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07/01/2012

Le remplaçant de Dieu

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En cette période de recherche accrue en matière de NDE et de mécanique quantique, d'imminence de la découverte probable du champ de Higgs (en savoir plus), la question de Dieu peut légitimement se poser en de nouveaux termes.

Vous êtes habités par une sensation, une présence, vous avez peut-être la foi (lire la foi & la croyance). Mais il s'agit peut-être d'autre chose que ce vous imaginez. Car le mental a vite fait d'associer une sensation à un concept, et c'est par cette fonction qu'il cherche à rester maître à bord. Dire "je ne sais pas", est le début de sa capitulation.

Vous faites peut-être partie d'une tranche minoritaire de la société qui ne croit pas en Dieu, ou d'une encore plus minoritaire qui croit en une réalité invisible, sous-jacente ou transcendante sans vouloir absolument y associer une conscience ou une intention, une supériorité ou une toute-puissance. Je parlerais volontiers d'une mécanique cosmique dont les rouages nous échappent. Comment appeler, d'ailleurs cette minorité parmi les minorités ?

Si je ne suis pas responsable de mon devenir, je me défais de la culpabilité, du péché. Si je n'ai pas de culpabilité, je ne suis plus dans l'arrogance de ma prétendue toute-puissance. Disons le dans l'autre sens : dans l'arrogance de ma prétendue toute-puissance, je suis hautement coupable car je suis responsable de mon destin voire du devenir de l'humanité.

La culpabilité est l'aveu d'une arrogance.
Aveu ou choix, d'ailleurs ?

Je suis responsable de ce que je perçois et ressens, de ce dont je suis conscient. Mais c'est tellement peu face à tout ce qui est inconscient.
Je suis responsable de ce que je suis et fais, mais c'est tellement peu face à tout ce que les autres sont et font.

Même si vous ne croyez pas en Dieu ou en toute autre entité consciente supérieure, il vous est toujours possible de vous en remettre à plus grand que vous, aux flux des événements, à l'écoulement du temps.

C'est accepter de ne pas tout contrôler, de ne pas faire le triomphe du bien sur le mal. C'est accepter de ne pas être sauvé, de mourir. Parce que le mouvement de l'océan ne dépend pas de celui d'une seule vague.

Capituler, c'est accepter de vivre en accord avec nos aspirations profondes et de ressentir la joie, même à travers les erreurs et l'échec.

Nous jouons un jeu dont nous ne sommes pas les auteurs des règles. Lorsqu'ainsi, nous consentons aux règles et assumons nos limites, naît l'amour de nous-mêmes tels que nous sommes.

La grâce peut ainsi toucher l'athée ou l'incroyant qui a quitté la rive du rationnel tout-puissant — rive tout aussi périlleuse que celle de l'irrationnel tout-puissant.

Dans les instants heureux ou malheureux, face à l'inconnu, à l'imprévu, à l'incompréhension, dans la peur, vous pouvez avoir envie de vous lancer vers l'autre rive : de vous en remettre à plus grand que vous, à cette masse immense et animée d'une énergie infinie qui vous entoure. Qui vous dépasse. Vous voudriez parler, prier, crier plus qu'à vous-mêmes. Et là, les mots vous manquent ou vous effraient.

"Seigneur" fait trop pompeux, "Dieu" encore trop religieux, "Tao" trop oriental, "l'Univers" trop new age…

Pourquoi ne pas choisir presque au hasard un mot banal ou une image : "ça", "plancher", "vase", "courant",…  Pourquoi ne pas inventer des mots ?

Vous pensez peut-être que n'utiliser qu'un seul mot pour désigner l'indicible et l'incompréhensible est un chemin dangereux vers le dogme et le culte de ceci ou de cela. Alors vous pouvez décider de varier les mots, de faire sans mot, de faire des contre-emplois, dire tantôt "Médiocre", tantôt "Sublime". Ce serait un bon début pour déposséder le mental de son pouvoir — lui montrer que la réalité le dépasse et qu'il ne décide pas de tout.

