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12/02/2008

Into the Wild et spiritualité

Comédie dramatique, 2h20



Inspiré d'une histoire vraie, celle de l'Américain Christopher McCandless. Un film rafraîchissant dans sa forme et son fond, en tout cas résolument moderne dans sa forme. Avec lui, on peut comprendre de manière implicite, la signification d'une retraite spirituelle, d'un retrait du monde tumultueux, d'un cheminement dans la solitude : c'est un retour sur soi, une confrontation directe avec soi-même. Ce n'est pas nécessairement la solution ultime, comme nous souffle notamment le mot de la fin* (ne pas lire la note si vous n'avez pas vu le film !!), mais c'est une étape qui peut se révéler essentielle dans la vie d'un être dont la quête est l'amour, la connaissance de soi...

Il est intéressant de noter que la plupart des critiques qui n'ont pas apprécié Into the Wild n'ont pas saisi sa teneur fortement spirituelle. Il se peut que le réalisateur, Sean Penn, ait volontairement ajouté cette dimension-là à une histoire plus simplement tragique ou absurde. Ces critiques se sont principalement focalisées sur le côté égoïste et idéaliste du personnage principal. La fuite de la société matérialiste, l'amour de la nature sauvage sont vus comme une vaine tentative de salut qui rappelle la vieille époque romantique.

Peut-être que ces gens-là ne peuvent tout simplement pas remettre en question leur propre dépendance au consumérisme et au confort de la vie urbaine. Que tout ce que montre Into the Wild les dérangent dans leurs certitudes, de ce qu'est la société et de ses vertus soi-disant vitales pour l'évolution de l'humanité.

Quoiqu'il en soit, il n'y a aucun doute que ce film parle du sens de la vie, évoque la transcendance, remet habilement en question notre crainte de la peine, nos dépendances, nos habitudes d'habitants de la cité et même de la campagne. Même si au fond, Christopher McCandless n'était qu'un pauvre romantique égoïste... peut-être.


Site officiel



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* Dans le grand moment d'agonie, Christopher McCandless écrit : "le bonheur n'est réel que s'il est partagé". De toute façon, le jeune homme ne comptait pas vivre ainsi toute sa vie.

10/06/2007

Idéalisme, maîtres et adoration

Seigneur, pourquoi sont-ils si mauvais et pas moi ?

177c4d00e449280d0d33b107ad7e6335.jpgLes athées quelques peu familier à la psychanalyse n’hésitent pas à dire que les croyants cherchent le père ou la mère - différents ou idéalisés - en leurs prêtres, imams, lamas, gourous, en leur Dieu, prophètes ou esprits supérieurs. C.G. Jung aurait été d’accord, mais il aurait ajouté qu’il existe aussi chez chacun de nous, une image archétypale de Dieu ou du divin - de la grandeur. Nous projetons, selon Jung, cette image à l’extérieur, si l’on me permet d’être dualiste, sur des supports comme les religions et les personnes qui les représentent, quand ce n’est pas le psy. C’est acceptable pour commencer, mais cela devient rapidement une « impasse » pour de nombreuses brebis égarées.

Dans les monothéismes, on parle de l’adoration de Dieu, mais cette notion est peut-être erronée ou mal comprise. Cette fascination du divin, des maîtres tibétains ou des prédicateurs charismatiques est indéniablement le piège le plus fréquenté des marcheurs spirituels toutes traditions confondues.

Le manque de confiance en soi, d’amour vis-à-vis de soi-même, pour ne pas dire le mépris de soi-même, amène quasiment toujours à cette passion pour le charismatique guide spirituel - elle donne l’impression de prendre possession de ses qualités. Immense illusion qui fait dire qu’il ne s’agit pas d’égocentrisme mais de foi incommensurable.

L’idéalisme, tyrannie de l’esprit qui exige (immédiatement) que le monde soit exactement comme nous le souhaitons, selon nos humeurs (pour qui nous prenons-nous ?), amène souvent au cynisme ou à la mélancolie. Car bien sûr le monde est fait pour nous et nous est dû… Difficile de suivre l’art du contentement. Les individus qui ne veulent se résoudre à rester « blasés » optent pour la recherche de l’image idéale dans la multitude des phénomènes de la vie : l’adoration. La star system, la philosophie, la culture, l’esthétisme, la religion. Mais que font-ils sinon fuir leur déception ? Leur dégoût du reste ?

A mon grand étonnement, un ami me suggère que « l’acception du monde tel qu’il est » revient aussi à un idéal. Je lui réponds que l’idéalisme consiste en le désir de changer le monde, alors que l’acceptation correspond à l’accueillir sans vouloir le changer.

Le problème que pose la trop grande adoration d’un Dieu, du Soleil ou d’un maître est que l’on finit par s’oublier soi-même et les autres. S’oublier soi-même, c’est négliger ses problèmes internes, ne pas prendre en compte ses véritables besoins, et c’est ignorer l’introspection. Oublier les autres, son voisin de palier, les gens dans la rue, les victimes de leur propre cupidité, des guerres, des maladies, de la vieillesse et de la mort, c’est l’indifférence ou la négligence bête et méchante. Et grave. Et un mépris sous-jacent qui se développe en coulisse. Une fois encore, le jugement de valeur entre en jeu. Le jugement de valeur est ce avec quoi nous faisons des pyramides imaginaires où l’on place au sommet Dieu le merveilleux et les joyeux religieux. Et tout en bas, tout en bas, les malheureux et idiots « gens lambda », indignes de figurer en première page de Paris Match ou de VSD magasine.

Comment pouvons-nous sincèrement laisser place à l’amour authentique, à l’équanimité avec pareille vision ?
Cela me semble perdue d’avance…

Ne faut-il pas plutôt chercher le sacré en chaque chose ? Le concierge de l'immeuble, les pigeons urbains, les sacs plastiques jetés par terre, les usines de recyclage...

Voir également :
- idéalisme, maîtres et adoration
- bouddhisme : culture, politique ou spiritualité