23.03.2008

Pourquoi ni la psychanalyse ni la spiritualité peuvent ne pas marcher


Je devrais ajouter aux deux approches une longue liste incluant de nombreuses thérapies analytiques ou utilisant essentiellement l'intellect, les méthodes de développement personnel, la religion...

Je peux aussi reformuler le titre en : "Pourquoi la compréhension consciente ne permet pas de résoudre des problèmes psychiques" ou "pourquoi la raison peut être impuissante vis-à-vis des passion".

De temps en temps, il est nécessaire d'admettre que même avec le couteau suisse le plus complet et sophistiqué, on ne peut pas ouvrir la porte de chez soi, de remplacer une roue de voiture, ou de nettoyer sa salle de bain. A défaut de ne pas pouvoir avancer sur son chemin d'épanouissement ou d'introspection. De rester prisonnier de blocages que l'on s'obstine souvent à nier. La souplesse d'esprit ferait que l'on sache utiliser aussi bien un couteau suisse qu'une clé à molette ou une éponge - cela s'appelle aussi l'adaptation.

Reportage de 7 min :

12.01.2008

CICNS : pertinent ou inquiétant ? ou les deux ?

Le Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS) tente de montrer combien le gouvernement actuel s'acharne à diaboliser autant de nouvelles spiritualités que possibles, en tout impartialité. Ils prétendent défendre aucun mouvement, aucune doctrine en particulier, mais met en garde le public contre la pensée unique, une certaine manipulation des masses par l'Etat ou les médias. On les accuse dès le début d'être la vitrine soft de la Scientologie ou d'autres "sectes" pour riposter contre la lutte-antisecte. Beaucoup s'inquiètent également de l'indulgence du Président de la République actuel à l'égard de "spiritualités en marge" comme l'Eglise de S...

L'effort à dénoncer les chasses aux sorcières, les dénonciations biaisées et abusives est salutaire. Mais ce n'est pas parce qu'un camp manipule que l'autre ne manipule pas... là est la limite du CICNS, à mon sens. On peut penser aussi que toute cela n'est souvent qu'un conflit d'intérêt (argent, pouvoir, sexe) plutôt qu'un conflit pour la vérité ou le bonheur.


La Miviludes marque dans son rapport (PDF) de 2006 :

[...] Maintenant que la Scientologie se dit « inscrite dans le paysage », sans doute a-t-elle choisi de s’en remettre à d’autres, comme la CAPLC et le CICNS, pour remplir le rôle peu glorieux « d’empêcheur officiel de tourner en rond ». Elle préfère le « politiquement correct », consacrant son énergie à des causes susceptibles de se révéler plus rentables en termes d’image (lutte contre la drogue, droits de l’Homme, humanitaire…) par le biais d’associations plus ou moins affichées comme officiellement liées à son activité, telles que la Commission des citoyens pour les droits de l’Homme
(CCDH), « Non à la drogue, oui à la vie », l’« Association internationale des jeunes pour les droits de l’Homme », « Les ministres volontaires » et « Criminon ». Sous le titre « La Scientologie fait sa promo »115, l’hebdomadaire Marianne décrivait une nouvelle campagne lancée par l’organisation, avec distribution du premier volet d’une série de trois tracts à sa gloire, tirés chacun à un million d’exemplaires. Le journaliste notait que la date de lancement de cette opération coïncidait avec celle du démarrage des travaux de la Commission d’enquête parlementaire, et il concluait en
s’interrogeant : « Aurait-elle (la Scientologie) quelque chose à se reprocher ? »
Certes, la Scientologie n’apparaît pas en première ligne, mais l’analyse attentive des arguments utilisés et des méthodes déployées aux avant-postes par la CAPLC et le CICNS contre la Commission d’enquête parlementaire, laisse à penser qu’elle les a beaucoup inspirés … et plus si affinités.
« Là où les universitaires (sociologues, ethnologues, historiens) et tous les mouvements spirituels minoritaires demandent, depuis de nombreuses années, la possibilité d’un débat contradictoire
dans l’enceinte du Parlement, nos élus au suffrage universel se vantent de l’absence totale de contradiction et de l’unanimité imposée au débat »101. Les propos de sociologues, parfois habilement tronqués, sont aussi régulièrement utilisés pour nier le problème sectaire.