Si vous ne croyiez pas en un Dieu (qui réponde à vos demandes d'aide), quel genre de prières dire ? Lorsque l'inattendu se produit, c'est une bonne occasion pour nous donner de l'empathie : "j'en peux plus parce que la vie est trop dure / parce que j'ai perdu un proche…  je voudrais tellement que…"
Pour nous relier à un ensemble plus vaste et nous désidentifier du seul moi : "Je fais partie de cet océan infini, je ne suis qu'une vague toutefois traversée par une énergie infinie."
Pour reconnaître nos limites et exprimer de l'amour à notre égard : "je n'ai pas pu tout faire / j'ai échoué / j'aurai voulu… pour autant j'accepte le cours de la vie, cela me dépasse. Je m'aime comme je suis. Je cesse de me juger."
Nous pouvons aussi faire le point sur nos valeurs et nos rêves, et les redorer : "Ce qui a du sens pour moi, c'est… / J'ai tellement envie de… et je vais tout faire pour y arriver. J'accepte si ça ne se passe pas comme je le désire, je fais partie du Flux, je m'en remet à lui."

C'est ainsi que nous pouvons, entre autres, nous agenouiller devant l'inconnaissable, déposer l'arrogance du mental, quitter la culpabilité et sa jumelle, la toute-puissance — et remplacer Dieu.

29/12/2011

Dieu indémontrable — vidéo avec Abdennour Bidar

09/03/2011

Les bisounours spirituels sans instinct

 

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A trop chercher la transcendance ou l’union cosmique, il nous arrive de planer trop longtemps dans les sphères célestes. Ainsi des approches non-duelles comme le Dzogchen propose de ne rien chercher et de ne rien pratiquer (attention, on plane beaucoup chez les Dzogchen aussi…).

A trop chercher l’amour absolu ou l’harmonie sociale, il nous arrive de tomber dans la bonté mièvre. Nous devenons des bisounours spirituels. Ce qui nous différencie des bisounours tout court, c’est le fait de rabâcher des théories « profondes » ou les mots empathie et bienveillance.

En dehors de l’aspect parfois repoussant du bisounours, ce qui devient embarrassant dans cet état d’être et la perte de l’instinct animal chez l’homme et la femme.

Oui, à trop vouloir l’innocence, nous perdons l’instinct. L’instinct au niveau supérieur devient clairvoyance. Sans cette dernière, le bisounours sombre dans l’obscurité.

Il semble que cette obsession de la bonté agit comme un filtre qui distord la perception des choses. Toute chose devient bisounours.

Cette perte du flair primitif est le sujet du best-seller Femmes qui courent avec les loups. L’auteure nous crie : « perdez votre innocence, reprenez votre instinct ! »

Il est bien sûr, tout à fait possible d’avoir un sens de la transcendance et en même temps de percevoir en soi et en l’autre l’ombre, le mal et la perversion. En tout cas, rien ne presse. L’instinct nous alerte du chantage affectif, des imposteurs, des manipulateurs, des pervers narcissiques et autres prédateurs sociaux, religieux ou politiques.

La bisounoursitude c'est ne plus pouvoir reconnaître et exprimer notre colère, notre tristesse, notre peur, tout ce qui peut avoir une connotation négative ou de vulnérabilité. Tout ce qui peut ternir l'image de nous-mêmes. Ainsi, nous perdons la lucidité fondamentale. Et c'est donc un long apprentissage de pouvoir accueillir notre vulnérabilité, notre ombre et de voir la beauté en nous.

L’instinct couplé à la conscience est synonyme d’autonomie.

25/09/2010

Lotus, entre sagesse et souillure


lotus-blte.jpgExaminons la symbolique du lotus…

La vase et l'eau vaseuse : c'est le monde duel, matériel, impur, les instincts primaires, les penchants égotiques, l'ombre selon Jung…

Le ciel éclairé par le soleil qui illumine la fleur : c'est la non-dualité, le monde immatériel, spirituel, le divin, l'Eveil, la sagesse, etc.

