01.04.2007

Ce que cache un croyant

Inutile de croire. Pratiquer : pourquoi ?

Souvent, lorsque les athées parlent de "croyants", le terme regroupe autant les "croyants non pratiquants" que les pratiquants et les croyants non religieux. Si c'est le cas, c'est parce que pour eux, la principale préoccupation, le sujet au coeur du débat est la croyance, alors que dans une spiritualité authentique, il n'en est pas de même.

Parmi les fidèles d'une religion, les personnes crédules ou ceux qui ne veulent pas approfondir s'en tiennent à une croyance plus ou moins forte, en tout les cas plus ou moins creuse, artificielle. A moins d'être vertueux, talentueux, géniaux dès le début, les croyants "débutants" font preuve de peu de qualités, de capacités spirituelles : patience, tolérance, générosité, lucidité, courage, douceur, réactivité, sagesse,... Ils sont les cibles les plus faciles des critiques athées. (c.f. : la mythomanie spirituelle)
Certains débutants sont prudents et n'attachent pas d'importance à la croyance, mais à l'efficacité ou à la pertinence des sermons ou enseignements donnés.
Dans les fidèles plus avancés ou assidus, une partie croit au divin, une autre non ou ne s'en préoccupe pas. Quelque soit leur position, leur caractéristique principale est une pratique régulière voire intensive. Si une minorité développent des qualités humaines et spirituelles, pour la majorité ce n'est pas le cas, où à très faible allure. Cette majorité constitue la meilleure proie des athées car ils "nourrissent" un énorme paradoxe. Paradoxe n'est que contradiction apparente : cela n'est pas sans explication. En effet, une pratique spirituelle qui n'est pas connectée à l'introspection, soit une confrontation avec son âme, son inconscient, ses émotions, ne peut engendrer une transformation en profondeur. Laisser intact ses névroses, ses fixations mentales, puis s'exercer au lâcher-prise et accumuler des savoirs, des capacités mentales, psychiques, revient à rincer, sécher et parfumer son corps souillé sans l'avoir savonné. Pratiquer sans s'être interrogé sur sa motivation profonde revient à partir en voyage sans avoir vérifié la destination. (c.f. : la psychologie du décalage)

Il y a une différence majeur qui se retrouve à tous les niveaux, c'est la foi : pas dans le sens de Comte-Sponville (L'esprit de l'athéisme) mais d'un sentiment profond, d'un ressenti d'une présence transcendante (c.f. : la foi et la croyance). Une personne qui a la foi, a comme motivation l'exaltation, un sentiment de grandeur à sa démarche spirituelle. Une personne qui n'a pas la foi, aura comme motivation - en général inconsciente - la peur (de la mort, de la solitude, de l'échec, etc.), la culpabilité, le narcissisme, que cela soit sous couvert d'un raisonnement sophistiqué, ou pas...

Parmi les personnes a-religieuses, il existe de telles personnes qui ne pratiquent aucune forme de religion mais qui ont la foi. Ce n'est pas pour autant qu'elles n'ont pas accès à l 'introspection et au développement spirituel qui peut se vivre à travers les actes de la vie quotidienne, le développement personnel ou une psychothérapie.

En résumé, la croyance importe peu dans la spiritualité. Pratiquer une religion peut contribuer à la maturation intérieure, mais pas toujours. Ce qui compte est l'investissement dans l'introspection et l'entraînement de l'esprit dirigé vers la sagesse. Ce qui change tout, c'est la foi. En définitive, la dichotomie croyants / non-croyants est trop grossière.

17.03.2007

Mythomanie spirituelle

Chrétien n'est pas Jésus


medium_Jesus_Satan.jpgLa méprise vient souvent de l'athée : pourquoi se querellent-ils tout en prônant l'amour ? Pourquoi se pavanent-ils alors qu'ils accusent l'orgueil ? Et quand le croyant n'assume pas cette contradiction apparente ou n'en est même pas conscient, la colère se fait sentir. Les athées voudraient que tout chrétien soit Jésus, que tout bouddhiste soit Bouddha, et à la découverte de la douloureuse réalité, ils clament que nulle religion n'a de sens ni d'utilité. Il arrive souvent d'ailleurs, qu'un croyant finisse par croire, à temps partiel ou à plein temps, qu'il égale un ou plusieurs grands prophètes de l'Histoire. Il m'est arrivé de tomber sur de fervents pratiquants assez modestes pour dire "je ne suis qu'un ridicule croyant" mais d'une telle arrogance qu'ils prétendent maîtriser largement leur esprit, appliquer leurs principes (ceux de leur doctrine), avoir le coeur ouvert et empli d'amour. Il n'en est rien bien sûr. Puis ils s'adressent à leur entourage sur un ton hautain ou autoritaire pour leur dire quoi faire.

A force de lire à répétition des principes admirables, de prier le bien et d'exhorter de mal, le pratiquant finit souvent par croire qu'il est devenu cet idéal qu'il recherchait. Ainsi, sans prendre le temps de bien vérifier ses acquis, ses transformations intérieures, il va se croire pur et accompli, savant et supérieur, surtout lorsqu'on a obtenu un titre honorifique, une position élevée dans la société ou une hiérarchie religieuse. Ainsi se creuse un véritable gouffre entre l'image que l'on a de soi-même et ce que l'on est vraiment, et ce que l'on pense consciemment et ce qui se trame inconsciemment. Alors que la conscience semble s'attacher à une notion idéale de l'amour, l'inconscient peut être empêtré dans une accumulation de haine.
Je crois qu'il n'est pas constructif de savoir si l'inconscient est une réalité tangible ou pas. Ce qui est certain, c'est qu'il y a une multitude d'émotions et des pensées dont nous ne sommes pas conscient. De mon point de vue, tant que nous n'aurons pas intégré cette notion d'éléments psychiques conscients et non-conscients, il sera toujours difficile d'évoluer spirituellement, quelques soient la fréquence et la quantité de la pratique religieuse ou spirituelle. J'ai envie de dire que la spiritualité implique forcément l'introspection, c'est-à-dire d'aller à la rencontre de ses propres "éléments inconscients", et que la religiosité peut s'en passer. Pourtant, il est fort de constater que de nombreuses personnes qui se revendiquent "spirituelles" investissent assez peu de temps et d'effort pour aller à la rencontre du "côté obscur de leur propre force". Pour initier une telle entreprise, il semble nécessaire d'atténuer les jugements que l'on se porte à soi-même (et de ce fait aux autres), de se débarrasser de son dieu-juge personnel. Ainsi, la haine, la jalousie, la colère, etc. perdent leurs étiquettes "mauvais", "mal", "diabolique". Ils ne sont plus que des parties de soi-même, et on peut les accueillir sans crainte avant de les transformer ou les dissoudre.

Voir :
- "Idéalisme, maîtres et adoration"
- "La psychologie du décalage"
- "Le matérialisme spirituel"