Quelques interview par le CICNS en vidéo :

Sylvie Simon, écrivain et journaliste, auteur de plusieurs ouvrages sur la vaccination et les médecines alternatives. Elle consacre son temps à la diffusion de vérités dérangeantes au sujet des liens entre les intérêts financiers, la santé publique et la politique. Dans cette interview, elle exprime sa révolte devant une politique d'état liberticide :

Christiane Singer, chargée de cours à l'université de Fribourg, puis écrivain. Elle a suivi l’enseignement de Graf Karlfried Dürckheim :




Anne Morelli est historienne. Son parcours universitaire l'a conduite à travailler sur des questions de sociologie des religions. Elle est directrice adjointe du centre interdisciplinaire d'étude des religions et de la laïcité à l'université libre de Bruxelles. Dans cette interview, elle décrit avec éloquence et sans passion - elle est athée - la condition des minorités spirituelles en France et en Europe.




Michel Maffesoli dirige la chaire de sociologie Durkheim à la Sorbonne. Il se dit être "le spectateur attendri de ce qui est" et s'est donné comme tâche de "trouver les mots pour dire notre temps". Il nous parle ici de la place des nouvelles spiritualités et de l'émergence de nouvelles formes de rapports humains dans notre société en mutation.



08.01.2008

Nicolas Tesla

Un scientifique pas comme les autres

Sans lui nous n'aurions ni électicité à la maison, ni radio.

Nikola Tesla (né le 10 juillet 1856 à Smiljan, dans les confins militaires de l'empire austro-hongrois - aujourd'hui en Croatie - et mort le 7 janvier 1943 à New York - États-Unis) était un inventeur et ingénieur serbe, dans le domaine de l'électricité.


Il est souvent considéré comme l'un des plus grands scientifiques dans l’histoire de la Technologie, pour avoir déposé plus de 900 brevets (qui sont pour la plupart repris au compte de Thomas Edison) traitant de nouvelles méthodes pour aborder la conversion de l'énergie. De plus, Tesla est reconnu comme l'un des ingénieurs les plus innovateurs de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Pour sa part, il aimait plutôt se définir comme un découvreur.



17.11.2007

Des catholiques sans Dieu

Article sur le site de France 5


Qui sont les catholiques de France ? Un siècle après la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Le Monde des religions a établi, en janvier 2007, un diagnostic de la première communauté religieuse de France. Le sondage CSA, réalisé pour la revue, confirme d'emblée la désaffection dont souffre l'Eglise catholique depuis des années.

Ainsi, les Français ne sont plus que 51 % à se déclarer catholiques - contre 67 % en 1994 - et, parmi eux, seule la moitié affirme croire en Dieu. Le constat interroge : que signifie être catholique aujourd'hui ? Ecartant les seuls repères institutionnels, tel le baptême, l'enquête porte davantage sur le sentiment religieux des individus. Une approche qui révèle les nouvelles pratiques et croyances des catholiques, caractérisées par leur diversité et, parfois, leurs contradictions.

Nul besoin, par exemple, pour se déclarer catholique, d'observer régulièrement les rites traditionnels de l'Eglise. La pratique s'individualise, et à la fréquentation des églises (ils ne sont que 17 % à s'y rendre régulièrement), les croyants préfèrent largement la prière. De même, la plupart d'entre eux restent de simples pratiquants. Ils ne sont que 8,5 % à souhaiter s'impliquer dans la vie de la communauté par le truchement d'activités paroissiales, d'actions humanitaires chrétiennes ou de cercles de réflexion spirituels.

Affranchis du dogme, les catholiques, s'ils ont la foi, ne croient pas nécessairement en un Dieu. Un vent de modernité a soufflé sur les fidèles, qui se réfèrent plus aisément à une force, une énergie, un esprit. Un vent qui les pousse à souhaiter que l'Eglise suive également les mutations de la société.

Bien que l'image de Benoît XVI reste bonne - avec 71 % d'opinions favorables, le pape affiche toutefois un score inférieur à son prédécesseur, Jean-Paul II. Alors qu'une très grande majorité de catholiques français souhaitent voir le mariage des prêtres ou l'ordination des femmes autorisés par le Vatican, ils expriment, de la même façon, le désir de voir s'instaurer un dialogue interreligieux, en faveur duquel s'est d'ailleurs exprimé le souverain pontife.