L'image du lotus est incontournable que ce soit dans les courants de l'hindouisme ou du bouddhisme. Elle a accompagné une grande partie de l'Asie depuis des millénaires. Mais que signifie-t-elle vraiment ?

La notion dominante en Orient est celle de la pureté. C'est l'état immaculée de la fleur de lotus qui se tient hors de l'eau vaseuse.

Le fait est que si la fleur ne touche ni l'eau ni la vase, ses racines sont bien ancrées dans la vase.

Il y a donc, principalement deux tendances qui découlent de la symbolique du lotus :
- une approche dualiste voire manichéenne qui va combattre, contenir ou nier tout ce qui appartient à la vase
- une approche "alchimique" qui consiste à accueillir et utiliser la vase, l'ombre, la matière, l'ego, pour stimuler et alimenter la quête spirituelle.

Dans cette approche "non dualiste", on réalise que la vase est le seul support, le seul terreau sur lequel il est possible de faire mûrir l'âme, la conscience, l'être, etc. Si le ciel ou le soleil apporte la semence, il féconde la terre. (je reste dans la dualité terre-ciel pour cet article)

C'est dans la vase que se trouve nutriments, minéraux et eau essentiels au développement, non dans la lumière. En quelque sorte la vase (ou la terre) est la seule nourriture de l'être.

Alors au lieu de considérer la matière comme des obstacles, comme le diable en personne, il nous est proposé de la regarder comme un escalier, quelque chose qui nous permet de comprendre et de grandir. La matière fini et éphémère, l'égo et son ombre sont donc à la fois le cadre et la source d'énergie permettant à l'être de cheminer vers l'éternel, la lumière, la libération, etc.

Au lieu de considérer les émotions (négatives) comme des entraves à absolument éviter ou pacifier, il nous est proposé quand cela est possible, de les accueillir et même de s'en servir comme tremplin, comme carburant (à brûler donc) pour se propulser vers notre objectif. Des chercheurs comme Boris Cyrulnik explique que les émotions comme la peur sont utiles voire vitales, notamment pour anticiper et éloigner les dangers (lire Eloges de la peur). D'autre part, plutôt que de projeter notre peur, notre colère ou haine contre l'objet de notre émotion, nous pouvons la relier à nos aspirations, nos besoins profonds (approche CNV), notre quête. Ainsi la motivation à atteindre notre but peut être dopée grâce à une émotion considérée a priori comme destructive. Avec cette pratique de transmutation, les émotions "négatives" deviennent constructives, donc positives. Ainsi la colère peut se consumer et renforcer l'acceptation, l'empathie, la joie… Au final, la colère par exemple ne disparaît sûrement pas de la vie terrestre, comme signal d'alarme d'évènements fâcheux, d'action malveillantes, elle demeure précieuse et vitale. La question est de savoir comment nous la faisons évoluer.

On peut ajouter que si beaucoup de religieux pratiquants et spirituels évitent d'aller à l'écoute de leurs émotions en croyant les purifier par des mantras ou des rituels et les lâcher-prise grâce à la méditation, il semble qu'au final la manière la plus efficace et la plus honnête d'évoluer est d'aller à leur rencontre. Et en acceptant de ressentir ses émotions, il est possible de connaître ses propres besoins qui sont souvent dissimulés par les jugements et les inhibitions (selon la CNV, voir la liste des besoins en dernière page du PDF).

12/02/2008

Into the Wild et spiritualité

Comédie dramatique, 2h20



Inspiré d'une histoire vraie, celle de l'Américain Christopher McCandless. Un film rafraîchissant dans sa forme et son fond, en tout cas résolument moderne dans sa forme. Avec lui, on peut comprendre de manière implicite, la signification d'une retraite spirituelle, d'un retrait du monde tumultueux, d'un cheminement dans la solitude : c'est un retour sur soi, une confrontation directe avec soi-même. Ce n'est pas nécessairement la solution ultime, comme nous souffle notamment le mot de la fin* (ne pas lire la note si vous n'avez pas vu le film !!), mais c'est une étape qui peut se révéler essentielle dans la vie d'un être dont la quête est l'amour, la connaissance de soi...

