25.06.2007
Histoire zen sur la conduite
Un aristocrate d'un âge avancé se rendit auprès d'un maître zen pour recevoir une instruction spirituelle.
Le maître lui dit : "Faites le bien, et évitez le mal".
Le vieil homme s'insurgea : "Même un enfant de cinq ans sait cela !"
"Même si un enfant de cinq ans le sait très bien, il arrive souvent que les adultes l'oublient souvent même à 80 ans."
Il semble en effet, qu'au fil des années, il soit utile de remettre à jour sa mémoire, de rafraîchir ses souvenirs et ses connaissances, et de vivre chaque jour comme un nouveau jour, totalement inconnu. (Cela concerne aussi ce que l'on croit savoir des autres, de ses proches, d'ailleurs. Nos vieux amis redeviennent alors des inconnus complets)
Voir Soyons Zen, Au-delà des mots... la liberté d'esprit !
Voir également :
- "entre le mal et le diable"
- "la morale athée"
- "la psychologie du décalage"
19:20 Publié dans _Début spirituel_ | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : morale, spirituel
02.06.2007
Entre le mal et le diable
Le mal : une réalité intérieure
Les notions absolues d'union cosmique, de "grand tout" ou de divin n'empêchent pas le concept (relatif) du "mal" de prendre un sens très fort. Pour cela il est nécessaire de s'éloigner d'une vision purement matérialiste et de plonger dans l'univers du sens et des sens. Cela consiste à donner de l'importance à la subjectivité de chacun : nos sensations et sentiments, plutôt qu'à une soi-disant objectivité scientifique.
Jung qui a longtemps étudié l'inconscient collectif, l'affirme : le mal existe. En quoi consiste-t-il ?
Selon lui, les différents archétypes qui constituent les principes naturels de l'esprit humain sont des potentiels inestimables, dont on peut tirer une énergie infinie. Or tout ce qui est naturel n'est pas bénéfique. Ou plutôt : certains éléments de la psyché humaine sont sources de grandes afflictions, d'illusions, de folie. Inceste, pédophilie, sadisme, homophobie, xénophobie. Des personnes et des organismes entiers se vouent à la cruauté, et aux actions de destructions. Lorsqu'on a fait un choix clair pour le bonheur et contre le malheur, il devient crucial de déceler en nous ces forces perturbatrices (passons l'approche non-dualiste). Puisque ces dernières génèrent de la souffrance, on peut parler symboliquement de "mal", et l'exotérisme ne se prive pas de personnifier le symbole en "Diable".
Chacun de nous possède ces potentiels de destruction et d'affliction et il ne dépend que de nous de les écarter ou de les transmuter. Cela dit, il ne faut pas se leurrer : autant la colère peut aboutir soit à la créativité soit à la destruction, la haine à l'état pur est très difficilement mutable. Il est possible que des personnes naissent avec des potentiels négatifs très développés, et d'agir en vrais démons, manipulateurs ou psychopathes. On peut envisager par ailleurs la possession ( c.f. : exorcisme) comme un phénomène d'emprise par ce type de forces archétypiques.
Si nous avons tous des potentiels de malheur, il n'est pas étonnant que dans l'ensemble, nous vivions des états d'affliction ou sommes victimes agressions. Nous agressons aussi à notre tour, presque sans exception. La seule façon de se débarrasser des "forces obscures" est de les combattre en nous.
Des expressions comme le Diable ou le mal peuvent être des raccourcis pour parler de ces potentiels de souffrance, ce qui ne posent pas de problème en soi, de la même façon qu'on dit "eau" pour parler de substances se trouvant à différents endroits en des états différents. Cependant, la conceptualisation du mal concorde trop souvent avec le moralisme duquel découlent automatiquement des jugements de valeur. Ainsi, « le mal » se charge de toute une panoplie de connotations négatives, de sentiments désagréables, et perd rapidement son statut d’accessoire utile. La morale dans sa dimension strictement dualiste empêche d’accéder à l’amour véritable en le simulant, et rend le "combat intérieur" non avenu. Cela revient à attiser le feu que l’on veut éteindre.
Plutôt que de parler du "mal", ne faudrait-il pas parler de forces ou de "tendances psychiques visant à provoquer toujours plus de souffrance, d'aveuglement et de déraison" ? C'est long à dire, je l'avoue...
Le Diable : il est là-bas !
Lorsqu'on confond la carte et le territoire, le concept et le réel signifié, les confusions apparaissent. La personnification du mal mène droit à son extériorisation : au manichéisme. Tout à coup, l'humain (tout en étant pêcheur) devient vierge, et c'est le Diable qui cause le mal. Il faut donc détruire ces hommes et ces femmes qui émanent de ou pactisent avec lui. Les Américains, les Islamistes, les industriels, les croyants, les athées. Nous projetons nos propres « ombres » sur les autres et ça nous donne l’impression d’être plus purs.