Si les catholiques représentent aujourd'hui - et probablement pour longtemps encore - la première communauté religieuse de France, la question de la transmission de la foi se pose cruellement. Les prêtres, plus de 45 000 en 1970, sont à présent deux fois moins nombreux et les églises se voient contrainte de recruter auprès des laïcs. La culture religieuse se dissout dans une pratique multiforme, moins portée sur les références historiques que sur une affirmation politique. Reste à l'Eglise de s'adapter aux comportements des catholiques nouvelle génération, pour espérer pallier sa perte d'influence et la crise des vocations qu'elle accuse.

Exorcisme et psychiatrie

Vidéo extrait de l'émission "C dans l'air" sur l'exorcisme catholique en France et la collaboration avec des médecins. Cliquer ici.

 

29.10.2007

La mécanique de l'esprit et de l'invisible

e453807af88c46653401df62ddc4352f.jpgTout ce qui ressort du relatif est rationnel
Dans la dualité, on oppose les contraires, on distingue les individus, on dissèque les éléments d'un système. Dans l'absolue que vivent certains mystiques, où toute opposition disparaît, où toute loi s'effondre, la rationnalité n'est plus. Toutefois, la psyché humaine fait partie de la réalité duelle, même si elle est impalpable, au même titre que la lumière.

Nous sommes tous des névrosés aux yeux des psychiatres. Beaucoup ne l’admettront jamais. Ceux qui cherchent la spiritualité le font surtout à cause d’un mal-être. Aveu sincère ? Cela arrive, mais de toute façon on se rattrape avec les « super-techniques de l’illumination ». La science et la raison n’ont pas résolu les maux de l’âme, donc il fallait bien trouver autre chose.
La spiritualité, croit-on, dépasse toute rationalité. Et les imperfections s’effaceront par-delà toute logique. En fait, la seule logique est celle de l'accroissement. Croire plus, méditer plus, prier plus. Et mon âme est purifiée !

Les adeptes des nouvelles croyances s’abreuvent de théories ésotériques toujours plus secrètes (au rayon best-seller) et accumulent les techniques transcendantes. Les croyants "rétro" suivent prêches et enseignements assidûment, multiplient les pratiques religieuses et/ou énergétiques. Ils veulent aller toujours plus haut dans le ciel, et perdent contact avec la terre - le concret. Quelque part, ils cherchent à fuir le rationnel car le changement leur semble beaucoup plus probable dans la magie. Les idées merveilleuses.

Malgré tout, un nombre croissant de personnes doivent se rendre à l’évidence : les changements sont rares et minimes. Parfois, les résultats sont inverses à ce qui est escompté. Dans ce contexte, mêmes dans les milieux New Age, des voix s’élèvent pour dire que l’on ne peut pas échapper à la « mécanique », admettant le génie de Descartes. Oui, selon eux, la psyché, l’âme a son propre mécanisme, comme une horloge ou une voiture. La spiritualité commence et finit avec le ménage et la vaisselle, les factures EDF, les déclarations d'impôts et la plomberie de la salle de bain.

Si une personne a un traumatisme psychique, méditer ou prier ne le sauveront pas. La voie psychothérapeutique s’impose, faute de candidat alternatif convaincant. Si un dépressif, par exemple, est « surchargé d’entités » (possédé), aucune thérapie, aucun médicament ne fonctionnera. Il doit être débarrassé de l'obstacle principal à sa guérison, diraient certains médiums, shamanes et exorcistes. Tout cela n’est pas scientifique bien sûr, mais il semble que, même dans le paranormal, il y ait une logique implacable.

On peut donc penser que ce qu'on nomme en fait « l'irrationnel », est en fait parfaitement rationnel mais régi par des lois encore ignorées du grand nombre. L'irrationnel, pour ainsi dire, n'existe pas.

28.10.2007

L'Abbé Pierre sur l'enfer

e1b612dd72970834a50ab116786570f5.jpg« L’enfer, c’est les autres, écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. L’enfer, c’est soi-même coupé des autres.»