Il est intéressant de noter que la plupart des critiques qui n'ont pas apprécié Into the Wild n'ont pas saisi sa teneur fortement spirituelle. Il se peut que le réalisateur, Sean Penn, ait volontairement ajouté cette dimension-là à une histoire plus simplement tragique ou absurde. Ces critiques se sont principalement focalisées sur le côté égoïste et idéaliste du personnage principal. La fuite de la société matérialiste, l'amour de la nature sauvage sont vus comme une vaine tentative de salut qui rappelle la vieille époque romantique.

Peut-être que ces gens-là ne peuvent tout simplement pas remettre en question leur propre dépendance au consumérisme et au confort de la vie urbaine. Que tout ce que montre Into the Wild les dérangent dans leurs certitudes, de ce qu'est la société et de ses vertus soi-disant vitales pour l'évolution de l'humanité.

Quoiqu'il en soit, il n'y a aucun doute que ce film parle du sens de la vie, évoque la transcendance, remet habilement en question notre crainte de la peine, nos dépendances, nos habitudes d'habitants de la cité et même de la campagne. Même si au fond, Christopher McCandless n'était qu'un pauvre romantique égoïste... peut-être.


Site officiel



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* Dans le grand moment d'agonie, Christopher McCandless écrit : "le bonheur n'est réel que s'il est partagé". De toute façon, le jeune homme ne comptait pas vivre ainsi toute sa vie.

22/07/2007

La foi & la croyance

Pour changer de débat

medium_wonder_.jpg La plupart du temps, que l'on soit athée ou adepte d'une religion, on place le débat sur un niveau intellectuel : rationnel contre irrationnel, croire suivant un raisonnement contre ne pas croire suivant un autre. De ce fait, de nombreux croyants sont dans l'illusion de la foi par une croyance, une auto-persuasion, soit fondée sur une logique souvent fragile - une évidence jamais remise en question - soit héritée de la famille. Solide ou pas, une logique ne peut engendrer une véritable foi, et si la plupart des croyants avaient la foi, ils pratiqueraient aussi, ou ils pratiqueraient plus et/ou plus intensément. Une telle croyance a son intérêt malgré tout. Cela peut être une forme d'espoir ou de force pour vivre.

Pour simplifier nous allons différencier la foi de la croyance, mais le but n'est pas de nous perdre dans une dissertation définitionnelle. Le principal est de distinguer deux rapports diamétralement différents au divin. Derrière la croyance tant critiquée, il y a le ressenti personnel d'une présence tellement forte qu'il amène souvent à un sentiment d'émerveillement, de grâce ou d'extase, ce qui amène le plus souvent à "la foi". Pour Abraham Maslow, célèbre psychologue humaniste, les expériences d'extase sont des "expérience paroxystiques". Ce sont des choses qui arrivent hélas rarement aux personnes n'utilisant que leur intellect.

Je connais certaines personnes qui ont senti - à un moment de leur vie - être en union avec l'univers, ou quelque chose d'incommensurable entrer dans leur corps. Ce ressenti n'a aucun rapport avec une quelconque démonstration scientifique ou logique. C'est une chose que l'on ne peut atteindre par le débat ni par la réflexion. Il est donc inutile de convaincre, car il faut le "sentir pour le croire". En fait, une seule expérience de ce genre peut mettre fin à tout débat. Et il ne serait plus question de l'existence du divin ou d'autre chose, mais de la certitude d'une présence impalpable, non mesurable, non localisable. Ce ressenti d'une présence, quelle qu'elle soit, n'enlève pas à l'individu la capacité de réflexion ou de rationnalité. Classer les croyants dans l'irrationnel et la bêtise est indéniablement hâtif. On aura beau débattre des dizaines d'années durant sur le goût du chocolat au lait aux amandes suisse, une personne qui n'y a jamais goûté ne connaîtra jamais son goût. Il en est de même pour la foi. Voir l'article "Qu'est-ce que la foi?" sur le site 1001nights

Quelques ouvrages de Maslow :
- L'accomplissement de soi : De la motivation à la plénitude


Voir "La suprématie du mental"

Qu'est ce qu'une expérience paroxystique ?