Cette attitude a trois défauts majeurs :
- On oublie que le mal est en nous, on le nie et on le refoule
- On nourrit la haine et l'aversion donc le mal en nous
- On n'est plus capable de voir l'autre diabolisé dans le long terme et on ne l'autorise plus au changement
Tout cela prend une échelle politique et planétaire lorsque des politiques, des dictateurs, des Etats et des religions induisent massivement cette mentalité pour mieux manipuler l’opinion publique. Les individus perdent alors leur intégrité et leur autonomie. Sujet abordé plus amplement dans Présent et Avenir, C.G. Jung.
Sur le même thème :
- La conjonction des opposés dans le travail sur l'ombre (psychologie jungienne)
- Savoir gérer le mal (site université Paris 5)
Voir également "la morale athée"
Vidéo de C.G. Jung sur la guerre (et le mal) in English
19:30 Publié dans _Glossaire_ | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Religion, morale, mal, diable, introspection, Jung, nihilisme
30.04.2007
La morale athée
Il n'y a rien de bon ou de mauvais, sinon l'idée que l'on s'en fait. Shakespeare
Rien n'a de sens. Ni la vie, ni la mort. Surtout, il n'y a rien après la mort. La vie n'a pas de but, pas d'objectif, de destination, d'utilité. La vie n'est rien, ou ce que l'on en fait.
Même le plus matérialiste des matérialistes a du mal à se débarrasser de sa morale. Un don ou une tare de l'humanité ? Car ce n'est pas bien d'être immoral ou amoral, n'est-ce pas ? Il a fallu donc trouver des justifications rationnelles à cette morale. Déjà, on commence par changer de terme en remplaçant "morale" par "éthique", ça fait moins puéril. Ca fait plus raisonné, détaché, rationnel. Morale, ça nous fait penser à bien et mal, gentil et méchant.
Une personne rationnelle et rationnalisante ne va pas dire "c'est mal de faire ceci ou de faire cela", mais plutôt "cela est déloyal", "cela va causer le désordre social", "c'est une injustice intolérable", "ce n'est pas équitable", "c'est inhumain" ou tout simplement "c'est illégal". Si l'on creuse la question, on trouve des évidences : le désordre, c'est mal, l'injustice, c'est mal. Une morale toute bête.
La plupart des "gentils" se battent sous la bannière de l'humanisme ou de l'altruisme, tout en fuyant leurs propres peurs, tout en se permettant de juger implacablement les autres (les dictateurs, l'armée, les politiciens...), car c'est eux qui font le mal, qui sont stupides, immoraux, inhumains. Les "gentils" ne sont jamais manichéens, toutefois les escrocs et les impérialistes sont les méchants qu'il faut combattre. Finalement, nous sommes des dictateurs qui décident ce qui est bien et ce qui est mal, mais l'univers se passerait bien de ces décisions faciles. Chacun de nous est le Dieu de son univers personnel.
On pense surtout à soi-même, à sa souffrance, à son avenir. Un proche m'a fait l'aveu que s'il militait pour la justice dans le monde et l'écologie, pour empêcher les innocents de se faire massacrer ou empoisonner, c'est parce qu'au fond, il avait peur de la mort. Il ne semblait pas se rendre compte du terrible paradoxe. Pourquoi se soucier du sort des autres, alors que la motivation est personnelle (égoïste) ? (voir "la psychologie du décalage" et "l'évitement de la souffrance")
En fin de compte, notre la moral repose surtout sur les différentes peurs qui rôdent dans les tréfonds de notre psyché. Toute attitude ou morale fondées sur la peur aboutissent manifestement à grande échelle ou à long terme à l'agression, la répression, à l'absurde ou à la folie. Si nous n'avions pas peur de la mort, si nous n'avions pas peur d'être pauvres, de souffrir, peut-être qu'il n'y aurait plus de méchants ni de pécheurs. C'est cette sérénité peut-être, cette acceptation de la fatalité que nous devrions trouver, plutôt que cette lutte à la Don Quichotte, cette croisade contre l'inhumain, l'injustice (le mal, quoi), cette fuite de nos peurs.