22.07.2007

La fonction de la religion

PROLOGUE

Voici les quelques définitions les plus courantes de la religion :
- ce qui relie au divin (divin extérieur),
- ce qui relie les humains entre eux,
- ce qui relie l’humain à lui-même (divin intérieur ou sans),
- phénomène social (pour apporter une réponse à nos angoisses les plus fondamentales, peur de la mort, etc., pour la cohésion, la structuration sociale,…)
- phénomène biologique et/ou psychologique (tout humain serait doté d’une pulsion ou d’un capacité à se sentir uni à toute l’humanité - voir l'article "Pourquoi Dieu ne disparaîtra jamais" où la grâce est réduite à de la sérotonine, et l'article "Science & Vie et Dieu. La pensée pauvre, pauvres de nous sur le site d'AFIS science - non moins athée - qui contredit la thèse)


medium_stnposterb.jpg La religion est souvent réduite à un culte - des croyants qui rendent un culte à un Dieu ou à des divinités, comme à tendance à le faire Régis Debray (site officiel), écrivain très éloquent à ce sujet. (Toutefois son point de vue sur la religion est inédite et digne d'intérêt - lire Le Feu Sacré : Fonctions du Religieux) D'autre comme Luc Ferry, propose que la religion est une façon de s'interroger sur ou de déguiser la mort, et d'apaiser nos angoisses (lire L'Homme-Dieu). Plus précisément, la religion constitue un cadre où est rendu possible un travail intérieur : spirituel. Travail signifie exercice, apprentissage, réflexion, discussion, effort, cheminement. Bien sûr, on peut croire sans cheminer. On peut aller à l’école et paresser, c’est la liberté de chacun. Une école où aucun élève ne travaille est problématique, certes… Donc, outre le fait de relier les hommes aux puissances célestes, une religion est aussi un ensemble d’outils, de méthodes pour l’épanouissement des individus, autrement dit, pour le bonheur de tout le monde. En termes psychologiques, la religion permet aux humains de se relier à eux-mêmes, à leur inconscient, comme l’affirmait Carl Gustav Jung. Si l’existence des puissances divines est difficile à démontrer, en tout cas aujourd’hui, la tâche est moins difficile pour ce qui est de l’aspect thérapeutique et bénéfique des voies spirituelles en général (ce qui n’incluent pas les sectes capitalistes…). Généralement, l’athéisme se base sur l’idée que la liberté - donc le bonheur - repose sur notre capacité à satisfaire nos besoins et la plupart de nos désirs. Aujourd’hui, la tendance dominante est à l’hédonisme, où le plaisir devient le but de l’existence, ce qui, à l'extrême, amène à des perversions comme le sado-masochisme. (voir "le mythe de la liberté") L'inconvénient étant que l'accoutumance que l'on développe à l'égard des plaisirs renforce notre égoïsme et une certaine indifférence à la situation des autres.

La méprise fondamentale de l’athéisme sur la religion est de la considérer comme ayant uniquement une fonction collective. En réalité, la religion (particulièrement à son niveau ésotérique), de même que l’animisme, le shamanisme et le mysticisme, a comme fonction première, une fonction individuelle. Elle demande à chacun de se regarder, de s’écouter et de se sentir. Qui suis-je ? Que fais-je ? Quelles sont mes émotions, mes sensations ? sont les questions à se poser. La société, l’école, la famille et la religion nous donnent des valeurs et des principes.

Mais il ne suffit pas d’avoir des principes pour pouvoir les mettre en application
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Il faut donc prendre du temps pour réfléchir et s’observer afin de connaître les réelles motivations de nos faits et gestes. Afin de s’assurer que nos actions et nos émotions sont en accord avec nos principes. Cela demande donc du courage, de la concentration et de la persévérance.

La prière, la méditation ou autres exercices physiques permettent d’accroîtrent des qualités comme la concentration et la souplesse mentale / le lâcher-prise. Ainsi, il devient plus facile de s’affranchir de la colère, de la haine, de la jalousie, de la peur, de l’attachement… … à la condition qu’il y ait une véritable pratique, et qu’elle soit proprement menée. Il ne faut donc pas prendre comme exemples les intégristes qui ne suivent pas un enseignement authentique ou qui n’ont aucune pratique leur permettant d’être moins assujettis aux pulsions intérieures. (voir "l'évitement de sa propre souffrance") Il ne s’agit pas de rejeter les émotions comme dans le stoïcisme (où la sagesse est uniquement connaissance), le plaisir comme dans l'épicurisme, mais de s’efforcer à ne plus être esclave des forces psychiques. Nous pouvons alors accueillir les sensations, sans les rejeter ni s'y attacher.