Les recherches menées par Maslow décrivent les expériences paroxystiques comme des états modifiés de la perception :
- Perception que l'univers est un tout intégré et unifié
- Disparition des échelles de comparaison entre les choses (important / insignifiant, petit / grand...)
- Disparition de toute notion de jugement (puisque les échelles de comparaison disparaissent).
- Perception que toute chose existe pour elle-même par rapport au "tout", et que le vivant est sacré en tout point de vue.
- Abandon de l'égo au profit d'une vision totalement holistique de l'univers.
- L'expérience paroxystique vaut par elle-même : elle se justifie par elle-même.
- Désorientation spatiale et temporelle. 1 minute, 1 an…l'expérience est atemporelle pour celui qui la vit.

Source : "L'accomplissement de soi", ba-consultants.com / Abraham Maslow, Wikipédia

03/07/2007

Charité et spiritualité

578c3ffe85c2ff4315eadfc707ff7df2.jpgLa charité et l'humanitaire se posent la plupart du temps en défenseur du bien contre le mal. Ils adoptent un comportement de sauveur.
La spiritualité, qui peut se déployer autant à travers la charité qu'en dehors, vise à la transcendance du "moi, je : dépasser la séparation entre soi et les autres, entre les individus. Le but alors n'est plus d'aider quelqu'un ou de faire le bien. Mais lorsqu'il n'y a plus de moi différencié absolu, il n'y a plus de raison pour faire souffrir l'autre, pour se glorifier, pour s'approprier richesse et possessions au dépend des autres.

Dans la charité, on peut tout à fait solidifier la séparation entre soi et les autres, renforcer l'ego, l'egocentrisme, son mythe personnel. Et bien sûr fuir la rencontre avec soi-même, ses propres souffrance - l'introspection !

20/05/2007

Transcendance & immanence

Transcendance immanente, immanence transcendante


Transcendance réfutée


medium_transcendance_decalcomania.jpgParce qu'on peut l'imaginer - Henri Laborit

Dans son Eloge de la fuite dont je fais souvent l'éloge, Henri Laborit remet en cause le mysticisme et la transcendance. Son raisonnement suggère que si Dieu ou autres principes appelés "transcendants" sont imaginables, concevables par la conscience humaine, c'est qu'ils ne sont pas transcendants. Comte-Sponville tient le même discours dans l'esprit de l'athéisme (mon article) et explique qu'alors, il s'agit d'immanence.


Transcender quoi ?

Tout mystique sait qu'il n'y a pas en fait, de contradiction entre immanence et transcendance. A l'inverse, beaucoup ne savent pas ce qu'implique réellement la notion de transcendance et la réduise au simple problème : on peut l'atteindre ou pas. C'est en fait un terme qui couvre un champ de concepts beaucoup plus large.

- L'intellect et la perception ordinaire

Nous appréhendons presque toujours le monde par la raison, surtout en Occident, au point que les concepts et les mots - le Verbe avec un V majuscule - remplacent la réalité. Il ne faut pas négliger les personnes "sensibles" et sensuelles qui savent apprécier le monde d'une autre manière que l'intellect. Pourtant, il y a une autre façon d'approcher le monde à laquelle nous pouvons accéder à travers différents exercices que nous proposent les religions et autres doctrines. Je parle de la méditation, des rituels mystiques, de la transe et des expériences paroxystiques.

