque soit leur position, leur caractéristique principale est une pratique régulière voire intensive. Si une minorité développent des qualités humaines et spirituelles, pour la majorité ce n'est pas le cas, où à très faible allure. Cette majorité constitue la meilleure proie des athées car ils "nourrissent" un énorme paradoxe. Paradoxe n'est que contradiction apparente : cela n'est pas sans explication. En effet, une pratique spirituelle qui n'est pas connectée à l'introspection, soit une confrontation avec son âme, son inconscient, ses émotions, ne peut engendrer une transformation en profondeur. Laisser intact ses névroses, ses fixations mentales, puis s'exercer au lâcher-prise et accumuler des savoirs, des capacités mentales, psychiques, revient à rincer, sécher et parfumer son corps souillé sans l'avoir savonné. Pratiquer sans s'être interrogé sur sa motivation profonde revient à partir en voyage sans avoir vérifié la destination. (c.f. : la psychologie du décalage)
Il y a une différence majeur qui se retrouve à tous les niveaux, c'est la foi : pas dans le sens de Comte-Sponville (L'esprit de l'athéisme) mais d'un sentiment profond, d'un ressenti d'une présence transcendante (c.f. : la foi et la croyance). Une personne qui a la foi, a comme motivation l'exaltation, un sentiment de grandeur à sa démarche spirituelle. Une personne qui n'a pas la foi, aura comme motivation - en général inconsciente - la peur (de la mort, de la solitude, de l'échec, etc.), la culpabilité, le narcissisme, que cela soit sous couvert d'un raisonnement sophistiqué, ou pas...
Parmi les personnes a-religieuses, il existe de telles personnes qui ne pratiquent aucune forme de religion mais qui ont la foi. Ce n'est pas pour autant qu'elles n'ont pas accès à l 'introspection et au développement spirituel qui peut se vivre à travers les actes de la vie quotidienne, le développement personnel ou une psychothérapie.
En résumé, la croyance importe peu dans la spiritualité. Pratiquer une religion peut contribuer à la maturation intérieure, mais pas toujours. Ce qui compte est l'investissement dans l'introspection et l'entraînement de l'esprit dirigé vers la sagesse. Ce qui change tout, c'est la foi. En définitive, la dichotomie croyants / non-croyants est trop grossière.
01:40 Publié dans _Glossaire_ | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : croyant, pratiquant, religieux, introspection, foi, spirituel, croyance