 

18.07.2007

LQG, théorie des cordes et Cosmologie hindoue

Avant le Big Bang ?

Source : futura-sciences.com
Par Laurent Sacco, Futura-Sciences

La cosmologie est sans aucun doute la science dont les implications philosophiques sont les plus importantes. Avec la question du rapport exact de l’esprit et de la matière, quoi de plus fondamentale que celle de l’origine de l’espace, du temps et de la matière qu’ils contiennent ? Pour répondre à toutes ces questions, il faudrait disposer d’une théorie quantique de la gravitation. Les approches les plus prometteuses sont celles de la théorie des cordes et celles de la Gravitation Quantique à Boucles (en anglais Loop Quantum Gravity soit LQG). Martin Bojowald est l’un des pionniers de l’application de cette dernière à la cosmologie et il vient d’exposer dans Nature les derniers résultats qu’il a obtenus. L’Univers pourrait passer périodiquement par des phases d’oscillations avec « rebonds », avec une série sans commencement ni fin de Big Bang et de Big Crunch, un modèle rappelant certaines cosmologies Hindous.

Le sujet de la gravitation quantique est extrêmement vaste et il faudrait probablement des centaines de pages pour lui rendre justice. Il est bien connu que l’application de la mécanique quantique aux équations de la relativité générale d’Einstein conduit à des divergences infinies lorsqu’on cherche à coupler le champ de gravitation à la matière. Il existe toutefois des situations où l’on peut faire des calculs approximatifs de gravitation quantique sans que des quantités infinies incontrôlables n’émergent. C’est le cas dans certains modèles de cosmologie simples décrits par ce qu’on appelle la gravitation quantique canonique et introduits dans les années 60 par John Wheeler et surtout Bryce DeWitt pour l’essentiel.



Pour faire court, on cherche à appliquer les règles de quantification standards dites canoniques aux équations d’Einstein, ce qui veut dire qu’on cherche à mettre ces dernières sous une forme dite Hamiltonienne bien connue avec la mécanique analytique. Il faut pour cela introduire, comme pour la mécanique d’un système de particules, un espace des phases et une fonction Hamiltonienne H représentant l’énergie totale du système champ de gravitation+matière. De même qu’un point dans l’espace des phases représente un ensemble de positions possibles pour des particules en mouvement sous l’action de forces, un point dans l’espace des phases du champ de gravitation représentera un état possible de la géométrie de l’espace-temps courbé par la présence de matière, et plus généralement d’impulsions et d’énergies. On a donné un nom à cette espace de configurations de l’espace-temps : le super-espace (à ne pas confondre avec celui de la supergravité).

On peut alors construire une équation de Schrödinger avec une fonction d’onde dont le carré donne la probabilité de trouver la géométrie de l’espace-temps dans un état donné. C’est justement l’équation de Wheeler-DeWitt. Le problème est que, contrairement au cas avec N particules, la géométrie de l’espace-temps est décrite par un champ de tenseur à 10 composantes défini en chaque point de l’espace-temps. Comme il y en a une infinité, on comprend aisément que la résolution d’une telle équation n’est pas chose facile. Cependant, si l’on fixe par avance une classe de géométries possibles ne dépendant que d’un petit nombre de paramètres, certains calculs sont alors possibles. Cela revient à tronquer l’espace des phases précédant en « gelant » des degrés de liberté pour ne plus garder qu’un mini super-espace.

