24.02.2008
Thich Nhat Hanh sur l'enfant intérieur
Thich Nhat Hanh est peut-être le moine zen vivant le plus célèbre du monde. Pourtant il n'est pas japonais mais vietnamien. Né en 1926, il reçoit le prix Nobel de la paix pour son activisme pacifique durant la guerre du Vietnam. Il fonde plusieurs centres de méditation à travers le monde, surtout en France et aux Etats-Unis. En 1982, il s'installe en Dordogne dans un lieu qui sera nommé "le village des pruniers", son centre principal.Reconnu par la classe politique, il parvient même à organiser des "marches de Pleine Conscience" - où des centaines de personnes défilent en plein centre de Paris, encadré par des CRS...
En plus d'être un auteur prolifique, Thich Nhat Hanh est un esprit inventif qui innove des mantras ("je suis chez moi, je suis arrivé"), remodèle la tradition au goût de la modernité. Son esprit "engagé" l'amène souvent à attirer l'attention sur des conflits inhumains et à engager des actions concrètes. La douceur incroyable qu'il émane se démarque de l'image habituelle "brute" du bouddhisme zen, soit austère et rigide, soit anticoformiste et cocasse.
Voici un extrait de son livre "the Path of Emancipation" (édition anglaise)
PRENDRE SOIN DE NOTRE ENFANT INTERIEUR
Lors d’un Question / Réponse, à une femme qui raconte qu’elle a été blessée par la vie et abusée par son père alcoolique, qu’elle qui ne croit plus en la vie et ne fait plus confiance à personne, Thay répond :
«Beaucoup d’entre nous ont un enfant blessé en eux. Et comme nous sommes tellement occupés, nous n’avons pas le temps de revenir à notre enfant blessé et d’être avec lui pour l’aider à guérir.
Lorsque nous avons été profondément blessé alors que nous étions enfants, c’est difficile pour nous de faire confiance et d’aimer, et d’autoriser cet amour à nous pénétrer. Je conseille toujours à mes amis d’aménager leur vie quotidienne pour qu’ils aient le temps de revenir à eux-mêmes et prendre soin de leur enfant blessé. C’est une pratique très importante.
Il y a un obstacle. Beaucoup d’entre nous savent que nous avons un enfant blessé en nous, mais nous avons peur de revenir à nous même et d’être avec cet enfant. Le bloc de chagrin et de souffrance est tellement énorme et écrasant que nous le fuyons. Nous courrons dans la direction opposée. Même si nous avons le temps, nous n’allons pas chez nous, en nous-mêmes. Nous prenons la fuite en lisant des romans, en regardant la télévision, ou en discutant. La pratique nous conseille de revenir dans notre demeure et de prendre soin de notre enfant blessé, même si c’est difficile.
Nous avons besoin d’être soutenu et guidé pour savoir comment faire pour ne pas être écrasé par la douleur intérieure. Nous entrons dans l’énergie de la pleine conscience pour devenir suffisamment fort. Avec cette énergie, nous pouvons revenir en nous et embrasser notre enfant intérieur.
La pratique de la pleine conscience en marchant, en s’asseyant, ou en respirant est cruciale. Mais l’énergie de pleine conscience de nos amis peut aussi nous aider.
La première fois que nous revenons en nous vers notre enfant blessé, nous aurons peut-être besoin d’un ou deux amis (particulièrement ceux qui ont réussi dans cette pratique) qui viendront s’asseoir près de nous pour nous apporter leur soutien, leur énergie et leur pleine conscience.
Quand un ami s’assied près de nous et tient notre main, nous combinons son énergie avec la notre et retournons en nous-mêmes embrasser notre enfant intérieur blessé.
Certains de mes étudiants ont été blessé étant enfant. Je leur dis de revenir en eux-mêmes et de parler à leur enfant intérieur blessé, et de l’embrasser avec l’énergie de la pleine conscience : « mon chéri, je suis là pour toi ; je vais bien prendre soin de toi, je sais que tu as tant souffert. J’ai été si occupé et négligeant avec toi, mais maintenant j’ai appris un chemin pour revenir vers toi. »
Vous devez parler à votre enfant intérieur plusieurs fois par jour, pour que la guérison puisse se produire. Le petit enfant a été abandonné pendant si longtemps. C’est pourquoi vous devez commencer cette pratique tout de suite.
Embrassant votre enfant tendrement, vous le réassurez que vous ne le laisserez plus tomber, que vous serez toujours en lien avec lui.
Si vous avez une sangha aimante, votre pratique sera plus aisée. Pratiquer seul, sans le soutien de frères et de sœurs, sera trop difficile pour les débutants. Prendre refuge dans la sangha et avoir des frères et des sœurs pour vous aider et vous donner conseil dans les moments difficiles est très important.
Votre enfant blessé peut représenter plusieurs générations. Peut-être vos parents et vos grands-parents ont-ils eu le même problème. Ils ont eu aussi un enfant intérieur blessé avec lequel ils ne savent que faire et ainsi, ils vous ont transmis leur enfant blessé.