Peut-être pouvons-nous reprendre ou créer des codes de conduite non fondé sur la peur mais sur l'amour. Cela demande bien sûr de prendre conscience de cette peur et de s'en affranchir petit à petit, et de s'imprégner de l'amour. Si l'on considère que tous les êtres sont des gouttes d'eau dans un océan (voir "songe égocentrique et union cosmique"), et que l'on réalise le fait que personne ne veut souffrir, il se dégage deux repères : la souffrance et le bonheur. Et il va de soi que certains actes dans certaines conditions mènent à la souffrance, et d'autres, parfois les mêmes, au bonheur, selon les circonstances et les personnalités. En considérant l'humanité comme un tout, il est devient logique d'éviter de nuire aux autres. La démarche spirituelle est non seulement d'avoir cette conception mentale mais aussi de ressentir cette unité par différent biais. Afin de discerner les actions réduisant la souffrance et apportant la joie de celles causant la souffrance, il semble nécessaire d'aiguiser une intelligence et une sensibilité, une intuition de plus en plus subtile. Dans cette vision de l'éthique qui n'est pas une couverture de l'égocentrisme, il n'y a pas de règle ni d'action toute faite. Des repères et des principes sont nécessaires, mais il n'y a pas de procédure absolue. Il s'agit de nous familiariser avec les lois qui sous-tendent notre univers et notre esprit. Parfois, les procédures simplifient le quotidien, mais la souplesse mentale est souvent requise pour s'adapter aux humeurs des uns, aux caprices des forces naturelles, aux accidents.
Voir "entre le mal et le diable"
01:10 Publié dans Athéisme & Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Morale, éthique, athée, mort, peur, amour, équanimité
23.12.2006
La suprématie de la raison
La psyché ne se limite pas à la dichotomie raison/passion, elle est dotée d'un autre sens : le ressenti - la porte de la transcendance
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De part le monde, l’intellect a eu sa place dans l’humanité depuis l’antiquité. En Egypte, en Grèce, en Inde, il y avait déjà de grands penseurs. Cependant, en Occident depuis la Renaissance, avec des philosophes comme Descartes, le mental s’est détaché du reste de la psyché. La pensée est aujourd’hui comme un dictateur dominant esprit dans tous les pays riches de la planète. Pour la plupart d’entre nous, nous avons pris l’étrange habitude, d’appréhender l’univers uniquement que par l’intellect. Et surtout de croire que l’intellect en est capable. Ceci reste encore à prouver.
Les intellectuels et chercheurs d’université s’illusionnent souvent pouvoir comprendre la véritable nature des religions et des cultures primitives. Pourtant il est vraisemblablement impossible de comprendre une religion sans la vivre. C'était un des slogans de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss. Deux de mes amis que j’ai emmené voir un maître spirituel m’ont raconté qu’au moment de recevoir sa bénédiction, il a eu le sentiment d’être en union avec le monde. C’est le genre d’expérience - auquel le mental n’a pas accès - qui peut ouvrir notre esprit à une dimension plus vaste de la vie, et que même cent ans d’études brillantes et approfondies ne peuvent remplacer. Réfuter ces expériences avec le seul argument qu'on ne les a pas vécu, c'est tomber dans l'a priori. C’est comme la différence entre lire des encyclopédies sur le chocolat et goûter du chocolat. Malheureusement, les expériences de grâce ne surviennent ni tout le temps, ni à tout le monde.
Descartes et Pascal furent l’uns des pionniers à avoir séparé le corps de l’esprit, la raison de la passion. Aujourd’hui, les athées s’adonnent (ou pas) et se cantonnent dans la réflexion (plutôt plus) et l’érudition (plutôt moins). En quelque sorte, les athées ont adopté la croyance que le mental seul peut s'affranchir du reste de la psyché, les émotions, les sensations, etc. Il n’en est rien, et je pense que la plupart des athées en sont conscients mais l’admettre est difficile. Il n’en est rien, et je pense que la plupart des athées en sont conscients mais l’admettre est difficile.
Prenons le cas d’un gentil bourgeois à la discipline et à la morale « infaillibles », et athée. Il a écrit des thèses, des doctorats, et maintenant professe dans plusieurs universités d’Europe. Il n’a jamais voulu tuer personne et sait combien cela est « mal ». Un soir, il prend en flagrant délit, dans sa propre demeure, un inconnu qui vient d’étrangler sa femme. Pris d’une colère terrible, il égorge l’assassin, ce qui en fait un de plus. Ce genre d’histoires n’est pas rare, et montre qu’aussi intelligent et cultivé que l’on soit, on ne peut maîtriser nos émotions et pulsions diverses.
L’esprit possède donc d’autres facultés en dehors de la pensée. Il y a entre autres la sensation, la mémoire (sensorielle et tout court), la concentration, l’imagination, et la conscience. La prière et les techniques de méditations sont des moyens utilisant la sensation, la concentration, l’imagination et la conscience, pour se libérer de l’emprise de nos propres émotions, névroses et limitations. Si le mental veut tout contrôler, c’est à nous de lui donner la place qui lui convient.
Voir "L'évitement de sa propre souffrance"
Voir "fonction de la religion"
15:10 Publié dans Athéisme & Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : raison, athée, morale, transcendance, matérialisme, ressenti, rationalisme