Le cas le plus simple est celui où l’on prend les modèles cosmologiques homogènes et isotropes de Friedman-Robertson-Walker (FRW) avec comme origine du champ de gravitation le champ le plus simple qu’on puisse imaginer : un champ scalaire décrit par une équation de Klein-Gordon avec un potentiel V. L’évolution dans le temps du champ de gravitation se réduit ici à un seul degré de liberté a(t). La fonction Hamiltonienne du système prend alors une forme similaire à celle décrivant une particule avec deux coordonnées de position, ici a(t) et (t), se déplaçant dans un potentiel compliqué. Les règles de quantification d’un tel système sont bien connues en mécanique ondulatoire et l’équation quantique décrivant ces modèles simples d’Univers n’est pas plus compliqué, mais pas moins, que celles que l’on peut rencontrer en physique atomique et moléculaire.

Le problème de la singularité cosmologique initiale

Rappelons à ce propos que dans le cadre de la relativité générale classique, les modèles de FRW sont problématiques, avec bien d’autres d’ailleurs, car l’on peut montrer que lorsque t=0 la courbure de l’espace-temps devient infinie, la notion même d’espace-temps s’effondre en fait, ce qui est une catastrophe car l’on ne peut alors plus rien faire. Le début de l’Univers, si cette notion même à un sens, est alors complètement hors de portée de la connaissance humaine. De même, une situation identique se produit lorsqu’une étoile s’effondre pour donner un trou noir en RG classique, une singularité de l’espace-temps se forme et les lois de la physique s’y brisent.

Or, ce n’est pas la première fois que la physique a été confrontée à ce genre de problème. Déjà, lors de la construction des premiers modèles d’atomes, l’électron tournant autour du noyau était en situation instable et devait finir par s’effondrer sur le noyau en créant là aussi une singularité, mais pas d’espace-temps. L’introduction de la mécanique quantique, et de la mécanique ondulatoire avec une fonction d’onde, avaient alors montré qu’il n’existait qu’une série d’états dynamiques discrets accessibles à l’électron, les fameux niveaux d’énergie de l’atome de Bohr. La fonction d’onde décrivant la probabilité de trouver l’électron dans une région de l’espace « étalait » cette même position en rendant l’effondrement précédent impossible.

John Wheeler et Bryce DeWitt avaient très clairement indiqué qu’un processus similaire devait se produire avec leur équation de Schrödinger de l’espace-temps. Les singularités en relativité générale seraient donc probablement « lissées » par le traitement quantique, stoppant ainsi leur formation.

Des résultats en ce sens avaient d’ailleurs été fournis dès la fin des années 60 et surtout dans le cadre du fameux modèle avec temps imaginaire de Hartle-Hawking au début des années 80. Malheureusement, comme indiqué précédemment, à chaque fois il s’agissait d’une situation très particulière où l’on admettait que la géométrie de l’Univers ne pouvait pas s’écarter beaucoup d’une certaine forme d’homogénéité et d’isotropie permettant de simplifier considérablement les calculs. Cela n’est pas satisfaisant car de telles hypothèses, bien que justifiables par certains côtés, n’en sont pas moins des vœux pieux. La théorie devrait partir d’un espace-temps arbitraire, non prédéterminé en partie par avance, et ce sont les calculs qui fourniront l’état de cet espace-temps.

Il faudrait pour cela résoudre l’équation de Wheeler-DeWitt de manière générale ou au mieux générique, mais comment s’y prendre ?

Une percée considérable s’est faite au milieu des années 80. Le physicien d’origine Indienne Abhay Ashtekar, qui avait été le post-doc du grand Roger Penrose, a introduit une formulation des équations d’Einstein dans l’espace des phases de l’espace-temps simplifiant considérablement leur formulation Hamiltonienne. En fait, il montrait que l'on se trouvait dans une situation formellement très proche de celle que l’on obtenait avec les équations de Yang-Mills, notamment celle de la QCD. Les techniques issues de cette théorie de jauge des interactions nucléaires fortes, la ChromoDynamique Quantique, pouvaient alors être transposées.



C’est ce que lui et surtout Lee Smolin et Carlo Rovelli réussirent à faire. A défaut d’une solution générale de l’équation de WDW, ils purent trouver de grandes classes de solutions mais surtout préciser de façon rigoureuse l’espace des solutions de cette équation. Comme toutes les équations de Schrödinger, les solutions de ces équations peuvent être rassemblées en un espace vectoriel abstrait ressemblant à l’espace habituel, il s’agit du célèbre espace de Hilbert. Une solution est alors décrite par un point dans cet espace repéré par un « vecteur position ». Dans le langage de la mécanique quantique, les fonctions d’ondes correspondant à une géométrie particulière de l’espace-temps sont des vecteurs d’états. Le principe de superposition des états de la mécanique quantique implique alors que la géométrie de l’espace-temps peut se trouver sous la forme d’une superposition d’états donnée par la somme vectorielle de ces vecteurs.