Pour répondre à Laborit, il est bien sûr possible d'imaginer la transcendance puisqu'on peut concevoir l'infini sans pouvoir le cerner réellement. Il en est de même pour la courbure de l'espace popularisée par Einstein, que l'on peut imaginer, conceptualiser mathématiquement. Cela reste très abstrait, aucune équation ne peut nous la faire vivre ou sentir. Dans le cas d'une courbure positive, la théorie explique que si une fusée pouvait nous transporter assez longtemps, il serait possible de faire "le tour de l'univers" en ayant une trajectoire parfaitement droite, et de revenir au point de départ. On peut l'imaginer (encore que beaucoup me diront qu'ils ne peuvent pas), mais c'est impossible de la comprendre pleinement. Cela "dépasse notre entendement" : notre raison. Donc transcendance.

Pour répondre à Laborit et Comte-Sponville, le transcendant est atteignable directement par l'esprit par le biais non-conceptuel (et alors la question ne se pose plus en ces termes), mais ne l'est pas par l'intellect.

- Le dualisme


Par les différentes méthodes on peut changer de regard. Regard que l'on peut stabiliser à travers le cheminement spirituel. On transcende le dualisme pour passer au non-dualisme, au-delà de la dichotomie moi / les autres, sujet / objet, observateur / observé. Le dualisme est le mode de pensée qui correspond au rationalisme cartésien où une chose ne peut en être deux à la fois.

On dépasse l'opposition des contraires (clair / obscur, chaos / ordre, vice / vertu, féminin / masculin) ou on les unit. Il y a donc également l'idée de dépasser une certaine façon de pensée.

L'école philosophique bouddhiste de la "voie médiane", le Madhyamaka, stipule que l'univers n'est ni existant, ni non-existant, ni les deux à la fois, ni aucun des deux. Il réfute donc toute assertion conceptuelle concernant la nature de la réalité. De la même façon, la théologie négative professée entre autres par le célèbre mystique chrétien Maître Eckhart, "consiste à nier tout ce que l’on peut dire de Dieu, car il est toujours au-delà. C’est la connaissance apophatique de Dieu. Cet apophatisme rend compte de l’incapacité absolue de l’esprit humain de dire “ce qu’est Dieu”, autrement dit son essence ou, comme préfère l’écrire Denys, sa suressence. Toute affirmation sur Dieu, de nature sensible ou intelligible, doit être niée. Toutefois ces négations elles-mêmes devront être à leur tour niées car la suressence divine est au-delà des affirmations et des négations."

La vacuité, la "nature de l'esprit", concept-clé du bouddhisme ésotérique s'apparente au Dieu néant : "Le Dieu néant, c’est le Dieu inconditionnel et transcendant, le néant du manifesté, autrement dit la Déité au-dessus de Dieu : au-dessus des images (Überbildung), un être sans image (Entbildung). En qualifiant Dieu ou la Déité de néant (niht), Eckhart ne veut pas dire que Dieu n’est pas, mais qu’il n’est ni être ni néant, ou plus exactement au-delà de l’être et du néant, antérieur à toute représentation de ce qui est et de ce qui n’est pas, précédant toute détermination ontologique. Si l’être est quelque chose, alors Dieu est néant, au sens où il est au-delà de ce qui peut se représenter en termes de manifestation."
Source sur la théologie négative : Maître Eckhart, Une mystique du détachement, Maître Eckhart et la Mystique rhénane

- Le monde matériel : la cinquième dimension

Il y a par ailleurs le fait d'intégrer ou d'accéder à d'autres dimensions de la réalité. On parle d'énergie ou de matériels subtiles, mais également de dimensions parallèles que l'on retrouve dans l'hindouisme et le bouddhisme. La cinquième dimension correspond au niveau de réalité qui permettrait l'omniprésence et une vision totale de la réalité matérielle, selon Jean-Pierre Jourdan dans Deadline Dernière Limite ( acheter / site officiel / mon article).


Bref, la transcendance, ce n'est pas plus dépasser le monde matériel (dans tous les sens du terme) que de dépasser soi-même, son propre ego, sa propre raison. Ca dépasse notre entendement.