Votre pratique est de mettre fin à ce cercle vicieux. Si vous pouvez guérir votre enfant blessé, vous libèrerez la personne qui a abusé de vous. Cette personne peut avoir été elle aussi victime d’un abus. Si vous générez l’énergie de la pleine conscience, de la compréhension et de la compassion pour votre enfant blessé, vous souffrirez beaucoup moins. Les gens souffrent parce qu’ils n’ont pas été touché par la compassion et la compréhension. Quand vous générez la pleine conscience, la compassion et la compréhension deviennent possibles. Alors nous pouvons autoriser les gens à nous aimer. Avant, nous étions méfiants de chaque chose et de chacun. La compassion nous aide à nous relier et restaurer la communication. »
Pour entrer en contact avec le village des pruniers :
Tel. : +(33) 5.53.58.48.58
http://www.villagedespruniers.org/
A lire :
- La Vision profonde : De la pleine conscience à la contemplation intérieure
- La plénitude de l'instant : Vivre en pleine conscience
09:45 Publié dans Religion & spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : zen, bouddhisme, spiritualité, enfant intérieur, thich nhat hanh
12.02.2008
LA MEDITATION : une médecine d'avenir ?
Extrait de l'article de Thierry Janssen

Du 8 au 10 novembre 2005, plusieurs scientifiques de renommée internationale rencontraient le dalaï-lama et d’autres personnalités du monde spirituel pour débattre des bases scientifiques et des applications cliniques de la méditation. Organisées par le Mind and Life Institute, ces trois journées se déroulaient à Washington, juste avant l’ouverture du Congrès annuel de la Society for Neuroscience où le dalaï-lama était invité à prendre la parole.
Synergies
Il n’existe sans doute pas de meilleur exemple d’interdisciplinarité et de complémentarité que celui du Mind and Life Institute. Au départ, deux hommes : Adam Engle, avocat et homme d’affaire américain, et Francisco Varela, neurobiologiste chilien, diplômé de Harvard et directeur de recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) à Paris. Rien ne les prédestinait à se rencontrer, si ce n’est le fait que, chacun de leur côté, ils s’étaient convertis au bouddhisme et que, tous les deux, ils avaient entendu parler de l’intérêt du dalaï-lama pour la science occidentale. C’est une femme, Joan Halifax, enseignante bouddhiste zen, qui, en 1985, eut la bonne idée de les réunir. Le Mind and Life Institute était né. L’esprit et la vie. Avec un objectif : établir un dialogue entre la science et le bouddhisme. Deux cultures qui, chacune à leur manière, tentent de comprendre la nature de la réalité afin d’améliorer la condition humaine. Un projet ambitieux, donc. Puisque rien n’est plus difficile que réussir un dialogue constructif entre deux cultures. Deux ans plus tard, une première rencontre fut organisée entre le dalaï-lama et des chercheurs, dans les appartements privés du chef spirituel des Tibétains, à Dharamsala. Une dizaine d’autres réunions se déroulèrent en petit comité jusqu’en 2003, lorsque le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), invita Engle à organiser une réunion à Boston, en présence d’un public plus large. Entre temps, Francisco Varela était décédé au mois de mai 2001. Il aurait certainement apprécié de constater à quel point, aujourd’hui, les dialogues du Mind and Life Institute suscitent l’intérêt de la communauté scientifique.
Une manière de vaincre le stress
Depuis le début des années 1970, le biologiste Jon Kabat-Zinn, s’intéresse aux interactions du corps et de l’esprit. Très vite, il comprend l’intérêt de recourir à des techniques méditatives basées sur la notion de la « pleine conscience » (mindfulness). Apaiser l’esprit pour relâcher le corps. Débarrassée de toute connotation religieuse, exotique ou orientale, la méthode qu’il propose prend alors le nom scientifique mindfulness-based stress reduction (MBSR). « Une manière de rassurer les suspicieux. Un moyen d’intégrer la méditation dans la pratique clinique », commente Kabat-Zinn. L’approche consiste avant tout à développer une attention, instant après instant, dans le présent. Une pratique méditative « allégée » qu’il enseigne au sein de la Clinique de réduction du stress de l’université du Massachusetts. Son programme d’apprentissage est simple : une séance de deux heures et demi, une fois par semaine, durant huit semaines, plus une heure par jour d’entraînement chez soi. Depuis vingt cinq ans, plus de quinze mille personnes en ont bénéficié pour aider au traitement de troubles aussi divers que des problèmes cardiaques, le sida, des douleurs chroniques, des dysfonctionnements gastro-intestinaux, des migraines, de l’hypertension artérielle, des troubles du sommeil, de l’anxiété ou de la panique. Forte de ses succès, la MBSR est aujourd’hui enseignée aux étudiants dans vingt neuf facultés de médecine à travers les Etats-Unis. « Cela change les rapports que les médecins entretiennent avec leurs patients », expliquait Jon Kabat-Zinn au dalaï-lama. De plus en plus d’études cliniques démontre l’intérêt de la méthode. L’une d’elle, rapportée au cours des journées du Mind and Life, montre qu’en cas de psoriasis, la photothérapie à base de rayons ultraviolets obtient des résultats nettement supérieurs si elle est associée à la pratique de la MBSR. « Par son action sur le stress, la méditation pourrait jouer un rôle essentielle dans la prévention et la guérison de nombreuses pathologies », concluait Kabat-Zinn. Une opinion que partageaient Robert Sapolsky, professeur de biologie et de neurologie à Stanford, John Sheridan, professeur d’immunologie à l’Ohio State University, et Esther Sternberg, directrice du programme de recherche neuro-immunologique au National Institutes of Health (équivalent du CNRS français). [...]
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15:45 Publié dans _Début spirituel_ | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : méditation, bouddhisme, zen, médecine, neurologie, science