Le résultat le plus spectaculaire fut qu’il était alors possible de construire des opérateurs de surface et de volume, pour la géométrie de l’espace-temps, dont les spectres sont discrets !

On sait qu’en mécanique quantique les grandeurs comme l’énergie ou le moment cinétique sont données par des opérateurs. En agissant sur la fonction d’onde, qui mathématiquement ressemble à la fonction décrivant une onde lumineuse, l’opérateur d’énergie extrait alors les différentes composantes du spectre composant cette onde. Dans le cas de l’atome d’hydrogène, cela donne des niveaux discrets d’énergie et des orbites caractérisées elles aussi par une série discrète de distances de l’électron par rapport au noyau.

La situation est vraiment très similaire car le principe de correspondance de Bohr s’applique aussi dans le cas du spectre des aires et des volumes. Au fur et à mesure que le nombre quantique caractérisant des orbites de plus en plus grandes augmente, la différence entre les niveaux d’énergie devient de plus en plus faible ainsi que les distances spatiales séparant les orbites. Le spectre discret devient continu et la physique quantique se raccroche à la physique classique. Ainsi, pour des surfaces et des volumes de plus en plus grands, la notion d’espace-temps classique continu est retrouvée.

Martin Bojowald a donc été un des premiers à tirer les conséquences en cosmologie de ce caractère discret de l’espace-temps à l’échelle de Planck fourni par les équations de la LQG. Il a alors appliqué celles-ci aux modèles de FRW précédents et il a découvert plusieurs choses.
Même si l’on reste toujours dans une approximation de mini super-espace la situation est bien mieux contrôlée, car, le fait que la géométrie de l’espace-temps soit discrète réduit déjà considérablement le nombre de degrés de liberté possibles pour l’espace-temps à l’approche de la singularité primordiale. Ce qui permet de mieux justifier l’utilisation des mini-super-espaces en raison même de la structure de la LQG.

On trouve alors que l’on peut définir un opérateur de courbure pour l’espace-temps et un opérateur de « position » a(t) pour le facteur décrivant l’expansion des Univers de FRW. Contrairement aux résultats obtenus avant la LQG, le spectre de ces opérateurs est discret.

Magiquement, alors que le spectre du dernier opérateur possède la valeur 0 correspondant à un volume nul, celui de la courbure possède alors une borne maximale, la singularité de l’espace-temps est éliminée !

On peut alors prolonger sans aucun problème la structure de l’espace-temps avant ce qui correspond pour nous à un temps 0. Il y a alors un « Avant le Big Bang ». Si l’on représente le facteur d’expansion de l’Univers au cours du temps celui-ci effectue un mouvement rappelant celui d’une balle rebondissant éternellement de façon élastique, on parle d’ailleurs en anglais de « bouncing Univers » pour des théories de ce genre. On pourrait croire que chaque cycle d’expansion-contraction reproduit l’Univers à l’identique mais Bojowald fait remarquer que ses équations quantiques rendent en partie indéterminés les paramètres décrivant chaque nouveau cycle qui perdrait donc à chaque fois une partie des informations caractérisant l’état précédant.

L’Univers serait donc comme un phénix éternellement renaissant de ses cendres pour une nouvelle aventure différente de la précédente. Métaphysique ou physique que tout cela ? Probablement les deux.


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Voir le documentaire sur la théorie des cordes

02.06.2007

Entre le mal et le diable

A la chasse aux sorcières

Le mal : une réalité intérieure

1a9b4703f97cfcdba783f6e91f30f86b.jpg Les notions absolues d'union cosmique, de "grand tout" ou de divin n'empêchent pas le concept (relatif) du "mal" de prendre un sens très fort. Pour cela il est nécessaire de s'éloigner d'une vision purement matérialiste et de plonger dans l'univers du sens et des sens. Cela consiste à donner de l'importance à la subjectivité de chacun : nos sensations et sentiments, plutôt qu'à une soi-disant objectivité scientifique.

Jung qui a longtemps étudié l'inconscient collectif, l'affirme : le mal existe. En quoi consiste-t-il ?
Selon lui, les différents archétypes qui constituent les principes naturels de l'esprit humain sont des potentiels inestimables, dont on peut tirer une énergie infinie. Or tout ce qui est naturel n'est pas bénéfique. Ou plutôt : certains éléments de la psyché humaine sont sources de grandes afflictions,  d'illusions, de folie. Inceste, pédophilie, sadisme, homophobie, xénophobie. Des personnes et des organismes entiers se vouent à la cruauté, et aux  actions de destructions. Lorsqu'on a fait un choix clair pour le bonheur et contre le malheur, il devient crucial de déceler en nous ces forces perturbatrices (passons l'approche non-dualiste). Puisque ces dernières génèrent de la souffrance, on peut parler symboliquement de "mal", et l'exotérisme ne se prive pas de personnifier le symbole en "Diable".

Chacun de nous possède ces potentiels de destruction et d'affliction et il ne dépend que de nous de les écarter ou de les transmuter. Cela dit, il ne faut pas se leurrer : autant la colère peut aboutir soit à la créativité soit à la destruction, la haine à l'état pur est très difficilement mutable. Il est possible que des personnes naissent avec des potentiels négatifs très développés, et d'agir en vrais démons, manipulateurs ou psychopathes. On peut envisager par ailleurs la possession ( c.f. : exorcisme) comme un phénomène d'emprise par ce type de forces archétypiques.

Si nous avons tous des potentiels de malheur, il n'est pas étonnant que dans l'ensemble, nous vivions des états d'affliction ou sommes victimes agressions. Nous agressons aussi à notre tour, presque sans exception. La seule façon de se débarrasser des "forces obscures" est de les combattre en nous.

Des expressions comme le Diable ou le mal peuvent être des raccourcis pour parler de ces potentiels de souffrance, ce qui ne posent pas de problème en soi, de la même façon qu'on dit "eau" pour parler de substances se trouvant à différents endroits en des états différents. Cependant, la conceptualisation du mal concorde trop souvent avec le moralisme duquel découlent automatiquement des jugements de valeur. Ainsi, « le mal » se charge de toute une panoplie de connotations négatives, de sentiments désagréables, et perd rapidement son statut d’accessoire utile. La morale dans sa dimension strictement dualiste empêche d’accéder à l’amour véritable en le simulant, et rend le "combat intérieur" non avenu. Cela revient à attiser le feu que l’on veut éteindre.

Plutôt que de parler du "mal", ne faudrait-il pas parler de forces ou de "tendances psychiques visant à provoquer toujours plus de souffrance, d'aveuglement et de déraison" ? C'est long à dire, je l'avoue...


Le Diable : il est là-bas !

Lorsqu'on confond la carte et le territoire, le concept et le réel signifié, les confusions apparaissent. La personnification du mal mène droit à son extériorisation : au manichéisme. Tout à coup, l'humain (tout en étant pêcheur) devient vierge, et c'est le Diable qui cause le mal. Il faut donc détruire ces hommes et ces femmes qui émanent de ou pactisent avec lui. Les Américains, les Islamistes, les industriels, les croyants, les athées. Nous projetons nos propres « ombres » sur les autres et ça nous donne l’impression d’être plus purs.

Cette attitude a trois défauts majeurs :
- On oublie que le mal est en nous, on le nie et on le refoule
- On nourrit la haine et l'aversion donc le mal en nous
- On n'est plus capable de voir l'autre diabolisé dans le long terme et on ne l'autorise plus au changement

Tout cela prend une échelle politique et planétaire lorsque des politiques, des dictateurs, des Etats et des religions induisent massivement cette mentalité pour mieux manipuler l’opinion publique. Les individus perdent alors leur intégrité et leur autonomie. Sujet abordé plus amplement dans Présent et Avenir, C.G. Jung.

Sur le même thème :
- La conjonction des opposés dans le travail sur l'ombre (psychologie jungienne)
- Savoir gérer le mal (site université Paris 5)

Voir également "la morale athée"


Vidéo de C.G. Jung sur la guerre (et le mal) in English